L'AFRIQUE FACE A LA CRISE IMPERIALISTE

  • LE BLOG DU PIT-SENEGAL
L'AFRIQUE FACE A LA CRISE IMPERIALISTE

Intervention du camarade Ibrahima Sène à Assemblée Générale d’ALNF à Dakar du 15, 16 et 17 Novembre 2013

L’Afrique face à la crise impérialiste : menaces, convoitises, opportunités

L’étape actuelle d’évolution du Capitalisme, ou le règne du « Capitalisme financier ».

Cette étape est apparue avec l’avènement de Thatcher en Angleterre et de Reagan aux USA dés le début des années 80.

Elle n’a pas été le produit d’une guerre mondiale, comme la précédente le fut, et n’a pas enfanté l’avènement de régimes fascistes dans les pays capitalistes, qui sont, au contraire, perçus comme des défenseurs de l’Indépendance des peuples, de la liberté et des droits de l’homme.

C’est ce retournement de la perception de la nature du capitalisme dans les pays du « Capitalisme monopoliste d’Etat », et du Socialisme en l’URSS et dans les autres pays de l’Est Européen, qui a favorisé son avènement.

Cette nouvelle étape, forgée dans la nouvelle conviction des tenants du « Libéralisme économique » et de la « Social-démocratie » de l’impossibilité du « dépassement du mode de production capitaliste », est caractérisée, au plan économique, par la remise en cause de l’ancien « compromis social-démocrate » qui avait enfanté le « Capitalisme d’Etat » à travers,

la privatisation des secteurs clefs de l’économie qui étaient sous le contrôle de l’Etat,

l’indépendance des Banques centrales vis-à-vis de tout contrôle politique directe par les Etats,

la libéralisation des taux d’intérêt et des taux de change entre les monnaies.

C’est cela qui a été appelé par le terme de « Révolution néo-libérale », fortement appuyée par l’avènement d’une nouvelle révolution scientifique et technologique, sous le vocable de « Révolution informationnelle ».

Cette « révolution néo-libérale », baptisée de l’ère « de moins d’Etat et de règne sans entrave des lois du marché » ,a été accompagnée, au plan social, par :

le démantèlement des systèmes de sécurité sociale publique, avec l’avènement des « fonds de pension »,

la précarisation du travail, avec l’avènement du « travail à temps partiel », qui vient s’ajouter aux formes de travail précaires comme le journalier, le saisonnier et le temporaire qui étaient déjà en vigueur.

Cette offensive néo-libérale avait accentué les problèmes de salaire que le niveau du chômage avait soulevés, et auxquels les Socialistes Français voulaient répondre par une option de « partage du travail », avec l’institution des 35 heures, sous Léonel Jospin.

Les Socialistes Français ont préféré le « partage du travail », à la place d’un « meilleur partage des profits », pour résoudre les problèmes de chômage.

Cette nouvelle étape a vu naître des « fonds spéculatifs », appelés « Hedge Funds », et le renforcement du rôle de la « Bourse » dans le système capitaliste.

Les « Hedge Funds » et les « Fonds de pension » sont devenus les moteurs de la financiarisation de l’économie capitaliste.

Leur exigence de rentabilité fait pression sur les entreprises industrielles à travers « la Bourse », qui accentue la concurrence inter-entreprise dans un Etat, et inter-pays dans le monde entier.

Les fermetures d’entreprise, suite à leur délocalisation, et la compression des emplois, suite à des « restructurations d’entreprises », pour répondre aux exigences de rentabilité toujours plus fortes des actionnaires que leur dicte la « Bourse », ont accentué les problèmes de chômage et de pouvoir d’achat des travailleurs.

C’est de cette manière, que les travailleurs et les petites et moyennes entreprises se sont sur endettés pour maintenir leur standing de vie chez les premiers, et chez les seconds, pour résister à la féroce concurrence que la mondialisation des marchés des produits et des capitaux leur impose.

C’est ce système qui a aboutit au surendettement du salarié et des petites et moyennes entreprises, et qui a atteint aujourd’hui ses limites sociales avec la crise des « subprimes » aux Etats-Unis.

Ni le salaire, ni le crédit, ni les « fonds des pension » n’ont pu éviter que les travailleurs tombent massivement dans la pauvreté dans les pays capitalistes les plus développés.

Tous ces instruments économiques de l’asservissement du salarié ne sont plus opérationnels.

Les pertes de grands groupes financiers ont atteint un niveau tel qu’elles menacent la survie même du système capitaliste.

Elles ont déclenché la récession qui va engendrer des pertes énormes de grands groupes industriels et un chômage déstabilisateur de la société capitaliste.

