CRISE DE LA POLITIQUE : UNIVERSALITE ET ENJEUX NATIONAUX

Mesdames et Messieurs

Puisque qu’un anniversaire est un acte de mémoire, permettez-moi, en ce dixième du genre pour la Fondation Gabriel Péri, d’évoquer un nom. Celui d’un camarade sénégalais, philosophe sémillant, homme engagé, dont les compatriotes ont découvert à sa mort combien il a pu, dans les faits, vivre son idéal.

Beaucoup d’entre vous connaissent Sémou Pathé Guèye dont l’un des mérites est d’avoir pu faire du Colloque de Dakar une des grandes réussites de la Fondation Gabriel Péri.

Mais Sémou, ce n’était pas que le Dakar, le Département de philosophie de l’Université Cheikh Anta Diop, les rencontres internationales. Il n’était pas non plus que présent dans les studios de radio ou de télévision. Sémou était aussi dans la cour des lycées, dans les demeures, dans les profondeurs de son pays, aussi à l’aise dans de modestes hameaux que dans des salons huppés, toujours pour faire ce qu’il savait si bien faire : partager, discuter, affirmer sa foi en l’humain, ressasser avec force que non seulement un autre monde est possible, mais qu’il était urgent de le bâtir…

Sémou était convaincu de la grande utilité de la Fondation Gabriel Péri. Et sans trahir un secret, je puis vous révéler que durant les deux dernières années de sa vie, il a souhaité ardemment que la Fondation ait une présence plus construite à Dakar, au vu de tout ce qui était en œuvre dans la sous région…

Avec vous donc, je voudrais rendre son sourire chaleureux à Sémou et lui dire, simplement mais sincèrement, qu’il demeure vivant dans nos cœurs en raison de son grand apport à l’idéal de libération humaine que nous partageons.

  1. IMPROBABLE PRESIDENT

Il existerait, selon de nombreux sénégalais, un génie qui leur serait propre faisant de leur pays une Nation à part et expliquant qu’il transcende des crises acerbes dont beaucoup de peuples peinent à se relever, à moins d’en payer le prix fort.

Bien entendu, il y a dans un tel sentiment beaucoup de fatuité, une sorte d’auto glorification dont sont coutumières bien des personnes, face au miroir.

Dans l’un comme dans l’autre cas,(celui du Sénégalais et celui de l’homme face au miroir), le tout est dans cette énorme difficulté de prendre du recul face à soi, pour se saisir, dans la violence de sa propre nudité, en se déprenant de tout fard, de tout artifice.

Pour autant, tout n’est pas faux dans la perception que les sénégalais ont d’eux-mêmes. En attestent les ruptures politiques qu’ils ont su réaliser aussi bien en 2000 qu’en 2012, en faisant montre d’une originalité certaine.

Au cœur de ces ruptures aussi bien en 2000 qu’en 2012 le PIT.

D’obédience marxiste, Parti de transformation sociale, le Parti de l’Indépendance et du Travail a une influence inversement proportionnelle à son poids électoral.

Son existence remontant à 1957 (puisqu’il est le digne héritier du Parti Africain de l’Indépendance) jamais il n’a pu compter plus de... trois députés à l’assemblée nationale !

Pour autant, sa « politique de large rassemblement » s’est imposée au pays depuis la fin des années 80, lui valant prestige et inimité.

Pour le PIT, il s’agit, à chaque étape de l’évolution historique du Sénégal, de déterminer les enjeux essentiels, de repérer les forces intéressées au dépassement des goulots d’étranglement du moment et de travailler, en conséquence, à l’unité de ces forces et à leur mise en mouvement.

Cette option politique - d’une redoutable efficacité - aura permis de mettre un terme aux quarante (40) ans d’affilée de règne sans partage du Parti Socialiste tout autant qu’aux douze (12) années d’errance d’Abdoulaye Wade.

Mais, cette option n’a su, cependant, s’imposer que par le versement d’une sorte de tribut bien dur à avaler pour tout militant doctrinaire, attaché à la lettre des principes, et donc réfractaire à tout ce qui pourrait ressembler à une concession à faire à un quelconque compagnon de chemin, même si c’est pour pouvoir faire ne serait ce qu’un bout de route avec lui.

