INTERVIEW DU CAMARADE IBRAHIMA SENE A "LA TRIBUNE"

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INTERVIEW DU CAMARADE IBRAHIMA SENE A "LA TRIBUNE"
INTERVIEW DU CAMARADE IBRAHIMA SENE A "LA TRIBUNE"

Question : Comment comprenez-vous la sortie musclée de Macky Sall contre certains de ses collaborateurs démissionnaires ?

Réponse :

Je crois que cette sortie ne vise pas seulement à donner une explication des raisons du départ de certains de ses collaborateurs à la Présidence, mais qu’elle est surtout destinée à ceux qui sont restés. La porte vers la sortie leur est montrée.

Cependant, je crains qu’il prêche dans un désert. En effet, cette sortie ne peut que calmer pour un temps le choc des ambitions de ses principaux collaborateurs à la Présidence qui cherchent chacun à délimiter son champ de compétences et à rivaliser pour se faire prendre comme le plus proche du Chef de l’Etat, et le mieux écouté par lui. Cette situation génère un conflit de trafics d’influence nuisible à la bonne perception que les Sénégalais devraient avoir de leur Présidence de la République.

Le Chef de l’Etat est le principal responsable de cette situation qui commence à l’agacer au point de faire, de l’étranger, une sortie aussi musclée en direction de ses proches collaborateurs. C’est lui qui a pris la responsabilité de reconduire cette « monstruosité institutionnelle », inventée par WADE pour des considérations politiciennes, qui est la fonction de « Directeur de Cabinet Politique » à côté d’un Directeur de Cabinet » classique et de son Adjoint.

Dans toutes les Républiques Démocratiques du monde, l’on a toujours connu la fonction de « Conseiller Politique » au près du Chef de l’Etat, mais nulle part ailleurs, l’on ne voit pareille « anomalie » dans l’organigramme du Cabinet du Président de la République.

Cette entorse à l’orthodoxie, qui est comme un vers dans le fruit, est aggravée par la nomination d’un homme réputé par ses « intrigues de palais » à la tête de cette monstruosité institutionnelle » !

Question : Pensez-vous qu’il a raison de faire une telle sortie ?

Réponse :

Le Chef de l’Etat a parfaitement raison de faire une telle sortie dans un contexte où la démission de Moubarack Lo commençait à créer une onde de chocs dans l’opinion, et avait suscité des rumeurs sur « l’impossibilité de travailler avec le Chef de l’Etat », qui commençaient à ternir dangereusement son image.

En effet, comment un homme comme Moubrack Lo pouvait il « jeter l’éponge », lui qui est connu d’avoir « mouillé sa chemise » dès le début, quand personne de l’entourage actuel de Macky ne misait encore sur lui parmi les « chevaux favoris » à la Présidentielle de 2012, en tentant de démontrer, « chiffres à l’appui », que Macky pourrait aller au second tour et battre WADE, et en bravant, à cet effet, tous les risques face à l’Etat, devenu « policier », de celui-ci, et face à l’agressivité de son Parti. Son obstination dans ses démonstrations « chiffrées » commençait même à nuire à sa crédibilité professionnelle, sans que cela n’ait pu l’arrêter un seul instant. Et n’est il pas parmi les concepteurs et rédacteurs les plus réputés du « YONU YOKUTE » ?

Le Chef de l’Etat ne pouvait pas se taire devant la démission d’un tel compagnon, dont la fidélité et l’effacement n’ont rien de comparable aux rapports entre le Chef de l’Etat et Alioune Badara Cissé.

Il est juste regrettable que cette démission ait été rendue publique en l’absence du Chef de l’Etat du territoire national, et l’ait ainsi obligé à réagir de l’étranger dans l’urgence, face à l’ampleur des « dégâts collatéraux » pour la stabilité du pays, qu’elle avait commencés à produire.

Question : Avec cet élargissement de la majorité présidentielle agité avec des audiences au palais, est-ce que ce n’est pas une manière de dire que Benno ne fait pas son travail ?

Réponse :

Dans votre question vous avez posé trois problématiques distinctes : ce sont, l’ « élargissement de la majorité présidentielle », les « audiences au palais » et le « travail de Benno ».

Pour ce qui est de « l’élargissement de la majorité présidentielle », je crois profondément que « toute majorité » a intérêt, sans perdre son âme à « s’élargir » plutôt que de se « rétrécir » ! Ceux qui s’offusquent ou s’insurgent contre cet « élargissement » n’ont aucune conscience de ce que signifient, en politique, les « rapports de force ».

Mais il me semble que c’est dans la conception de la « majorité présidentielle » qu’il y a problème.

En effet, certains pensent qu’elle se limite au Parti du Président, l’APR, d’autres, à Macky 2012 qui l’a amené au second tour, et d’autres, à la Coalition BBY qui l’a porté au pouvoir le 25 mars 2012.

Mais au sens strict du terme, c’est la coalition BBY qui constitue la « majorité présidentielle » !

Si on dit, « élargir la majorité présidentielle », c’est donc BBY qu’il faut élargir, et non la « saborder ». La « saborder » voudrait alors dire, en pratique, « changer de majorité présidentielle ».

Mais sans le dire aussi crument, des voix autorisées de l’APR (son Porte Parole, et la Coordination de ses cadres) disent publiquement que « BBY » a atteint ses limites pour avoir été créé pour porter le candidat Macky Sall à la Présidence de la République. N’est pas une volonté de « saborder BBY comme l’a toujours réclamé, en vain, Macky 2012 ?

Cependant, comment peuvent - ils ignorer que BBY a été créé au second tour des élections présidentielles au tour du candidat Macy Sall pour « gagner ensemble et gouverner ensemble » ?

C’est ce que le Président Macky a traduit dans la composition de ses gouvernements, dans la confection des listes de candidats aux Législatives, et dans les nominations au Conseil Economique, Social et Environnemental(CESE).

Dés lors, comment « saborder » BBY sans affaiblir la base politique, sociale et institutionnelle du régime du Président Macky Sall ?
S’il ne s’agit que d’élargir la « majorité présidentielle » pour renforcer les bases politiques et sociales du régime, BBY a largement prouvé son ouverture dans ce sens en acceptant « BESS DU NIAK » dans ses rangs et en lui concédant de rang de Vice Président de lAssemblée nationale, comme il en a fait autant, en accueillant en son sein, les « mouvements citoyens » de Oumar Gueye et de Pape Diouf , en rupture avec REWMI, qui a quitté le gouvernement, mais pas BBY, puisque les Députés issus de ce Parti n’ont pas démissionné de la coalition pr peur de perdre leurs sièges !

BBY est donc ouvert à l’adhésion de tout mouvement citoyen, et de toutes coalitions politiques, pour élargir la majorité présidentielle », afin d’associer le maximum de forces vives de la Nation, au redressement de notre pays, dans la stabilité et dans la paix civile.

Donc voir BBY comme un frein à cet « élargissement » n’est qu’une vue de l’esprit.

BBY est, à la différence de la CAP 21, une Coalition de « coalitions politiques et de mouvements citoyens » pour « gagner ensemble et gouverner ensemble », et non un regroupement de Partis ayant fait « allégeance » au Chef de l’Etat « pour soutenir sa politique » moyennant des prébendes.

Donc, ceux qui rêvent d’une « CAP 21 NEW LOOK » en cherchant à « saborder » BBY ne travaillent ni dans l’intérêt politique du Président Macky Sall, ni dans celui du Sénégal.

Ainsi, les « audiences au palais » n’inquiètent pas BBY pour deux raisons complémentaires. C’est d’abord un devoir républicain du Chef de l’Etat d’être le « Président de tous les Sénégalais », et pas seulement celui de l’APR, de Macky 2012 ou de BBY.

A ce titre il devrait régulièrement consulter l’opposition, les forces vives organisées et des Personnalités d’envergure.

Dans l’opposition, nous avions toujours réclamé une telle attitude du Chef de l’Etat que WADE avait toujours refusé si ce n’était pas dans le cadre de ses manœuvres politiciennes. C’est pourquoi, nous saluons ces consultations et encourageons le Chef de l’Etat à les systématiser pour ne laisser en rade des organisations d’opérateurs économiques et ruraux comme l’UNACOIS et le CNCR.

Ensuite, ceux qui s’inquiètent de ces « audiences » sont encore « prisonniers de la culture de Parti- Etat » qui ne voit le Président de la République que sous l’œil partisan qui le réduit à ne recevoir en « audience » que ses partisans, et de ne confier des responsabilités publiques qu’à eux.

Le Président Macky a suffisamment montré dans la pratique, qu’il « ne mangeait pas de ce pain là », malgré l’obstination de certains de ses proches à le convaincre de « dépasser BBY pour se faire une nouvelle Alliance sur laquelle il devrait compter pour un second mandat ».

Ils pensent ainsi qu’il y a antinomie entre « élargissement et renforcement des bases » de l’APR ou de Macky 2012, avec « l’existence de BBY », à plus forte raison son « élargissement », alors que BBY ne peut se renforcer qu’avec le renforcement de ses composantes prises individuellement, y compris l’APR et Macky 2012.

De cette manière, ils montrent qu’ils n’acceptent pas l’idée que Macky est le Président de BBY, sur laquelle, ils n’ont aucune autorité, à plus forte raison, pouvoir de contrôle.

Ce n’est donc ni l’autorité de Macky, ni son destin politique, qui les préoccupent, mais les leurs dans le cadre d’un BBY élargi, renforcé, crédible et efficace dans la résolution des problèmes des Sénégalais.

Macky, à la tête d’un tel BBY n’aura pas de souci pour un second mandat, du fait qu’aucune de ses composantes ne serait crédible face à lui devant les Sénégalais.

C’est ce qu’ Idrissa Seck a compris en se retirant en se créant beaucoup plus de problèmes internes dans son Parti et dans sa propre coalition, que ce qu’il a gagné dans l’opinion.

Il est maintenant dans l’opposition sans l’être, et est obligé, pour la visibilité de son Parti, de se mouvoir dans l’équipe de ceux qui sont rejetés par le peuple.

Les proches de Macky dans l’APR en sont conscients, mais, ce qui les préoccupe c’est quelle place pour eux d’ici la fin de ce mandat, et dans le prochain !

Les autres composantes de BBY occupent des « places » qu’ils convoitent, donc quel sera leur sort avec son « élargissement et son renforcement », eux qui peinent à affronter, devant l’opinion, les troupes défaites et humiliées de WADE, à tel point que Madame le Premier Ministre compte mettre sur pied une brigade de « débatteurs » pour effacer cette image minable qu’ils donnent.

Question : Quelles seront à votre avis les conséquences avec cette nouvelle configuration de la majorité présidentielle ?

Réponse : Cette « nouvelle majorité » sur les cendres de BBY ne saurait être qu’une piètre réplique de la « CAP 21 » de triste mémoire.

Macky n’a pas besoin de gens qui, chaque jour, lui chantent « qu’il est la seule constate », ou de gens qui lui disent « qu’ils ne sont là que pour exécuter sa volonté ».

WADE y avait cru au point d’oublier que la « seule constante c’est Dieu » et la « seule volonté » que tout un chacun a à exécuter est « celle de Dieu ».

Ce qui est curieux dans cette affaire, c’est que ce sont les mêmes qui sont hostiles à la « transhumance », au point de montrer qu’ils veulent se réserver « l’exclusivité » du larbinisme.

Ainsi, ils se sont enfermés dans le dilemme suivant :

Ils veulent « dépasser » BBY pour une « nouvelle Alliance », mais ils ne veulent pas de « transhumants » !

Donc, dans cette « nouvelle Alliance » ils ne veulent être que « eux dans eux » !

L’on peut donc légitimement se demander quel est, dans cette « nouvelle Alliance », l’intérêt politique de Macky ou du Sénégal ?

Même si c’est dans l’hypothèse « d’une meilleure prise en charge dans les médias de la vision du Chef de l’Etat et de l’action gouvernementale », Madame le Premier Ministre n’ y croit , elle qui va créer, sans cette « Alliance », une « brigade de Débatteurs » à cet effet !

Il est donc clair que cette « nouvelle Alliance » n’est qu’un « gadget » pour motiver le « sabordage » de BBY, dont les composantes sont présentées à l’opinion comme des « usurpateurs » qui occupent des « fonctions publiques indues » grâce au « chantage » qu’elles exercent sur le « Président Macky qui est pris en otage » !

Comment des gens, qui proclament partout leur proximité avec le Président Macky, et même leur engagement à défendre ses intérêts politiques, peuvent ils le présenter ainsi comme un « Président de la République impotent » ?

Question : Comment expliquez-vous ces nombreuses frustrations constatées dans l’entourage de Macky ?

Les frustrations observées dans l’APR et dans Macky 2012 résultent de la culture de Parti –Etat, qui est entretenue par le cumul des fonctions de Président de la République et de Chef de Parti. Ce cumul exacerbe l’étroitesse partisane chez les cadres d’un Parti au Pouvoir, et cultive une forte propension à la patrimonialisation de l’Etat et à l’exercice exclusif du pouvoir.

Dans un contexte, il se produit une contradiction entre les cadres et le Président de la République, s’il a le souci d’ouverture pour associer d’autres composantes de la société à l’exercice du pouvoir.

Cette contradiction est d’autant plus exacerbée, lorsque le Président de la République est élu sous la bannière d’une forte et large coalition, dont l’association à l’exercice du pouvoir est nécessaire pour la stabilité du nouveau régime, comme c’est le cas, aujourd’hui au Sénégal, avec BBY.

Dans cette situation, les intérêts politiques du Président Macky Sall rentrent en conflit avec l’agenda de certains de ses cadres non associés à l’exercice du pouvoir, ou même avec ceux qui, bien qu’associés à l’exercice du pouvoir, rêvent de lui succéder et, par conséquent, voient des concurrents potentiels chez les alliés du Chef de l’Etat.

Tout cela rend difficile la tâche du Chef de l’Etat, qui est obligé de se défendre contre ses adversaires dans l’opposition, et de se prémunir, en même temps, de ses propres cadres.

Dans ce contexte, le Chef de l’Etat , pour se défendre et stabiliser en même temps son régime, a plus que besoin de consolider et de renforcer BBY, que de répondre aux sirènes de certains de ses cadres, omnibulés qu’ils sont par leurs ambitions démesurées, et qui veulent l’amener à « saborder » cette Coalition qui l’a porté au pouvoir, et qui lui donne satisfaction dans son travail au gouvernement, à l’Assemblée nationale et au CESE.

La sortie qu’il vient de faire en direction de ses proches collaborateurs à la Présidence de la République, après les sanctions qu’il vient de prendre contre Alioune Badara Cissé, est donc un signal fort en direction de BBY, pour lui assurer sa volonté ferme de se séparer de tous ceux qui mettent leurs intérêts personnels ou leur propre agenda au dessus des intérêts du Sénégal.

C’est donc aux autres composantes de BBY de garder le cap de la cohésion et de l’ouverture, et d’éviter de tomber dans les provocations de certains proches du Chef, qui les poussent, par leurs propos désobligeants, à se raidir et à mettre en avant leur propre agenda en quittant la Coalition.

Une telle perspective rendrait le Sénégal ingouvernable dans la stabilité et la paix civile, et hypothéquerait nos acquis démocratiques et nos chances de sortir notre pays et notre peuple de leurs difficultés de tous ordres, dans une sous région pleine d’incertitude.

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