Publié le 22 Octobre 2014

Mesdames et Messieurs

Puisque qu’un anniversaire est un acte de mémoire, permettez-moi, en ce dixième du genre pour la Fondation Gabriel Péri, d’évoquer un nom. Celui d’un camarade sénégalais, philosophe sémillant, homme engagé, dont les compatriotes ont découvert à sa mort combien il a pu, dans les faits, vivre son idéal.

Beaucoup d’entre vous connaissent Sémou Pathé Guèye dont l’un des mérites est d’avoir pu faire du Colloque de Dakar une des grandes réussites de la Fondation Gabriel Péri.

Mais Sémou, ce n’était pas que le Dakar, le Département de philosophie de l’Université Cheikh Anta Diop, les rencontres internationales. Il n’était pas non plus que présent dans les studios de radio ou de télévision. Sémou était aussi dans la cour des lycées, dans les demeures, dans les profondeurs de son pays, aussi à l’aise dans de modestes hameaux que dans des salons huppés, toujours pour faire ce qu’il savait si bien faire : partager, discuter, affirmer sa foi en l’humain, ressasser avec force que non seulement un autre monde est possible, mais qu’il était urgent de le bâtir…

Sémou était convaincu de la grande utilité de la Fondation Gabriel Péri. Et sans trahir un secret, je puis vous révéler que durant les deux dernières années de sa vie, il a souhaité ardemment que la Fondation ait une présence plus construite à Dakar, au vu de tout ce qui était en œuvre dans la sous région…

Avec vous donc, je voudrais rendre son sourire chaleureux à Sémou et lui dire, simplement mais sincèrement, qu’il demeure vivant dans nos cœurs en raison de son grand apport à l’idéal de libération humaine que nous partageons.

  1. IMPROBABLE PRESIDENT

Il existerait, selon de nombreux sénégalais, un génie qui leur serait propre faisant de leur pays une Nation à part et expliquant qu’il transcende des crises acerbes dont beaucoup de peuples peinent à se relever, à moins d’en payer le prix fort.

Bien entendu, il y a dans un tel sentiment beaucoup de fatuité, une sorte d’auto glorification dont sont coutumières bien des personnes, face au miroir.

Dans l’un comme dans l’autre cas,(celui du Sénégalais et celui de l’homme face au miroir), le tout est dans cette énorme difficulté de prendre du recul face à soi, pour se saisir, dans la violence de sa propre nudité, en se déprenant de tout fard, de tout artifice.

Pour autant, tout n’est pas faux dans la perception que les sénégalais ont d’eux-mêmes. En attestent les ruptures politiques qu’ils ont su réaliser aussi bien en 2000 qu’en 2012, en faisant montre d’une originalité certaine.

Au cœur de ces ruptures aussi bien en 2000 qu’en 2012 le PIT.

D’obédience marxiste, Parti de transformation sociale, le Parti de l’Indépendance et du Travail a une influence inversement proportionnelle à son poids électoral.

Son existence remontant à 1957 (puisqu’il est le digne héritier du Parti Africain de l’Indépendance) jamais il n’a pu compter plus de... trois députés à l’assemblée nationale !

Pour autant, sa « politique de large rassemblement » s’est imposée au pays depuis la fin des années 80, lui valant prestige et inimité.

Pour le PIT, il s’agit, à chaque étape de l’évolution historique du Sénégal, de déterminer les enjeux essentiels, de repérer les forces intéressées au dépassement des goulots d’étranglement du moment et de travailler, en conséquence, à l’unité de ces forces et à leur mise en mouvement.

Cette option politique - d’une redoutable efficacité - aura permis de mettre un terme aux quarante (40) ans d’affilée de règne sans partage du Parti Socialiste tout autant qu’aux douze (12) années d’errance d’Abdoulaye Wade.

Mais, cette option n’a su, cependant, s’imposer que par le versement d’une sorte de tribut bien dur à avaler pour tout militant doctrinaire, attaché à la lettre des principes, et donc réfractaire à tout ce qui pourrait ressembler à une concession à faire à un quelconque compagnon de chemin, même si c’est pour pouvoir faire ne serait ce qu’un bout de route avec lui.

En clair en 2000, l’alternance n’a pu passer que par le libéral Abdoulaye Wade, une alternance au régime socialiste qui débouchera sur les outrances que l’on sait.

En 2012, le Sénégal se surprenait d’une certaine manière en se retrouvant présidé par Macky Sall, ancien Ministre, Premier Ministre, Président de l’Assemblée Nationale, toujours sous Wade : un homme contraint à la dissidence par son prédécesseur dont le rêve de toujours fut de se faire succéder au pouvoir par son fils Karim.

Quelque part, le Sénégal se voit ainsi dirigé par un Président à la trajectoire fulgurante que ni ses anciens compagnons du PDS, ni ses nouveaux partenaires de l’opposition de 2012, n’ont su réellement voir venir !

Du reste, probablement là git l’explication du comportement, vis-à-vis du Président Sall, de cet autre ancien Premier Ministre de Wade : Idrissa Seck, membre éphémère de la coalition Benno Bokk Yaakaar, en rupture de ban avec ses partenaires de Benno, seulement une année après la défaite de Wade.

En effet, celui-ci qui dans la bataille contre Wade avait édifié la coalition Idy 4ème Président (après Senghor, Diouf, et Wade), donne le sentiment de quelqu’un à qui on a soufflé, de manière indue et subreptice, quelque chose lui revenant de droit !

  1. FAIRE DU NEUF AVEC DU VIEUX ?

Au Sénégal se pose ainsi une sorte de dilemme. Ce pays est dans l’obligation de rompre d’avec un mode de fonctionnement l’ayant comme qui dirait transi pendant des décennies.

Un mode d’être exacerbé à un niveau exceptionnel par Abdoulaye Wade au point que, d’une certaine manière, tous les ressorts de la Nation, ses fondamentaux, en étaient menacés.  De sorte que ce dont il s’agit c’est bien de déconstruire le parti Etat.

Il se trouve seulement que cette exigence de rupture doit être assumée - quant au fond - par les mêmes qui ont été, peu ou prou, acteurs voulus ou contraints de la précipitation du pays dans sa difficile situation.

En clair, l’un des éléments de complexité du cas sénégalais, c’est que ce sont aussi de proches compagnons de Wade qui assument la réalité du pouvoir et doivent, en conséquence, faire sortir le pays de l’ornière dans laquelle il a été engouffré.

Or donc, comment faire du neuf avec du vieux ? Comment surtout y parvenir, dans un contexte d’urgences, un monde de libéralisme essoufflé mais toujours tyrannique, d’autant plus cruel qu’il prend eau de toutes parts ?

Dans ce cadre, il nous semble utile d’insister sur le fait que la transformation sociale, sans se réduire seulement à cela, est aussi une affaire de disposition d’esprit. Autrement dit, aujourd’hui comme hier, les idées deviennent des forces matérielles quand elles s’emparent de la conscience des hommes.

A cet égard, ce que pensent les sénégalais, leur adhésion et leur concours, concernant ce qui se fait, s’avèrent d’une importance décisive. Qu’ils pensent majoritairement qu’il doit être possible de transformer leur pays, de le faire avancer au service du grand nombre représente un préalable pour toute avancée significative. A rebours, qu’ils se disent ou croient que tout horizon est bouché et que donc jamais le Sénégal ne rompra avec ses entraves de toujours, ne peut que plomber toute velléité de construction nationale…

L’équation politique à résoudre pour les forces de progrès devient donc celle-ci : comment faire avec les sénégalais tels qu’ils sont, les Partis politiques et les organisations sociales tels qu’ils sont, les pas nécessaires pour poser les jalons d’un changement en profondeur ?

Il faut nous semble-t-il, dans ce cadre, allier lucidité et sagacité, intelligence du contexte et capacité à conforter les acquis pour bâtir sur du solide et prévenir tout retour en zone.

En la matière, et sans verser dans un quelconque « canonisme » aussi puéril que contre productif, il ne nous semble pas inutile de renouer aussi bien avec Marx qu’avec Lénine.

Avec l’un et l’autre, il devrait être possible de méditer sur le fait « que la pourriture est le laboratoire de toute vie » et que de toute façon rien n’est plus contre productif, voire suicidaire, que de vouloir obtenir du neuf en faisant table rase de tout passé, de tout socle, simplement parce que l’on ne voudrait pas recourir à cela que l’on veut redresser…

Partir de ces principes, c’est disposer d’une boussole permettant de s’orienter dans le grand désordre sénégalais : traque des biens mal acquis, Programme Sénégal Emergent, Réformes Institutionnelles et plus globalement, Conclusions des Assises Nationales. A tous ces niveaux, il devrait être possible, sans verser dans la précipitation ni dans l’extrémisme, d’obtenir du Président Macky Sall et de son régime des concessions à conforter et à transformer en base ou socle pour de nouvelles conquêtes.

Inutile de dire que la transition, telle que vécue par les sénégalais, se donne à voir aussi comme un véritable théâtre d’ombres. De nombreuses  forces- dont certaines occultes - sont sur la scène et toutes compétissent pour infléchir le fléau de la balance dans le sens de leurs intérêts.

En prendre conscience devrait amener les forces de gauche coalisées avec le Président Macky Sall à davantage partager pour faire front aux très nombreux partisans d’un retour à l’ordre ancien dont les sénégalais ont eu tant à souffrir. Ces forces de gauche devraient elles aussi objectivement faire le bilan de leur propre parcours, tirer les leçons de vie de leurs différentes expériences, aux fins de ne pas reconduire les erreurs manifestes qui ont été les leurs dans leur cheminement avec Abdoulaye Wade.

C’est à ce prix que les conclusions majeures des Assises nationales se verront appliquées et que donc les sénégalais auraient un régime politique plus équilibré, un Etat de droit avec un système judiciaire davantage libéré de la férule du Chef de l’Etat, une participation citoyenne plus relevée par une décentralisation assumée avec davantage de volonté et d’esprit de suite.

  1. ENTRE ERRANCE ET CONFUSIONS : QUEL CAP SE FIXER ?

A la vérité, la scène politique sénégalaise de 2014 peut s’avérer difficile à décrypter pour tout observateur s’en tenant aux apparences premières.

Pour s’en convaincre, il suffit de prendre en repère les dernières élections locales ayant mis le Sénégal des Partis politiques sens dessus dessous. A cette occasion, plus d’un animateur d’une organisation de la société civile, croyant son heure venue, s’est donné les moyens d’emprunter un étendard à l’un des trop nombreux partis politiques sénégalais pour aller à la compétition.

Par ailleurs, différentes coalitions ont été constituées, éclatant très souvent celles déjà connues, au prétexte qu’il s’agissait d’élections locales.

Enfin, le Parti du Président Macky Sall (APR), hégémonique en diable, n’a souvent laissé comme seule possibilité à ses alliés du gouvernement que d’aller aux élections en lui faisant face. De sorte qu’au résultat Benno Bokk Yaakaar (la coalition présidentielle) a remporté ses élections tout en les perdant d’une certaine manière y compris contre… elle-même !

Au plan économique, la situation du Sénégal demeure mitigée. En effet, des mesures volontaristes allant de la baisse des prix des denrées de 1ère nécessité, à la couverture maladie universelle, de l’imposition de la réduction du coût du loyer à la baisse de la fiscalité sur les salaires, jouxtent le Plan Sénégal Emergent avec ses impératifs d’ajustement ou encore la décision de signature des Accords de Partenariat Economique (APE)…

Avec un tel cas de figure, il n’est pas superfétatoire de se demander si le Sénégal va se battre pour tenter d’échapper aux fourches caudines des plans d’ajustement - dont la rigueur sélective l’a conduit là où il est - ou alors choisir, en dépit des leçons de l’expérience, de continuer à accepter de pâtir du dictat des forces d’argent.

Bien entendu, le Sénégal n’étant pas en dehors du monde, il a l’obligation de faire avec les réalités de l’époque. Mais c’est justement une meilleure intelligence du contexte qui devrait l’amener à être plus regardant dans ses politiques de partenariat ce qui devrait le conduire non pas à lâcher ses partenaires de toujours, mais à exploiter au mieux les opportunités qui se dessinent du côté de la Chine, de l’Inde, bref des BRICS…

En l’état, le Sénégal est gros d’impatience et de souffrances. L’écrasante majorité des populations aussi bien rurales qu’urbaines peine à joindre les deux bouts : la vie demeure chère, les inégalités persistent, l’Ecole et l’Université ne sont pas au meilleur de leur forme et de très nombreux sénégalais qui espéraient qu’avec l’éviction d’Abdoulaye Wade que tout allait changer, pour le mieux et très rapidement, commencent à languir.

C’est dans ce contexte qu’ont démarré les procès pour enrichissement illicite avec comme figure principale Karim, le fils de l’ancien Président de la République du Sénégal.

Et bien entendu, Abdoulaye Wade, ses partisans et affidés, font flèche de tout bois profitant du marasme économique et des difficultés sociales pour, d’accusés, se transformer en accusateurs. Le peuple sénégalais aurait été trompé ; il a eu tort de faire partir Wade ; il lui faut donc ramener au plus vite le PDS c’est-à-dire Karim Wade au pouvoir au lieu de s’évertuer à lui faire rendre gorge !

Le tumulte dans le pays est si fort, les changements attendus si laborieux, l’adversité du PDS si coriace (car entretenue par la considérable fortune amassée par ses principaux animateurs) qu’il est bien difficile, à cette étape, de certifier que nulle inflexion ne sera apportée au choix majoritaire des sénégalais en date du 25 mars 2012.

En clair, la déconstruction du Parti Etat, la gouvernance sobre et vertueuse, les réformes institutionnelles pour édifier une République démocratique, citoyenne et de justice sociale sont des défis loin d’être gagnés.

Or, le jeu les acteurs est tel que beaucoup de citoyens sénégalais semblent perdus. Ils éprouvent de la peine à distinguer les lignes de force et se demandent, en définitive, si ce n’est pas la politique elle-même qui est synonyme de corruption, de reniement.

Avec cette conséquence tragique : soit il faut, pensent-ils, renoncer à l’engagement politique, soit estiment-ils, il faut plonger dans la fosse aux lions avec pour seul souci de tirer personnellement les marrons du feu !

  1. DES REPERES A RETABLIR POUR REINVENTER LA POLITIQUE

Dans l’excellent roman de l’écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane, l’Aventure ambiguë, un des personnages du livre se pose cette grave question : Que peut-il bien arriver à des hommes égarés si tous les repères auxquels ils devraient pouvoir se fier se mettent eux-mêmes en mouvement ?

Pour dire que les partisans de la transformation sociale souffrent, à notre sens plus qu’on ne le croit, de l’effondrement du camp socialiste.

Non point qu’il faille fermer les yeux sur toutes les perversions ayant ruiné, de l’intérieur, le système socialiste pour croire, de façon ingénue, que nos camarades ont été seulement défaits par plus forts qu’eux.

Plutôt, en raison du fait que l’existence d’un camp socialiste, en dépit de toutes ses faiblesses, avait le mérite de servir en même temps de repoussoir et d’horizon.

Pour des millions d’hommes, cet horizon n’existe plus ou, en tout cas, il n’est plus aussi massivement incarné qu’il le fut.