En clair en 2000, l’alternance n’a pu passer que par le libéral Abdoulaye Wade, une alternance au régime socialiste qui débouchera sur les outrances que l’on sait.

En 2012, le Sénégal se surprenait d’une certaine manière en se retrouvant présidé par Macky Sall, ancien Ministre, Premier Ministre, Président de l’Assemblée Nationale, toujours sous Wade : un homme contraint à la dissidence par son prédécesseur dont le rêve de toujours fut de se faire succéder au pouvoir par son fils Karim.

Quelque part, le Sénégal se voit ainsi dirigé par un Président à la trajectoire fulgurante que ni ses anciens compagnons du PDS, ni ses nouveaux partenaires de l’opposition de 2012, n’ont su réellement voir venir !

Du reste, probablement là git l’explication du comportement, vis-à-vis du Président Sall, de cet autre ancien Premier Ministre de Wade : Idrissa Seck, membre éphémère de la coalition Benno Bokk Yaakaar, en rupture de ban avec ses partenaires de Benno, seulement une année après la défaite de Wade.

En effet, celui-ci qui dans la bataille contre Wade avait édifié la coalition Idy 4ème Président (après Senghor, Diouf, et Wade), donne le sentiment de quelqu’un à qui on a soufflé, de manière indue et subreptice, quelque chose lui revenant de droit !

  1. FAIRE DU NEUF AVEC DU VIEUX ?

Au Sénégal se pose ainsi une sorte de dilemme. Ce pays est dans l’obligation de rompre d’avec un mode de fonctionnement l’ayant comme qui dirait transi pendant des décennies.

Un mode d’être exacerbé à un niveau exceptionnel par Abdoulaye Wade au point que, d’une certaine manière, tous les ressorts de la Nation, ses fondamentaux, en étaient menacés.  De sorte que ce dont il s’agit c’est bien de déconstruire le parti Etat.

Il se trouve seulement que cette exigence de rupture doit être assumée - quant au fond - par les mêmes qui ont été, peu ou prou, acteurs voulus ou contraints de la précipitation du pays dans sa difficile situation.

En clair, l’un des éléments de complexité du cas sénégalais, c’est que ce sont aussi de proches compagnons de Wade qui assument la réalité du pouvoir et doivent, en conséquence, faire sortir le pays de l’ornière dans laquelle il a été engouffré.

Or donc, comment faire du neuf avec du vieux ? Comment surtout y parvenir, dans un contexte d’urgences, un monde de libéralisme essoufflé mais toujours tyrannique, d’autant plus cruel qu’il prend eau de toutes parts ?

Dans ce cadre, il nous semble utile d’insister sur le fait que la transformation sociale, sans se réduire seulement à cela, est aussi une affaire de disposition d’esprit. Autrement dit, aujourd’hui comme hier, les idées deviennent des forces matérielles quand elles s’emparent de la conscience des hommes.

A cet égard, ce que pensent les sénégalais, leur adhésion et leur concours, concernant ce qui se fait, s’avèrent d’une importance décisive. Qu’ils pensent majoritairement qu’il doit être possible de transformer leur pays, de le faire avancer au service du grand nombre représente un préalable pour toute avancée significative. A rebours, qu’ils se disent ou croient que tout horizon est bouché et que donc jamais le Sénégal ne rompra avec ses entraves de toujours, ne peut que plomber toute velléité de construction nationale…

L’équation politique à résoudre pour les forces de progrès devient donc celle-ci : comment faire avec les sénégalais tels qu’ils sont, les Partis politiques et les organisations sociales tels qu’ils sont, les pas nécessaires pour poser les jalons d’un changement en profondeur ?

Il faut nous semble-t-il, dans ce cadre, allier lucidité et sagacité, intelligence du contexte et capacité à conforter les acquis pour bâtir sur du solide et prévenir tout retour en zone.

En la matière, et sans verser dans un quelconque « canonisme » aussi puéril que contre productif, il ne nous semble pas inutile de renouer aussi bien avec Marx qu’avec Lénine.

Avec l’un et l’autre, il devrait être possible de méditer sur le fait « que la pourriture est le laboratoire de toute vie » et que de toute façon rien n’est plus contre productif, voire suicidaire, que de vouloir obtenir du neuf en faisant table rase de tout passé, de tout socle, simplement parce que l’on ne voudrait pas recourir à cela que l’on veut redresser…

Partir de ces principes, c’est disposer d’une boussole permettant de s’orienter dans le grand désordre sénégalais : traque des biens mal acquis, Programme Sénégal Emergent, Réformes Institutionnelles et plus globalement, Conclusions des Assises Nationales. A tous ces niveaux, il devrait être possible, sans verser dans la précipitation ni dans l’extrémisme, d’obtenir du Président Macky Sall et de son régime des concessions à conforter et à transformer en base ou socle pour de nouvelles conquêtes.

Inutile de dire que la transition, telle que vécue par les sénégalais, se donne à voir aussi comme un véritable théâtre d’ombres. De nombreuses  forces- dont certaines occultes - sont sur la scène et toutes compétissent pour infléchir le fléau de la balance dans le sens de leurs intérêts.

En prendre conscience devrait amener les forces de gauche coalisées avec le Président Macky Sall à davantage partager pour faire front aux très nombreux partisans d’un retour à l’ordre ancien dont les sénégalais ont eu tant à souffrir. Ces forces de gauche devraient elles aussi objectivement faire le bilan de leur propre parcours, tirer les leçons de vie de leurs différentes expériences, aux fins de ne pas reconduire les erreurs manifestes qui ont été les leurs dans leur cheminement avec Abdoulaye Wade.

C’est à ce prix que les conclusions majeures des Assises nationales se verront appliquées et que donc les sénégalais auraient un régime politique plus équilibré, un Etat de droit avec un système judiciaire davantage libéré de la férule du Chef de l’Etat, une participation citoyenne plus relevée par une décentralisation assumée avec davantage de volonté et d’esprit de suite.

  1. ENTRE ERRANCE ET CONFUSIONS : QUEL CAP SE FIXER ?

A la vérité, la scène politique sénégalaise de 2014 peut s’avérer difficile à décrypter pour tout observateur s’en tenant aux apparences premières.

Pour s’en convaincre, il suffit de prendre en repère les dernières élections locales ayant mis le Sénégal des Partis politiques sens dessus dessous. A cette occasion, plus d’un animateur d’une organisation de la société civile, croyant son heure venue, s’est donné les moyens d’emprunter un étendard à l’un des trop nombreux partis politiques sénégalais pour aller à la compétition.

Par ailleurs, différentes coalitions ont été constituées, éclatant très souvent celles déjà connues, au prétexte qu’il s’agissait d’élections locales.

Enfin, le Parti du Président Macky Sall (APR), hégémonique en diable, n’a souvent laissé comme seule possibilité à ses alliés du gouvernement que d’aller aux élections en lui faisant face. De sorte qu’au résultat Benno Bokk Yaakaar (la coalition présidentielle) a remporté ses élections tout en les perdant d’une certaine manière y compris contre… elle-même !

Au plan économique, la situation du Sénégal demeure mitigée. En effet, des mesures volontaristes allant de la baisse des prix des denrées de 1ère nécessité, à la couverture maladie universelle, de l’imposition de la réduction du coût du loyer à la baisse de la fiscalité sur les salaires, jouxtent le Plan Sénégal Emergent avec ses impératifs d’ajustement ou encore la décision de signature des Accords de Partenariat Economique (APE)…

Avec un tel cas de figure, il n’est pas superfétatoire de se demander si le Sénégal va se battre pour tenter d’échapper aux fourches caudines des plans d’ajustement - dont la rigueur sélective l’a conduit là où il est - ou alors choisir, en dépit des leçons de l’expérience, de continuer à accepter de pâtir du dictat des forces d’argent.

Bien entendu, le Sénégal n’étant pas en dehors du monde, il a l’obligation de faire avec les réalités de l’époque. Mais c’est justement une meilleure intelligence du contexte qui devrait l’amener à être plus regardant dans ses politiques de partenariat ce qui devrait le conduire non pas à lâcher ses partenaires de toujours, mais à exploiter au mieux les opportunités qui se dessinent du côté de la Chine, de l’Inde, bref des BRICS…

En l’état, le Sénégal est gros d’impatience et de souffrances. L’écrasante majorité des populations aussi bien rurales qu’urbaines peine à joindre les deux bouts : la vie demeure chère, les inégalités persistent, l’Ecole et l’Université ne sont pas au meilleur de leur forme et de très nombreux sénégalais qui espéraient qu’avec l’éviction d’Abdoulaye Wade que tout allait changer, pour le mieux et très rapidement, commencent à languir.