La « révolution néo-libérale » a ainsi amené le système capitaliste au bord de l’explosion.

C’est pour cette raison, que les libéraux se tournent vers l’Etat pour l’amener à sauver, de nouveau, le système menacé de l’intérieur, et non plus par l’existence d’un camp socialiste.

L’Etat, dans cette optique, va financer les pertes des grands groupes en rentrant dans leur capital, et en créant un fonds « appelés fonds souverains » pour les défendre contre le risque de leur absorption par des groupes concurrents étrangers plus puissants.

La soumission de l’économie aux lois du marché, à la libre circulation du capital, et la libre concurrence, est devenue des objets de reliques, et ont cédé la place à une nouvelle « régulation d’Etat » par :

  • l’édition de nouvelles règles de fonctionnement des marchés,
  • des nationalisations partielles ou totales des entreprises menacées de faillite ou d’absorption par des concurrents étrangers,
  • le contrôle des Banques centrales par les Etats,
  • la régulation internationale des taux d’intérêt et des taux de change.

D’aucuns mêmes souhaitent que cette régulation internationale, des taux d’intérêt et des taux de change, soit dévolue au FMI rénové.

Les Socio-démocrates et les libéraux cherchent ainsi à sortir le système capitaliste de cette grave crise sur le dos des contribuables, et à l’aide d’une surexploitation des pays en voie de développement, en profitant de l’effondrement des prix des produits de base que va entraîner la récession.

Ce retour au Capitalisme d’Etat porte en son sein les mécanismes de sa propre destruction, principalement, à cause de la persistance de l’insolvabilité des ménages et des petites et moyennes entreprises, malgré l’annulation par les Etats de leurs dettes vis à vis des Banques.

Avec l’aggravation du chômage qui va résulter de la récession, les ménages vont restés confrontés à la dégradation continue de leur pouvoir d’achat qui est à l’origine de leur sur endettement et de la crise des « subprimes ».

De même, les petites et moyennes entreprises restent confrontées à leur problème d’accès au crédit, à cause des nouvelles exigences de sécurité des placements des banques ; ce qui entrave leur capacité d’investir et donc de création d’emplois.

C’est pour toutes ces raisons, que les mesures prises par les Etats capitalistes, pour sauver les Banques et restaurer leur capacité à reprendre le crédit, n’ont pas été capables de stabiliser le capitalisme financier.

Ces mesures, qui consacrent la « socialisation des pertes » des grands groupes financiers, préfigurent « celle des profits » des grands groupes industriels que la récession jette dans la crise, comme les nuages portent la pluie.

Ainsi, le besoin de la « socialisation » des pertes privées des grands groupes financiers et industriels exigés des Etats par les néo-libéraux, pose la légitimité de la nécessaire « socialisation de leurs profits futurs », donc de ces mêmes grands groupes frappés par la crise, que le monde du travail doit exiger des Etats.

C’est pour éviter que cette « socialisation » ne devienne un « cri de guerre » des travailleurs et de l’opinion publique, que les Socio-démocrates et les néo-libéraux s’agitent au niveau international, pour chercher les voies et moyens à rassurer les ménages du caractère temporaire de la crise, d’où ils pourraient s’en sortir en gagnant même de l’argent !

Cette agitation a permis de sauver momentanément les entreprises d’une faillite généralisée, en attendant les effets de la récession face auxquelles les mesures déjà prises ne pourront pas les prémunir.

Pour cela, il aurait fallu des programmes de relance de la consommation des ménages qui sont confrontés aux problèmes de l’aggravation du chômage, et de relance de la croissance par l’investissement des petites et moyennes entreprises, encore confrontées à l’accès au crédit.

Au contraire, les mesures prises, en Europe et aux USA sous Bush, continuent à favoriser les licenciements et à obérer les salaires et les pensions, donc le pouvoir d’achat des ménages et leur consommation, tout en accordant des réductions substantielles d’impôt aux plus fortunés, dans un contexte d’implosion du déficit budgétaire de ces Etats.

En outre, les producteurs de produits de base, menacés de baisse des prix par la récession, vont opposer une lutte farouche contre le risque d’accentuation de leur spoliation à travers une aggravation de la détérioration des « termes de l’échange » de leurs exportations.

Mais, cette crise est entrain aussi de redistribuer le marché mondial au détriment des USA et de ses alliés Européens, en faveur des pays émergents, comme la Chine, l’Inde, la Russie,

Cette nouvelle reconfiguration du marché mondial, qui menace leur suprématie, peut servir de marché alternatif aux produits de base des pays en développement, pour résister à la détérioration des « termes de l’échange » de leurs exportations.

Cette nouvelle remise en cause de l’hégémonie économique des grands pays capitalistes, qui accentue la concurrence pour un nouvel partage du marché mondial, peut déboucher sur des guerres d’agression contre ces pays pour les déstabiliser, à l’image de ce que les USA ont fait en Irak pour le contrôle de son pétrole, ou pour déstabiliser leurs pays d’approvisionnement potentiels, comme ce qui se passe au Soudan et à la République Démocratique du Congo, pour spolier leurs ressources naturelles.

Donc le Capitalisme, à son étape de « financiarisation », reste toujours potentiellement belliqueux, et interpelle la gauche marxiste dans deux directions complémentaires :

Le cadre géostratégique

Il est composé de deux sous-ensembles distincts, mais qui se sont complétés fondamentalement. Il s’agit de la géostratégie des USA en Afrique, et celle de la France.

Géostratégie des USA

Elle consiste à reconfigurer le Moyen Orient, y compris Israël, et l’Afrique du Nord, y compris la bande sahélo-sahélienne dont les populations ont l’Islam en partage, pour construire une même zone géostratégique, dénommée le « Grand Orient ».

Pour atteindre cet objectif, les USA cherchent à remplacer les luttes anti-impérialistes portées historiquement par les « Nationalismes » Pan Arabe et Pan Africain, par des luttes entre « Islam modéré » porté par la Turquie et les « Frères musulmans » , et « Islam radical », porté par l’Iran et les divers mouvements d’ « Al- Qaïda », et « Salaafists ».

C’est cette substitution que les USA veulent faire prévaloir en Afrique du Nord, et dans la Bande Sahélo- Sahélienne, à l’occasion de la crise au Mali, dans laquelle le Qatar intervient ouvertement en finançant les Islamistes radicaux.

Cette stratégie est, pour les USA, un moyen de contrôle des ressources pétrolières et leurs voies d’acheminement, dans le Moyen Orient, l’Afrique du Nord, et la Bande Sahélo-Sahélienne de l’Afrique.

Elle est, en Afrique Sub- Saharienne, complétée par la recherche des USA, par tous les moyens, de contrôle du Golfe de Guinée, par le bais d’une Unité militaire spécialement dédiée à cet effet, Africom, dont la mission, comme l’a reconnue publiquement en 2007, un Conseiller du Département d’Etat étasunien, le Dr J. Peter pham en ces termes : « les objectifs stratégiques d’Africom , consistent à protéger l’accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques abondantes en Afrique …..à protéger la vulnérabilité de ces richesses naturelles, et s’assurer qu’aucune tierce partie comme la Chine, l’Inde, le Japon, ou la Russie obtiennent des monopôles ou des traitements de faveur ». (Nile Bowie, COVERT OPS IN NIGERIA: Fertile Ground for US Sponsored Balkanization, Global Research, 11 avril 2012.)

Géostratégie de la France

Elle consiste, pour la Droite Française, à promouvoir l’Union des Peuples ayant en partage la Méditerranée, (UPM) pour raccorder les pays du Maghreb à la France, au risque d’entraver le projet étasunien du « Grand Orient ».

Cette politique géostratégique de la France à l’égard de l’Afrique du Nord, complète sa politique de contrôle des pays de la Zone Franc par le biais d’accords de coopération militaire, économique et financière, qui l’autorisent à centraliser 50% des réserves de changes des pays Africains membres, dans un Compte d’Opération au sein du Trésor Français, pour garantir la convertibilité de leur monnaie commune, le Franc CFA.

Elle vise à défendre les intérêts des Entreprises Françaises dans cette partie d’Afrique. Ce qui a donné naissance au concept de « Françafrique ».

Ainsi donc, l’on note que la géostratégie des USA et des Gouvernements Français successifs de Droite ou Socialiste, les mettent tous les deux, en contradiction irréductible avec les porteurs du « Nationalisme économique » en Afrique, et du « Pan Africanisme » pour l’Unité des pays qui ont en partage le Continent.

III) Mise en eouvre des géostratégies US et Française en Afrique

L’ imposition de « forces internationales d’intervention ou d’interposition»

En Guinée Bissau

Les militaires de Guinée Bissau viennent de souscrire à un Accord pour la présence, dans leur pays, de « Forces internationales », qui ont comme objectif d’y rétablir la paix et la stabilité, et de les soumettre à l’autorité du pouvoir politique civil.

Pour contraindre les militaires à signer cet Accord, que d’arguments n’ont-ils pas été utilisés pour créer les conditions psychologiques nécessaires, à cet effet, pour l’opinion publique de la sous région et du monde !

