AVIS SUR LES CRITIQUES DU REPORT ENVISAGE DES ELECTIONS LOCALES

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AVIS SUR LES CRITIQUES DU REPORT ENVISAGE DES ELECTIONS LOCALES

Avis sur les critiques de France et de Dakar du report des Locales !

Pour le MSU -France, le report des Locales est une tentative de diversion du régime pour échapper à l’inévitable sanction populaire. Mais curieusement il se garde de préciser au profit de Qui ?

S’agirait-il de l’opposition politique dominée par le PDS ?

Rien n’indique que le peuple veut ce retour en arrière, et dans tous les cas, le PDS, qui peine à mobiliser pour une marche, et qui est incapable de réunir sa famille disloquée, n’y croit pas !

Maintenant, le MSU-France est libre de rêver et de spéculer sur « l’inévitable sanction populaire » du régime actuel.

Même dans le cas où il voyait cette sanction en faveur de la Société civile, le MSU-France ferait preuve d’une ignorance du fait, qu’en l’état actuel de la Constitution, les candidats et les listes indépendants sont exclus des élections locales, et pour qu’ils puissent y participer, il faudrait une réforme de la Constitution !

De même, il semble ignorer que la réduction de 7 à 5 ans du mandat du Président de la République, ne peut se faire que par la réforme de la Constitution par voie référendaire!

Donc, dans ces conditions, si le MSU-France pense que la priorité est aux réponses à la Demande sociale, et non aux Réformes institutionnelles, cest une contradiction qui est propre à tous ces analystes et autres politologues, qui veulent faire prendre aux Sénégalais des vessies pour des lanternes!

Sous ce chapitre, Cheikh Sidya Diop de la Ligue des Masses est plus cohérent, puisqu’il propose de reporter les réformes au mandat suivant, pour respecter le calendrier républicain!

Cela est compréhensible de sa part, pour avoir été du côté de Wade durant les présidentielles de Février –Mars 2012. Et comme le PDS, il est pour le statu-quo institutionnel. C’est pourquoi, il propose de ne pas les faire sous le premier mandat de l’Alternance du 25 Mars, dans l’optique de montrer au peuple qu’il a fait partir Wade pour rien!

Mais les jeux sont faits depuis le 25 Mars, et le cap pour les réformes est pris depuis lors.

Le régime de Macky Sall a mis, dès son installation, l’accent sur la Demande sociale pour répondre aux sollicitations. Mais il s’est avéré au bout d’un an, qu’une réponse satisfaisante et durable à la Demande sociale, est indissociable des réformes institutionnelles, sans lesquelles, les ruptures attendues par le peuple, sur la gouvernance, et sur la politique économique, sociale, et culturelle, n’auraient pas l’impact attendu à cet effet.

D’où le courage et la lucidité politiques du nouveau régime, d’avoir mis en place les outils des réformes attendues, sans se cacher derrière un calendrier républicain, qui était conçu par l’ancien régime, sans tenir compte de la nécessité de ces réformes, dont il ne voulait pas entendre parler depuis les Assises nationales de 2008.

Donc, le cap sur ces réformes sera maintenu au détriment du calendrier républicain, pour répondre efficacement aux aspirations des Sénégalais au changement.

Ceux qui de Dakar ruent dans les brancards pour rejeter le report, en exigeant la tenue des Locales à date échue, pour en faire un référendum révocatoire du régime, ou une sanction contre l’APR, pêchent littéralement par la nature superficielle de ce raisonnement.

En effet, un référendum, quel qu’il soit, pose une question officielle aux électeurs dont la réponse détermine la nature politique des résultats.

C’est pourquoi, un référendum révocatoire des Locales pose la question de la légitimité des élus locaux et non celle du pouvoir central. Il ne peut pas répondre à la question d’une sanction contre le régime, au contraire, il fonde, en cas de succès, la légitimité du pouvoir central de révoquer les nouveaux élus et de nommer à leurs places des Délégations spéciales, s’il veut en user de façon politicienne au cas où les résultats lui seraient défavorables. Ce serait alors un renforcement du pouvoir central au détriment des collectivités locales, donc, tout le contraire des vœux des promoteurs du référendum révocatoire!

C’est pour éviter un pareil paradoxe, que le Front Siggil Sénégal en avait pris compte en appelant au boycott des Législatives de Juin 2007, non pas pour démontrer le rejet populaire du régime de Wade, mais pour démontrer le peu de fiabilité du système électoral sur lequel les Présidentielles de Février 2007 ont été organisées.

Le succès de ce boycott a prouvé le manque de légitimité de la nouvelle Assemblée nationale et, par ricochet, celui de l’élection présidentielle de Février 2007, qui ont, toutes les deux, été organisées sur les mêmes bases, et non un rejet populaire du régime de Wade qui n’est intervenu que le 25 mars 2012 !

Donc, lier le report des Locales à une peur de sanctions populaires, c’est un mélange de genres qui enlève toute crédibilité à ses promoteurs.

D’autres, à Dakar comme en France, avancent l’idée d’un projet de manipulation des Locales, qui aurait motivé leur report, en pointant l’index vers le Ministère de l’Intérieur, chargé de l’organisation matérielle des élections, qui est confié à un responsable du Parti du Chef de l’Etat! Ce qui traduit encore leur méfiance vis à vis du système électoral en vigueur qu’ils pensent pouvoir être manipulable à des fins partisanes!

Mais le paradoxe pour ces genres de critique, c’est qu’ils veulent organiser les Locales à date échue avec un système électoral auquel ils n’ont pas confiance! Ils auraient dû, au contraire, exiger le report pour une réforme consensuelle du système électoral!