C’est dans ce contexte qu’ont démarré les procès pour enrichissement illicite avec comme figure principale Karim, le fils de l’ancien Président de la République du Sénégal.

Et bien entendu, Abdoulaye Wade, ses partisans et affidés, font flèche de tout bois profitant du marasme économique et des difficultés sociales pour, d’accusés, se transformer en accusateurs. Le peuple sénégalais aurait été trompé ; il a eu tort de faire partir Wade ; il lui faut donc ramener au plus vite le PDS c’est-à-dire Karim Wade au pouvoir au lieu de s’évertuer à lui faire rendre gorge !

Le tumulte dans le pays est si fort, les changements attendus si laborieux, l’adversité du PDS si coriace (car entretenue par la considérable fortune amassée par ses principaux animateurs) qu’il est bien difficile, à cette étape, de certifier que nulle inflexion ne sera apportée au choix majoritaire des sénégalais en date du 25 mars 2012.

En clair, la déconstruction du Parti Etat, la gouvernance sobre et vertueuse, les réformes institutionnelles pour édifier une République démocratique, citoyenne et de justice sociale sont des défis loin d’être gagnés.

Or, le jeu les acteurs est tel que beaucoup de citoyens sénégalais semblent perdus. Ils éprouvent de la peine à distinguer les lignes de force et se demandent, en définitive, si ce n’est pas la politique elle-même qui est synonyme de corruption, de reniement.

Avec cette conséquence tragique : soit il faut, pensent-ils, renoncer à l’engagement politique, soit estiment-ils, il faut plonger dans la fosse aux lions avec pour seul souci de tirer personnellement les marrons du feu !

  1. DES REPERES A RETABLIR POUR REINVENTER LA POLITIQUE

Dans l’excellent roman de l’écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane, l’Aventure ambiguë, un des personnages du livre se pose cette grave question : Que peut-il bien arriver à des hommes égarés si tous les repères auxquels ils devraient pouvoir se fier se mettent eux-mêmes en mouvement ?

Pour dire que les partisans de la transformation sociale souffrent, à notre sens plus qu’on ne le croit, de l’effondrement du camp socialiste.

Non point qu’il faille fermer les yeux sur toutes les perversions ayant ruiné, de l’intérieur, le système socialiste pour croire, de façon ingénue, que nos camarades ont été seulement défaits par plus forts qu’eux.

Plutôt, en raison du fait que l’existence d’un camp socialiste, en dépit de toutes ses faiblesses, avait le mérite de servir en même temps de repoussoir et d’horizon.

Pour des millions d’hommes, cet horizon n’existe plus ou, en tout cas, il n’est plus aussi massivement incarné qu’il le fut.

Et, paradoxalement, ce déficit de repère n’affaiblit pas que ceux de notre camp. Il met aussi nos adversaires dans la position peu confortable de devoir s’inventer des concurrents, de les bâtir au forceps pour légitimer leurs carences et outrances par le nécessaire combat à mener dans le fond contre… leurs propres turpitudes.

Il y a aussi crise de la politique, croyons-nous, parce que la période vécue est une période équivoque dans le cadre de laquelle trop souvent les réalités vécues sont en dissonance avec les professions de foi. Au point que le moment nous semble venu d’oser nous poser à haute et intelligible voix cette simple mais redoutable question : Qu’est ce qu’être de gauche aujourd’hui ? Ou plutôt comment être de gauche aujourd’hui ?

Combien sommes à vivre nos valeurs, à être adeptes fervents de la justice sociale, de la liberté, de l’égalité, pas seulement en paroles mais dans les faits, au quotidien ?

Dans la même veine, nous demandons nous si la crise de la politique ne nous est pas aussi imputable, en ce sens que nous n’arrivons pas assez à penser les mutations prodigieuses de notre monde pour, à partir d’elles, bâtir une théorie de la libération humaine suffisamment pertinente, suffisamment audible et donc entrainante.

Autrement dit, ne souffrons nous pas d’une sorte de déficit théorique, une théorie dont la construction partagée en ferait un étendard ou une bannière permettant à l’essentiel des nôtres de se rassembler ?

Entendons nous bien : il ne s’agit pas de dire que Marx aurait tant et si bien vieilli que sa réflexion serait désuète !

 Tout au contraire, il s’agit de se donner les moyens de s’emparer de l’âme vive du marxisme pour en faire un outil de libération dans le monde d’aujourd’hui avec sa radicale nouveauté.

  1. DES SOLIDARITES A REBATIR

Or, l’un des levains de la pensée de Marx est la solidarité entre tous les opprimés, tous les exploités, tous les hommes souffrant de la misère humaine, soit parce qu’ils l’endurent, personnellement, soit parce qu’ils ne peuvent accepter que d’autres, leurs semblables, la vivent.

A cet égard, le cri de ralliement de Marx ne nous semble pas passé de saison en dépit des mutations ayant radicalement transformé le visage du monde. « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! »

Entendre cet appel, c’est se demander si les forces de gauche font montre de suffisamment de solidarité avec les Peuples en lutte. Le Peuple martyr palestinien bien sûr. Celui irakien également, sans oublier tous ceux d’Amérique latine. Mais aussi et sans être exhaustif, les pays du sahel dont certaines des énormes richesses sont devenues un fardeau, transformant ces pays en zones de combat avec des mouvements islamistes surgis, entre autres, des modes de traitement de la crise libyenne.

Notre camp fait-il suffisamment face à la volonté de régenter les économies des pays pauvres parce que spoliés du principal de leurs richesses ? Autrement dit, élevons-nous suffisamment la voix pour dire au FMI et à la Banque Mondiale que manifestement leurs plans d’ajustements structurels ne font que plomber toute velléité de redressement économique de pays exsangues, auxquels ils s’obstinent à infliger des remèdes de cheval ? Comment donc accepter qu’en plein 21e siècle, un tribut aussi lourd que cela puisse continuer à être payé à Ebola, au paludisme ou au Sida, précisément parce que les services de santé publics sont parfois réduits à leur plus simple expression ?

Nous avons, à l’évidence, des solidarités à rebâtir, des forces à reconstituer, un camp à remembrer pour peser davantage sur le cours des événements, c’est-à-dire pour forger notre histoire.

CONCLUSIONS

Quelques mots pour conclure.

Il y aurait donc quelque chose d’universel dans la crise de la politique. D’ailleurs, c’est précisément parce qu’il en est ainsi que par delà les nuances, l’anomie ou la panne de la politique se ressent partout et presque par tous.

Mais qu’est-ce que la politique ? N’est-elle pas un ensemble de réponses dont se servent des individus sociaux, historiquement situés, pour tenter de résoudre des problèmes concrets auxquels ils font face dans leur vie réelle ?

Or, s’il en est ainsi, la politique - à l’instar de la chouette de Minerve - n’est-elle pas dans l’obligation de ne se lever que le soir tombé, au terme de tout un parcours pour, à la fois, tenter de lire ce parcours, mais aussi et surtout de le corriger, de le profiler afin que son réinvestissement se fasse avec plus de fluidité ?

Nous sommes nombreux à croire que le monde que nous vivons est en déficit d’humanité. Ce monde de libéralisme débridé a besoin, pour utiliser une formule de Bergson, d’un « supplément d’âme ».

Autrement dit, il est impératif que la quête sans fin de profit cesse de scander, de rythmer la plupart de ses pulsations, au point de le désenchanter presque totalement.

Notre monde, devenu aride à bien des égards, a besoin de ce point de vue d’un discours d’espoir, un discours que la politique charrierait avec des mots adaptés à notre époque.

Tant que nous n’arriverons pas à énoncer ce discours avec la correcte intonation, tant que la politique n’offrira comme perspective que l’accommodation à ce qui est parce qu’il serait perçu comme un horizon indépassable, il ne faudrait pas s’étonner que des hommes et des femmes, des jeunes surtout, s’en détournent avec dédain. Ou pire, qu’ils soient de plus en plus nombreux à épouser des thèses qui, dans un passé pourtant pas très lointain, ont conduit l’humanité dans un désastre sans nom.

Alors assurément, il faut réinventer la politique !

 

Samba SY, Octobre 2014

CRISE DE LA POLITIQUE : UNIVERSALITE ET ENJEUX NATIONAUX
CRISE DE LA POLITIQUE : UNIVERSALITE ET ENJEUX NATIONAUX
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog