IBA NDIAYE DJADJI, UN REVOLUTIONNAIRE DE SON TEMPS.

  • LE BLOG DU PIT-SENEGAL
IBA NDIAYE DJADJI, UN REVOLUTIONNAIRE DE SON TEMPS.

CONTRIBUTION DU CAMARADE IBRAHIMA SENE LORS DU COLLOQUE SUR LA VIE ET L’ŒUVRE D’IBA NDIAYE DJADJI

Un Révolutionnaire de son temps

Je remercie le SUDES et la CSA de n’avoir pas oublié celui qui a marqué de son empreinte la vision très valorisante que les Sénégalais ont d’eux et l’immense préjugé favorable qu’ils leur accordent.

Ce Colloque, dédié en sa mémoire, traduit, sans conteste, votre reconnaissance, et surtout votre fidélité à son combat de libération économique et sociale des travailleurs auquel il a consacré toute sa vie de militant révolutionnaire.

Par votre acte d’aujourd’hui, vous administrez une leçon mémorable à vos camarades syndicalistes du Sénégal et d’Afrique, en leur rappelant que nos « héros morts ne sont pas morts » du fait du relais du combat de IBA que vous assumez honorablement.

Oui, IBA était un Révolutionnaire de temps, marqué par l’avènement d’une nouvelle ère de changements profonds des rapports de force entre le Capital et le Travail, et entre les grandes puissances capitalistes et les peuples appelés « sous développés » ou « en développement, selon les humeurs des Intellectuels au service du Grand Capital qui régente désormais le monde.

En Afrique et au Sénégal, ce pays qu’il a tant aimé, cette nouvelle ère a revêtu, dés le début des années 80, quand il prenait le destin du SUDES en main, le visage des Programmes d’Ajustement Structurel qui inauguraient la mise sous tutelle directe de nos Etats, pourtant récemment indépendants, par les Institutions de Bretton Woods, qui sont le bras séculier des Grandes puissances Occidentales qui ont en partage le « libéralisme économique » comme horizon indépassable de l’Humanité.

Cette confiscation de la souveraineté de nos Etats était aussi accompagnée d’une réduction drastique de l’autonomie de gestion des Dirigeants des filiales des entreprises étrangères installées dans nos pays, du fait des exigences du processus de « financiarisation de l’Economie » auxquelles leurs Maisons-Mères étaient confrontées.

Cette nouvelle ère bouleversait totalement les conditions de lutte du mouvement syndical pour avoir enfanté un grave phénomène de « désyndicalisation ».

Ce phénomène traduisait l’impuissance du mouvement syndical à faire face à la dynamique de pertes énormes d’emplois, occasionnées par des fermetures d’entreprises et autres restructurations sous les exigences de la « financiarisation de l’Economie », dans les Grands pays Capitalistes, et sous les PAS, dans des pays en développement comme le Sénégal.

Dans ce contexte, le mouvement syndical devait relever le défi de changement de ses méthodes de lutte pour préserver leur efficacité, devant les risques de dérives encore plus prononcées vers la « collaboration de classes » qu’encourageaient l’Etat et le Patronat sous couvert de « primes au réalisme syndical », ou « au sens élevé des responsabilités ».

Pour IBA, ce changement de méthodes de luttes devait reposer sur l’élargissement du « champ de syndicalisation des travailleurs » et sur l’ « unité d’actions inter syndicale » pour construire de nouveaux rapports de force permettant de préserver les acquis sociaux des travailleurs et d’en conquérir de nouveaux.

L’élargissement du champ de syndicalisation

IBA comprit avant beaucoup de ses camarades du mouvement syndical au Sénégal, qu’il était temps de lever les interdictions qui frappent encore certaines catégories de travailleurs qui les excluent des protections sociales conquises de haute lutte par leur mouvement, notamment dans la Fonction publique, ou qui les marginalisent dans le secteur dit « informel ».

Ce sont, dans la Fonction publique, les agents de la « Police Judiciaire » et les « Magistrats » qui devraient, par leur nombre, contribuer relativement à contrecarrer les tendances lourdes à la « désyndicalisation » par perte d’effectifs due aux fermetures d’entreprises et autres restructurations.

