INTERVIEW DU CAMARADE IBRAHIMA SENE AU "POPULAIRE"

  • LE BLOG DU PIT-SENEGAL

Question  n°1- Les investitures pour les élections locales ont réservé beaucoup de surprises, du fait notamment des alliances contre-nature et des divergences au sein du parti présidentiel. Quel commentaire faites-vous de cette situation ?

Réponse :   Les surprises étaient logiquement attendues  du fait  des enjeux que le Chef de l’Etat a donnés aux Locales.  De  « parachèvement de l’Alternance », après les Législatives, en mettant BBY à l’assaut des collectivités locales détenues par le PDS, le Président Macky Sall en  a fait  un enjeu de   « massification » de son parti en perspectives des Présidentielles de 2017. 

C’est ainsi  qu’il s’est « tiré » une balle dans chacun de ses  deux pieds, d’une part,  en attaquant  les collectivités locales détenues par ses alliés  pour les prendre de leurs mains,  et, d’autre part,  en  conditionnant le maintien  des cadres de son parti  dans les  postes de responsabilité  dans l’Etat qu’ils détiennent,  à leur conquête des collectivités locales  d’où ils sont originaires.

Il  a mis ainsi ses alliés de  BBY en position d’adversaires  au même titre  que ceux de l’opposition,  et en même temps , il  a engagé  ses propres cadres  dans une compétition fratricide pour le contrôle de leurs collectivités locales d’origine, faisant que ceux qui n’ont pas encore eu de postes de responsabilité dans l’Etat, vont tout faire pour que ceux qui en ont,  échouent pour dégager la place.

Ce sont donc, ces enjeux que le Chef de l’Etat a délibérément donnés aux Locales,  qui ont produit les types d’alliance aux quels nous avons assisté ces jours ci.

C’est cela qui a fait que l’interdiction  qu’il a faite à ses partisans de s’allier à l’opposition  n’a  pas prospéré, de même que l’interdiction faite par Idy à ses militants  de s’opposer partout à l’APR  n’a pas connu un meilleur sort.

  Par-dessus tout,   Wade  a lamentablement échoué,  dans son espoir  de « fédérer les libéraux » de l’opposition,  à son retour au Sénégal, face à BBY, qu’il considère  comme truffés de   « Communistes », pour faire des Locales,   une occasion de vote sanction contre le régime, sur lequel il espérait surfer  pour acculer le Chef de l’Etat.  

Ce qui a prévalu, par contre, c’est le mot d’ordre du PIT,  de s’opposer à toute velléité d’hégémonie, d’où qu’elle vienne, dans toutes les Localités.

 C’est ainsi que, les coalitions et les listes telles qu’elles ont été confectionnées  ne donnent à aucune formation politique l’assurance de  gouverner seule une collectivité locale quelconque.    Les rêves hégémoniques  et les prétentions de se peser se sont  royalement effondrés.

Nous n’avons pas donc assisté à un recul de la Démocratie, lors de ces investitures,  mais bien à la fin  des prétentions hégémoniques.

 

Question n°2 : N'avez-vous pas peur du syndrome des municipales françaises pour le parti au pouvoir?

  Réponse :   Les conditions dans les lesquelles les coalitions et les listes ont été confectionnées  ne permettent  pas  de reproduire le « syndrome des municipales Françaises », puisque nous ne sommes pas dans une situation où pouvoir et opposition s‘affrontent. 

C’est ainsi  que  les résultats de nos Locales  vont refléter plutôt  le degré de crédibilité locale  des coalitions et de leurs têtes de listes,  et non leur appartenance politique respective au pouvoir  ou à   l’opposition. 

 Les journalistes et autres politologues  qui s’attendaient à un « vote  sanction »  du pouvoir  seront déçus,  et ne devraient s’en prendre qu’à eux  mêmes,  pour avoir longtemps contribué à  accréditer l’idée de  la nécessité de voir les partis se peser individuellement dans les Locales, comme moyens de clarification des  rapports de force entre eux.    Ils ont ainsi ignoré l’enjeu national véritable des Locales qui n’était que le parachèvement de l’Alternance initiée le 25 Mars par BBY, et ont voulu lui substituer le désir  de voir  éclater BBY, considéré comme ayant fait son temps,  et abritant  des « concurrents potentiels en 2017, au Président de la  République qui veut briguer un second mandat.

  C’est ce souci  de sacrifier BBY à l’autel  du second mandat,  qui a créé les conditions ayant  amené le  Chef de l’Etat,  aidé en cela par les cadres  de son parti,  à  substituer  à  cet «  enjeu national »,   un «  enjeu   personnel  étroitement partisan »  dans lequel il a vu ses chances de gagner un second mandat.

Question no 3 - Que vous inspire le retour de Me Wade au Sénégal ?

