INTERVIEW DU CAMARADE IBRAHIMA SENE SUR LES RECOMMANDATIONS DE LA C.N.R.I

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INTERVIEW DU CAMARADE IBRAHIMA SENE SUR LES RECOMMANDATIONS DE LA C.N.R.I

Question : Comment appréciez-vous globalement le rapport de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI) déposé récemment sur la table du président de la République?

Réponse :

Ni mon parti, le PIT, encore moins BSS auquel il appartient, n’a reçu officiellement le projet que la CNRI a remis entre les mains du Chef de l’Etat. Je suis alors surpris de me rendre compte dans la presse, que les Cadres de l’APR l’ont reçu et ont même commencé une campagne contre certaines dispositions de la CNRI, et souvent même, contre le projet remis au Chef de l’Etat.

Cette situation montre que le Chef de l’Etat a donné la priorité de l’information à ses Cadres, discriminant ainsi, non seulement ses alliés dans BBY, mais aussi, le peuple !

Cette asymétrie dans l’information dénote d’une démarche déloyale vis-à-vis des alliés que nous sommes, et rappelle étrangement celle qu’il avait mise en œuvre avec le projet de l’Acte 3 de la Décentralisation.

Donc, le peu que je sais des propositions de la CNRI, me vient de ce que les cadres de l’APR ont extrait de celles-ci en vue de mobiliser leurs membres et sympathisants autour de la nécessité de faire bloc contre leur acceptation par le Chef de l’Etat.

Donc, de ce que j’ai lu de ces propositions dans la presse, me force de reconnaître, qu’elles vont dans le sens de l’approfondissement des bases républicaines de notre Etat, de la démocratisation des institutions de la république et de vie publique, et de l’émergence d’une Démocratie citoyenne. Elles ne peuvent donc déranger que ceux qui rêvaient du maintient du statut quo institutionnel qui a donné naissance au Parti-Etat, et aux dérives despotiques et monarchiques que Wade nous a légué. Cela coupe l’herbe aux pieds de ceux qui se mobilisent déjà dans l’APR, pour retourner le Sénégal aux institutions d’avant 1992, en proposant la suppression de la Primature pour restaurer le régime présidentiel de pouvoir personnel des années de braise, sous le tandem « Diouf - Colin », et le retour au scrutin majoritaire intégral lors des élections locales en perspective !

Tous les Républicains et Démocrates sont donc interpelés dans cette bataille autour du projet CNRI, pour mettre en échec, cette tentative de retourner notre pays à plus de 20 ans en arrière !

Question :

Quelle est votre position sur certaines recommandations du rapport comme sur la limitation d'âge pour être candidat à la présidentielle, le fait que le président de la République ne puisse plus cumuler ses fonctions avec celui de chef de parti, ou encore la réduction du mandat du président de la République à 5 ans?

Réponse :

Sur la limitation de l’âge des candidats à la Présidence entre 35 et 70 ans, cela ne peut poser problème qu’à ceux qui pensent, qu’en dehors d’être Président de la République, il ne sert à rien de diriger un parti, ou même de s’engager politiquement pour servir le peuple. Le mal, au Sénégal qu’il faut éradiquer impérativement, c’est cette vision de la fonction du Président de la République. Heureusement, les propositions de la CNRI, sorties dans la presse et qui limitent significativement les pouvoirs du Président de la République, vont dans le bon sens, pour une prise de conscience collective de ce mal.

C’est aussi dans ce bon sens que vont l’interdiction du cumul de la fonction de Président de la République avec celle de membre dans une direction politique, et la réduction de son mandat à 5 ans, avec la précision qu’il ne peut pas avoir plus de deux mandats successifs.

Donc, ceux qui pensent que l’interdiction de ce cumul est incompatible avec un régime présidentiel, devraient se rappeler que Diouf s’était conformé à cette exigence qui était dans la Constitution, en démissionnant de la tête de son parti sous l’exigence de l’opposition d’alors.

Que Wade soit revenu sur cette interdiction dans sa réforme de 2001 pour réaliser son projet de substitution de notre République démocratique en pleine construction, en un régime de « Despotisme éclairé » ou de « Césarisme démocratique », devrait convaincre tout républicain démocrate de la nécessité de cette interdiction.

Question :

Pensez-vous que Macky Sall va suivre ces recommandations formulées dans le rapport de la CNRI ?

Réponse :

S’il est un républicain et un démocrate, il devrait, comme le fit Diouf en 1992, non seulement adopter ce projet sans y changer une virgule, mais aussi, exhorter son parti à en faire autant, avant d’appeler le peuple à faire de même lors du référendum qu’il devrait organiser à cet effet.

Par contre, s’il succombe aux sirènes de laudateurs qui lui demandent, tout au plus, d’y faire un « tri » pour y prendre ce que lui convient, il se serait trompé lourdement sur le sens du vote des sénégalais au second tour des Présidentielles de mars 2012, qui lui ont accordé 65% de leur suffrage.

Les Sénégalais l’ont plébiscité comme un républicain et un démocrate pour servir le peuple, et non comme un monarque ou despote qui le gouverne selon sa « volonté », sa « vision », ou « son programme ».

S’il était élu au premier tour des Présidentielles autour de sa vision et de son programme, il aurait pu légitimer une telle attitude envers le peuple qui lui aurait ainsi donné « carte blanche » !

Wade était parvenu, sous prétexte du régime présidentiel qu’il avait hérité de Diouf, à prendre le contrôle de toutes institutions de la République et l’essentiel des collectivités locales, pour édifier un régime despotique évoluant vers sa monarchisation. Tout le monde sait comment cela a fini pour lui.

Le Président Macky Sall devrait donc être convaincu que, s’il fallait élire un monarque ou un despote, le peuple ne se serait pas si massivement mobilisé avec détermination pour le faire partir, malgré tout le pouvoir et tout l’argent qu’il avait concentrés entre ses mains et de son parti!

Les premiers pas du Président Macky Sall dans la constitution du gouvernement et dans la confection des listes de candidats aux Législatives, semblaient faire croire qu’il avait pris en compte le sens véritable de son élection, non pas autour de « Yonnu Yokuté » auquel il n’avait plus fait référence durant la campagne électorale du second tour, mais bien autour de ses promesses d’appliquer les « Conclusions des Assises nationales » pour les ruptures attendues du peuple, qui ont facilité la mise sur pied de BBY pour battre Wade.

Si aujourd’hui, il est entraîné par son parti à vouloir imposer sa « volonté » ou sa « vision », il lancerait, de cette manière, un grave défi au peuple qui l’a plébiscité, et aux démocrates et républicains qui l’ont soutenu. Ses intérêts politiques bien compris, devraient l’amener, face au projet de la CNRI, d’être aussi chevaleresque, républicain et démocrate que Diouf en 1992.

Question :

Ce rapport recommande également l’institution d'une Cour constitutionnelle qui va remplacer le Conseil constitutionnel. Adhérez-vous à cette idée?

Réponse :

C’est la mise en œuvre d’une véritable indépendance du pouvoir judiciaire réclamée par les justiciables de ce pays. C’est pour cette raison que les Sénégalais, de quelque bord ils sont, doivent appuyer fortement ce tournant vers l’Etat de Droit.

Question : Selon certains responsables du parti présidentiel, la CNRI a outre passé ses missions en proposant au président de la République un projet de constitution alors qu'elle n'a pas les prérogatives de le faire. Qu'en pensez-vous?

Réponse :

Au nom de quoi ces responsables de l’APR peuvent ils se substituer au Président Macky Sall pour accuser la CNRI d’avoir « outre passé » ses prérogatives ? Ce serait encore plus grave si c’est le Président qui leur a fait cette confidence, à la place de s’adresser au peuple.C’est donc une campagne d’intoxication pour préparer l’opinion au rejet du projet de la CNRI, ou tout au plus, en adopter une partie comme le propose le Pr Ismaïla Madoir Fall, qui aurait dû, en temps que Ministre Conseiller du Chef de l’Etat, laisser à celui-ci la primeur de ses propositions.

C’est comme si un puissant lobby, en dépit des règles de la République, s’est levé pour baliser le terrain à un coup de force constitutionnel pour ramener le Sénégal plus de 20 ans en arrière !

L’on se rappelle, que le tandem Diouf- Colin avait supprimé la Primature et imposé le maintien du scrutin majoritaiore intégral pour édifier un pouvoir présidentiel fort pour avoir les coudées franches pour le Programme d’Ajustement Structurel (PAS).

L’on se souvient que le gouvernement de coalition de 1991, mis en place après une grave crise politique et sociale à lissu des élections de 1988, qui avait rétabli la Primature, et avait suspendu le PAS et adopté, en 1992, le Code électoral consensuel qui avait supprmié le scrutin majoritaire intégral.

Aujourd’hui, retourner à ce régime d’avant 1992 ne se justifierait que si le gouvernement , sur la question foncière, voulait en découdre avec les organisations du monde rural et celles dans les partis et la société civile qui luttent contre l’accaprement des terres agricoles au profit de l’agrobusiness, et les terres du Domaine public maritime,au profit d’investisseurs dans le tourisme balnéaire.

C’est dans ce sens qu’il faudrait comprendre,

  • les raisons de l’impunité de ceux qui ont bénéficié de cet accaprement sous Wade, malgré l’engagement du Président Macky de les restituer au peuple,
  • de la décision du gouvernement de mettre en œuvre le Programme de Développement Inclusif et Durable de l’Agrobusiness au Sénégal (PDIDAS) sous emprunt Banque mondiale initié sous Wade, mais bloqué par le refus des populations concernées, et du Projert SENTHANOL qu’il avait refusé au départ de sa magistrature avant de l’accepter, et surtout,
  • de la prise d’un Decret d’application de la Loi n°2011-07 du 30 mars 2011 portant régime de la Propriété foncière. Elle a été publiée dans le JO n°6607 du 13 août 2011. Cette Loi, votée sous Wade, déssaisit le Conseil rural, devenu Conseil municipal, de ses prérogatives en matière d’immatriculation des terres agricoles

C’est aussi dans ce sens qu’il faut comprendre la suppression des Conseils régionaux , dans le nouveau Code des Collectivités locales, pour empêcher toute entrave au transfert de la gestion des terres du Domaine public maritime à la SAPCO qu’il a décidé.

Ce sont donc ces enjeux fonciers et institutionnels qui sont à la base de la précipîtation du Chef de l’Etat pour faire adopter le noveau Code des Collectivités Locales par l’Assemblée nationale, en procédure d’urgence..

Cette volonté de brader nos terres aux investisseurs étrangers comme le souhaitent les Institutions de Bretton Woods, est donc à la base de ce tournant anti républicain et anti démocratique qui s’annoce, sous prétexte qu’il est le Président élu au suffrage universel !.

Les Républicains et Démocrates de ce pays sont avertis !

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Birane 23/02/2014 22:26

Des assises nationales aux recommendations de la CNRI, si on devait mesurer la methodologie utilisée en pourcentage et en terme de participation indirecte de la population senegalaise, on peut sans se tromper avancer 80%. Or le Président senegalais, Monsieur Macky Sall, est élu á 65%. Etant président de tous, il doit donner aux senegalais la possibilé d´un referendum, l´opportunité de chisir l´ibrement sur cette quéstion.Pour les resultats de la CNRI, meme s´il a donne la recommendation, il ne peut pas se substutuer au peuple.Il ne peut pas, á lui seul et avec les cadres de son parti faire le tri de ce document C´est une quéstion de destinée nationale, sur laquelle son avenir politique y dépend fortement.

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