MAUVAIS CLASSEMENT "DOING BUSINESS": FAUT-IL S'EN PLAINDRE OUTRE MESURE?

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MAUVAIS CLASSEMENT "DOING BUSINESS": FAUT-IL S'EN PLAINDRE OUTRE MESURE?

Mauvais classement « Doing Business » : Faut-il s’en plaindre outre mesure?

Beaucoup de concitoyens sont entrain de s’épancher sur leurs frustrations pour le mauvais classement du Sénégal au « Doing Business », d’autres mal intentionnés cherchent à en faire leur cheval de bataille politique, sans prendre la précaution de chercher à comprendre l’enjeu idéologique et la finalité de cette nouvelle pilule des tenants du Capital destinée subrepticement aux pays en développement. Pourtant un rapide survol des différents classements annuels, révèle un détail aux relents de paradoxe limitant pour la cohérence et la compréhension du mode d’administration de la potion : les pays développés ne se soucient pas de leur classement et pour preuve aucun d’entre eux ne cherche à prendre la tête de ces classements, et ne le prendra, ils sont souvent au milieu du tableau loin derrière les « modèles », l’Albanie, Montgomerry, singapour, la slovénie etc….

EN vérité, le « Doing Business » n’est rien d’autre qu’une nouvelle manœuvre de redéploiement du capital à travers le monde, systématisé à travers d’indicateurs aussi hétéroclites qu’insolites et surtout discriminatoires selon les préoccupations de l’heure de la Banque Mondiale dans un pays donné. En outre c’est un test à qui mieux- mieux de soumission, d’allégeance politique et économique des Etats face à la boulimie du Capital qui se veut totalement débridé et monopolistique.

De quoi s’agit-il ? Au nombre des Indicateurs basiques on peut relever, les délais de procédures d’ouverture et de fermeture d’entreprise, de licenciement de travailleurs, de règlement de différends individuel ou collectif, la flexibilité du code du Travail, l’existence de zones franches, la qualité de la main d’œuvre bon marché, le temps de travail, l’indépendance de la justice, l’absence de corruption, la sécurité de la propriété privée et la stabilité politique. Pourtant toutes ces mesures à elles seules ne peuvent pas garantir l’arrivée d’investisseurs. Quid des infrastructures où le Sénégal a fait quand même des efforts ? Quid de la taille du marché ? Donc sous la menace d’un boycott des Investisseurs les Etats faibles et mal lotis économiquement sont alors obligés de porter cette camisole de force. Paradoxalement, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, bras séculiers du Capital, tribunes des investisseurs, en imposant une telle grille d’évaluation, agissent par ailleurs au mépris de leur proclamation de foi et des grands principes qu’ils prônent à l’intention des Multinationales et des Investisseurs. Que fait la Banque Mondiale de ses mesures de Sauvegarde, la SFI, des Principes de L’Equateur, l’OCDE, cartel des plus grands investisseurs, de ses Principes de l’OCDE, qui insistent tous d’une part sur la nécessité incontournable d’Etude d’impact avant la création d’installations de type A ou B et qui militent pour des investissements socialement responsables, à travers le respect des droits et des intérêts des parties prenantes, et d’autre part sur le respect de la légalité et des normes internationales ? Où se trouve la cohérence de la démarche entre vouloir ouvrir une entreprise en vingt quatre heures, une semaine et devoir faire une Etude d’impact environnemental et social, sérieuse, entre facilités de délocalisation et nécessité de développer une responsabilité sociétale ?

Non, le « Doing Business » n’est rien d’autre qu’une partie d’échecs entre la souveraineté des Etats et le libertinage du Capital, une partie de danse endiablée et irrésistible, organisée principalement à l’intention des Pays en développement par les Pays développés, les Multinationales et toute l’oligarchie capitaliste, qui tirent les ficelles au sein de ces officines qui gouvernent le Monde. A l’ère de cette Mondialisation il est certes difficile de se mettre en marge du « Ndeup » collectif mais il faut surtout s’y emballer en fonction de son rythme cardiaque pour ne pas y perdre son souffle.

Non Monsieur le Président, il n’ya pas à s’émouvoir outre mesure même si çà peut faire mal de ne pas reconnaître tous les efforts faits ces dernières années par l’Apix dans ce sens et que vous êtes entrain de consolider et d’approfondir sous l’encadrement juridique approprié (code des Impôts, des douanes, Textes de l’OHADA , Pactes Mondiaux). Prenez ce classement pour ce qu’il vaut et tout au plus comme une alerte pour les indicateurs vertueux tels que le temps de travail, la corruption et l’indépendance de la justice qui restent encore des défis.

Non, nous ne vous demandons pas d’être un Président Spécial comme l’autre mais il faut préserver la spécificité Sénégalaise qui est une évidence mondiale. Cette spécificité, séculaire , légendaire est à la fois géophysique, petit Pays, promontoire qui défie l’Océan atlantique, historique, politique et démocratique, pays leader de l’ex-AOF, première démocratie d’Afrique, religieuse avec de grandes figures auréolées de miracles et dont les doctrines et les Enseignements résistent encore au vent de la refondation contestée et contribuent remarquablement aujourd’hui à l’expansion de l’islam, sociale avec la Téranga unique Sénégalaise, et en fin juridique avec cette belle et courageuse initiative de création et de réactivation de cette CREI qui constitue un instrument efficace de Gouvernance vertueuse à vulgariser et à vendre par tous ceux qui militent contre les crimes économiques et en faveur de la justice et des droits des peuples. Oui il s’agit plutôt Monsieur le Président de pousser cette exception Sénégalaise au plan économique, pas en suivant à la lettre les prescriptions non discriminées et parfois inappropriées des Institutions financières mais en travaillant à rendre notre pays autonome dans bien des domaines, attractif à travers ses propres ressources, ses produits, son savoir faire, son savoir- être. Ce faisant, il ne manquera pas d’acquéreurs ou d’honnêtes hommes investisseurs pour faire long escale dans notre pays.

Waly Ndiaye

Membre Réseau Africain des Syndicalistes chercheurs

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