Il découle donc de toutes ces critiques, que le report des Locales était devenu une exigence pour permettre la mise en œuvre des réformes initiées par gouvernement, qui vont modifier fondamentalement le système électoral, les rapports entre le pouvoir central et les collectivités locales, et les rapports entre les élus locaux et les citoyens de leurs Localités.

En effet, il est nécessaire de réformer notre système électoral pour le rendre plus fiable et plus transparent en le retirant du Ministère de l’Intérieur.

A cet effet, les Conclusions des Assises nationales en la matière, reprises dans le Programme Yoonu Yokkuté, proposent de créer une Autorité indépendante de Régulation de la Démocratie, chargée entre autres, de gérer les systèmes électoral et référendaire (ARD), et la restitution de toute son Indépendance au Pouvoir Judiciaire, en mettant fin à la Présidence du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) par le Chef de l’Etat, en confiant la gestion des carrières des Magistrats au CSM, et en créant une Cour Constitutionnelle à la place du Conseil Constitutionnel.

De même, pour mettre fin au cumul de fonctions et de mandats, et lutter efficacement contre l’absentéisme des Présidents des Collectivités locales, les Conclusions des Assises nationales, reprises publiquement par le chef de l’Etat lui-même, ont proposé l’interdiction de cumul des fonctions de membres du Gouvernement avec celles de Présidence des Collectivités locales, de même que le cumul des fonctions de DG/PCA dans le secteur public et parapublic, avec celles de Présidence des Collectivités locales.

En outre, les Conclusions des Assises nationales ont recommandé la fin du monopole exclusif des politiques de la représentation du pouvoir local, par l’autorisation des listes de Candidats indépendants aux élections locales, comme ils en ont le droit pour les Présidentielles et les Législatives.

Enfin, une grande avancée vers la Démocratie citoyenne est incluse dans les Conclusions des Assises nationales, qui donnent de nouveaux Droits aux citoyens d’interpellation, par des pétitions, des pouvoirs centraux, locaux et judicaires, et même d’initiatives de lois, qui jusque-là sont réservées au Chef de l’Etat, au Premier Ministre et aux Députés!

Ainsi, la nécessité du report ne se justifie pas seulement par les contraintes de finalisation de l’Acte III de la Décentralisation, mais fondamentalement, par la nécessité de tenir un référendum préalable sur les Institutions, pour permettre de tenir compte de ces avancées démocratiques et citoyennes qui font déjà, pour la plupart, objet de large consensus.

C’est pourquoi un report pour trois mois n’a aucun sens, et est la source du scepticisme ambiant sur cette question.

Il est donc urgent, que le Chef de l’Etat prenne les décisions nécessaires pour mettre en œuvre sa volonté publiquement proclamée, d’ouvrir des concertations avec l’opposition et la société civile, afin de déterminer le temps nécessaire pour organiser un referendum sur les Institutions, dont les dispositions vont impacter les nouveaux textes de l’Acte III de la Décentralisation.

Pour ma part, ce référendum pourrait avoir lieu en Juin 2014, et, après adoption, par voie législative, des nouveaux textes de l’Acte III de la Décentralisation, organiser les Locales en Décembre 2014.

Ce report qui va entraîner, non pas des Délégations Spéciales, mais la prolongation du mandat des élus locaux par voie législative, ne fait ni l’affaire de l’APR, encore moins de BBY, mais, celle de l’opposition, du fait que la majorité des collectivités locales sont entre les mains du PDS et de ses démembrements.

C’est certainement pour cela, que le PDS déplore le manque de concertation, mais ne se focalise, nulle part, sur son rejet du report des Locales.

Tout cela prouve, que l’on ne doit pas voir derrière ce report des préoccupations politiciennes, mais bien une volonté politique d’approfondir la Démocratie en jetant les fondements de la Démocratie citoyenne dans notre pays.

Cependant, il est juste regrettable, que le report ait été officialisé sans une concertation au préalable, malgré les promesses du Chef de l’Etat quelques jours auparavant, et que, c’est à travers une radio étrangère, que la décision ait été portée à la connaissance de notre peuple. C’est la seconde bourde du nouveau PM depuis son installation.

L’on se souvient, la première bourde a été sa descente à Keur Momar Sarr, à grand renfort médiatique pour lancer des menaces à peine voilées contre la SDE, en pleine crise de pénurie d’eau à Dakar, qui avait amené le Chef de l’Etat à la recadrer publiquement, en dénonçant un manque de solidarité des Ministres autour de celui chargé de l’hydraulique“ qui était obligé d’aller seul au four pour expliquer la situation , et apaiser l’opinion.

Cela a été un manquement grave à sa fonction de Premier Ministre, qui est d’organiser et de coordonner l’action du gouvernement prise en charge par un Ministre.

Dans tous ces deux cas, sa réputation de Dame de fer est entrain de lui jouer des tours, qui sont préjudiciables à une bonne perception des Actions du Gouvernement par les Sénégalais.

Pourtant, j’avais suffisamment averti de ce risque, dès après la constitution de son Gouvernement, en lui conseillant d’éviter d’écouter les sirènes des laudateurs dans son entourage, qui cherchent à la présenter comme une Dame de fer, pour en faire sa marque de fabrique!

Il ne faudrait donc pas qu’elle y succombe, au point d‘oublier, qu’elle a été choisie pour ses compétences, son expérience politique et sa fidélité au Chef de l’Etat, et non pour la dureté de son caractère.

Il ne peut pas y avoir deux niangals au sommet de l’Etat!

Ibrahima Sène PIT/SENEGAL

Dakar le 15 octobre 2013

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