Réponse :  Le retour de Wade s’inscrit en droite ligne, dans le sillage du combat qu’il a mené partout à l’étranger, pour sortir son fils des procédures judiciaires  intentées contre lui, pour des présomptions «  enrichissement illicite ».   L’on se souvient de sa sortie fracassante  à partir d’Abidjan sur la question.  Mais, puisque malgré tous ses efforts  la procédure  d’investigation est arrivée à son terme et a atteint  la phase de jugement en Juin, il ne lui restait qu’à venir au Sénégal, pour tenter de « gagner le procès, non au près des magistrats, mais dans l’opinion ».  Pour convaincre les Sénégalais de sa faisabilité,  il n’a pas hésité à dire, que les 80% des charges seraient déjà tombées, donc, il  devait rentrer pour faire tomber les 20% restant.  Donc Wade a clairement décliné l’objet de son retour, pour permettre à son fils  d’aller, en 2017, à la conquête du pouvoir, comme l’auraient prédit  des sondages à sa disposition.  Se faisant, il tente de faire  passer à l’opinion que le procès contre son fils est « politique »  et relève d’un  « acharnement judiciaire » pour l’empêcher de briguer, contre le Président Macky Sall, le suffrage du peuple  qu’il aurait remporté sur lui.

D’où sa ferme décision, clairement exprimée en public,  de réaliser, pour son fils,  par la « rue »,  ce que le suffrage des sénégalais ne lui avait pas permis aux Présidentielles de 2012.  Et c’est à cet effet,  qu’il a concocté  une stratégie de tension, malheureusement facilitée par l’interdiction du meeting que son parti voulait tenir à son arrivée.  Il a donc usé de cette interdiction  pour accuser le pouvoir de « fossoyeur des libertés démocratiques »,  et en fit son cheval de bataille.

Mais, malgré l’accueil triomphal que son Parti lui a réservé, et toute sa rhétorique sur les « souffrances du peuple » et sur les « libertés confisquées »,  il n’ a pas réussi à déstabiliser le pouvoir comme il le prévoyait, et  a même été confronté à l’appel  unanime des guides religieux , chrétiens et musulmans,    pour qu’il contribue à préserver la  paix et la stabilité du pays.

 Il revient donc au pouvoir de BBY de ne plus lui donner l’occasion de reprendre l’initiative sur les questions de respect des libertés démocratiques,  et de s’atteler à  régler les problèmes aux quels les Sénégalais sont confrontés,  et ne pas tomber dans les pièges et autres provocations dont il a la maîtrise.

Cependant, cette arrivée de Wade devrait faire comprendre à l’APR, que l’opposition a encore des capacités de nuisance et de déstabilisation énormes,  pour l’inciter à en finir avec ses luttes internes fratricides, et son hostilité  envers ses alliés.

 Question n° 4 : Pensez-vous que le PSE  est un projet crédible qui peut véritablement sortir le Sénégal de l'ornière du sous-développement ?

Réponse : Le PSE,  comme l’a récemment résumé le Représentant résident du FMI,  c’est des « investissements et 17 réformes ».

Ainsi,  si le « programme d’investissement » n’était pas crédible, il n’y aurait pas eu autant d’engouements   des bailleurs  dans leurs promesses de financement, que ce soit en Chine ou à Paris.

Mais le véritable problème du PSE, ce sont les 17 réformes dont parle le FMI,   que  le pouvoir tarde à présenter à l’opinion,  au point que le FMI persiste sur leur urgence.

Les Sénégalais accepteront ils ces réformes, notamment celles  qui concernent  le marché du travail, la réforme foncière,   l’Education, la Santé et les subventions  de l’électricité et de l’agriculture ?

Le financement du PSE par les bailleurs traditionnels du Sénégal autour du FMI et de la Banque mondiale,  risque d’être hypothéqué par le refus  de ces réformes par les Sénégalais.

Ce n’est donc pas étonnant que Mr Dione,  le patron du Suivi des « Programmes du PSE »  n’a évoqué, à aucun moment de son entretien avec Mamadou IBRA Kane à TFM, dans l’émission  hebdomadaire « le Grand Jury »,   les partenaires traditionnels du Sénégal dans le financement du PSE.  Toute son intervention sur cette question était axée sur ce que la Chine, qui n’exige aucune réforme  au préalable  pour financer le PSE,  pourrait faire dans ce domaine.

Donc, avec le financement alternatif que la Chine pourrait apporter, les investissements du PSE pourraient contribuer, sans aucun doute, à « sortir le Sénégal de l’ornière du sous développement ».

Mais tel ne serait pas le cas, si le pouvoir optait  pour le financement de ses partenaires traditionnels avec les 17 réformes préalables, qui, analysées à fonds, remettent  notre pays  « sous ajustement structurel », avec les coupes sombres sur les dépenses budgétaires  dites « improductives »,  notamment dans l’Education publique, la  Santé publique, et les subventions pour l’électricité et les intrants des agriculteurs, mais aussi, les privatisations, notamment de la terre,  et  la  flexibilisation accrue du marché du travail.

Le gouvernement ne devrait pas perdre de vue  la signification de la grève encours des travailleurs du secteur des transports publics, à Dakar Dem  Dikk, quelques jours seulement après la signature du «  Pacte social national de stabilité et d’émergence » avec  les syndicats et le patronat.

C’est le signal évident que les travailleurs n’hésiteront pas à se battre contre toute tentative de violer leurs droits garantis par le Code du Travail et la Sécurité sociale,  comme les organisations paysannes  ne laisseront pas leurs terres être accaparées  par l’agrobusiness. 

Donc, le choix des partenaires traditionnels  pour financer le PSE n’est pas une fatalité,  dès lors qu’il y a une alternative qui s’inscrit dans la préservation des acquis sociaux et économiques des populations.

Ibrahima Sène PIT/SENEGAL

Dakar le 7 Mai  2014.

 

 

Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog