LETTRE OUVERTE A Mr LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE SUR LA SITUATION A KEDOUGOU

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LETTRE OUVERTE SUR LA SITUATION DE LA REGION DE KEDOUGOU

Excellence, bonjour et bienvenue ! Mochandé ! Ameké ! Ertilinta ! Walédian ! Akla ! Tanamu !

La région de Kédougou, dès l’annonce de la reprise du conseil des ministres décentralisé, s’est empressée d’accueillir celui-ci dans la « terre des hommes » (mandingue).

Hélas, cette réunion stratégique pour notre région, fut reportée à maintes reprises. Cette fois ci, nous espérons qu’elle se tiendra à date échue.

M. le Président de la République, ne me laissez pas espérer seulement, et j’espère que la situation changera d’ici votre prochaine descente dans notre chère région.

Monsieur le Président de la République du Sénégal, ce message se veut être un guide pour vous. Il peut paraître imprécis, par endroit, mais c’est quand même le vécu d’un jeune citoyen de Kédougou qui pourra vous servir de repère. A travers lui, vous constaterez de vous-même la situation que traversent les vaillantes populations de Kédougou, venues malgré tout vous réserver un accueil chaleureux.

J’ose espérer que dès votre départ, nos visages ne s’assombriront pas et nos cœurs ne deviendront pas lourds comme des pierres de marbre d’Ibel.

Monsieur le Président de la République, je puis me permettre, en ma qualité de leader de la jeunesse, de vous demander, d’interpeller votre protocole et votre chauffeur de nous faciliter la tâche ô combien pénible pour moi.

En effet, je me propose d’être votre guide. Mais pour les habitants de la région de Kédougou je suis la « voix des sans voix ».

Monsieur le Président de la République, sans plus tarder, nous sortons de l’aérodrome de Kédougou, de part et d’autre, de la route, s’alignent des cases en mur de banco et des toits en paille, et, quelques rares petits bâtiments dont le modèle est appelé « pente américaine » qui nous est venue de Guinée. Pour l’essentiel, nos constructions sont ainsi faites. Ce qui nous oblige ainsi à une perpétuelle reconstruction après chaque hivernage.

Ici, nous sommes au Lycée Technique Industriel et Minier de Kédougou qui, depuis son inauguration par votre prédécesseur, peine toujours à atteindre sa vocation et à remplir pleinement ses fonctions. En effet, les élèves qui sortent d’ici après l’obtention du BAC, abandonnent très tôt la formation, puisqu’au niveau national, il y a très peu d’établissements publics pouvant accueillir tous ses étudiants de la série T du Sénégal entier.

Les plus chanceux réussissent aux concours du Sénégal-Japon ou d’autres établissements privés. Est-ce donc impossible d’ouvrir le cycle supérieur pour ces étudiants ?

Plus loin, c’est le lycée d’enseignement général, baptisé Lycée Maciré Ba. Il est très ancien, avec des salles trop petites face aux effectifs pléthoriques d’élèves obligeant dès lors, l’administration à créer des nomades, c’est-à-dire des classes tournantes.

Monsieur le Président de la République, nous élèves, parents d’élèves etc. souhaitons avoir des lycées dignes de ce nom avec des espaces de connexion et une bibliothèque normale afin d’améliorer nos résultats. Dans la situation actuelle, beaucoup d’élèves deviennent des chômeurs ou, dans le meilleur des cas, des enseignants, appelés communément volontaires de l’éducation par le passé.

Et beaucoup se lancent dans l’activité de l’orpaillage traditionnel. D’ailleurs, même déjà au niveau des cycles primaire et moyen secondaire, on constate un inquiétant et massif abandon d’école au profit du travail dans les « dioura » ou sites d’orpaillage traditionnel, avec tous les risques pour la santé et la vie que cela comporte. Il y a même des enseignants qui abandonnent l’école pour travailler dans l’orpaillage.

Quel dommage partagé entre toutes les parties ! Les uns perdent la santé et les chances d’un gagne-pain correct, l’Etat perd des ressources humaines valables et des énergies pour le développement.

Nous y voilà déjà à la Gendarmerie, celle-ci n’arrive pas à assurer la sécurité des populations. Plusieurs attaques se sont produites, l’une à Samécouta située à seulement sept kilomètres de Kédougou. N’eut été la manifestation des populations, la gendarmerie n’y serait jamais allée (dix heures après l’attaque, aucun gendarme ni aucune autorité ne se sont rendus sur les lieux). Et l’autre à Bandafassi à quinze kilomètres du centre ville. Des attaques d’une gravité rarissime faisant des morts (trois à Samécouta).

On nous traque pour nous arracher le peu qu’on a, on nous tue, la vie ne semble plus avoir beaucoup de valeur à Kédougou. Ces hommes armés installent l’insécurité dans notre région, nos frontières trop perméables laissent tout passer. N’est-ce pas suffisant pour que ces attaques hantent notre sommeil ? Que faire de nos champs et de nos activités journalières si personne ne se sent plus en sécurité ?

Monsieur le Président de la République, à votre droite c’est notre « hôpital ». Je ne sais pas s’il est devenu régional puisque beaucoup de services ont été déclarés services régionaux quelques temps après l’érection de Kédougou en région. Mais ce qui est déplorable, c’est que cet hôpital n’assure que le strict minimum du service, malgré les améliorations apportées.

Un seul médecin, je dis bien un seul, pour une population de près de vingt mille habitants dans la Commune, ce qui est très insuffisant. Et pire encore, ce dernier est souvent absent à cause des convocations et d’autres obligations professionnelles. Il est rarement là et sûrement ce n’est pas de sa faute. Il nous faut plus de médecins et des médecins spécialisés aussi.

L’hôpital lui-même est devenu trop petit face aux nombreux patients. En hivernage, quand sévit le paludisme, des malades sont couchés, à même le sol, dans l’attente d’un lit disponible. Il faut une extension immédiate, au moins, pour mourir dans une chambre sur un lit si l’on ne peut bénéficier de soins adéquats.

Monsieur le Président de la République, à votre gauche, c’est la Mairie de Kédougou, ou siègent les conseillers municipaux qui, durant tout leur mandat, n’ont pas pu répondre aux attentes des populations.

Plusieurs semblent ignorer les neuf domaines de compétences dévolues aux Collectivités locales, car ils ne se sont intéressés qu’au foncier. En effet, presque toutes les terres de Kédougou ont été bradées. Il existe un grand nombre de conflits fonciers qui pourraient éclater un jour. On se pose la question si la bonne gouvernance existe ici ? Beaucoup de citoyens souhaitent un audit de la Mairie de Kédougou.

Excellence, puisque votre protocole ne vous permettra pas une visite exhaustive de toute la ville, je vous ai fait une brève présentation de la commune.

Je me permets aussi de vous relayer le souhait des populations de voir, ici à Kédougou ainsi que dans les capitales départementales, une gouvernance, des préfectures et d’autres édifices publics dignes de ce nom. Croyez-moi, je suis loin de peindre le véritable sombre tableau de la région. Il vous faut la revisiter, car, dit-on, mieux vaut voir une fois qu’entendre cent fois.

Vous m’en excuserez, encore, Monsieur le Président de la République de vous rappeler la richesse de notre sous-sol qui contraste avec l’extrême pauvreté de nos populations. Depuis l’installation des sociétés minières dans notre région, rien n’a changé.

Malgré les nombreux documents signés pour faire bénéficier la région des retombées économiques des ressources minières, rien de nouveau sous nos cieux. A titre d’exemple, le Programme Social Minier qui était le moyen régulateur pour accéder à ces fonds, n’a servi à rien. La collectivité locale devrait bénéficier de trois milliards de nos francs, depuis 2008, année de la signature du Programme Social Minier. On ne saurait dire si et où ces fonds ont été investis.

Et comme si cela ne suffisait pas, ces sociétés ont sécurisé et constamment élargi leurs périmètres d’exploitation, réduisant ainsi nos activités agricoles et d’élevage. L’Etat du Sénégal devrait revoir le code minier et veiller à son application rigoureuse pour permettre aux populations locales de bénéficier des retombées de nos mines.

Nous avons lu que le Sénégal s’est engagé dans un processus d’adhésion à l’Initiative de transparence dans les industries extractives (Itie) pour la transparence dans la gestion des ressources issues de l’exploitation minière. Nous espérons donc que les populations vont pouvoir bénéficier des retombées financières de cette activité.

Monsieur le Président de la République, pour ce qui est de l’emploi, nos jeunes se voient refuser des emplois, on dit, par manque de qualification. Ceci est partiellement vrai, car il y a un manque d’instituts de formation technique, mais il y a aussi beaucoup de jeunes bien formés qui n’arrivent pas à se faire recruter par les grandes sociétés aurifères. Cependant, elles recrutent des ingénieurs et d’autres travailleurs dans d’autres parties du Sénégal et de l’Afrique.

Ces déceptions et ces frustrations ont d’ailleurs aussi été une cause des émeutes de 2008, quand une paisible manifestation d’étudiants a dégénérée en protestations généralisées des populations, et violemment réprimées. J’en ai été une des victimes.

Le manque de possibilité de trouver un emploi décent a fait que beaucoup se sont alors tournés dans l’exploitation artisanale de l’or. L’essor extraordinaire des « dioura » a attiré d’ailleurs des populations venues de toute l’Afrique.

Pour exemple, le « petit village » de Kharaxéna concentre plus de vingt sept nationalités. La population du village a centuplé en peu de temps. Vous imaginez ce que cela peut engendrer du point de vue des déviances (prostitution, consommation d’alcool, et de drogue), insécurité (création de gangs, détention d’armes de toutes sortes), pollution (utilisation de produits chimiques), etc.

Il ne reste rien aux populations de la région de Kédougou, si ce n’est des maladies, de la poussière, la destruction de l’environnement et la dégradation des mœurs.

Excellence, il me faut finir, pour vous permettre de rejoindre la salle du conseil, mais je dois vous dire que c’est du positif qui est transformé en négatif.

La région la plus riche en ressources naturelles ne saurait rester la plus pauvre de notre pays. Nous vous demandons de nous aider à unir nos forces pour remettre la région de la « Terre des Hommes » sur la voie du développement pour un Sénégal Emergent.

Nous amorçons ce développement en vous suggérant la valorisation du fleuve Gambie qui ne tarit presque jamais, l’appui aux petites entreprises de nos vaillantes mamans, comme celles, que vous aviez trouvé piler le mil, un jour de votre première tournée dans la région, l’octroi de bourses d’études aux élèves et aux étudiants de tous les cycles. Tout simplement nous cherchons à ce que Kédougou soit une véritable région et un vrai pôle de développement.

Monsieur le Président bon conseil !

 

M. Kaly Samuel Boubane Contact : 77-675-80-11

Email : kalysamuel@yahoo.fr

 

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