Ils ont été accusés de « bandes armées » et de « trafiquants de drogue, d’armes et d’autres pierres précieuses » et de « fauteurs du désordre et de l’insécurité » dans la sous région, afin de saper le prestige historique de cette armée de libération nationale, qui lui vaut la légitimité de gouverner son peuple, qu’elle a libéré, après d’immenses sacrifices, du joug colonial Portugais.

Ainsi, l’Occident, qui naguère s’était mobilisé pour soutenir le Portugal dans sa lutte coloniale contre cette armée Bissau Guinéenne, vient, avec cet « Accord », de prendre sa revanche historique sur cette armée, qui a battu en brèche sa coalition militaire et politique autour du Portugal, et a fait accéder son peuple à l’Indépendance nationale.

Cette armée a pu accomplir ce « fait historique » grâce à l’appui de la République de Guinée, sous Séckou Touré, et de l’Union Soviétique.

Mais, avec la chute du régime de Sékou Touré à sa mort, et celle de l’Union Soviétique, cette armée, qui a conquis un prestige national et international sous l’emprise des rivalités Est/ Ouest, devrait être « humiliée », comme l’Occident le fit avec la prestigieuse armée Yougoslave, qui aussi, avec le soutien de l’armée Soviétique, avait mis en déroute l’Allemagne Nazie, durant la deuxième guerre mondiale, au moment où la France occupée, avec son armée en débandade, se voyait contrainte à collaborer avec Hitler.

C’est pour cela, que l’armée de Bissau fut accusée de « narcotrafiquants » et l’armée yougoslave de « de génocides contre les musulmans de Bosnie et les chrétiens de Croatie ».

L’armée Bissau Guinéenne n’est pas une armée de « métiers » qui a usurpé le pouvoir politique, mais bien, une armée de libération nationale, constituée de civils qui ont accepté de prendre les armes pour conquérir l’indépendance nationale pour leur peuple.

La légitimité et le prestige de cette armée à présider aux destinées de son peuple, n’est remis en cause que par ceux qui continuent de voir en ce « petit pays », une « insulte » à leur propre mémoire coloniale historique.

Sevrée du soutient de la République de Guinée et de l’Union Soviétique, cette armée ne pouvait survivre et défendre l’indépendance de son peuple, qu’en s’adonnant à des pratiques « illicites » pour financer sa résistance : la drogue et le trafic d’armes qu’elle avait acquises en grande quantité dans sa lutte de libération nationale.

C’est de la même manière que les FARCS, en Colombie, financent leurs luttes de libération nationale et sociale de leur peuple du joug des USA et de l’oligarchie civilo militaire qui régente ce pays.

C’est en criminalisant, à grands renforts de propagande, leurs seuls moyens de financer leur résistance, que l’Occident compte parvenir à les réduire au silence.

Mais, ce même Occident, avec la présence de sa « Force internationale » en Afghanistan, ferme les yeux sur la corruption, la production, et le trafic de drogue et d’armes, dans sa lutte contre « Al Quaidah » !!

Ses alliés Afghans, malgré l’énorme soutien financier et matériel dont ils bénéficient, sont habilités à user de ces moyens « illicites et criminels », tandis que l’armée Bissau Guinéenne et les FARCS sont interdits d’y recourir pour financer leur résistance, et sont traqués, pour cela, par l’Occident !!!

Voilà donc « deux poids et deux mesures » qui reflètent bien l’hypocrisie des puissances occidentales dans leur comportement envers l’armée Bissau Guinéenne, avec l’appui zélé de leurs vassaux au sein de l’ONU et de la CEDEAO.

Nul ne peut ignorer, qu’avec l’installation de ces « Forces internationales », ce n’est pas seulement la souveraineté durement acquise du peuple de Bissau qui est hypothéquée. Mais, sont aussi mises en cause, la paix, la stabilité et la sécurité dans notre sous région, comme partout dans le monde où elles ont été installées.

Du Plateau du Golan à la Bosnie, de l’Afghanistan au Darfour ou à la République Démocratique du Congo (RDC), ces « Forces internationales » ont contribué à déstabiliser leurs pays d’accueil ou leurs zones d’impact. Nulle part ces « Forces » n’ont permis de rétablir la paix et la sécurité. Au contraire, partout où elles sont installées, les trafics de tous genres, les viols et la dilapidation des ressources naturelles de ces zones, par des « bandes armées », sont légion.

C’est donc ce futur de désastre et de désolation que l’Occident réserve au peuple de Guinée Bissau, avec l’installation, dans ce pays, de ses « Forces internationales ».

Le Gouvernement du Sénégal, en souscrivant à cet « Accord », va signer l’acte de « transformation de la Guinée Bissau de Plaie en Gangrène de la sous région », au détriment de la sécurité et de l’intégrité de notre frontière avec ce pays.

L’attitude des Gouvernements du Sénégal, depuis Senghor qui entretenait, dans notre pays, des « francs tireurs » à la solde du Portugal, le « FEMING », contre l’armée de Bissau en lutte contre la coalition occidentale au tour du Portugal, jusqu’à Abdou Diouf et Wade, qui ont vainement cherché à exploiter les contradictions en son sein par la corruption pour obtenir la paix en Casamance, nos gouvernants n’ont jamais voulu jouer le « rôle de soutient » à l’armée de Bissau, qu’elle recevait de la République de Guinée, pour reconstruire son pays, détruit par une longue guerre de libération nationale, et mettre en œuvre une transition du pouvoir militaire vers un pouvoir civil démocratiquement élu.

Cette transition, qui est encore en cours en Angola, et qui a eu son épilogue heureux au Mozambique, est menée sous la supervision directe du pouvoir militaire, et non contre lui.

A Bissau, sous la poussée des « Conférences nationales » imposées par l’Occident, l’on a voulu procéder directement à l’installation d’un « pouvoir civil à la place du pouvoir militaire », au nom du suffrage universel !

Les militaires ont refusé de cautionner, qu’au nom du suffrage universel, la souveraineté de leur peuple durement acquise, soit hypothéquée par un « pouvoir civil » appelé à les confiner dans les casernes.

C’est en cela que réside la déstabilisation de la Guinée Bissau, et que la présence de « Forces internationales » ne fera qu’aggraver.

C’est au pouvoir militaire, garant de la souveraineté du peuple, que revient la mission historique de se transformer en pouvoir civil au bout d’une transition.

C’est ce type de transition qui est en cours, aujourd’hui, en République de Guinée, sans aucune présence de « Forces internationales ».

En Guinée Bissau, la transition devrait être plus longue, le temps qu’il faudra pour construire des institutions civiles et démocratiques stables, dans le respect strict de la souveraineté de ce peuple.

Il est possible, comme en République de Guinée, de faire échec aux occidentaux revanchards et nostalgiques de la colonisation, avec leurs pions tapis dans la CEDEAO, pour arrêter la mise en place de ces « Forces internationales » d’aggravation de la déstabilisation de notre sous région.

Au Mali

Au Mali, après le « printemps arabe », les USA sont parvenus à faire sauter le verrou Tunisien à la barbe de la France, tout en manœuvrant pour conserver son contrôle sur l’Egypte, ébranlée par les effets de la « Révolution » en Tunisie, tandis que la France a restauré son contrôle sur la Côte d’Ivoire, avec l’appui des USA.

C’est cette complicité qui a été mise en œuvre pour faire sauter le verrou que constituait, pour les USA, la Lybie sous Kadhafi. Pour la France, elle ne l’est devenue qu’après avoir restauré son contrôle sur la Côte d’Ivoire.

Après la chute de Kadhafi, les USA et la France, sont parvenus à convaincre l’ancien Président du Mali, Amadou Toumany Touré (A.T.T), d’autoriser les Touaregs, qui se battaient dans les rangs de l’armée libyenne, à renter au Nord du Mali, avec « armes et bagages », dans le but d’affaiblir la résistance des partisans du Guide libyen assassiné.

Mais aussi, la France y voyait un moyen de protection de ses intérêts au Niger, (l’uranium), et de pression sur Alger dans sa stratégie de construction de l’UPM, alors que les USA, y voyaient un moyen de faire sauter le verrou Algérien qui entrave sa stratégie du « Grand Orient ».

Toutes ces deux puissances voyaient d’un bon œil l’Autonomie de l’AZAWAD sous le contrôle du Mouvement de Libération Nationale de l’AZAWAD (M.N .L . A), qu’ils considèrent comme « mouvement laïc », en alliance avec ANSAR DINE, considéré comme « islamiste modéré ».

C’est contre ce projet de partition du Mali, que de jeunes officiers ont décidé, devant la débâcle de leur armée au Nord du pays, de faire face en prenant le Pouvoir.

Cette réaction patriotique de l’Armée du Mali, a mis la France, et les USA, dans tous leurs états, étant donné qu’elle constituait un obstacle inattendu à leur projet de partition de leur pays.