Et, paradoxalement, ce déficit de repère n’affaiblit pas que ceux de notre camp. Il met aussi nos adversaires dans la position peu confortable de devoir s’inventer des concurrents, de les bâtir au forceps pour légitimer leurs carences et outrances par le nécessaire combat à mener dans le fond contre… leurs propres turpitudes.

Il y a aussi crise de la politique, croyons-nous, parce que la période vécue est une période équivoque dans le cadre de laquelle trop souvent les réalités vécues sont en dissonance avec les professions de foi. Au point que le moment nous semble venu d’oser nous poser à haute et intelligible voix cette simple mais redoutable question : Qu’est ce qu’être de gauche aujourd’hui ? Ou plutôt comment être de gauche aujourd’hui ?

Combien sommes à vivre nos valeurs, à être adeptes fervents de la justice sociale, de la liberté, de l’égalité, pas seulement en paroles mais dans les faits, au quotidien ?

Dans la même veine, nous demandons nous si la crise de la politique ne nous est pas aussi imputable, en ce sens que nous n’arrivons pas assez à penser les mutations prodigieuses de notre monde pour, à partir d’elles, bâtir une théorie de la libération humaine suffisamment pertinente, suffisamment audible et donc entrainante.

Autrement dit, ne souffrons nous pas d’une sorte de déficit théorique, une théorie dont la construction partagée en ferait un étendard ou une bannière permettant à l’essentiel des nôtres de se rassembler ?

Entendons nous bien : il ne s’agit pas de dire que Marx aurait tant et si bien vieilli que sa réflexion serait désuète !

 Tout au contraire, il s’agit de se donner les moyens de s’emparer de l’âme vive du marxisme pour en faire un outil de libération dans le monde d’aujourd’hui avec sa radicale nouveauté.

  1. DES SOLIDARITES A REBATIR

Or, l’un des levains de la pensée de Marx est la solidarité entre tous les opprimés, tous les exploités, tous les hommes souffrant de la misère humaine, soit parce qu’ils l’endurent, personnellement, soit parce qu’ils ne peuvent accepter que d’autres, leurs semblables, la vivent.

A cet égard, le cri de ralliement de Marx ne nous semble pas passé de saison en dépit des mutations ayant radicalement transformé le visage du monde. « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! »

Entendre cet appel, c’est se demander si les forces de gauche font montre de suffisamment de solidarité avec les Peuples en lutte. Le Peuple martyr palestinien bien sûr. Celui irakien également, sans oublier tous ceux d’Amérique latine. Mais aussi et sans être exhaustif, les pays du sahel dont certaines des énormes richesses sont devenues un fardeau, transformant ces pays en zones de combat avec des mouvements islamistes surgis, entre autres, des modes de traitement de la crise libyenne.

Notre camp fait-il suffisamment face à la volonté de régenter les économies des pays pauvres parce que spoliés du principal de leurs richesses ? Autrement dit, élevons-nous suffisamment la voix pour dire au FMI et à la Banque Mondiale que manifestement leurs plans d’ajustements structurels ne font que plomber toute velléité de redressement économique de pays exsangues, auxquels ils s’obstinent à infliger des remèdes de cheval ? Comment donc accepter qu’en plein 21e siècle, un tribut aussi lourd que cela puisse continuer à être payé à Ebola, au paludisme ou au Sida, précisément parce que les services de santé publics sont parfois réduits à leur plus simple expression ?

Nous avons, à l’évidence, des solidarités à rebâtir, des forces à reconstituer, un camp à remembrer pour peser davantage sur le cours des événements, c’est-à-dire pour forger notre histoire.

CONCLUSIONS

Quelques mots pour conclure.

Il y aurait donc quelque chose d’universel dans la crise de la politique. D’ailleurs, c’est précisément parce qu’il en est ainsi que par delà les nuances, l’anomie ou la panne de la politique se ressent partout et presque par tous.

Mais qu’est-ce que la politique ? N’est-elle pas un ensemble de réponses dont se servent des individus sociaux, historiquement situés, pour tenter de résoudre des problèmes concrets auxquels ils font face dans leur vie réelle ?

Or, s’il en est ainsi, la politique - à l’instar de la chouette de Minerve - n’est-elle pas dans l’obligation de ne se lever que le soir tombé, au terme de tout un parcours pour, à la fois, tenter de lire ce parcours, mais aussi et surtout de le corriger, de le profiler afin que son réinvestissement se fasse avec plus de fluidité ?

Nous sommes nombreux à croire que le monde que nous vivons est en déficit d’humanité. Ce monde de libéralisme débridé a besoin, pour utiliser une formule de Bergson, d’un « supplément d’âme ».

Autrement dit, il est impératif que la quête sans fin de profit cesse de scander, de rythmer la plupart de ses pulsations, au point de le désenchanter presque totalement.

Notre monde, devenu aride à bien des égards, a besoin de ce point de vue d’un discours d’espoir, un discours que la politique charrierait avec des mots adaptés à notre époque.

Tant que nous n’arriverons pas à énoncer ce discours avec la correcte intonation, tant que la politique n’offrira comme perspective que l’accommodation à ce qui est parce qu’il serait perçu comme un horizon indépassable, il ne faudrait pas s’étonner que des hommes et des femmes, des jeunes surtout, s’en détournent avec dédain. Ou pire, qu’ils soient de plus en plus nombreux à épouser des thèses qui, dans un passé pourtant pas très lointain, ont conduit l’humanité dans un désastre sans nom.

Alors assurément, il faut réinventer la politique !

 

Samba SY, Octobre 2014

CRISE DE LA POLITIQUE : UNIVERSALITE ET ENJEUX NATIONAUX
CRISE DE LA POLITIQUE : UNIVERSALITE ET ENJEUX NATIONAUX

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Rédigé par LE BLOG DU PIT-SENEGAL

Publié dans #POLITIQUE NATIONALE

Publié le 28 Septembre 2014

COMMUNIQUE DE PRESSE  SUR L’EVALUATION DE LA RENCONTRE DE BENNO BOKK YAAKAAR AVEC MR MACKY SALL

Procédant à l’évaluation de la rencontre de Benno Bokk Yaakaar du samedi 20 septembre, le secrétariat du PIT se félicite de la résolution prise par les membres de la dite coalition de se donner, dorénavant, les moyens d’échanger en profondeur sur l’état de la Nation, d’explorer ainsi les plages de convergence aux fins de s’accorder sur les mécanismes les plus pertinents pour la prise en charge résolue des défis du moment.

Le Parti de l’Indépendance et du Travail, artisan convaincu de la politique de large rassemblement, demeure persuadé qu’il est essentiel de ne jamais perdre de vue ce qui a été le levain de Benno Bokk Yaakaar : mettre fin à une politique ruineuse pour la Nation, restaurer l’état de droit, asseoir une gestion sobre et vertueuse au profit de la majorité des sénégalais.

Un engagement qui requiert la mutualisation des forces et des intelligences mais aussi beaucoup d’opiniâtreté. Car il s’agit de se défaire de pratiques surannées mais ancrées dans le tissu social national au point que pour ce qui est de leur remise en cause rien ne pourra s’obtenir comme par enchantement.

En effet, en finir avec la culture du Parti Etat, lutter contre le cancer de la corruption, faire résolument face aux cartels de la drogue nécessitent constance, détermination, mobilisation et foi.

Et parce qu’un tel horizon remet en cause des intérêts énormes et parfois insoupçonnés, ceux qui le visent doivent faire montre d’une vigilance constante et d’une résolution inaltérable.

Autant de raisons pour Benno Bokk Yaakaar de faire corps, de mettre davantage l’intérêt national au-dessus des intérêts individuels et ou partisans.

Ce faisant, Benno Bokk Yaakaar continuerait à bénéficier de la confiance et du soutien du Peuple sénégalais car celui-ci constaterait que les objectifs pour lesquels il a consenti d’énormes sacrifices ne relèvent nullement d’une quelconque chimère.

Pour le PIT c’est à une telle compréhension des enjeux que doivent parvenir les forces de progrès de notre pays. Un pays qui est aussi en butte à la grave crise dans laquelle est empêtrée le système capitaliste, avec les multiples agressions dont sont victimes les peuples, ceux des pays africains notamment.

A tous les hommes épris de paix, de justice et de liberté du Sénégal mais aussi de tous les continents, au peuple martyr palestinien, à ceux syrien et irakien, le Secrétariat du PIT signifie sa solidarité militante et son indéfectible soutien.

Fait à Dakar le 25 septembre 2014

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Publié le 25 Septembre 2014

Evitons le faux débat entre « réforme des Institutions » et « changement de Constitution » !
A l’issue de la rencontre entre le Chef de l’Etat, Président de « Benno Book Yakaar » ( BBY), et ses alliés, le débat est encore enclenché à propos de la nature des propositions de réforme de la « Commission Nationale de Réforme des Institutions » ( CNRI), instituée par le Président de la République, Macky Sall, qu’il a confiée au Président des « Assises nationales », Amadou Makhtar MBow.
L’institution d’une telle Commission n’ a pas été fortuite, puisqu’elle fait partie des engagements pris par le Chef de l’Etat dans son propre programme de campagne électorale, qu’il avait réaffirmés devant le « Comité national de Pilotage » (CNP) des « Assises nationales », entre les deux tours de l’élection présidentielle de Février /Mars 2012, pour obtenir le soutien du « peuple des Assises nationales », qui est la base de la création de BBY qui l’a porté au pouvoir.
Le choix du Président des « Assises nationales » pour piloter cette Commission n’était pas aussi fortuite, puisqu’il découlait logiquement de l’engagement solennel du Candidat Macky Sall, non seulement « d’appliquer » les « Conclusions des Assises Nationales », mais surtout « d’instituer un « Comité de suivi » de leur mise en œuvre, sur proposition du CNP.
C’est ainsi, qu’après la mise en place de ce « Comité de suivi de la mise en œuvre des Conclusions des Assises Nationales » parmi les premiers actes pris par le nouveau Président de la République Macky Sall, « Comité » encore au travail, la création de la CNRI présidée par le Professeur A.M Mbow, confortait l’opinion sur la volonté du Chef de l’Etat, de respecter ses « engagements » de réforme des Institutions et de la gouvernance du pays, héritées de Wade.
La feuille de route élaborée par le Président Macky Sall à cet effet ne souffrait donc aucune ambiguïté dans la mission de « réforme des Institutions » confiée à la CNRI.
Ce n’est qu’après le dépôt des conclusions de la CNRI, et des propositions de réforme sous forme de « projet de Constitution », que s’est instauré un faux débat entre « Réforme » et « Changement de Constitution », pour se donner un prétexte pour limiter l’ampleur des réformes qu’elle a proposées.
En effet, le « projet de Constitution « proposé par la CNRI n’est rien d’autre que l’ensemble des propositions de réforme des dispositions de la Constitution héritée de Wade, en les transcrivant sous forme de « projet de constitution » ,pour plus de lisibilité et de cohérence interne.
Il ne s’agit pas donc d’une « nouvelle Constitution », comme le Chef de l’Etat voudrait présenter ce projet, mais bien , mais bien un « recueil » de l’ensemble des propositions de réforme des dispositions de la Constitution de 2001 de Wade, que les Sénégalais et les forces vives de la Nation interrogés par la CNRI, ont voulu changer.
En fait, s’il ne s’agissait que de ramener la durée du mandat du Chef de l’Etat de 7 à 5 ans, aucune Commission de réforme des Institutions n’aurait été nécessaire.
Ce qui était nécessaire de faire et qui impliquait la création d’une Commission nationale, était sans équivoque aucune, la réforme de la Constitution de 2OO1 de Wade, pour y extirper tout ce qui fonde le « système de Parti/Etat », et de « gestion clientéliste et patrimoniale de la Chose publique », pour mieux asseoir les fondements de la République sur des bases démocratique, laïque et citoyenne.
Il s’agissait donc pour la CNRI, comme cela découlait de la feuille de route du Chef de l’Etat, d’en finir avec le Parti/Etat, en séparant les pouvoirs au sein de la République, pour restituer au pouvoir judiciaire et au pouvoir législatif, toute leur souveraineté, en renforçant le contrôle de l’Exécutif par le législatif, notamment en matière de coopération internationale, y compris dans le domaine de la coopération militaire , d’envoi et de retrait de nos troupes à l’étranger, et de déclaration de guerre, et le contrôle citoyen de l’Exécutif, notamment, avec l’érection de la « concertation avec les acteurs concernés » sur toutes les politiques et projets d’envergure qui les affectent significativement, en éliminant les cumuls de fonction et de mandat, dont celui du Président de la République et de Chef de Parti, et les cumuls de mandats, en instituant un « appel à candidature » pour pourvoir les Grandes Directions de l’Administration, des Entreprises publiques et les Agences, à la place du « pouvoir de nomination » discrétionnaire du Président de la République , à tous les « emplois civils et militaires », pour mettre un terme au « clientélisme et au népotisme », en instituant le « juge des Libertés », « le droit du justiciable d’interpeler le juge » , pour rendre plus transparents et plus équitables, « les actes de justice », et enfin, en rendant le système électoral plus indépendant de l’Administration territoriale, plus transparent et plus démocratique, avec l’institution d’une « Autorité indépendante de Régulation de la Démocratie »(ARD), chargée de gérer le processus électoral, et de contrôler la vie des Paris politiques (création, financement, fonctionnement).
C’est l’ampleur de cette réforme pour mettre fin au système de Parti/Etat hérité de Wade, que l’on a voulu délibérément occulter, en instaurant un faux débat entre « réforme » et « changement de Constitution », ou, entre « Régime Présidentiel » et « Régime Parlementaire ».
En effet, les réformes proposées par la CNRI n’instaurent aucunement, un « Régime Parlementaire », puisqu’avec la séparation des pouvoirs et le renforcement du pouvoir de contrôle de l’Assemblée nation, les prérogatives du Chef de l’Etat dans la Définition de la Politique de la Nation, et de choix du Premier Ministre et des membres du Gouvernement, sont conservés tant que la majorité présidentielle correspond avec une majorité parlementaire. Ces prérogatives ne vont à l’Assemblée nationale que lorsque ces deux majorités ne coïncident pas.
Cette innovation, présentée abusivement comme l’instauration d’un « Régime Parlementaire », n’est rien d’autre qu’un mécanisme institutionnel de régulation, en cas de non coïncidence des deux majorités, qui peut arriver avec la démocratisation de la vie publique engendrée par les réformes proposées par la CNRI.
Ainsi, l’approfondissement de notre Démocratie républicaine ne va pas entraîner un blocage de nos Institutions, qui nécessiterait le recours à de nouvelles élections pour préserver la stabilité du pays , ou, comme aux Etats Unis, un blocage du fonctionnement de l’Exécutif, lorsque l’Exécutif n’a pas la majorité au Congrès.
De même, la fin des cumuls de fonction et de mandats, y compris de la Présidence de l’Exécutif, et de Chef de Parti, n’a rien à voir avec un «Régime Parlementaire ». C’est une disposition constitutionnelle qui participe de la fin du Parti/Etat.
Il est donc aberrant de crier à « l’instabilité » que risque d’engendrer la suppression du cumul des fonctions de Chef de l’Etat et de Chef de Parti.
En effet, le régime socialiste a connu la suppression de ce cumul de 1996 à 2000, avec la réforme de la direction de leur Parti qui a instauré un « Président du Parti » et un « Premier Secrétaire » chargé de diriger le Parti, sous la supervision de celui-ci, sans que le Sénégal, n’ait aucun aucune « instabilité ».
C’est la stabilité du Sénégal durant cette période, qui a permis l’organisation d’élections crédibles en 2000, pour réaliser l’Alternance démocratiquement, avec l’élection de Wade à la Présidence de la République.
Par contre, c’est le Parti Socialiste qui a vécu dans l’instabilité à cause du Choix unilatéral du Premier Secrétaire , effectué par le Président du Parti, dans un Congrès « sans débat ».
Donc, l’instabilité du PS, et non du Sénégal, n’a pas été causée par la fin du cumul de mandat du Chef de l’Etat et Chef de Parti, mais bien, par l’absence de démocratie dans le choix du Premier Secrétaire de ce Parti.
C’est Wade, ave l’avènement de l’Alternance en 2000, qui a restauré ce cumul dans sa Constitution de 2001 qui est l’objet des propositions de réforme de la CNRI.
Même cette restauration du cumul, n’a pas mis fin à l’instabilité dans le Parti de Wade, le PDS, du fait de l’absence totale de Démocratie dans son fonctionnement et dans le choix de ses dirigeants. C’est Wade, qui choisit et affecte aux fonctions de direction du Parti, comme il le fait pour les emplois civils et militaires au sein de l’Etat du Sénégal. Il est, dans son Parti, la « seule constante », tout le reste, ce sont « des variables ».
C’est cette même instabilité que l’on note au sein du Parti du Président Macky Sall, (APR) pour les mêmes raisons que celles qui prévalent au sein du PDS. Il est le seul à être élu dans son Parti, tous les autres dirigeants sont nommés par lui, à sa guise.
Donc, les réformes proposées par la CNRI invitent le Chef de l’Etat à instaurer un fonctionnement démocratique de son Parti pour éviter de perpétuer, et même d’accentuer l’instabilité chronique qui le mine, mais elles n’induisent en rien une instabilité du pays.
D’ailleurs l’institution de l’ARD va l’obliger à asseoir son Parti sur des bases de fonctionnement démocratique, au même titre que tous les autres Partis.
C’est la nature du système de Parti/Etat, instauré par Wade, qui donne au Président de la République/ Chef de Parti, un pouvoir « monarchique » sur l’Etat, et sur son Parti.
C’est à cette dérive despotique de nos institutions républicaines et de notre vie politique, que les réformes de la Constitution de 2001, héritée de Wade, devraient mettre un terme.
Notre peuple, après la rencontre du Chef de l’Etat et de BBY, est devant un choix historique qu’il n’est plus possible de différer sans dommage : C’est le choix entre la perpétuation du système de Parti/Etat hérité de Wade, et la République démocratique et citoyenne.
Notre peuple avait manqué de le faire en 2001, du fait de l’allégeance de la quasi-totalité des partis et des organisations de la Société civile au nouveau Président Wade, démocratiquement élu, avec toutes les conséquences négatives que cela lui à apporter douze ans durant.
Il lui a fallu de lourds sacrifices citoyens, pour le faire partir en 2012, avec l’espoir d’en finir avec son système de Parti/Etat.
Aujourd’hui, il serait suicidaire pour notre République et pour la Démocratie, de « ré éditer » face au Président Macky Sall démocratiquement élu, le « compromis sur les Institutions », qui ne serait cette fois – ci, que « compromission » et forfaiture », eu égard à l’expérience douloureuse qu’il a occasionné à notre peuple.
Tant de sacrifices pour faire partir Wade et son système de Parti/Etat ne sauront être vains.
Notre sous région et l’Afrique entière regardent le Sénégal, et retiennent leur souffle.
Le « Peuple des Assises nationales », le M23 et « Y EN A Marre » sont interpelés !