C’est aussi une réponse syndicale aux mécontentements dans ces catégories de travailleurs où l’absence de droit à la négociation collective a amené les agents de la Police Judiciaire à manifester leurs revendications sur la voie publique entraînant leur radiation.

Cette option de IBA était donc motivée, autant par des soucis sur le sort du mouvement syndical, que par des soucis de sécurité publique et d’un Etat de Droit qui nécessitent une Police républicaine et une bonne administration de la Justice. Le respect des droits du travail et de la dignité de ces corps d’élite de l’Etat, est au cœur de l’édification de tout Etat de Droit dans une République démocratique qui est en construction au Sénégal.

Pour ce qui est du secteur informel où exercent des travailleurs non liés par les rapports entre Patronat et Travailleur codifiés par le Code du Travail, il s’agissait de les organiser dans l’exercice de leurs droits constitutionnels au travail, face à l’Etat, ses démembrements administratifs et les Collectivités locales, et aux opportunités d’appui des organisations internationales, comme le BIT notamment, pour développer leur sécurité sociale.

De cette manière, IBA ouvrait une perspective d’atténuation du recours abusif du Patronat à ces catégories de travailleurs pour briser les luttes dans leurs entreprises, peser, à la baisse, sur leurs salaires, et détériorer les conditions de travail de leurs propres employés.

De « briseurs de grève », cette catégorie de travailleurs devait être perçue par les travailleurs salariés du secteur moderne comme des « alliés », dans leurs luttes pour un « travail décent », une « sécurité sociale » en adéquation avec les acquis de la Science et de la Technologie, et pour la « défense du pouvoir d’achat des ménages ».

Cette recherche de solidarité entre ces différentes catégories de travailleurs, a été une véritable révolution dans la conception du syndicalisme au Sénégal en Afrique, qu’il a mise en œuvre en fondant la Confédération des Syndicats Autonomes (CSA), constituée d’organisations syndicales de travailleurs salariés du secteur privé formel, du secteur public et para public, et d’organisations de travailleurs du secteur informel qui s’activent dans l’auto-emploi.

Cette vision d’un syndicalisme de type nouveau s’est rapidement imposée avec l’élargissement du « champ de syndicalisation » dans toutes les Centrales syndicales, renforçant leurs capacités de mobilisation ; ce qui a largement contribué à améliorer les rapports de Forces avec le Patronat, et notamment avec l’Etat.

Cependant, le mouvement syndical sénégalais devait aussi affronter les risques de dispersion de ses forces, suite à ses acquis historiques en matière de libertés syndicales qui ont mis fin aux obstacles réglementaires à la création d’organisations syndicales et au libre exercice du Droit syndical. Ce sont ces acquis qui sont illustrés par l’avènement du « Pluralisme syndical » bien avant le « Pluralisme politique ».

Ces risques d’affaiblissement du mouvement syndical, par la dispersion de ses forces, étaient encore plus grands dans cette nouvelle ère de « Financiarisation de l’Economie » qu’impose le « Libéralisme économique » à nos Etats à travers les PAS.

Le défi de l’Unité syndicale

La nouvelle ère imposait au syndicalisme de relever le défi de son Unité pour conserver sa combativité et sa crédibilité aux yeux des travailleurs, non plus seulement par leur solidarité dans leurs luttes, mais aussi, par l’élévation de leur niveau intellectuel quand le « Savoir » est devenu une « Force matérielle productive », par la Révolution Scientifique et Technologique qui a accompagné ce tournant historique.

C’est cette exigence de « rénovation syndicale » qui a fait naître, dans le milieu intellectuel petit bourgeois au sein du mouvement syndical, l’ambition de régenter sa composante ouvrière, par sa « caporalisation » avec la conviction qu’ils sont « l’avant –garde de la classe ouvrière ».

La classe ouvrière devrait être derrière eux, et non plus eux, au service de la classe ouvrière, qui, même dans cette ère nouvelle qui lui est défavorable, a su démontrer au Sénégal, qu’elle reste la force sociale décisive dans toutes les luttes pour les libertés démocratiques et pour l’émancipation économique et sociale du monde du travail.

Ce sentiment « avant- gardiste » d’une bonne frange de la petite bourgeoisie intellectuelle au sein du mouvement syndical, se traduisait à travers le slogan « Centrale unique alternative à la Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal (CNTS), qui était pourtant en lutte féroce contre sa mise sous tutelle politique par le Parti Socialiste (PS) de l’époque.

IBA leur opposait l’ « Unité d’Actions Intersyndicales » pour se solidariser avec la lutte de la CNTS qui luttait pour recouvrer sa souveraineté pleine et entière, et construire avec elle.

Pour IBA, il fallait avec la CNTS, qui draine l’écrasante majorité de la classe ouvrière, construire de nouveaux rapports de forces en mesure de relever les défis qui interpellent le monde du travail dans notre pays, et non œuvrer à sa disparition.

D’où l’axe stratégique « d’Unité d’Actions Inter syndicales » CNTS-CSA au tour du slogan « Syndicalisme Démocratique, de Lutte et d’Expertise » qui a su rallier la quasi-totalité des Centrales syndicales existantes de l’époque, créant ainsi la première « Intersyndicale » pour organiser une lutte efficace et déterminée contre les volets anti sociaux des PAS.

C’est ainsi que « la retraite par répartition » a pu être sauvegardée malgré les pressions de la Banque mondiale et du FMI sur le Gouvernement pour lui imposer un « Système de retraite par capitalisation ». Mieux, l’Intersyndicale décrochait dans la foulée, l’Autonomie de gestion de l’IPRES, et sa Cogestion avec le Patronat, et en fit de même pour la Caisse de Sécurité Sociale (CSS), que les Institutions de Breton Woods voulaient voir fusionner avec l’IPRES, pour faire de leurs énormes réserves financières, la base du « système de retraite par capitalisation » géré par le privé.

De même, l’Intersyndicale s’était farouchement battue, avec succès, contre le démantèlement du Code du Travail pour une plus grande précarité du travail dans le secteur privé formel, et qui a abouti en 1997, au Code de Travail actuel que les organisations des travailleurs ont jugé « équilibré » , tandis qu’une frange du Patronat du Sénégal, en accord avec la Banque mondiale, a juge « déséquilibré » en leur défaveur, notamment, les dispositions qui reconnaissent enfin, après près de 40 ans de lutte, le droit effectif des travailleurs à recourir à la grève.

Enfin, l’Intersyndicale a su décrocher au près du Chef de l’Etat, la tenue régulière de « Concertations » trimestrielles avec le Gouvernement, et semestrielles avec lui, sur « la situation économique du pays et des entreprises et la situation sociale des travailleurs », jetant ainsi les bases d’un véritable « Dialogue Social Tripartite ».

Cependant, pour IBA, le mouvement syndical de type nouveau, dont il était l’artisan principal, devrait réoccuper toute sa place historique dans les luttes du peuple pour plus de libertés démocratiques pour contrer les menaces des PAS, et pour le recouvrement de la souveraineté de nos peuples confisquée par les Institutions de Breton Woods.

Les défis de la Défense des Libertés démocratiques.

C’est ainsi, qu’à la tête de la CSA, sans attendre l’appel de l’UNSAS, malgré leurs divergences de stratégies syndicales, et mêmes d’adversités tactiques, il s’est engagé, avec une rare témérité, dans la lutte pour la Libération de Mademba Sock et de ses camarades de syndicats, qui se battaient contre la privatisation de leur entreprise publique, la SENELEC, dans un contexte de quasi malgré interdiction de « marche publique ».

Malgré les multiples interpellations par la Police dont il était, et l’atrocité des grenades lacrymogènes qui ponctuaient régulièrement ses « marches » sur la voie publique, il n’a eu de cesse qu’avec leur libération.

De cette manière, IBA rappelait aux organisations syndicales deux messages qui lui tenaient au cœur : celui de la nécessaire solidarité active avec leurs camarades en lutte, et celui du devoir du mouvement syndical d’arracher du pouvoir les libertés démocratiques conquises de haute lutte par notre peuple, le droit de marche, notamment.

Mieux, le deuxième tour de l’élection présidentielle de mars 2000, lui donnait l’occasion de rappeler au mouvement syndical ses devoirs, lorsque son peuple est devant le choix entre la perpétuation d’un régime politique, dont il a vaillamment combattu les effets néfastes, et celui d’un nouveau, qui donne espoir de changement dans son intérêt.

D’où son appel historique au monde du travail en faveur du « Candidat de l’espoir » Me WADE, après son audition organisée par la CSA, durant laquelle, il répondait aux interpellations, inquiétudes et espoir formulés par les travailleurs venus nombreux l’écouter.

C’est ainsi qu’après la victoire du Camp de « l’espoir », le mouvement syndical a vite déchanté du tournant que le Président, qu’il a contribué à élire, a voulu donner au pouvoir, à sa politique, et à ses rapports avec les organisations syndicales.

C’est ainsi que dans sa nouvelle Constitution, il décidait d’interdire de fait, en son Article 25, le Droit des travailleurs de recourir à la grève.

Non seulement IBA s’était farouchement opposé à cette Constitution en appelant à la rejeter lors du référendum pour son adoption, mais, c’est aussi, c’est une de ses organisations syndicales d’une grande entreprise parapublique, au sein de la CSA qui, la première, a ouvert le rejet de la Constitution de Wade, en recourant à une puissante grève sur la base des acquis du Code du Travail de 1997 en la matière, que la Constitution de WADE, en son Article 25, avait annihilés.

Le Président WADE dut renoncer à prendre des actes réglementaires pour conformer ces dispositions du Code du Travail à l’Article 25 de sa Constitution, et s’est résolu d’envoyer son Ministre auprès de l’entreprise en question, pour négocier la plateforme des travailleurs en grève.

La crainte d’un soutien massif de l’Intersyndicale que la CSA avait décidé de prendre en charge est donc passée par là.

La détermination des travailleurs a eu donc raison de la volonté constitutionnalisée du Prince.

Delors, le Président Wade prit la décision de mettre sous son contrôle le mouvement syndical par l’encouragement à la division de la CNTS, et l’affaiblissement de la CSA à travers sa force principale qui est le SUDES, par l’encouragement de l’émergence d’un « syndicalisme catégoriel » dans le milieu enseignant, qui est sa base sociale, au détriment du « syndicalisme professionnel pour défendre l’Ecole et la Fonction enseignante » qui est son crédo.

IBA fit parmi les premiers à comprendre ce nouveau tournant, pour condamner vertement l’agression physique contre la CNTS avec l’incendie de son siège suivi de mort d’homme, et s est investi de toutes ses formes pour l’Unité d’Actions la plus large des organisations syndicales, notamment en milieu enseignant, pour reconstruire des rapports de force, afin de mettre en échec les projets de domestication de WADE du mouvement syndical sénégalais.

C’est dans cette ultime bataille qu’il a constaté la naissance d’un « syndicalisme de sinécure» par la corruption de leaders syndicaux par des libéralités et autres situations de rente, que WADE distribuait allégrement, pour paralyser les Centrales syndicales et émietter le syndicalisme enseignant

IBA qualifiait ce tournant de « syndixaliss » !

. IV Conclusion

IBA nous quittait, debout, les armes à la main, pour extirper du mouvement syndical, le « syndicalisme de sinécure », ou « syndixaliss » qui est devenu l’ennemi numéro Un de l’Unité d’Actions », et la cause principale de l’inefficacité des luttes syndicales.

Son ultime combat a commencé à donner des fruits comme l’attestent les faits suivants :

Toutes les organisations se sont constituées, au niveau national, en une seule Intersyndicale, et au niveau professionnel, en une seule Intersyndicale, notamment en milieu enseignant ;

Le Président WADE n’a pas osé faire appliquer la Loi qu’il a fait adopter par l’Assemblée nationale, pour implanter le « système de retraite par capitalisation », et dut renoncer à ces multiples tentatives de mettre fin à l’Autonomie de gestion de l’IPRES, et de CSS et de leur Cogestion ;

Il a dû battre en retraite avec son projet de réforme unilatérale du Code du Travail pour rendre illimité la reconduction du Contrat à durée déterminée.

IBA peut donc se reposer en paix.

Le flambeau de son combat est entre de bonnes mains à la Direction de la CSA.

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