DECLARATION DU 1er MAI 2015 DU PIT-SENEGAL

  La  commémoration de la Fête internationale du Travail, en ce premier mai 2015, se passe dans un contexte d’aggravation des crises économiques, financières, sociales, environnementales et sécuritaires dans lesquelles le capitalisme financier mondialisé a plongé le monde, consécutivement à la crise des « subprimes » intervenue aux USA en 2008.

Au plan mondial, la « guerre du pétrole et des devises », menée par les Etats Unis et ses alliés saoudiens contre la Chine et la Russie, est accompagnée d’une politique de déstabilisation du Moyen Orient, des pays de l’Afrique  sahélienne et des anciennes Républiques socialistes d’Europe, aux fins d’endiguer le fulgurant développement de la Chine et de la Russie et d’entraver la marche des Etats africains vers l’unité continentale.

C’est bien à cet effet qu’ils ont réussi à imposer, au Moyen Orient, la guerre en Syrie avec ses ramifications en Irak et, aujourd’hui, au Yémen mais aussi une autre en Afrique, notamment en Libye, avec ses développements au Mali et au Nigéria, et dans les pays de l’Est Européen, celle déclenchée en Ukraine. 

Ces conflits armés au Moyen Orient et en Afrique ont engendré une nouvelle forme d’immigration clandestine vers l’Europe motivée par la recherche de havres de paix. Ainsi des « immigrés pour fait de guerre » viennent s’ajouter aux « immigrés économiques » dont les déplacements par vagues successives avaient été motivées par les crises économique, financière et alimentaire de 2008 ayant lourdement frappé l’Afrique Sahélienne.

Ce sont donc ces guerres impérialistes qui sont la cause du drame humain auquel l’on assiste aux portes de l’Europe avec des centaines de naufragés enregistrés quasi quotidiennement,  suscitant  à la fois indignation et colère partout au monde. Dans le même temps, en Europe se propage le sentiment « d’être envahis par une horde de désespérés venant enlever le pain de la bouche aux vrais fils du terroir », ce qui y renforce le racisme et atténue de plus en plus la frontière entre la Droite et l’Extrême Droite.

A la vérité, et depuis la fin de la « guerre froide », jamais la paix et la sécurité dans le monde n’ont  été autant menacées !

Au Sénégal, certains éléments du contexte demeurent préoccupants et menacent les acquis démocratiques de notre peuple, la paix et la sécurité dans le pays.

En effet, dans le monde rural le pays a enregistré de mauvais résultats lors des campagnes agricoles de 2013 et de 2014 les productions ayant baissé respectivement de 22% et 20% pour le mil, de 1% et 21% pour le maïs, de 2% et 1% pour l’arachide, de 5% et 15% pour le coton…

Il faut cependant se féliciter que les  impacts négatifs de ces mauvaises performances sur le revenu des ruraux et sur la sécurité alimentaire aient été atténués par la reprise de la production du riz qui passe d’une baisse de 7% en 2013 à une hausse de 28% en 2014 et par l’augmentation substantielle des prix producteurs d’arachide, et ceci en dépit des limites induites par les  problèmes liés à  la commercialisation.

Dans le secteur privé formel, le secteur secondaire particulièrement, les pertes d’emploi de 2% en 2013 par rapport à 2012 se sont aggravées en 2014, avec une perte de 2,9% par rapport à 2013. Le secteur tertiaire lui est passé d’une baisse de 1,4% en 2013 à une hausse de  2,3% en 2014.

Cette situation dans le monde rural et dans le secteur salarié du secteur privé moderne  aurait été insoutenable si la tendance généralisée de baisse des cours des céréales, des huiles alimentaires et du pétrole, n’avait  pas été répercutée sur les prix intérieurs du pays, et cela, grâce à la politique d’administration des prix des principaux produits de consommation courante, accompagnée d’une baisse de l’impôt sur les revenus et des loyers.

En tout état de cause, la situation économique et sociale nationale demeure fragile comme l’illustrent la crise à la SUNEOR, à TRANSRAIL, au Petit Train de Banlieue  (PTB), à la SAR, à SENEGAL AIRLINES et, par-dessus tout, dans le secteur du tourisme.

Un tableau auquel il ne faudrait bien entendu pas oublier d’ajouter la crise qui secoue les secteurs de l’Education et de la Santé publiques.

C’est donc dans un tel contexte international et national que le mouvement syndical sénégalais est parvenu à relever les trois  principaux défis  auxquels les syndicats du monde entier font face: le défi de la précarisation du travail, celui de la sécurité sociale, et celui du droit à la négociation collective.

En effet, les syndicats de notre pays sont parvenus à préserver l’autonomie de gestion des institutions de retraite et de sécurité sociale longtemps menacée et celle du système de retraite par répartition que les Institutions de Bretton Woods ont pendant bien longtemps cherché à remplacer par un système par capitalisation. Il ne leur reste donc, dans ce domaine, que la cogestion du Fonds National de Retraite (FNR) des Agents de l’Etat  pour mieux sécuriser ce volet essentiel dans la vie des travailleurs.

A ces acquis historiques s’ajoutent les accords signés entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants concernant la titularisation des « corps émergents » dans la fonction publique. Une signature qui met un point qu’il faut espérer final à la politique de précarisation des emplois dans le secteur public imposée depuis le début des programmes d’ajustement structurel.

Un acquis qu’il faudrait marquer d’une pierre blanche et qui devrait s’étendre aux travailleurs de la santé publique qui sont en lutte  pour faire aboutir leurs revendications portant sur de nouveaux « statuts ».

Du reste et à cet égard, les récentes déclarations publiques de Madame le Ministre chargée de ce secteur sont plutôt rassurantes…

Il se trouve aussi que le mouvement syndical sénégalais a su préserver le « Conseil Consultatif National sur le Travail et la Sécurité Sociale » comme un passage obligé pour tout projet de réforme du Code du Travail et est parvenu à institutionnaliser, sous forme de « Haut Conseil pour le Dialogue Social », son droit d’émettre ses opinions sur les politiques sociales en direction du monde du travail, dans un cadre tripartite ( Etat - Patronat -Syndicat). Et cela, tout en conservant son droit, décroché de haute lutte, à la grève, droit institutionnalisé dans le Code du Travail de 1997 et reconnu pour les Agents de l’Etat par la Fonction publique.

De même, sa participation est qualité au Conseil Economique, Social et Environnemental, (CESE) consolide son droit acquis d’émettre son point de vue sur les politiques publiques du pays…

Les syndicats sénégalais n’ont pu engranger autant de succès dans leurs luttes que grâce à un esprit innovateur qui leur a permis de faire victorieusement face à la politique ancrée de l’Etat et du patronat de  division  des travailleurs aux fins de  les domestiquer.

Pour cela ils ont réussi à mettre sur pied des « intersyndicales » d’entreprise et/ou de secteur professionnel comme forme d’unité syndicale. Des outils qui, aujourd’hui, sont en train d’épuiser les bases objectives de leur constitution que sont les revendications corporatistes pour défendre des statuts professionnels dans l’entreprise et les services.

De sorte que c’est sur le socle de ces acquis concernant les « statuts » qu’ils devraient dorénavant s’appuyer, non seulement pour les consolider mais aussi pour faire face au défis nouveaux de sauvegarde de leurs entreprises et de leurs services publics menacés jusque dans leur existence ou leur raison d’être sociale, et améliorer leurs conditions de vie et de travail.

De nouveaux défis qui exigent d’eux une forme d’unité supérieure aux « intersyndicales ». Ce qui pose la problématique de l’unité des Centrales syndicales pour plus d’harmonie dans les stratégies de lutte afin de mieux peser au niveau national, africain et mondial, c’est-à-dire partout où  se décide le sort du monde du travail.

Le PIT, en ce qui le concerne, ne ménagera aucun effort pour soutenir le mouvement syndical dans cette direction, en rapport avec ses camarades de la Confédération pour la Démocratie et le Socialisme(CDS) mise sur pied par des forces de Gauche du Sénégal.

 

Vive le 1er mai !

Vive l’unité et la solidarité des travailleurs !

Vive la paix et la concorde entre les peuples.

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