Ibrahima SENE PIT/SENEGAL
Dakar le 24 Sept 2014

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Publié le 23 Septembre 2014

Publié le 11 Septembre 2014

THEME DU SAMEDI DE L’ECONOMIE DU 6 SEPTEMBRE 2014: « LE PATRIOTISME ECONOMIQUE »

L’expression «Patriotisme économique »  est récemment apparue dans les revendications économiques et politiques  dans notre pays, notamment  vers la fin de la première décennie des années 2000.  Elle a été surtout consacrée  comme une  exigence nationale dans les «  Conclusions des Assises Nationales » de 2008.

  1. Comment en est on arrivé là ?

Historiquement, une « classe d’entrepreneurs » ne « s’édifie » pas, mais « apparaît » naturellement  dans un processus  d’accumulation de capital, par un groupe distinct d’individus, dans la production  et le commerce des biens et services.

Mais au Sénégal, sa situation de colonie, et notamment de celle de la France, a modifié ce processus historique d’accumulation de capital,  durant  sa «  mise en valeur coloniale ».

En effet, la « mise en valeur coloniale » du Sénégal a commencé, au plan économique, d’abord par le commerce de la  « gomme arabique », puis la production et le commerce  de  l’arachide,  avec l’installation de grandes Maisons de commerce Bordelaises  et Marseillaises.

C’est ainsi qu’apparurent  Maurel et Prom, Devès et Chaumet, SCOA, Peyrissac, NOSOCO, Buhan et Teissère,  qui monopolisaient l’import- export, et le commerce intérieur, et profitaient  du «  Code de l’Indigénat » qui instituait  les « réquisitions » de la main d’œuvre, les « corvées », et les « travaux forcés », pour faire prospérer leur business.

Plus tard, le secteur industriel, notamment dans la transformation de l’arachide en huile brute, avec Lessieur et  Pétersen,  et  le secteur bancaire,  élargissaient les sphères d’accumulation de capital par les colons Français, et leurs auxiliaires Libano-Syriens.

Ainsi naquit, au Sénégal,  une « classe d’entrepreneurs étrangers » qui contrôlaient les principaux secteurs de l’Economie coloniale, ayant enfanté  une classe « d’auxiliaires  autochtones »  dans l’administration, et une classe  de « travailleurs taillables et corvéables » dans les travaux publics, et  dans les  entreprises privées coloniales.

Et ce n’est qu’au prix d’une âpre lutte contre cet esclavagisme des temps coloniaux,  par les travailleurs en Afrique  l’Ouest,  avec, notamment,  les puissantes grèves des Cheminots de la ligne des Chemins de fer Dakar- Niger,  qu’à la Conférence de Brazzaville (Capitale de la République du Congo actuelle) tenue  du  31 janvier au 8 Février  1944, par De Gaule, en l’absence des élus africains, qu’une recommandation fut adoptée portant sur la « suppression du Code de  l’indigénat »,  « une réglementation des Syndicats professionnels », et   « l’établissement de la Liberté de travail ».

Mais surtout en Septembre 1946,  avec la Loi Houphouët boigny, que «  l’indigénat » et les « travaux forcés » furent supprimés, marquant une avancée certaine dans la naissance d’une  « classe ouvrière », dont l’émancipation  posait  l’agenda de l’indépendance nationale dans les colonies françaises.

Et c’est en 1952, que cette «  classe ouvrière »,  après des grèves mémorables, décrochait  un «  Code du Travail d’Outre- mer » qui reconnaissait le «  droit aux Congés payés »,  « aux allocations familiales »  et  la «la durée du travail  de 40 heures/ semaine».

Ainsi, le développement du capitalisme sous la colonisation au Sénégal,  a enfanté une « classe ouvrière  autochtone»   sans une « classe d’entrepreneurs autochtones ».

D’où,  toute la place que le mouvement  syndical a occupée  dans les luttes des années 50 pour l’indépendance des colonies, en alliance avec les couches moyennes intellectuelles, mais en l’absence d’une « classe d’entrepreneurs autochtones ».

Cependant, c’est dans  la foulée des luttes pour l’Indépendance nationale,  que naquirent, dans la deuxième moitié des années 50, un « embryon de classe d’entrepreneurs autochtones », qui mit sur pied les deux premières  organisations  dans le Commerce, dénommées « l’Union Nationale Indépendante des Groupements Economiques du Sénégal » (UNIGES), et « la Confédération des Fédérations de Groupements Economiques du Sénégal » (COFEGES),  qui ne s’étaient pas accordés sur l’attitude à prendre face à la main mise Française sur les secteurs clef de l’Economie, et sur le rôle de l’Etat dans l’acquisition de la souveraineté économique.

Le Patronat Français,   dont  la place dans notre Economie était l’enjeu des revendications de cet « embryon de classe d’entrepreneurs autochtones », était organisé,  dans le secteur industriel au sein de  « l’Union des Syndicats de l’Industrie » (UNISYNDI », et dans le secteur commercial, au sein du « Syndicat des Importateurs et Exportateurs »  (SYMPEX),  et contrôlait la place  stratégique dans notre Economie  qu’est  la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dakar.

C’est donc, avec la complicité de l’Etat,  et de ses  propres « auxiliaires  autochtones» au sein  de cette « classe d’entrepreneurs autochtones »  dans le commerce et le transport, que le Patronat Français a travaillé à cette  division. 

Ce n’est que  dans la première moitié des années 60,  que ces divergences ont été surmontées dans la foulée de la recomposition politique des forces au pouvoir, qui a vu une partie importante  de l’opposition qui luttait, depuis 1958,  pour  l’indépendance nationale, s’intégrer  dans le Parti au pouvoir qui s’était fait remarqué  par sa forte   opposition à cette Indépendance nationale.

C’est ainsi que naquit  le « Groupement Economique du Sénégal » (GES) pour revendiquer «  l’insertion » des « entrepreneurs autochtones » dans  l’Economie nationale, dominée, dans ses secteurs essentiels, par le capital Français, et ses auxiliaires Libano-syriens.

Cependant, avec les Indépendances des années 60,  l’option de «  coopérative »,  comme mode d’organisation  du monde rural,  excluait du commerce  des arachides  et dans la vente au détail  des biens et services industriels,  les intermédiaire autochtones et  libano syriens, des Maisons de Commerce Françaises,  et donc leur fermait  toute perspective d’accumulation du capital dans le secteur rural et dans le secteur commercial.

C’est à cet effet, que l’Etat avait créé les premières entreprises parapubliques dans le secteur marchand que furent «  l’Office pour la Commercialisation des arachides » (OCA) qui avait en même temps le monopôle de l’importation du riz, des « Centres Régionaux d’Approvisionnement pour le Développement » (CRAD) qui avaient le monopôle de la distribution des intrants agricoles aux coopératives, et la « Société Nationale de Distribution au Sénégal » ( SONADIS) qui s’occupait de la vente en gros aux commerçants agréés,  et au détail  aux populations, des produits alimentaires et industriels de large consommation, qu’elle obtenait auprès de l’OCA, et des Industriels de la place.  

C’est ainsi, que plus tard, l’OCA et les CRAD ont été fusionnés pour donner naissance à « l’Office National de Commercialisation et d’Approvisionnement pour le Développement » (ONCAD).

Le capital colonial  continuait, aussi,  à  exclure les intermédiaires autochtones  dans les  autres secteurs clef de l’Economie,  que sont l’import-export, l’industrie,  et le commerce de gros occupé par les libano-syriens,  qui étaient en même temps,  présents dans le commerce de détail.

C’est de cette manière  que les Libano syriens sont devenus de puissants entrepreneurs à leurs dépends.

Ainsi, l’Etat, auquel les sénégalais autochtones  pouvaient accéder par l’Ecole  et le suffrage du peuple, et les entreprises para publiques, étaient devenues l’unique secteur où ils pouvaient accumuler des richesses  à travers des salaires et des avantages, à partir des recettes fiscales, et la gestion de ce secteur.

  1. Le développement  d’une classe d’entrepreneurs autochtones organisés.

La « Banque Nationale du Développement du Sénégal »(BNDS) fut largement utilisée, par le biais d’un compte spécial, dénommé « Compte K », pour capter  politiquement cette classe  naissante d’entrepreneurs autochtones, dont les revendications, à partir de la deuxième moitié des années 70,  étaient publiquement portées par un nouveau Parti politique d’opposition légale, le  « Parti Démocratique Sénégalais » (PDS).

Ainsi naquit un véritable « embryon de la bourgeoise nationale » dans les affaires, étroitement liée à la  Bureaucratie qui gérait l’Etat,  dont le rôle essentiel consistait à protéger les intérêts des entreprises françaises installées chez nous, et les intérêts géo stratégiques de l’Etat Français dans la sous région.

La classe ouvrière perdit ainsi,  peu à peu, dans les années 70 et début 80, ses alliés des couches moyennes qui contrôlaient l’Etat,  au profit  de la « classe naissante d’entrepreneurs autochtones », tandis que ses soutiens de Gauche sont bannis et persécutés, et le mouvement syndical divisé et embrigadé  par les tenants du pouvoir.

C’est dans ce contexte  que, dans les années 70,  l’Etat avait créé « l’Union Sénégalaise de Banque » (USB), dans laquelle il détenait la majorité du capital, et  la « Société Nationale de  Garantie  du Crédit Automobile » (SONAGA), qui  contribuaient aussi  au financement public  de  « l’insertion des entrepreneurs  autochtones »  dans la petite et moyenne entreprise commerciale et dans le transport, alors que  la SOFESEDIT et la SONEPI,  en faisaient de même,  dans le secteur industriel,  appuyé par l’aménagement d’un espace dédié à cet effet, dénommé « Société du Domaine  Industriel de Dakar » (SODIDA), et des « Domaines artisanaux » dans certaines capitales régionales.

Cette politique  « d’insertion  d’entrepreneurs autochtones » dans le tissu économique,  était  présentée  comme une première réponse aux revendications du GES, pour accéder  au secteur clef de l’économie, dans un contexte, où le développement  du « Nationalisme économique africain »,  sous la poussée de  « couches moyennes de Gauche »  qui exigeaient «l’ Indépendance économique » par la  «Nationalisation »  des entreprises étrangères, avait amené l’Etat à prendre le contrôle de l’Energie, de l’Eau, et  à créer de Grandes Entreprises publiques dans le secteur marchand, sous prétexte de  « l’immaturité »  de la classe des entrepreneurs autochtones.

C’est  ainsi que le développement du secteur parapublic,  dans le secteur marchand, était, d’une part,  présenté   au GES, comme une « phase transitoire nécessaire » en attendant  que les entrepreneurs autochtones acquièrent de l’expérience dans la gestion des affaires,  et d’autre part, à la Gauche, comme une première étape dans l’acquisition de la « souveraineté économique », qui était exhibée comme une marque de fabrique du « Socialisme africain »,  présenté comme une alternative au  Marxisme Léninisme en Afrique.

Mais en fait, le développement du secteur parapublic   se faisait  aussi  à partir des finances publiques,  avec l’appui de la coopération internationale, notamment de la France, mais ne mettait pas en cause  la main mise des entreprises Françaises  sur les secteurs  clefs de l’Economie nationale, tout en permettant à la « Bourgeoisie bureaucratique »  d’élargir sa sphère d’accumulation de richesse et de capital,  dans l’exercice de ses  fonctions  dans l’appareil d’Etat et dans ces entreprises.

La « Bourgeoisie bureaucratique » se développait ainsi au détriment de la « classe des entrepreneurs autochtones »,  et cela avait jeté, peu à peu,  les bases d’un début d’antagonisme entre ces deux classes sociales, autour de  l’accès aux ressources publiques qui conditionnait  leur développement.

Mais, cette politique de transformation de la « Bureaucratie d’Etat »,  en « Bourgeoisie Bureaucratique » par cette  « patrimonialisation de l’Etat »  qui  était érigée en mode de gestion des finances publiques,  s’était développée  à tel point, que le Président Abdou Diouf dut renoncer à lutter contre les prévaricateurs des deniers publics, dès les premières heures de son magistère, malgré « la Loi  de Répression de l’Enrichissement Illicite » qu’il fit voter à cet effet.  

Cette politique « d’insertion d’une  Bourgeoisie  autochtone » dans les affaires, sur ces mêmes finances publiques,  et la « patrimonialisation de l’Etat », avaient fortement creusé le  déficit  budgétaire,  pour  occasionner  un « surendettement de l’Etat », dans un contexte de pertes énormes de recettes d’exportation, suite à l’effondrement des cours de nos principaux produits d’exportation, que furent l’arachide et les phosphates,  pertes accentuées aussi  par  la  baisse de la production des arachides, fortement aggravée par  l’avènement de  séries  de grandes sécheresses durant la période.

Cela  a entraîné une grave crise des finances publiques,  dés la fin des années 70 et début 80, qui projetait notre pays dans les fourches caudines du FMI et de la Banque mondiale, à travers leurs politiques « d’Ajustement structurel ».

Ce sont ces politiques  « d’Ajustement »,  qui ont conduit à  la suppression de l’ONCAD et de la SONADIS,  à la liquidation de la BNDS et  de la SOFESEDIT,  à la privatisation de l’USB,  et la dissolution de la SONEPI,  qui ont mis fin à la politique « d’insertion » des entrepreneurs autochtones dans le tissu économique, avec  l’avènement d’une  « Nouvelle Politique Agricole » (PA), d’une Nouvelle Politique Industrielle » (NPI),  la « privatisation des entreprises publiques du secteur marchand »,  « la fin des subventions publiques et du crédit sur ressources publiques », et la  politique de « libéralisation du commerce intérieur » pour mettre fin aux « situations de rente » et de «  monopole » dont jouissaient les principales entreprises Françaises  dans l’Economie nationale.

  1. Conséquences des Politiques d’Ajustement sur le développement d’une « classe d’entrepreneurs autochtones »

Ces « politiques d’Ajustement », comme moyen  de financement du remboursement de la dette publique, mettaient ainsi en cause  la rémunération des travailleurs du secteur public, aggravaient le chômage par les fermetures d’entreprises publiques et les licenciements dans les entreprises privées, et s’attaquaient aux « conquêtes  du monde du travail » dans le secteur privé, pour rendre le marché du travail  plus flexible, et bloquaient, par la « suppression du Programme Agricole » (PA), le début de modernisation des exploitations agricoles familiales qui était entamée dès le début des années 60, à travers la « coopérative agricole ».

 Donc, ces politiques d’Ajustement  exacerbaient  les contradictions nées depuis  l’avènement des Indépendances,  entre l’Etat de la « Bourgeoisie Bureaucratique » et la classe ouvrière ,  mais aussi, en supprimant  le financement  public  qui était à la base de l’alliance que cette «  Bourgeoisie » avait forgée avec la « classe des entrepreneurs autochtones »,  mettaient celle- ci,  en contradiction avec l’Etat.

 Ces politiques, à travers la suppression et la privatisation d’entreprises du secteur para public, restreignaient aussi les bases d’accumulation et d’enrichissement de la « Bourgeoisie bureaucratique », jetant ainsi  les couches moyennes intellectuelles dans une lutte à mort pour le contrôle de l’Etat.

Cependant, ces politiques d’Ajustement  ne permettaient pas une rupture  des rapports entre la   « Bourgeoisie Bureaucratique » et les Entrepreneurs Français au Sénégal,  du fait  que la France participe au contrôle  de ces Institutions de Bretton Woods,  et du fait,  de la fonction politique de notre Etat,  fondée sur la défense des intérêts  des entreprises Françaises dans  notre  pays, et de ceux de l’Etat Français,  dans la sous région.

C’est dans ce contexte, qu’à côté du GES,  naquirent de nouvelles organisations patronales pour la défense des intérêts de l’entreprise autochtone. 

C’est ainsi que « l’Union Nationale des Commerçants  et des Industriels du Sénégal » UNACOIS naquit, au début des années 90,  dans la lutte contre  les situations de rente et de monopôle dans le commerce intérieur, et pour la libéralisation de l’accès  au commerce de gros et à l’import –export, que le FMI et la Banque mondiale n’arrivaient pas à imposer à l’Etat du Sénégal pour les raisons citées plus haut.

De même, dans le secteur industriel et des services,  naquit  la « Confédération Nationale des Employeurs  du Sénégal » (CNES), qui regroupait d’abord,  les entrepreneurs autochtones et étrangers, notamment Français, dans une même organisation patronale, avant que l’irréductibilité de leurs intérêts respectifs,  les conduisit à la séparation en deux organisations distinctes,  la CNES et le « Conseil National du Patronat » (CNP), qui regroupait l’essentiel  des entrepreneurs Français et étrangers, à côté d’une partie des entrepreneurs autochtones.

C’est ainsi que,  le GES, l’UNACOIS, et la CNES, regroupaient l’essentiel des entrepreneurs autochtones dans les petites et moyennes entreprises dans le commerce et l’industrie, tandis que les grandes et moyennes entreprises  étrangères et autochtones étaient regroupées dans le CNP.

Ainsi, par rapport  à la main mise étrangère sur les secteurs clef de notre Economie,  deux camps  se distinguaient  au sein des entrepreneurs autochtones,  à savoir : ceux  qui la combattaient, dont l’UNACOIS était le porte drapeau, et ceux qui coopéraient avec les entrepreneurs étrangers, dont les principaux furent organisés au sein  du CNP.

Si le premier camp voyait dans les Institutions de Bretton Woods,  des alliés stratégiques dans leur politique de libéralisation de l’Economie,  du marché du travail, et de privatisation des Entreprises publiques et de la terre, au risque de s’aliéner  la classe ouvrière,  et le monde rural, le second camp se sentait visé  par celles-ci,  et exerçait   des pressions sur l’Etat  pour défendre ses intérêts.

De même, se sentaient aussi visées par les politiques d’Ajustement structurel,  les organisations syndicales et les organisations les plus représentatives du monde rural regroupées dans «  le Conseil National de Concertation des Ruraux » (CNCR),  et, pour cela,  elles exerçaient aussi des pressions sur l’Etat,  pour défendre leurs intérêts  spécifiques.

Ces contradictions,  occasionnées par les Politiques d’Ajustement structurel,  ont finalement eu raison de 40 ans de règne du Parti Socialiste au Sénégal en 2000, en portant à la tête de l’Etat, le Secrétaire Général du PDS, dans  le cadre d’une alliance avec la Gauche.

Mais, les entrepreneurs autochtones des deux camps ne se reconnaissaient pas dans  le PDS, et s’en méfiaient même,  pour avoir été les victimes expiatoires des manifestations publiques violentes qu’il organisait pour la conquête du pouvoir.

Sans aucune base sociale de classe,  ni chez les entrepreneurs autochtones, ni chez la classe ouvrière, ni dans le monde rural,  le PDS, au pouvoir, s’évertua à créer sa propre base de classe sociale,  au détriment de celles qui se sont forgées durant les 40 ans de règne du Parti Socialiste, tout en mettant en œuvre, de façon plus déterminée, les politiques de privatisation des entreprises publiques, et de libéralisation de la commercialisation des arachides, telles qu’ édictées par les politiques d’Ajustement structurel.

Mais, ce nouveau pouvoir arrivait dans un contexte, où la gestion des finances publiques étaient étroitement surveillée par les Institutions de Bretton Woods pour sécuriser les capacités de nos Etats à rembourser leurs dettes extérieures ;  ce qui   limitait  les opportunités de leur  détournement  dans l’exercice du pouvoir d’Etat, qui était la source principale d’enrichissement  de la «  Bourgeoisie Bureaucratique ».

Le Président Wade  entreprit  alors la création de sa «  nouvelle classe sociale d’entrepreneurs autochtones »  par le biais des « marchés publics »   et la « spéculation foncière et immobilière », tout en renforçant, par la privatisation de ce qui restait encore d’entreprises publiques dans le « secteur marchand » ( SONACOS, et SODEFITEX, ICS),  la main mise étrangère sur les secteurs clef de notre Economie,  par les entrepreneurs Français et autres étrangers,  accentuée  par leur accès privilégié aux grands marchés publics,  par le biais de la promotion d’une nouvelle politique vis-à-vis des investisseurs étrangers, dénommée :  le « Partenariat Public/ Privé ».

Cette nouvelle politique, préconisée par les Institutions de Bretton Woods,  marginalisait  les entrepreneurs autochtones non liés au capital étranger, et renforçait  la présence du capital étranger.

C’est dans ce contexte, que les « Assises nationales » furent organisées en 2008, et regroupaient à côté des organisations syndicales et du monde rural (CNCR),  des organisations patronales autochtones (l’UNACOIS et la CNES), des organisations de la société civile,  et des Partis politique de Gauche et des Socialistes.

C’est à l’occasion  de ces « Assises nationales »,  que les aspirations de la bourgeoisie autochtone furent formulées en termes  de «Patriotisme économique »,  pour lui donner toute  sa  place dans l’Economie nationale.

Il ne s’agissait plus  « d’insérer » les entrepreneurs autochtones, ou d’en  « créer artificiellement »,  mais il s’agit désormais, de faire en sorte,  qu’ils parviennent à contrôler,  en coopération avec l’Etat, l’essentiel des secteurs clefs de notre Economie, comme la forme concrète de la matérialisation de la volonté du peuple,  de recouvrir sa « souveraineté économique », pour parachever l’Indépendance nationale du pays.

 Ainsi, avec les « Assises nationales », le « Partenariat Public/ Privé » devient d’abord  «  national »,  avant de s’ouvrir aux étrangers,  pour coopérer  dans les politiques de Développement Economique et Social, définies par un Etat souverain,  et non plus,  pour s’ériger en « maître » de notre Economie.

  1. Le développement du «  Patriotisme économique ».

Depuis les « Assises nationales »  le «  Patriotisme économique » est devenu  une exigence nationale, qui a fini par trouver, vers la fin des années 2000, un  écho favorable  chez les entrepreneurs autochtones au sein du CNP, dont le Président,   Baidy Agne,  s’interrogeait  publiquement,  face à un  Premier Ministre de Wade, venu présider, le 1er Décembre 2010,  l’ouverture des « Assises de l’Entreprise » à Dakar,  dans son discours introductif intitulé   « Déclaration sur l’environnement et la compétitivité des entreprises » ,  en ces termes  :  

«  Alors comment comprendre qu’en 2010,  nous puissions encore parler de notre souveraineté économique dans les secteurs stratégiques et porteurs de croissance ?»  Et d’asséner royalement : «  Comment peut on vouloir l’Indépendance politique et ne pas rechercher la souveraineté économique ? ».

C’est  donc, autour des « Conclusions de ces Assises nationales »,   que les forces vives de notre Nation se sont mobilisées pour faire partir le régime libéral du PDS, et effectuer une nouvelle Alternance  politique, dans le cadre d’une coalition,  où l’équilibre des rapports de force en son sein,  augurait d’une nouvelle ère de « gestion concertée », pour mettre  en œuvre ses grandes «  Conclusions », dont le «  Patriotisme économique ».

C’est ainsi qu’avec la constitution du premier gouvernement de cette seconde Alternance,  le « Discours de Politique Générale »  du nouveau Premier Ministre devant l’Assemblée nationale, la lutte déclarée  contre  l’enrichissement illicite,  et contre les situations de rente  dans le commerce intérieur,  tout en préservant les emplois acquis,  notamment  pour le sucre,  la farine  et la tomate industrielle,  par le biais de l’homologation des prix,  à la place de la liberté des prix,  confortaient  l’opinion, de l’effectivité de cette «  nouvelle ère de gestion concertée »  pour réaliser les ruptures attendues par le peuple.

Mais bientôt, la manière dont la « Banque Nationale de Développement Economique »  a été créée, avec une participation minoritaire de l’Etat (25%) selon les exigences du FMI, et la création du « Fonds National de Garantie des Investissements Prioritaires » (FONGIP),  reproduisaient les mêmes instruments « d’insertion  des  entrepreneurs autochtones, qui ont déjà montré leurs limites économiques et sociales  durant les 40 ans du règne des Socialistes.

Même la création  du « Fonds National Souverain d’Investissement du Sénégal » (FONSIS),  dont le financement devrait reposer sur l’hypothèque d’une partie de notre patrimoine, notamment foncier et immobilier, constitue une véritable menace sur ce patrimoine soumis aux aléas du marché financier international,  sans que son rôle dans la promotion des entrepreneurs autochtones ne soit garanti  nulle part.

En outre, la promulgation de la  Loi n°2011-07 du 30 mars 2011 portant « régime de la Propriété foncière »  qui contourne tous les obstacles à l’accaparement des terres agricoles contenus dans la Loi sur le Domaine National, par sa  publication dans le JO n°6607 du 13 août 2012,  a fini   par faire douter  de la volonté du nouveau Chef de l’Etat,  à s’engager dans la voie de la libération économique du pays.

Ce doute fut renforcé par l’adoption d’un  « Programme du Sénégal  Emergent (PSE) qui, par son mode de financement, et ses engagements sur la  flexibilisation du Travail,  et  sur  le foncier,  au profit  des investisseurs privés étrangers, ont été perçus comme des signaux forts d’une volonté politique de renforcement de  la main mise étrangère sur notre  Economie.

Et par-dessus tout cela, il s’est développé une politique active de marginalisation des entreprises autochtones  dans les grands marchés publics, notamment dans les BTP,  et même de leur exclusion de certains secteurs où elles avaient déjà pignon sur roue (Affaire Ecotrans, et Affaire Effiage/Total/SONATEL).

Mais, c’est surtout, la décision du Chef de l’Etat, de parapher les « Accords de Partenariat Economique » (APE),  contre l’avis écrit  de « la Direction des Etudes et de la Planification Economique » (DPEE) de son propre Ministère de l’Economie et des Finances, qui a fini de convaincre de  la nature de ce nouveau tournant de la politique économique de cette seconde Alternance.

Cette décision qu’il est parvenue à faire partager à ces paires de la CEDEAO, va coûter 11 milliards d’Euros de pertes de recettes fiscales aux « Pays les Moins Avancés » (PMA) de notre sous région, dont le nôtre,  pour une contrepartie en aide publique au développement de 6,5 milliards d’Euros, qui étaient pourtant acquis et programmés par l’Union Européenne, bien avant les négociations sur les APE.

Ce tournant ne laissait  plus aucune place, même chez les  plus optimistes, pour nier  sa nature anti patriotique, et anti sociale, dans un pays où, selon le sondage de «  Performance Group » SAARA 2013-2014 portant   « Baromètre des rémunérations » des entreprises du secteur moderne au Sénégal,  64% des entreprises sont des filiales étrangères, et 36% sont  des entreprises sénégalaises.

 C’est ainsi,  que le PSE condense,  à lui tout  seul,  les contradictions entre :

  •  l’Etat  et la classe ouvrière,  sur le marché du travail, pour le  profit  des grandes entreprises étrangères qui concentrent l’essentiel des effectifs de la classe ouvrière (58% des effectifs  dans 10% des entreprises);
  • l’Etat et le monde rural sur le foncier,  au profit de l’agrobusiness ;  
  •  l’Etat  et  les entrepreneurs autochtones,  qui  se sentent  marginaliser  et confiner  dans les bas fonds de notre Economie.
  • L’Etat et les travailleurs de la Fonction publique,  dans ses engagements d’économiser 300 milliards dans ses dépenses de fonctionnement et d’investissement,  pour contribuer au  financement  des projets du PSE.

Ces contradictions sont renforcées par  les APE  qui  sonnent le glas pour toute entreprise au Sénégal, qui n’est pas une filiale ou une succursale des entreprises Françaises et Européennes.  

C’est donc,  le sort de ces 36% des entreprises sénégalaises  et de leurs travailleurs, qui sera scellé avec les APE.

  1. Conclusion.

Les Politiques d’Ajustement structurel  et  les « Assises nationales »,  ont été des moments historiques décisifs,  dans le développement  d’une «  classe d’entrepreneurs autochtones »  dans les secteurs de production des biens et services dans notre pays.

En effet, alors que les Politiques « d’Ajustement » avaient polarisé  les entrepreneurs autochtones  dans  différentes organisations  patronales  adverses,  les « Assises nationales » ont été l’occasion  de les réunir sur la base du « Patriotisme économique ».

De même, les « Assises nationales »  ont été l’occasion,  pour la classe ouvrière,  de nouer une nouvelle alliance avec  les entrepreneurs autochtones, et le monde rural,  autour de  ces «  Conclusions » ;  ce qui met fin à son isolement  depuis qu’elle avait perdu son alliance avec les classes moyennes intellectuelles durant les luttes pour l’Indépendance nationale.

C’est ainsi, qu’ avec les « Conclusions des Assises nationales » ,  pour la première fois l’histoire de notre peuple, les classes fondamentales de notre société,  que sont  le monde rural, la classe ouvrière et  la «  classe des entrepreneurs autochtones », partagent un objectif économique et politique commun,  qui est la « souveraineté économique »  pour parachever notre Indépendance nationale.

Cette situation est le produit   historique de l’évolution du capitalisme dans notre pays, dominé par les grandes entreprises étrangères qui concentrent  en leur sein, l’essentiel des effectifs de la classe ouvrière.

Ce développement du Capitalisme, sans une classe d’entrepreneurs autochtones aux commandes de l’Economie nationale, qui était en gestation sous l’époque coloniale, a engendré, aujourd’hui, des contradictions sociales spécifiques qui  distinguent le parcours historique  de notre Bourgeoisie nationale,  du parcours classique  de formation de cette classe sociale, dans le  développement du capitalisme, notamment en Europe.  C’est  cela qui donne  au processus révolutionnaire dans notre pays, un caractère singulier, dont les différentes classes  fondamentales  de notre société  devraient prendre la pleine mesure, pour réaliser leur destin national.

Les obstacles à éviter, pour l’aboutissement de ce processus révolutionnaire, sont, les « réflexes de classe primaires »  qui pourraient porter la classe des entrepreneurs autochtones,  dans une alliance avec la Bourgeoisie étrangère,  pour imposer la flexibilité du marché du travail, avec son corollaire, la précarisation de l’emploi,  pour en faire une variable d’ajustement  pour tenir  dans la concurrence. Or, ce « reflexe » est, dans le contexte des APE, illusoire pour toute entreprise qui n’est pas une «  filiale » ou une « succursale » des entreprises Françaises et Européennes, donc pour les 36% des entreprises du secteur moderne qui sont nationales.

De même, ce « reflexe de classe primaire » pourrait les pousser à s’allier avec l’Agrobusiness pour l’accaparement  des terres, les mettant ainsi en contradiction irréductible avec les organisations représentatives du monde rural, qui militent pour la défense et la modernisation des petites et moyennes exploitations agricoles familiales qui sont confrontées à une « faim de terre » qui les bloque à un stade végétatif.  Ces exploitations agricoles familiales représentent, en 2004/5,  plus de 56% des exploitations agricoles sous pluie, disposant  de  moins de trois hectares,  qui sont le  seuil minimum pour s’équiper d’un semoir tracté par un âne (traction asine).

Ce même « réflexe de classe primaire » pourrait  aussi amener les organisations syndicales des travailleurs à ne pas faire, dans leurs luttes, la distinction entre «  entreprises autochtones » et « entreprises étrangères » qui pourtant ne boxent pas dans la même catégorie.

C’est donc,  autour de la défense du « Patriotisme économique »,  tel que défini de façon  consensuelle dans les  « Conclusions des Assises nationales », que toutes les classes fondamentales de notre société devraient se retrouver,  pour en faire « l’agenda central »  de  tous les patriotes de ce pays. C’est la seule manière de relever, avec un  succès certain, les défis de notre « souveraineté économique » pour parachever Indépendance nationale,  afin d’ouvrir la voie à l’intégration sous régionale,  en perspective de l’Unité Africaine.

Ibrahima SENE PIT/SENEGAL

Dakar le 3 Septembre  2014

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Publié le 27 Juillet 2014

Il faut exiger l’arrêt immédiat des agressions Israéliennes contre la Palestine,  et le retrait de ses troupes !

Le 12 juin, survient l’enlèvement des trois jeunes Israéliens qui sont retrouvés tués le 30 juin. C’est ce que Israël a considéré comme un  casus belli  pour justifier  l’opération « Barrière protectrice » contre Gaza.

Cette nouvelle agression contre le peuple de Palestine, en réalité, n’a rien à voir avec une réaction punitive contre  ce peuple au nom de ces  trois  jeunes Israéliens enlevés puis tués par des Palestiniens. Cette nouvelle agression entre en droite ligne dans les intérêts économiques et stratégiques des gouvernements israélien et états-unien dans le Moyen Orient. En attestent, si besoin en était,  l’ampleur des forces militaires déployées par Israël, et le soutien unanime et public des puissances occidentales  que ce pays a reçu, y compris de la part du gouvernement français qui n’a pas hésité d’interdire et de réprimer à Paris  une manifestation de démocrates  français de soutien à la Palestine.

Ces intérêts stratégiques ne sont autres que la volonté d’Israël de prendre le contrôle des réserves énergétiques de la totalité du Bassin du Levant, que constituent les réserves palestiniennes, libanaises et syriennes comprises. Washington, en soutenant Israël, vise le contrôle de tout le Moyen Orient. Mais Tel Aviv et Washington ont vu leurs stratégies menacées par la rencontre du président palestinien Abbas avec le président russe Poutine le 23 janvier 2014,  rencontre durant laquelle  ils ont jeté les bases d’une coopération dans le secteur énergétique pour  l’exploitation,  par GAZPROM , d’un gisement de gaz et  d’un gisement pétrolifère dans les environs de la ville palestinienne de Ramallah en Cisjordanie, et  par Technopromexport , la construction d’un site thermoélectrique d’une puissance de 200 MW. Le retour de la Russie dans le Moyen Orient  est devenue cauchemardesque pour Israël, les États-Unis et l’UE, le gouvernement français en tête. La formation du nouveau gouvernement palestinien d’unité nationale le 2 juin 2014 renforce la possibilité que l’accord entre la  Palestine et  la Russie puisse être mise en œuvre. La menace sur les plans impérialistes dans la sous-région devient ainsi de plus en plus réelle.

L’enlèvement des trois jeunes Israéliens intervenu le 12 Juin et retrouvés tués le 30 Juin,  n’a donc été qu’un prétexte pour faire passer pour une guerre d’auto défense contre le terrorisme,  une véritable guerre d’occupation de Gaza pour faire tomber ce gouvernement d’union nationale, et barrer la route au retour de la Russie dans cette partie du monde, d’où elle a été exclue depuis la chute de l’Union Soviétique.

Ce qu’il faut donc exiger d’Israël et de ses soutiens occidentaux, ce n’est pas des trêves humanitaires pour soigner les blessés et enterrer les morts, c’est plutôt  l’arrêt immédiat de cette nouvelle agression inqualifiable, et le retrait des troupes d’invasion de la Palestine. Car,  il s’agit bien d’une violation flagrante de la souveraineté du peuple de Palestine,  en droite ligne avec le refus d’Israël de reconnaître le gouvernement d’union nationale de Palestine,  et la désignation du Hamas comme « organisation terroriste » par les grandes puissances occidentales.

Le tort du Hamas n’est pas seulement d’avoir refusé de reconnaître l’existence de l’État d’Israël tant qu’il ne libère pas  la Palestine, mais  c’est aussi  dans  le fait que, dès son accession au pouvoir dans la bande de Gaza après  y avoir gagné les élections de 2006,  il a rejeté l’accord avec Israël préparé par de l’ex-Premier ministre Tony Blair, envoyé du  « Quartet pour le Moyen Orient », qui enlève aux Palestiniens les trois quarts des futurs revenus du gaz, en versant la part qui leur revient sur un compte international contrôlé par Washington et Londres, et avait exigé sa renégociation ! Dans ces conditions, accuser le Hamas de « terroristes »  était un moyen commode pour Washington et ses alliés Européens pour justifier leur  soutien à  Israël  dans l’invasion de Gaza pour y chasser le Hamas qui empêche de tourner en rond. Il ne s’agit donc pas de problèmes entre « musulmans radicaux » et « juifs  radicaux», ni entre « Arabes musulmans  et Juifs »,  mais il s’agit bel et bien d’un problème de continuation de la colonisation menée par Israël depuis 1967 !

C’est face à cette guerre de colonisation, que les Nations Unies ont décidé de mettre en place un « Comité pour l’exercice des Droits inaliénables du Peuple Palestinien » dont elles ont confié la Présidence, à notre pays, le Sénégal. Notre pays recevait ainsi une légitimité internationale pour intervenir dans la crise Israélo palestinienne, que ni la Ligue Arabe, ni l’OCI, encore moins les Etats Unis,  ou l’Europe, n’ont jamais eue.

C’est en conformité avec ce statut, que le Sénégal ne peut pas prendre des décisions unilatérales au plan diplomatique, pour sanctionner Israël. Le Sénégal est devenu,  avec ce statut, une « puissance politique et morale »  au plan mondial, et ne peut donc pas, au plan diplomatique sur la question de la Palestine, avoir le même comportement que les autres pays. Par contre, face à cette nouvelle agression d’Israël, le Sénégal est tenu de réunir les pays membres du Comité qu’il préside, pour prendre des mesures diplomatiques  collectives contre Israël, et l’obliger à cesser sa sale guerre, à retirer ses troupes, et à respecter les frontières de 1967 reconnues  à la Palestine par les Nations Unies.

Mais dans l’immédiat,  Israël doit satisfaire ces conditions de rétablissement du droit et de la justice brandies par le Hamas, à savoir :

-          La fin de l'agression contre le peuple palestinien » ;

-          La levée complète du blocus de Gaza, en place depuis 2006 ;

-          L'ouverture du poste-frontalier de Rafah avec l'Egypte ;

-          La liberté de mouvement pour les Gazaouites à la frontière avec Israël ;

-          La suppression de la « zone tampon » interdite aux habitants de Gaza ;

-          L'autorisation de pêcher jusqu'à 12 milles marins des côtes de Gaza ;

-          La libération de prisonniers (ceux qui avaient été dans un premier temps libérés  en échange du soldat israélien Gilad Shalit en 2011).

Cependant,  étant à la tête d’un État souverain et d’un peuple solidaire  avec le peuple de Palestine, le Gouvernement du Sénégal peut prendre des mesures économiques et culturelles en rétorsion contre  la guerre qu’Israël mène  contre ce peuple. Mais ces rétorsions économiques n’ont  pas de portée significative sur Israël dans le domaine du commerce  des marchandises entre nos deux pays; d’où  une action de boycott des produits israéliens a peu de sens. En revanche, comme l’a souligné le M23 dans une Déclaration en date du 22 juillet 2014, le tableau est tout à fait différent dans la  « e-économie »,  où  la coopération de notre pays avec Israël dans le domaine du « contrôle des communications »  est économiquement et stratégiquement significative compte tenue de sa position géostratégique en Afrique. C’est là où le Sénégal  peut prendre des mesures de rétorsions significatives dans le « portefeuille » des entreprises israéliennes, et dans le « renseignement » pour la politique sécuritaire de cet État. Le Sénégal devrait donc résilier sans tarder tous les contrats qui le lient  aux  entreprises israéliennes dans le domaine du « contrôle  des communications », pour participer à la solidarité mondiale visant à contraindre Israël à arrêter son agression et à retirer ses troupes, et de les  exclure de tout marché public, tant qu’Israël ne respecte pas l’existence de l’État de Palestine indépendant dans ses frontières de 1967 reconnues par L’ONU, avec Jérusalem comme capitale.

C’est pour ces raisons que, tous ensemble, il faudrait  exiger de notre Gouvernement  qu’il s’assume pleinement dans la pression des peuples  du monde sur Israël,  pour qu’il mette fin à son invasion de Gaza, retire ses troupes,  et se conforme aux résolutions onusiennes pertinentes sur la Palestine. Sans cela, la place de notre pays à la tête de cette mission des Nations Unies n’aura guère plus aucun sens.

                                   

Ibrahima SENE

PIT/SENEGAL

Fait à Dakar le 25 Juillet 2014

 

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Rédigé par LE BLOG DU PIT-SENEGAL

Publié le 27 Juillet 2014

Les révélations récentes du colonel Ndaw comme ceux du commissaire Keita sur la mise en réseau de certains de nos responsables chargés de notre sécurité, de celle de notre pays,  avec des milieux non fréquentables  en République, les scandales économiques, financiers, sociaux à répétition qui ont été relevés dans la décennie 2002-2012, les attaques de  biens privés et publics  par des individus ou par des bandes, les nombreux crimes de sang restés,  alors impunis, les accusations contre notre pays d’être une plaque tournante de la drogue, de blanchiment d’argent, de prospérassions de la corruption,  prouvent encore que notre pays avait emprunté ces dix dernières années  la voie du basculement vers un Etat de non droit, un Etat « mafieux ».

Fort heureusement, c’est le lieu de rendre encore un vibrant hommage à toutes ces femmes et à tous ces hommes, militants de la République,  qui ont senti le coup venir et ont su faire preuve de lucidité, de courage, de sacrifices, de patriotisme et qui comme un seul homme se sont dressés en  remparts contre les dérives totalitaires, pour arrêter cette main invisible et satanique qui a voulu transformer cette paisible terre de cheikh Amadou Bamba et Maodo Malick etc…en écurie d’Augias. Tout le mérite des révélations du colonel Ndaw réside dans le fait qu’elles  puissent  conforter les Sénégalais dans la pertinence de leur choix d’alors,  de cette volonté inébranlable de  changement inéluctable au sommet de l’Etat en 2012, mais surtout  d’avoir levé un coin du voile de la nature toxique de l’héritage légué et du niveau de délitement avancé au plan  moral, éthique, économique, sécuritaire du pays et de la société sénégalaise.

 En effet le contenu des révélations , si elles s’avèrent vraies,  la nature des actes révélés, l’audace , la témérité des actes posés et le niveau de responsabilité où  ils ont été  pris,  suscitent d’autres questionnements dont celui-ci : le Général Fall pouvait–il agir seul  à l’insu de ses Supérieurs hiérarchiques, quand on sait qu’ un Etat dispose de services et de sources de renseignements insoupçonnés,  ou appliquait-il une politique  « sécuritaire d’Etat » sous le coup de la raison d’Etat? SI tel était le cas, l’homme ne devrait pas être l’agneau du sacrifice. En tout état de cause  malgré cette complicité révélée entre ceux là qui étaient chargés de notre sécurité et certains rebelles , le pouvoir d’alors n’a pas su tirer profit du jeu  au regard de  la précarité de la paix dans la Zone. Mais il s’y ajoute  surtout que  l’Etat de droit fut malmené dans la période avec ces  crimes politiques enregistrés  dans la zone et dont les auteurs courent toujours et des attaques de garnisons dont celle d’une gendarmerie où certains de ses  occupants ont été tués et d’autres faits prisonniers pendant des mois par les rebelles.

Quand au Colonel il aurait commis un crime de lèse majesté  avec son livre s’il est encore sous les drapeaux malgré son courage et l’intérêt que de telles révélations pourraient apporter à la postérité qu’il faille mettre en avant dans cette affaire. Oui Comment faire pour que plus jamais ça dans notre pays « that is the question » ?

A mon avis même si la grande muette doit rester toujours muette et discrète c’est cela son charme et sa force, à l’interne il doit être possible d’avoir un organe d’exutoire pour prendre en charge ces genres de problèmes de personnes qui constituent d’ailleurs une tare des sociétés fortement hiérarchisées comme l’armée et pour ce faire les inspections internes doivent être plus opérationnelles et plus vigilantes et devraient pouvoir s’autosaisir.

Au demeurant, je disais dans un article paru dans la presse en guise d’alerte pour les composantes de Benno Bokh Yaakhar  dés les premiers mois de la deuxième alternance que la révolution populaire de Mars 2012 n’était achevée et qu’il fallait continuer ensemble à pousser dans la roue. IL n’y a pas lieu donc de désespérer  de jeter aux géhennes nos forces de sécurité qui ne valent que par ce que les régimes en place veulent en faire. Les gendarmes et les policiers se feront toujours respecter malgré l’existence en leur sein comme dans toutes les strates de la société d’ailleurs de brebis galeuses. Je reste persuadé que ces situations dans la police et à la gendarmerie qui pourraient être des épiphénomènes n’eût été le niveau hiérarchique impliqué, ne devraient pas entamer le crédit intrinsèque de ces vaillants corps oh combien utiles.

Il s’agit donc pour nous de comprendre que notre société  comporte des tares congénitales et des fléaux majeurs qui pour les guérir demandent courage , union des forces, dépassement de soi  et c’est sans doute cela qu’a  certes compris un  grand leader politique qui en faisant une lecture correcte de la situation précaire de notre pays a décidé publiquement de sursoir à toute ambition politique personnelle à cette ultime étape, pour parachever l’œuvre commune de redressement national, entreprise dans le cadre du Benno. C’est un acte de courage politique et de patriotisme à saluer et à méditer par les autres leaders de Benno mais surtout par tous ces artificiers politiques dont  la seule technique éculée, repose sur les intrigues  politiques dangereuses pour la cohésion nationale. Tous ces poids plumes politiques du reste très  agités par des appétits de pouvoir prématurément aiguisés, devraient également garder encore les rangs car Il faudrait bien que le pays, la république soit d’abord au rendez-vous avant tout. Autrement  les rêves seront à jamais bisés et les préoccupations seront autres et  ailleurs.  Notre pays  y sera dans la discipline, dans la rigueur et le travail, l’imputabilité et la reddition des comptes, dans la justice sociale et le respect du choix majoritaire souverain. A l’heure actuelle c’est la seule cause qui vaille le combat. Sinon le pays est en danger. Que Dieu sauve et bénisse notre cher Sénégal. Amen !   

WALY NDIAYE Professeur

wandiaye@gmail.com

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Publié le 8 Juillet 2014

LE LIMOGEAGE DU PREMIER MINISTRE ET  LES TENTATIVES  DE JUSTIFIER UN RETOUR AU REGIME PRESIDENTIEL

Le Sénégal a connu un régime Présidentiel,  de 1963 à 1970, période qui est restée dans notre histoire comme une  période régression de nos acquis démocratiques. Elle a été  désignée pour cela, comme  des "années de plomb" !

 C'est grâce à la lutte obstinée de patriotes et démocrates sénégalais, au prix de lourds sacrifices, que Senghor fut obligé de « déconcentrer » le Pouvoir du Président de la République,  en nommant un Premier Ministre,  pour instaurer  ainsi une nouvelle ère de "régime Présidentiel déconcentré" qui devait accompagner « l’ouverture démocratique" que lui imposaient les rapports de force dans le pays.

 Ce nouveau régime n'a connu qu'un seul Premier Ministre de 1970 à 1980.

 Il a fallu passer par les massacres de "Centenaire"  de 1964, et les évènements de 1968 et 1969, pour  en arriver là.

C'est aussi la période des plus grandes avancées démocratiques depuis l'Indépendance.

En effet, c'est sous  ce régime, de 1980 à 1983,  que le peuple sénégalais a engrangé la consécration définitive de ses conquêtes démocratiques (multipartisme intégral, pluralisme syndical, liberté d'expression, de réunion publique et de Presse).

 Cette liberté conquise par le peuple fut menacée  dès le début,  par les Programmes d'Ajustement Structurel, dont la mise en œuvre ne pouvait pas s'accommoder avec les libertés syndicales et les droits à la manifestation publique.

D'où le retour au régime Présidentiel qui recentre tous les pouvoirs et la gestion de l'Administration entre mains du Président de la République.

Cette régression institutionnelle fut accompagnée de graves entraves à l'exercice des droits démocratiques du peuple, connue dans notre histoire comme  les "années de braise".

Cette période a duré de 1983 à 1991,  pour prendre fin avec le retour au régime Présidentiel déconcentré,  accompagné d'une pause dans « l’exécution »  des Programmes d'Ajustement structurel.

Il a fallu, durant ces "années de braise ",  une lutte acharnée du peuple,  pour faire respecter ses droits démocratiques et sa souveraineté confisquée par les Institutions de Bretton Woods, à travers les Programmes d'Ajustement structurel, pour obliger le pouvoir à cette évolution progressiste.

Cette évolution était comme une arête à travers la gorge des Institutions de Bretton Woods, illustrée par le titre du livre de l'Economiste en Chef de la Banque mondiale à l'époque : "SENEGAL: AJUSTEMENT "AJOURNE", publiè en1992.

Il a fallu passer par les évènements  de 1988 et 1989,  pour encore  en arriver là. 

C'est avec ce retour au régime Présidentiel déconcentré que notre  peuple  est parvenu à consolider ses acquis démocratiques avec l'adoption du " Code électoral consensuel » de 1992 , du » droit à la candidature libre aux élections présidentielle et législative », et à « l'institution d'une commission indépendante de contrôle des élections » ( ONEL , puis CENA) , qui ont créé les conditions qui ont permis deux alternances démocratiques au Sénégal, en 2000, et 2012.

 Mais, c'est  sous Wade, que ce régime a atteint ses limites sociales dans le Cadre de sa Constitution de 2001, qui a instauré  un "Despotisme éclairé", afin de parachever ce qui restait des programmes d'ajustement (la privatisation de la SONACOS,  la dissolution de la SONGRAINES pour libéraliser la collecte des arachides,  la vente au comptant des intrants pour les productions d'arachide  et de mil,  la vente au comptant du matériel agricole,  la privatisation de la SODEFITEX, du  Transport ferroviaire, et des ICS,  la privatisation de  la terre au profit de l' Agro-business, l'autorisation de renouvèlent indéfini des Contrats de Travail à durée déterminée, et l'institution de la Retraite par Capitalisation" à la place de la « Retraite par Répartition » qui est en vigueur, pour mettre fin à l’ « Autonomie  de gestion de l’IPRES » et à sa " Cogestion tripartite entre l'Etat, le Patronat, et les Syndicats des Travailleurs).

Douze ans durant de tentatives de briser les acquis démocratiques, économiques et sociaux de notre  peuple  sous la férule de son "Despotisme éclairé"  se sont traduites par une instabilité institutionnelle et une crise économique et sociale jamais égalées, avec six (6) Premiers Ministres.

Manifestement, cela illustre que le régime Présidentiel déconcentré ne peut pas s'accommoder, au Sénégal, avec les Programmes d'Ajustement structurel, compte tenu du degré qui y est  atteint par le processus de démocratisation des Institutions de la République, et de la vie publique.

C’est à ce constat qu’étaient arrivées les «  Assises nationales du Sénégal » en 2008, et qui justifiait , dans ses Conclusions,  ses propositions de réforme des Institutions et des politiques économique, sociale et culturelle, qui ont été largement reprises dans les recommandations de la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI), instituée par le Président Macky Sall.

Mais, les nouvelles contraintes d’Ajustement structurel que nous imposent les Institutions de Bretton Woods,  dans le cadre du «  Programme du Sénégal Emergent » (PSE), militent  pour un retour au régime Présidentiel, en prenant le contrepied des recommandations de la CNRI de mettre fin définitivement  aux séquelles  d’un tel régime qui plombent encore le fonctionnement de nos Institutions  dans  le respect des libertés démocratiques et citoyennes acquises par notre peuple.

Ce  projet de régression institutionnelle foncièrement  anti démocratique, et anti social, a été, dès le retour du « Groupe Consultatif »  de Paris sur le PSE, agité dans le cadre de la bataille feutrée menée contre le Premier Ministre par des cercles tapis à la Présidence. 

Cette nouvelle crise au sein de l’Exécutif montre, de nouveau, que le régime présidentiel déconcentré  a atteint ses limites sociales, puisqu’il est  tiraillé  entre les exigences de souveraineté nationale  et  de démocratie de notre peuple, et les diktats des Institutions de Bretton Woods, qui veulent, sous couvert leadership  fort du Président, un interlocuteur  sans état d’âme à sous leurs ordres.

C’est ainsi que,   se sachant sacrifiée dès le Conseil des Ministres décentralisé à Kédougou par un Président  de la République qui traite  ses Ministres «  d’incompétents » en sa présence, Madame le Premier Ministre a vu dans les élections,  un moyen de « vendre chère sa peau ».

Elle a ainsi osé défier le très populaire Maire sortant de la Commune de Grand Yoff et de la Ville de Dakar, mais aussi entraver les ambitions du Frère de la Première Dame dans sa propre localité.  

Elle a, à cet effet, résisté à toutes les  pressions pour la faire renoncer à sa candidature,  y compris à  celles du Chef de l’Etat,  qui menaçait de sanctionner les perdants dans leurs localités.

Elle avait bien conscience qu’elle devrait partir après les Locales, et devrait donc se faire une base politique qui ferait d’elle,  une personnalité politique avec laquelle, il sera difficile pour le Chef de l’Etat de ne pas compter.

Au finish, elle a perdu les élections et son poste de Premier Ministre, mais elle s’est fait une base politique solide dans sa localité.

Son refus de démissionner  a mis  ainsi le Chef de l’Etat dans une situation politique difficile, pour s’être séparé de son Premier dix (10) mois seulement  après l’avoir nommée, sans aucune raison objective, si ce n’est en vertu de  son pouvoir qui lui permet de justifier ses actes par «  tel est  mon bon vouloir » !

En effet, il lui serait malaisé de justifier ce limogeage par la défaite de Madame le Premier Ministre, puisque c’est lui-même qui avait  considéré publiquement,  les Locales comme «des Primaires » pour  sa formation politique.

 L’on n’a jamais vu une Direction politique,  sanctionner les perdants de « Primaires » qu’elle a organisées.

Au contraire, que ce soit  la Direction du  Parti Démocratique  aux USA, ou celle  des Socialistes, en France,  aucune  n’a jamais ménagé d’efforts pour que  les « perdants »  ne se sentent pas « exclus », ne serait ce que pour éviter d’affaiblir leurs Partis.

Toutes  ces considérations devraient pouvoir éclairer les tenants et les aboutissants des propositions récurrentes  de retour au régime présidentiel.

Notre pays pourra t-il éviter d’être déstabilisé  par ces tentatives d’une nouvelle régression institutionnelle,  après s’ y être victorieusement opposé sous Wade ?

Le limogeage du Premier Ministre ne devrait  donc pas être un prétexte  pour un retour au régime présidentiel, ou  être une occasion de reporter aux calendes grecques, les propositions de la  CNRI qui enlèvent au régime présidentiel  déconcentré, toutes les tares du Présidentialisme qui lui ont fait atteindre, au Sénégal d’aujourd’hui, ses limites sociales.

Ibrahima SENE

PIT/SENEGAL

Dakar le 6 juillet 2014

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Publié le 4 Juillet 2014

 

Un nombre significatif de résultats des élections du 29 juin est rendu public pour permettre de procéder à une évaluation de celles-ci. Mais pour ce faire, comme pour toutes autres élections,  il est nécessaire d’aborder cette évaluation à partir du contexte, des enjeux, des objectifs des principaux protagonistes, et des stratégies électorales mises en œuvre pour les atteindre.

 

  1. Le contexte

 

 Abdoulaye Rokhaya WANE, Stratégiste, Président du Think Tank Leadership Afrique,  dans une brillante contribution,  décrivait le contexte général dans lequel se sont tenues les élections locales du 29 Juin, en ces termes :

 

 « A bien des égards, ce que vit le Sénégal d’aujourd’hui correspond à ce qui a été à l’origine de la « révolution tranquille » du Québec qui est définie comme : «  le bref moment pendant lequel, fort d’un large consensus, l’Etat, son personnage principal, a été à la fois intensément réformiste et intensément nationaliste. L’Etat québécois a poursuivi en même temps un objectif de modernisation accéléré et un objectif très net de promotion nationale des Québécois francophones ».

 

En effet, c’est ce type de « Révolution »,  théorisé par les Assises nationales, que portait l’avènement du Président Macky Sall au pouvoir, fort d’un large consensus incarné par la coalition BBY qui l’a soutenu au second tour de l’élection présidentielle du 25 Mars 2012.

Et plus spécifiquement, cela s’est traduit par des options de réforme phare  sur les Institutions, sur le foncier, sur la Décentralisation, sur l’Education et la Santé publiques, et sur la promotion d’un « partenariat  public- privé », qui devait épauler l’entreprenariat national pour relancer l’économie et faire face aux problèmes d’emploi,  ceux  de la jeunesse notamment.

Mais la mise en œuvre de cette feuille de route par les nouvelles autorités s’est heurtée à la nature sociale des principales forces politiques au pouvoir, et aux ambitions de second mandat,  devenues centrales dans les préoccupations du Chef de l’Etat.

A cet égard, la nature sociale de la formation politique du Chef de l’Etat, qui est « l’Alliance pour la République » (APR) est en quelque sorte, un instrument pour satisfaire l’ambition politique de son leader, tout comme d’ailleurs l’ont été le PDS de Wade 1974, l’URD de Djibo Kâ 1998, l’AFP  de Moustapha Niasse en 1999,   et REWMI de Idrissa Seck.

 Ce ne sont pas des Partis de réforme, à plus forte raison de transformation sociale, mais  des Partis de réalisation des ambitions  de leadership personnel de leur fondateur, quelque soit l’idéologie dont ils se revendiquent.

Ces types de Parti ne peuvent réaliser les ambitions de leur fondateur,  que dans le cadre d’un régime présidentiel fort, qui peut évoluer rapidement vers un «  Césarisme démocratique  » ou un «  Despotisme éclairé » selon la terminologie de Wade, ou  vers un «  Bonapartisme » selon la terminologie généralement utilisée  pour caractériser ce genre de régime.

Ce sont donc ces types de Parti (APR et AFP) qui cohabitent avec des Partis de réforme (PS) et de transformation sociale  (Partis de Gauche) pour constituer la coalition BBY au pouvoir.

La capacité du nouveau pouvoir à réaliser la «  Révolution tranquille » de type Québécois  que nécessite le contexte général actuel au Sénégal,  dépend donc du degré de cohésion au sein de BBY et de l’effectivité de concertations sur les grands dossiers de réformes projetées.

Mais BBY fut plombé dès le début, en perspectives des Législatives de Juillet 2002,  par les ambitions  des cadres du Parti du Président ,  qui trouvaient  déjà dans ces joutes législatives,  une occasion rêvée pour une place au soleil,  et militaient pour la plupart,  pour des listes « Apéristes »  qui étaient pour eux,  l’unique moyen pour leur jeune formation politique  de se tailler une majorité confortable à l’Assemblée et, par voie de conséquence, permettre au président Macky sall de dérouler sans anicroches, son programme pour le Sénégal.

Mais logique avec lui-même, parce que porté au pinacle par la coalition Bennoo Bokk Yakkar, ( BBY),   il y avait à peine 4 mois, le président Macky Sall prenait  le contrepied de cette option qui a été théorisée par la plupart de ses lieutenants « Apéristes ».

 Toutefois,  comme  le rapporte  talentueux journaliste  Alassane  Farba Sy,  dans une brillante analyse  de la nature de l’APR, à en croire l’administrateur du parti, « l’Apr a fait le choix de créer des leaders plutôt que d’en recycler ».  Et pour arriver à cela, « Macky Sall devra nommer ses militants à de hauts postes de responsabilité, histoire de leur donner une puissance financière pour faire de la politique ».

En d’autres termes, le Président Macky Sall veut user de l’insertion de ses cadres  dans l’appareil d’Etat et les entreprises publiques pour les donner les moyens de devenirs des « cadres politiques », au service de sa formation.  C’est donc une option de « fabrication artificielle de « cadres politiques »  au service de son Parti pour promouvoir son leadership, comme Wade le fit pour promouvoir le sien,  à travers des « entrepreneurs artificiellement créés ».

Ainsi, au lieu que le Parti forme des cadres politiques aptes à servir l’Etat,  et que l’Etat s’appuie sur les entrepreneurs nationaux existants pour qu’ils développent leurs activités pour booster l’économie, créer des emplois  et servir  d’encadreurs pour les nouveaux venus dans le monde des affaires,  c’est le contraire qui se produit et bloque les perspectives de la « Révolution tranquille ».

C’est donc  ce contexte qu’il faut prendre en compte pour bien comprendre  les enjeux  des élections locales, les objectifs  des protagonistes et leurs stratégies électorales.

     2)  Enjeux et objectifs des protagonistes.

Les véritables enjeux des élections locales du 29 juin ne sont rien d’autres que le parachèvement, par BBY, de la conquête du pouvoir entamée depuis les présidentielles de Février - Mars 2012, confortée par les Législatives de Juillet 2012,  en remportant l’essentiel des collectivités locales qui sont restées majoritairement entre les mains du pouvoir déchu.

Mais ces enjeux furent occultés par les objectifs du Président de la République  et  de ses cadres politiques, de se tailler une large base politique pour massifier  leur formation en perspective,  de la lutte future pour un second mandat.

Ce sont ces objectifs qui ont présidé  à l’Acte 3 de la Décentralisation qui n’a été rien d’autre qu’une restructuration des collectivités locales en vue de leur contrôle par le Parti du Chef de l‘Etat, comme le fit son prédécesseur en perspectives des Locales de 2009.

Ainsi, le nombre des Collectivités locales fut porté de 488 aux élections locales de 2009,  à  602 après  la suppression  des 14 Conseils régionaux ,  la création de 42 Conseils Départementaux  et le réaménagement des Villes pour affaiblir politiquent les  Maires sortants, afin d’augmenter les chances de leur conquête par les cadres de l’APR.

Le Code électoral fut révisé dans cette perspective, en autorisant le cumul de fonction de Maire,  avec des fonctions  dans l’Etat et  dans les Entreprises publiques..

Ce sont ces préoccupations étroitement partisanes qui ont plombé ce qui devait être  une réforme essentielle de notre politique de Décentralisation,  pour rendre plus effectives, les avancées historiques du peuple, organisé en collectivités locales, qui sont traduites dans la Constitution en termes «  d’auto -administration » et « d’autonomie de gestion » par leurs Conseillers  élus au suffrage universel direct

Les autres composantes de la coalition au pouvoir, (Macky 2012,  Benno AK TANOR et BSS)   étaient ainsi mises devant le choix d’accepter ces objectifs visés par le Chef de l’Etat pour asseoir l’hégémonie de son Parti, dans laquelle il voit le moyen de réaliser  son vœu d’un second mandat,  ou de devoir l’affronter dans les Locales, rejoignant ainsi les thèses soutenues par ces cadres, de se doter d’une nouvelle majorité différente et distincte de BBY dans cette perspective.

L’opposition, représentée par le PDS et REWMI,   espérait non seulement conserver  les collectivités locales qu’elle avait gagnées en 2009, mais rêvait d’un désaveu populaire  vis-à-vis  du pouvoir,  suite à leur  large déception par les performances mitigées des nouvelles autorités.  Mais ils comptaient surtout profiter de l’éclatement en vue de BBY en direction des Locales, à cause des ambitions hégémoniques de l’APR.

Wade espérait pouvoir catalyser et canaliser un puissant mouvement populaire, notamment à Dakar et dans les autres grandes villes,  pour créer des rapports de force pouvant obliger Macky Sall à négocier  son maintien au pouvoir en contre partie de la libération des fils, ou empêcher la tenue du procès.

Il a conscience que c’est son dernier combat électoral pour laver l’affront qu’il a subi par sa lourde défaite face à Macky, et que, c’est aussi,  c’est sa dernière opportunité  pour  libérer son fils.

Les personnalités et organisations de la Société civile, écartées  des élections   par la Constitution en vigueur,  le nouveau Code des Collectivités Locales, et le nouveau Code Electoral,  espéraient trouver des voies de contournement,  pour évincer les «  Politiques » qui auraient échoué aux yeux des populations.

L’interdiction de participer es qualité aux Locales  que les «  Politiques »  leur avaient faite, les confortaient dans leurs convictions que les populations s’étaient détournées d’eux, et voyaient en elles des   « Alternatives citoyennes crédibles ».

Ainsi,  trois champs de bataille électorale  se dégageaient, à savoir :

  • Les collectivités locales gagnées par BSS en 2009 ;
  • Les collectivités locales gagnées par le PDS et REWMI en 2009
  • Les 42 nouvelles Collectivités locales,  sous formes de Conseils Départementaux.

C’est pour investir ces trois champs de bataille que les principaux protagonistes ont élaboré leurs stratégies électorales.

                           3) Les stratégies électorales.

La première étape de ces stratégies  s’est traduite  dans les options de confections de listes électorales.

Pour BBY, en vertu des contradictions qui minent ses différentes composantes en direction  des Locales, il était décidé d’une stratégie à deux niveaux :   ou bien, aller ensemble  dans les collectivités locales où  des listes unitaires peuvent être retenues consensuellement, ou bien,  aller dans une coalition de son choix à l’exclusion d’alliance avec les Partis de l’Opposition.

Pour le PDS et REWMI,   il faillait aller en alliance partout où c’est possible,  à  l’exclusion de l’APR.

Pour la Société civile,  il faillait trouver un Parti pour parrainer  leurs listes.

La mise en œuvre de ces options s’est traduite par une dislocation de fait de BBY dans tous les trois champs de bataille,  même si  le Chef de l’Etat a confisqué le sigle pour y abriter ses cadres et ses hommes issus de la société civile, pour faire un raid sur les collectivités locales, y compris celles  sous le contrôle de ses alliés au pouvoir.

Mais,  elle n’a pas épargné  le Parti du Chef de l’Etat, APR,  qui a vu ses contradictions internes s’accentuer  par l’appât des promesses de promotion  dans l’appareil d’Etat et les Entreprises publiques,  que le Président de la République a  fait à  ses cadres qui gagneraient leurs collectivités locales, mais aussi, par les menaces de perte de poste à tous ceux qui en détiennent et qui n’auraient pas gagner leurs  collectivités locales.

L’utilisation de l’Etat pour massifier son parti est devenue option politique mise en œuvre ouvertement.

Macky 2012, qui est la première alliance qui l’a porté au premier tour pour le qualifier au second tour des élections présidentielles de 2012,  s’est démarquée  des listes parrainées par le Chef de l’Etat, pour confectionner les siennes propres et aller à l’assaut des collectivités locales en concurrence ouverte et hostile, avec  la Liste des hommes du Président de la République sous couvert de BBY.

Benno AK TANOR en a fait de même, singulièrement  dans le Département de Dakar, où le Maire socialiste sortant,  a su  établir une large coalition de partis politiques et d’organisations de la société civile, pour défendre les acquis  de 2009 dans la capitale.

BSS,  désemparé par le ralliement spectaculaire de l’AFP à  la stratégie électorale du Chef de l’Etat, est parti en ordre dispersé.  Sa composante de Gauche  n’a pas su  s’ériger  en une alternative à l’AFP, pour promouvoir une liste commune ouverte à la société civile.

Comme  à BBY, la mise en œuvre de la  stratégie électorale du Chef de l’Etat s’est traduite par l’éclatement de fait  de BBS.

Ainsi,  en perspectives des élections locales du 29 Juin 2014, le Chef de l’Etat a réussi la prouesse  de disloquer  les principales coalitions (Macky 2012 et BBY) qui l’ont porté respectivement au premier tour et au second tour des élections présidentielles de 2012,  et constituent sa majorité à l’Assemblée nationale, pour mettre en place une nouvelle majorité présidentielle en gestation dans ses listes présentées sous le sigle trompeur de BBY.

Le rejet  de ce projet de « nouvelle majorité  présidentielle »  présentée comme une «  CAP 21 bis » par BSS et Benno AK TANOR,  a certainement été l’élément déclencheur  du choix de la stratégie électorale du Chef de l’Etat en direction des Locales du 29 Juin, qui a abouti à cette dislocation de BBY et de BSS.

En outre, ni le PDS, ni REWMI, n’a su  dégager,  au niveau national,  des coalitions  pour matérialiser leurs mots d’ordre de « tous, sauf APR ».  Leurs cadres sont allés en coalition  avec des cadres de l’APR dans  de nombreuses collectivités locales,  enlevant ainsi  tout crédit à leurs tentatives de faire des Locales un  « référendum »  contre  le pouvoir,  en essayant d’entraîner au maximum  les déçus, et les mécontents de sa politique.

La société civile s’est investie en masse, mais dans la dispersion,  derrière des sigles empruntés de Partis politiques,  donnant ainsi l’impression  quelle est  sont aussi   omnibulée, comme les leaders politiques,  par  les lambris du pouvoir local, alors qu’elles n’ont eu  de cesse  à  les dénoncer pour ces mêmes attitudes.

Ce sont ces listes en compétition qui se sont avérées  être des listes non partisanes,  et  perçues comme des  coalitions ouvertes entre politiques et société civile,  et  ou  entre partis au pouvoir et partis de l’opposition, qui sont  allées dans la deuxième étape de la stratégie électorale  qui est  la campagne électorale.

                    4) La campagne électorale.

Elle s’est déroulée de façon calme et pacifique dans sa globalité,  et le peu de violences  physiques  notées a eu lieu entre  membres de la coalition BBY au pouvoir, là où tout le monde craignait des violences entre pouvoir et opposition.

Cette situation inattendue reflète l’allure inédite de ces Locales où l’on s’attendait  à une critique en règle  du bilan du pouvoir par l’opposition.  Mais la configuration des listes concurrentes  ne permettait pas un tel contenu dans le discours de campagne.

 Même le bilan des Maires et Présidents de Conseil Rural sortants  n’était pas au centre des débats.   Ce qui occupait  les ténors des listes en compétition  c’était, pour les uns, comment se  faire accepter par les populations,  et pour les autres, qui acheter  pour obtenir des voix.

Les uns étaient à la recherche de solidarité de proximité,  tandis que d’autres étaient à la recherche de clientèle.

 Le devenir des collectivités dans le cadre de l’Acte 3 de la Décentralisation, ou le sort de la participation  citoyenne dans les collectivités locales étaient les derniers soucis des prétendants au suffrage dans leurs collectivités locales.

Dans cette situation, la voix de  ceux qui se voyaient porteurs d’un «  programme de développement local » était inaudible.

La rivalité entre longueurs de caravanes, et de puissances de sons musicaux dans les rassemblements avait le dessus.

C’était une période de traite pour les « ambianceurs » et pour les prestataires  d’appareils de musique.

Dans cette atmosphère de campagne   « bon  enfant », Wade avait du mal  à faire  entendre  ses mots d’ordre de  «  départ de Macky en cas de défaite » ou de «  dissolution de l’Assemblée nationale ».   Même  son évocation  du problème  « Mittal » qu’il a présenté comme le « scandale » qui pourrait enterrer Macky,  n’a pas reçu l’attention qu’il attendait, ni susciter l’indignation qu’il espérait.

C’est donc à son corps défendant, qu’il assistait  à son incapacité à réaliser ce vaste rassemblement derrière ses mots  d’ordre, sans lequel son rêve de libérer son fils allait se transformer en son pire cauchemar.

De même, Macky se rendait compte  que son «  Plan Emergent pour le Sénégal »  et ses  «  Pôles régionaux  de territorialisation de ses Politiques de Développement »  étaient inaudibles, et n’étaient même pas la tasse de thé de ses cadres  durant la campagne.

Et pourtant,  ils étaient pour Macky, le moyen de faire espérer tous ceux qui sont déçus par sa politique, pour éviter  que ses listes ne soient sanctionnées.

Mais il s’est rendu compte, un peu trop tard,  que c’est dans la division de son Parti, et dans sa rupture avec les  coalitions qui l’ont porté au pouvoir,  où se trouve son risque de perdre les élections.

  C’est ce qui explique son cri de détresse lancé à ses cadres à Thiès en leur disant que « ce serait un miracle si vous  parvenez  à gagner cette localité ».

Ainsi, à l’issu de la campagne électorale, aucune tendance  de rapports de force au niveau national ne s’étaient dégagée en faveur des listes de Macky, ou de Wade, encore moins de Idrissa Seck. 

Même au niveau  des principales  collectivités locales, notamment à Dakar,  Chaque liste pariait sur sa victoire et ne pouvait même pas envisager sa défaite, particulièrement chez les listes issues de la Société civile.

    5)  Le scrutin du 29 Juin et ses résultats.

Malgré le déroulement globalement pacifique   du processus électoral, de fortes craintes de violence  persistaient encore chez nombre de citoyens, particulièrement dans les collectivités locales à grands enjeux comme Dakar, Guediawaye, Rufisque, Thiès et St Louis.

Le nombre inédit de listes électorales au nombre de 2700, dans 602 collectivités locales contribuait aussi à susciter des craintes lors du déroulement du scrutin.

Le nombre de plus de 200 partis politiques jugés pléthorique a été indexé, à tord, comme étant la cause  du nombre faramineux de 2700 listes de candidature en compétition.

En effet, si le pouvoir avait accepté la proposition qui lui a été faite lors de la révision du Code électoral, d’adopter le   « bulletin unique », l’on aurait eu 602 listes et non 2700.

Mieux, on aurait eu même moins de 602 listes, si le pouvoir n’avait pas profité de la suppression des 14 régions pour  transformer 42 Départements en Collectivités locales, on aurait eu 28 listes en moins.

Et si le pouvoir avait mis en œuvre son engagement de supprimer les collectivités locales que son prédécesseur  avait créées  après les élections locales de 2009 pour des raisons politiciennes dans des localités comme Mbane et Sangalkam, l’on aurait eu 488 Collectivités locales comme en 2009,  donc  488 listes.

Donc,  le nombre de Partis politiques  n’est pour rien dans l’existence des 2700 listes. Ce qui est en cause,  c’est l’émiettement irrationnel des Collectivités locales,  et le refus du « bulletin unique ».

Ainsi, ceux qui veulent profiter de l’émoi causé par les 2700 listes en compétition aux Locales pour incriminer le nombre de partis politiques,  cachent mal leurs objectifs anti démocratiques de  supprimer des Partis politiques et /ou  de renforcer le caractère censitaire  du système électoral,  pour ne réserver le droit de briguer le suffrage du peuple qu’aux puissances d’argent.

 Mais à la surprise générale, le scrutin s’est déroulé pacifiquement,  et n’a connu de graves problèmes  qu’à St Louis,  Podor et Kolda,  avec la contestation des résultats provisoires.

Même,  le taux de participation de 41% est très honorable,  comparé au 37% des Législatives  de Juillet 20012.

Le peuple Sénégalais a encore fait preuve de maturité qui va contribuer à rehausser son prestige international.

Selon les résultats provisoires,  la coalition   BBY du Chef de l’Etat a obtenu  8  capitales régionales sur les 14, là où son prédécesseur, le PDS,  avait obtenu  11 sur 14 en 2OO9 !

Elle a obtenu 28 Conseils Départementaux sur 42,  alors que son objectif en les créant,  était  d’avoir la main mise sur la totalité !

Enfin, sur les 602 Communes, dont les Communes d’Arrondissement,   les Villes de Dakar, Thiès, et Rufisque,  la grande Commune de Touba,  celle de Ziguinchor et de Diourbel, qu’elle a perdues, elle aurait remporté  475  collectivités locales,  l’autorisant à crier victoire !

Comme le PDS en 2009, la Coalition du Chef de l’Etat cherche à atténuer dans l’opinion, sa cuisante défaite dans les principales cités du Sénégal, notamment à Dakar, qui a renversé les rapports de force politique en sa défaveur.

Son triomphalisme artificiel affiché,  ne devrait pas  masquer  la situation politique dangereuse pour la survie du régime, dans laquelle le Président de la République  s’est mis de son propre chef.

Comme Wade au sortir des élections de Mars 2009, cette forme de massification de son parti l’a affaibli politiquement au sortir du scrutin du 29 Juin.  Son propre Parti, et les deux coalitions qui l’ont porté au pouvoir,  en sont sortis divisés et meurtris.

 Sa « nouvelle majorité » sortie des urnes,  porte les stigmates de sa gestation et de sa naissance, et  focalise non seulement l’adversité de l’opposition,  mais aussi celle de ses ex- alliés  de BBY, sortis victorieux de l’épreuve de force qu’il leur a imposée.

 Cependant, l’opposition constituée par le PDS et REWMI,  s’en ont aussi sortie  très affaiblie. Le PDS  est devenu la troisième force politique au niveau national ; ce qui lui brise son rêve de devenir l’interlocuteur légitime du pouvoir qu’il était au sortir des Législatives de Juillet 2012,  pour présenter ses exigences politiques, notamment,  obtenir la libération de son fils ;   tandis que  REWMI,  en perdant les Département de Tivaouane et de Mbour qu’il contrôlait politiquement à travers le Conseil régional de Thiès qu’il dirigeait,  il voit  s’évanouir ses ambitions  de se présenter en alternative  privilégiée  du pouvoir en perspectives des prochaines Présidentielles.

Les personnalités et organisations de la Société civile,  ont eu la leçon politique  de leur vie, qui devrait leur faire comprendre,  que les populations, au plan électoral,  se déterminent par rapport aux partis politiques, dont l’existence et l’activité se sont historiquement imposées comme le véhicule de l’expression de leur suffrage qui est à la base de toute  République Démocratique.

Notre peuple s’est historiquement investi pour l’existence des partis politiques, qu’il perçoit comme le garant de la Démocratie et de sa vitalité.

Malgré ses remontrances contre les Partis politiques,  au moment de l’expression de son suffrage,  il  n’a jamais mis tous les partis politiques dans un même moule, appelé «  classe politique ».

C’est donc peine perdue que de vouloir dresser notre peuple contre une « classe politique »,  pour se présenter en « alternative »  pour réaliser ses aspirations.

Après les candidatures indépendantes  infructueuses depuis  1993, aux Présidentielles et aux Législatives, le scrutin du 29 Juin  2014, est la troisième leçon  politique,  que les personnalités de la Société civile devraient méditer, pour sortir du rêve d’une alternative citoyenne  à la «  classe politique » dans notre pays.

Ainsi, la deuxième véritable  force politique dont le pouvoir est obligé de tenir compte, est constituée de l’ensemble des coalitions locales qui ont regroupé des «  politiques » et des « personnalités et organisations de la Société civile », et qui l’ont battu dans les collectivités les plus stratégiques et les plus sensibles.  Elles sont devenues le creuset d’où devrait sortir la véritable alternative au Chef de l’Etat,  en perspective des prochaines présidentielles.

Pourtant, l’objectif politique recherché par le Chef de l’Etat dans sa stratégie électorale, était de neutraliser toutes possibilités d’alternative crédible  qui aurait pu menacer sa quête de son second mandat, qu’il voyait  parmi les « politiques »  dans les rangs des coalitions qui l’ont porté au pouvoir.

 Mais au finish, il a réalisé  la prouesse de créer les conditions objectives  d’une recomposition  du paysage politique en faveur des forces de Gauche  acquises aux réformes arrivées à maturité, et des forces de la Gauche de transformation sociale,  toutes issues de « Partis politiques et de la Société civile »,  pour réaliser, ensemble, la «  Révolution tranquille » de Type Québécois, dont notre société est grosse.

Dans ce contexte,  la Gauche de transformation sociale ne pourra jouer un rôle significatif dans cette   « Révolution » qu’en s’unissant au sein  d’une même organisation de lutte.  Le positionnement individuel de ses différentes composantes dans les partis et dans les organisations de la société civile, a atteint aujourd’hui, ses limites sociales.

La situation post électorale du 29 Juin 2014,  invite  ces différentes composantes à franchir  le cap des concertations, pour aller résolument à leur unification.

 Ibrahima SENE 

PIT/SENEGAL

Dakar le 3 Juillet 2014

 

 

 

 

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Publié le 29 Mai 2014

«ACCELERER LA CADENCE, OUI!  FALSIFIER LES DONNEES ET BACLER LES RAPPORTS, NON!»

 

Le  Communiqué du Conseil des Ministres  du 26 Mai 2014, confronté à la « Note de Conjoncture du premier Trimestre 2014 » publiée  récemment  en Mai,  par la Direction de la Planification et des Etudes Economiques (DPEE) du Ministère de l’Economie et des Finances, présente des contradictions si flagrantes sur la situation économique du Sénégal, qu’il serait peu patriotique de ne pas les révéler.

D’abord,  une anomalie criarde. Le Communiqué  fait référence aux « embellies » de la situation économique au «  premier semestre  2014 », c’est-à-dire au 30 Juin 2014, alors qu’il  est publié le 26 Mai !

Le fait qu’aucune Autorité de l’Etat, encore moins du Ministère de l’Economie et des Finances,  n’a jugé nécessaire, jusque là,  d’attirer l’attention sur  ce qui pourrait être une erreur manifeste de rédaction du Communiqué, et rectifier la référence au « semestre »,  laisse penser à un travail bâclé que personne ne s’est donné la peine de vérifier. 

Même les rédactions de nos journaux ont pris comme « Evangile » ou «  Coran » le contenu du Communiqué,  sans aucune lecture attentive, encore moins critique !

Cela démontre à souhait,  le peu d’importance donné aux questions essentielles qui touchent à nos conditions de vie et de travail et  qui conditionnent notre avenir.

L’attrait des « faits divers  politiciens ou people » l’emporte sur ces questions de fonds !

Ensuite, il est à noter que le Communiqué  compare le taux de croissance de l’Indice Général d’Activité (IGA)  au premier Trimestre de  2014, soit au 31 Mars,  qui est de 3,2%,  avec celui  de   2013, qu’ il chiffre à 2,1%,  mais il a  oublié  de mentionner, que cette «  embellie »   ne s’est traduite   pas dans l’évolution de l’emploi dans le secteur moderne. 

En effet, l’emploi du secteur moderne  au premier trimestre de 2014, a baissé  3,1%, alors  qu’il n’avait baissé que de  2,5% dans la même période en 2013. 

Cette aggravation des pertes d’emplois  s’est répercutée  aussi bien dans le secteur secondaire, avec une baisse de 3,8% contre 3,1%,  que dans le secteur tertiaire, avec  une baisse  de 2,3% contre 2,0%.

Dans la même période,  la compétitivité –prix de notre économie s’est fortement dégradée   de 2,6%,  à cause d’une forte appréciation du Franc CFA de 4,7%  contre 1,2% durant le premier trimestre de 2013, et d’un différentiel d’inflation moindre,  qui est passé de -3,4%  au premier trimestre de 2013, à -2,1% au premier trimestre de 2014, traduisant une hausse relative du taux d’inflation durant la période, malgré cette  « embellie »  dans les activités que l’on a voulu faire passer comme un message d’espoir !

Ainsi,  cette relative « embellie »  de l’Indice Général d’Activité ne s’est traduite ni dans l’emploi, ni dans le niveau relatif de l’inflation,  dans un contexte d’aggravation  de l’Appréciation du Franc CFA,  suite à celle de l’EURO auquel il est arrimé par un Compte d’Exploitation logé dans le Trésor Public Français.

Mais, c’est surtout au niveau des Finances publiques,  que le Communiqué du Conseil des Ministres laisse pantois.

En effet,  alors que nous sommes au mois de Mai,  il annonce que «  sur le niveau de recouvrement des recettes fiscales, le Ministre a noté pour ce premier semestre, (c’est-à-dire au 30 juin)  un montant total de 449 milliards de FCFA, contre 417 milliards de FCFA en 2013, soit une hausse de 31 milliards de FCFA. »

Cette curieuse affirmation, confrontée avec les  recettes fiscales réellement recouvrées au 31 Mars 2014, selon toujourrs la «  Note de Conjoncture » de la DPEE, est de 323,4 milliards, contre 314,9 milliards  au premier trimestre de 2013, soit une augmentation de 8,5 milliards !

D’où le Ministre  a t – il  tiré ces recettes fiscales de 449 milliards et de 417 milliards pour annoncer  une plus value de 31 milliards ?

Pis encore,  Il soutient  qu’il a été effectué « au titre des engagements de l’Etat, un niveau de paiements plus important, avec un montant global de 972 milliards de FCFA injecté dans l’économie nationale », alors que les Dépenses totales au premier trimestre de 2014 s’élèvent à 427,8 milliards selon toujourrs la DPEE, dont 140,5 milliards de Dépense d’Investissement et 287,3 milliards de Dépenses courantes !  

D’ailleurs, même si le Ministre avait les 449 milliards de recettes, comment a-t-il pu injecter 972 milliards dans l’économie sans se soucier du déficit budgétaire que cela entraînerait ?

En fait,  la gestion budgétaire du premier trimestre 2014, a aggravé le déficit budgétaire  relativement  à celui de 2013 à la même période,  en le faisant passer de 46,6 milliards à 77, 7 milliards !

C’est dans ce contexte difficile de situation économique, sociale et budgétaire,  que l’on va procéder, dans le cadre de la Loi des Finances Rectificatives,  à ponctionner du budget d’investissement,  57 milliards pour financer  « des études complémentaires de 27 projets phares du PSE, du Service universel de l’Energie et du Programme d’autosuffisance en riz »  et , «  la prise en charge des contreparties de l’Etat dans le cadre des financements de projets et programmes en cours d’exécution ou dont les conventions ont été signées ».

Cette option de réduction des investissements  en faveur des dépenses de fonctionnement rentre en contradiction  avec  toutes les professions de foie des nouvelles Autorités.

En effet, au lieu de réduire le Train de vie dispendieux de nos Gouvernants qui va augmenter de 8,6milliards dans le budget de 2014,  en passant  de 313,6 milliards  en 2013 à  323,2 milliards de Frs CFA,  l’on projette de réduire les investissements sur ressources propres de 57 milliards, alors que l’Etat avait programmé de les augmenter de 52,7 milliards dans le même budget,  pour le les porter de 447,3 milliards à 530 milliards, afin de  traduire  «  la volonté affichée par les autorités d’accélérer l’exécution des projets d’investissement structurants dans le contexte notamment de la mise en œuvre du PSE » !

Devant toutes ces interrogations, le Ministre de l’Economie et des Finances devrait revoir sa copie, et le Chef de l’Etat, ses  nouvelles options véhiculées dans le projet de Loi des Finances Rectificatives, en les mettant au centre d’un débat national.

En tout état de cause, les Députés de BBY devraient redoubler de vigilance et se préparer, pour mieux évaluer, à l’occasion des la Loi des Finances Rectificatives, la situation économique et sociale du pays et ses perspectives, afin d’infléchir ces nouvelles options dans le sens d’une meilleure prise en compte, par l’Exécutif, des préoccupations d’emploi, d’éducation,  de pouvoir d’achat,  et de souveraineté économique du peuple Sénégalais.

Les aider, par des recherches et la mobilisation autour de la Loi des Finances Rectificatives,  pour qu’ils y parviennent,  est un devoir citoyen de premier ordre.

                                          Ibrahima SENE PIT/SENEGAL

                                                                                   Dakar le 29 MAI 2014

 

SITUATION ECONOMIQUE ET SOCIALE AU PREMIER TRIMESTRE 2014

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