DE QUOI EST-IL QUESTION DANS LE DEBAT INITIE PAR SOULEYMANE NDIAYE ?

  • LE BLOG DU PIT-SENEGAL

La sortie du Commandant de Gendarmerie à la retraite, Souleymane N’DIAYE à la RTS,

et ses détracteurs : De quoi est-il question dans ce débat?

Je crois bien qu’il s’agit, de la part de Souleymane NDiaye, d’une "mise en garde de Wade contre toute activité insurrectionnelle" et d'un " appel à respecter les règles du jeu démocratique».

Il connaît Wade mieux que tous ceux qui commentent ses propos, pour l'avoir pratiqué dans les combats politiques les plus épiques que ce dernier a menés contre le régime socialiste. Il sait ce dont il est capable pour arriver à ses fins.

Le rôle que Souleymane s'était arrogé dans l'assassinat de Me SEYE, comme scénariste d'une simulation de cet acte odieux, lui a permis de contribuer à semer le doute sur les responsabilités de Wade dans ce crime, et avait contribué grandement à lui faire gagner la « bataille d'opinions » qu'il avait engagée pour se tirer d'affaire.

Le rôle de scénariste de Souleymane NDIAYE, dans cette affaire, n'a jamais été interprété, jusqu’à présent, comme criminel ou acte de complicité de "crime", ni par le pouvoir judiciaire de l'époque, ni par les différents spécialistes du Droit des affaires criminelles de notre société civile ou d'ailleurs.

Le considérer, aujourd’hui, comme tel, sans aucun argument à l'appui, ne peut donc se justifier que par la "colère" de voir ses souhaits être contrariés par cet homme, qui n'est jamais intervenu en public, que quand des menaces sérieuses pointent à l'horizon.

Et dans le cas d'espèce, il y a des menaces sérieuses « d'activités insurrectionnelles » de la part de Wade, qu'il n’a pas même pas cherché à cacher. C'est donc jouer à l'autruche que de ne pas vouloir le voir.

En effet, n’a-t-il pas dit clairement et publiquement que son « fils fait l’objet d’un procès politique », et qu’il allait lutter pour « gagner ce procès, non pas auprès des magistrats, mais dans l’opinion » ? Comment, pour celui qui le connaît si bien comme Souleymane NDIAYE, peut – il ignorer ce que Wade projette de faire pour libérer son fils ?

D’ailleurs, Wade n’avoue t – il pas qu’il va s’inspirer, à cet effet, de son expérience de lutte contre les « procès politiques » dont il était l’objet ?

Qui ne se souvient pas de comment il s’était tiré du « massacre des Policiers » dans le Boulevard du Général De Gaule en Février 1994, suite à un meeting autorisé par les pouvoirs publics et encadré par la Police, qu’il avait organisé avec ses alliés pour protester contre la Dévaluation du franc CFA intervenue un mois auparavant ?

En intervenant de la sorte, Souleymane l’appelle à se conformer au Droit et à la légalité Républicaine, et cherche à le dissuader de recourir à des méthodes, comme dans le cas de l’assassinat de Me SEYE, ou du « massacre des Policiers » qui ont failli l’emporter, si ce n’était pas son intervention publique décisive dans la bataille d’opinions.

Il n’est donc pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ! Et il n’y a pas de plus dangereux que celui qui confond « droit d’expression et de manifestation pacifique » avec « droit d’entraves au fonctionnement de la justice par des manifestations publiques » !

Organiser des manifestations publiques pour créer une tension sociale propice à empêcher la tenue d’un procès que l’on qualifie de « politique », ne relève nulle part d’un droit démocratique à la manifestation publique ! Dans aucun pays démocratique, ce genre de manifestations ne serait toléré et serait réprimé par la puissance publique.

N’ayant aucune considération vis-à-vis des magistrats qu’il juge « manipulables à souhait » par le pouvoir politique, comme il l’a lui-même pratiqué durant ses 12 années passées au pouvoir, il ne compte que sur le recours à son expérience de la « rue » pour atteindre ses objectifs.

A cet égard, l’on aurait tort de ne pas prendre en compte, dans cette bataille pour libérer son fils, l’objectif politique qu’il vise, mais qui serait irréalisable avec une « condamnation infâmante » de celui –ci.

En effet, en sortant, comme d’une baguette magique, les résultats d’un « sondage » qui mettrait son fils « en ballotage avec le Président Macky Sall » aux Présidentielles de 2017, Wade rappelle que même s’il n’avait pas réussi à se faire succéder par son fils, qu’il n’a pas, pour autant, renoncé à mettre celui au pouvoir de son vivant.

Ainsi, ce qu’il n’avait pas réussi par les « urnes », il est déterminé de le réussir par la « rue » !

La bataille d’opinions qu’il a déclenchée pour libérer son fils, est le moyen indispensable pour réaliser son objectif politique. Et pour cela, à son âge, il n’a rien à perdre. Au contraire, c’est au pouvoir et aux forces républicaines et démocratiques qui l’ont porté pour chasser Wade, d’être interpelés pour être en mesure de relever le défi de ce « vieil homme » qui mène le dernier combat politique de sa vie, qu’il veut transformer en un « troisième tour » de l’élection présidentielle de Février 2012.

Dans cette affaire, il se détourne carrément du « droit » pour libérer son fils, et opte, pour la « bataille d’opinions » pour se donner les moyens d’ opposer une « épreuve de forces populaires » au pour pouvoir pour arriver à ses fins.

L’on n’a donc pas, dans cette affaire, une tendance lourde du pouvoir vers des dérives liberticides qu’il faudrait combattre, le cas échéant, sans concession aucune, mais une menace directe sur la République et les libertés démocratiques, que porte le projet politique de Wade.

Wade a toujours su utiliser les batailles pour les libertés démocratiques à ses fins politiques, mais les Sénégalais ont découvert, tardivement certes, que la nature de son projet politique n’a jamais été républicaine et démocratique, mais relevait du « Césarisme démocratique » ou du « Despotisme éclairé » selon ses propres termes.

C’est contre ce projet qu’est né le Mouvement du 23 Juin (M23), et que s’est créé BBY pour le mettre en échec le 25 mars 2012.

Il faudrait donc savoir, dans ce projet politique de Wade pour libérer son fils, de quel côté sont la justice et les droits démocratiques, tels que définis dans notre Constitution, pour pouvoir prendre position.

Ainsi, tous ceux qui croient que le fils de Wade fait l’objet de « procès politique », devraient pouvoir l’assumer à ses côtés, pour affronter les pouvoirs publics, dans des manifestations publiques qu’il va organiser autour du slogan « Libérez Karim », et ne pas chercher à se refugier derrière le « Droit constitutionnel à la manifestation » !

Et dans ce cas, on est en « situation insurrectionnelle » avec toutes les conséquences de Droit qui en découlent, comme ce fut avec la manifestation du M23 face à l’Assemblée nationale.

Oui, il y a le « Droit constitutionnel à la manifestation » acquis dans notre Constitution qu’il faut défendre bec et ongle, mais il n’ y a pas, contrairement à la « Constitution du Maryland », aux USA de l’époque, un « Droit à l’insurrection ».

Manifester pour les salaires, l’emploi, la sécurité sociale et le respect des Droits et libertés acquis dans notre Constitution, n’entrave en rien le fonctionnement du pouvoir judiciaire, encore moins le fonctionnement de l’Etat.

Même pour entraver le fonctionnement normal des entreprises et de l’Administration pour satisfaire ces revendications légitimes, l’Etat a aménagé un droit spécifique appelé « Droit de grève », qu’il faut faire respecter bec et ongle.

Mais nulle part, dans notre Constitution et nos lois, le « droit à l’insurrection » n’est reconnu. Et c’est ce qui justifie la sortie de Souleymane N’Diaye, hâtivement critiquée dans l’opinion.

Wade est décidé, et ne s’en cache pas, à en découdre dans la « rue » avec le pouvoir pour « libérer son fils », soit par la « négociation » comme ce fut son cas à plusieurs reprises sous le régime socialiste, ou, soit, par la « violence », comme ce fut le cas de l’assassinat de Me SEYE dans lequel peu de Sénégalais croient encore en son innocence.

Un tel scénario qui a fait sortir Souleymane N’DIAYE de son long silence, est il acceptable dans le Sénégal d’aujourd’hui, sous couvert de « défense des libertés démocratiques »?

Donc, tous ceux qui ne partagent pas cette vision de la nature du procès dont le fils de Wade est l’objet, les moyens extra-judiciaires qu’il envisage publiquement d’entreprendre, et son projet politique d’installer son fils au pouvoir de son vivant, ne devraient pas être dupes sur la nature antirépublicaine, antidémocratique et inconstitutionnelle de cette voie choisie à cet effet. Ils devront, par conséquent, l’assumer totalement dans la bataille d’opinions qu’il va déclencher, afin de permettre à notre République d’user de ses moyens constitutionnels et démocratiques, sans faiblesse aucune, et sans cruauté inutile, pour se défendre.

Dans notre Etat de Droit en édification, les procès doivent se gagner auprès des magistrats, et non, exclusivement dans l’opinion à travers des manifestations publiques.

Sans être adeptes de Saint Just qui criait «pas de liberté aux ennemis de la liberté », nous ne devons pas, pour autant, laisser aux fossoyeurs de notre République Démocratique, l’opportunité d’abuser de nos règles démocratiques, pour porter atteinte aux lois et règlements de notre pays qui codifient nos acquis démocratiques et fondent nos libertés chèrement acquises , la stabilité publique et la cohésion légendaire de notre société, qui nous valent une très grande réputation en Afrique et dans le monde.

Le M23 et BBY sont interpelés !

Ibrahima SENE PIT/SENEGAL

Dakar le 29 Avril 2014

 

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