D’où leur décision d’actionner la CEDEAO, dont la Présidence est assurée par le Président de Côte d’Ivoire que Sarkozy a placé au pouvoir, pour les faire partir, avec le concours du Président du Burkina Faso, réputé être en service commandé de Paris, bombardé « médiateur » dans cette crise. Ils entreprirent immédiatement des initiatives, pour empêcher la junte d’avoir les moyens économiques et militaires de déclencher la lutte de libération du Nord de leur pays, que la rébellion Touareg venait de déclarer « Indépendant ».

C’est ainsi que la CEDEAO a décrété l’embargo du Mali, et le blocage de ses avoirs extérieurs et des Armes, dans les ports d’ACCRA et de Conakry, que le Gouvernement déchu de A.T.T avaient commandées. La France de Sarkozy y ajoutait la suspension de sa coopération militaire.

Ils ont ainsi réagi avec le soutien des USA, parce que les enjeux de la libération du Nord du Mali ont bouleversé la géopolitique au niveau régional et international.

Pour la France et les USA, il faut créer une « situation de guerre de longue durée », pour avoir le temps de faire sauter le verrou Algérien, tout en protégeant les intérêts Français au Niger. Ils le font déjà en Afghanistan, le temps de décapiter Al-Qaïda, et de protéger les intérêts Américains au Pakistan.

La C.E.D.E.A.O est devenue, dans ce contexte, le bras économique et armé de ces puissances occidentales, chargée ,d’abord, de chasser la junte du pouvoir, avant d’entreprendre, par la suite, cette « guerre de longue durée »,contre laquelle s’opposent l’Algérie et la Mauritanie pour leur propre sécurité.

Cet impasse de la C.D.E.A.O s’est aggravé avec la chute Sarkozy et l’arrivée d’un Président Socialiste qui, après avoir continué, pour une courte durée, les objectifs de son prédécesseur, ne fait plus du départ de la junte, un préalable à la libération du Nord.

De même, l’arrivée de l’Afrique du Sud à la tête de la Commission de l’Union Africaine, fait rentrer les membres du BRICS dans le jeu géopolitique Africain; ce qui a mis fin à la marginalisation que subissaient la Chine et la Russie, membres du Conseil de Sécurité, dans la prise en charge des problèmes politiques en Afrique.

Les conditions politiques, malgré les réticences des USA, sont donc ainsi réunies pour permettre au Conseil de Sécurité de confier le pilotage de la libération du Nord Mali à la Commission de l’Union Africaine qui devrait, en rapport avec l’Armée Malienne, mettre en place une force africaine, et non plus exclusivement C.E.D.E.A.O, pour restaurer l’intégrité territoriale du Mali, et créer les conditions d’un retour à l’ordre constitutionnel.

Ce recentrage de l’action militaire autour de l’Armée Malienne et de la Commission de l’Union Africaine, est accompagné de la levée de l’embargo sur ce pays, du déblocage de ses Armes dans les ports d’Accra et de Conakry, mais également, de la reprise de la coopération militaire Française, et du retour du pays dans les Instances de l’Union Africaine.

Avec la Commission de l’UA, dont elles sont membres, la Mauritanie et l’Algérie peuvent s’assurer, que la libération du Nord du Mali, avec leur participation, n’installera pas la zone dans une « guerre de longue durée » pour diviser le Mali et les déstabiliser.

Ces changements dans les rapports de force autour de la crise au Mali, ont obligé les USA à reconsidérer l’Algérie , non plus comme un verrou qu’il faut faire sauter, mais comme un « partenaire » avec lequel il faut coopérer.

Alger devient un objet de « convoitise » que se disputent âprement les diplomaties française et étasunienne.

Au Moyen Orient,

Il est aujourd’hui clairement établi que la « sale guerre » projetée contre la Syrie obéit principalement à des objectifs géostratégiques pour les USA, au Liban pour la France, et dans la OUMAH Islamique pour l’Arabie Saoudite et le Qatar, alors que les intérêts géostratégiques de la Russie et la sécurité de l’Iran sont intimement liés au sort de ce pays, dans une région où la Chine fait des percées qui inquiètent les grandes puissances Occidentales.

C’est dans ce contexte conflictogène, que les Etats Unis visent à rétablir leur contrôle sur la région pour mieux sécuriser les intérêts de ses puissants groupes financiers et militaro industriels, et ceux d’Israël, qui sont malmenés par les printemps arabes et les difficultés des Frères musulmans en Tunisie et en Egypte, sur lesquels ils ont misé pour contenir les forces démocratiques, républicaines et laïques du Nationalisme pan Arabe.

De même, le Gouvernement Socialiste, qui a fait allégeance aux groupes financiers et militaro industriels Français, vise à sauver leurs intérêts intimement liés à ceux de puissants groupes économiques et militaires libanais, afin que la France puisse maintenir sa place et son influence dans les solutions à la crise Israélo palestinienne.

Pour ce faire, Paris cherche à éliminer le Hezbollah et la Syrie, qu’il perçoit comme des obstacles à ses intérêts géostratégiques dans la région.

Pour l’Arabie Saoudite et le Qatar, malgré leurs rivalités sous l’arbitrage des USA, l’élimination des régimes en Syrie et en Iran est leur objectif commun qu’ils partagent avec Israël, pour le contrôle de la OUMAH Islamique .

Ainsi, l’on assiste non pas à une guerre pour la Démocratie, la défense des Droits humains ou contre le terrorisme, mais bien à une guerre pour des motifs géostratégiques conçue par les USA et la France comme une modalité de sortie de leurs graves crises économiques et sociales.

En effet, les Etats Unis sont gravement confrontés à un « falaise fiscal » et à un chômage durable inquiétant , qui ont mis les Républicains et les Démocrates à couteaux tirés autour de leurs solutions, au point de menacer l’économie US en panne de croissance. Mais une guerre à l’étranger, pour défendre les intérêts des puissants groupes financiers et militaro industriels US, pourrait les rapprocher pour surmonter leurs contradictions internes, comme l’indique le ralliement spectaculaire de Mc CAËN aux positions du Président OBAMA qui a permis de confectionner un projet d’accord que le Congrès pourrait voter.

De même, la France Socialiste, confrontée à un grave déficit budgétaire, et à un chômage endémique, vise à s’accommoder avec la base sociale de l’UMP en faisant acte d’allégeance aux groupes financiers et militaro industriels, afin de surmonter ses contradictions avec la Droite, par une politique d’austérité qu’une guerre à l’étranger pourrait faire accepter par le peuple.

Dans cette perspective, la politique d’austérité est déjà lancée par la Réforme des Retraites, tandis que l’appui spectaculaire de Balladur au projet de guerre de François Hollande devait lui permettre d’ouvrir une brèche dans l’UMP.

Mais, cette offensive de F. Hollande vers l’UMP a eu une portée limitée, contrairement à celle de OBAMA en direction des Républicains, du fait qu’ en France, l’UMP ne veut pas laisser au F.N de Marine Lepen , le terrain de la contestation à Droite, de l’engagement de Hollande en Syrie.

Cet isolement politique à droite comme à gauche non socialiste et au sein du peuple, de F. Hollande en France et en Europe, enlève à « sa guerre » contre la Syrie tout fondement moral et éthique, et toute justification à une politique d’austérité.

Il est donc pris dans son propre jeu, avec comme conséquence peu honorable, de faire jouer à la France, un rôle de « supplétif » des Américains dans l’agression contre la Syrie, dans l’espoir de préserver, à leurs côtés, sa place géo stratégique au Moyen Orient.

Cependant, ce n’est pas seulement le peuple de France qui est appelé à payer cette « sale guerre » par une politique d’austérité. Mais aussi, les peuples d’Afrique francophone qui ont en partage la Zone Franc avec leurs « Réserves de Change » logées dans un Compte d’Opération au sein du Trésor public Français, au moment où ils sont confrontés à de graves problèmes de chômage, et de financement de l’éducation et de la santé.

Ainsi, autant le peuple de France peut légitiment exiger du Pouvoir socialiste, de renoncer à l’austérité pour régler les problèmes du chômage et des déficits publics, au lieu de faire la guerre à la Syrie, autant nos peuples d’Afrique Francophone de la Zone Franc, sont fondés à s’opposer à ce que l’on utilise leurs « Réserves de change» pour la financer, et à réclamer de la France Socialiste, la restitution de leurs « Réserves de change », pour mieux lutter contre leur propre chômage, financer l’éducation et la santé, et s’ouvrir de nouvelles perspectives pour se bâtir un avenir commun dans une grande Confédération des pays de l’Union Economique Monétaire Ouest Africain (UEMOA) et de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique du Centre (CEMAC).

Dans ce cadre, les peuples de France, des USA et d’Afrique Francophone de la Zone Franc, devraient ensemble se mobiliser contre cette « sale guerre », et la « transformer en guerre des peuples» contre l’austérité, le chômage, les déficits publics, pour la paix et la restitution à l’UEMOA et à la CEMAC, de leurs « Réserves de change» pour qu’ensemble, elles recouvrent leur souveraineté monétaire afin de prendre en main le destin de leurs peuples.

Dans cette perspective, les ressortissants de l’UEMOA et de la CEMAC, dans leurs pays respectifs, en France et aux Etats Unis, devraient prendre toute leur place dans les mobilisations populaires contre le projet de guerre des USA et de la France contre la Syrie.

Ce projet de « guerre impérialiste » peut et devrait être transformée en « guerre des peuples » pour leur libération sociale et nationale, contre les grands groupes financiers et militaro industriels qui régentent le monde.

La paix du monde, la sécurité sociale des travailleurs, et la souveraineté nationale des peuples, sont en jeu dans cette « sale guerre ».

Le « piège » de la « Démocratie » et de l’ « 0rdre constitutionnel »

L'entrée récente et massive de nos pays à la Démocratie représentative avec les exigences de tenue des élections à échéance régulière et en toute transparence, a fortement conditionné la conscience politique de l'écrasante majorité des jeunes dans nos pays.

C'est incontestablement une avancée progressiste qu'il faut consolider et défendre bec et ongle.

Cependant l’« électoralisme », que les grandes puissances occidentales, comme un virus, ont inoculé chez les couches moyennes en Afrique, a suscité en eux une soif inextensible d’accès au pouvoir.

Ils sont convertis à l’idée que le pouvoir s’acquiert par les urnes, donc, chacun se dit, pourquoi pas moi ?

Cette obsession d’accéder au pouvoir, qui les caractérise, a fait des « échéances électorales », un dogme, dont le respect devrait primer en tout temps, et en toutes circonstances.

C’est ce dogme qui a fait privilégier la poursuite du processus électoral au Mali, sous A T T, au moment même où ce pays vit une rébellion armée, doublée d’une agression extérieure qui a amputé une partie importante de son territoire.

Cependant, il faut éviter de tomber dans le piège qui voudrait que l'élu, durant son mandat, ne soit comptable de sa politique, de sa gestion et de ses actes devant le peuple qui l'a élu, qu'à la fin de son mandat. Et que durant son mandat, fort du suffrage du peuple, il peut mener une politique aux antipodes des aspirations du peuple qui l'a élu!

C'est ce mythe que les peuples du monde entier sont entrain de briser, en descendant dans les rues pour exiger des comptes en cours de mandat de leurs élus. C'est ce qui s'est passé chez nous, au Sénégal, avec la manifestation populaire de ce 23 juin historique de 2011, avec les "printemps arabes", le mouvement des "indignés" en Europe du Sud, avec le mouvement "occupy Wall Street" aux USA, et récemment, en Turquie à la "Place Taksine" et au Brésil.

Ce sont ces nouvelles exigences des peuples qu’ A T T avait ignorés et que Morsi, en Egypte, n'a pas su intégrer dans sa politique, jusqu'à braquer son peuple contre lui.

Pourtant, le peuple malien meurtri ne demandait à A T T que la sécurité et la défense de l’intégrité de son territoire, tandis que le peuple d’Egypte mécontent demandait à Morsi de rendre compte de sa gestion du pouvoir, en remettant son mandat en jeu. Le peuple réclamait des élections anticipées que Morsi refusait, sous prétexte que le peuple devait attendre la fin de son mandat.

Morsi, et tous ceux qui s'émeuvent sur son sort semblent oublier, que son Parti, les " frères musulmans" n'a pas initié l'occupation de la "Place Takhrir", et qu'il avait pris le mouvement en marche, et fut même obligé de retirer ses slogans islamistes pour être accepté dans cette révolution démocratique et citoyenne en marche.

C’est différent de l’instrumentalisation du « Printemps arabe » en Libye et en Syrie, par les puissances occidentales, dans leur stratégie de reconfigurer le moyen Orient et l’Afrique du Nord, avec l’appui de l’Arabie Saoudite et du Qatar, pour mieux sécuriser la route des hydrocarbures et l’existence d’Israël, tout en coupant l’Afrique de sa partie Nord, déjà rattachée à un ensemble géostratégique et économique, dénommé officiellement par la Banque mondiale de « Zone Meadle Est/Noth Africa » ou ( MENA) .

Les géostratégies française et des USA tentent de briser l’aspiration profonde des peuples d’Afrique, de voir , un jour, se réaliser l’Unité de tous les Etats et tous les peuples de ce vaste et riche continent, du Nord au Sud, et de l’Est à l’Ouest, que l’Union Africaine (UA) a la charge de matérialiser.

S’y opposer par l’organisation de larges manifestations, par le boycott massif de leurs produits dans les marchés des pays en développement et pays émergents, par le blocage des ports et aéroports des pays belligérants, et par l’interdiction de survol de l’espace aérien, ou d’utilisation des sols des pays limitrophes des conflits qu’ils suscitent ou entretiennent, est donc un devoir moral, éthique et civique.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog