TEXTE LIMINAIRE A LA CONFERENCE DE PRESSE DU PIT/SENEGAL DU 10/10/16

 

THEME : SITUATION NATIONALE, ENJEUX, DEFIS ET PERSPECTIVES

Mesdames et Messieurs,

 

Merci d’avoir distrait de votre temps pour répondre à l’invitation du Parti de l’Indépendance et du Travail.

Le PIT sort de son 6ème congrès ordinaire toujours chevillé aux convictions fortes qui, de 1957 à aujourd’hui, déterminent son action et fondent ses choix : conquérir l’indépendance nationale, édifier le socialisme pour qu’aucun fils, aucune fille du pays ne soit laissé(e) au bord de la route, c’est-à-dire privé(e) de son droit imprescriptible à une vie digne, à une vie pleinement humaine.

Pour ce faire, le PIT s’est doté d’un programme d’actions de même que d’une nouvelle Direction pour, dans les cinq prochaines années, avancer en direction du noble idéal qui est le sien.

Mesdames et Messieurs, nous vous convions à cet échange aujourd’hui non seulement pour informer nos compatriotes de certaines de nos conclusions mais aussi pour nous prononcer sur quelques unes des questions qui font débat dans notre pays.

Inutile d’indiquer, outre mesure,  que ce débat est vif. Du reste, s’il faut se plaindre ou se gausser  de certaines de ses inflexions, il nous revient à tous de prendre la pleine mesure du bonheur qui est le nôtre de pouvoir  néanmoins l’entretenir.

Notre sentiment est, parce que ce débat est là, bien présent, qu’il nous faut convenir que notre pays n’est,  ni ne peut être, grâce à une action qui nous vient de bien loin et dont certains  ne sont- à dire vrai- que de confortables héritiers, il nous faut donc convenir que le Sénégal n’est ni ne peut être une terre de pensée unique, encore moins de dictature !

Les mots ont bien un sens et nous nous devons, par respect pour les autres, de veiller à leur bon usage. D’autant qu’il y va aussi de la qualité du débat national qui seule, à notre sens, est porteuse de progrès…

Mesdames et Messieurs, de notre 6ème congrès nous sommes sortis avec  la volonté de continuer à bâtir l’armée politique du changement, c’est-à-dire d’articuler le plus largement possible les forces en présence sur le champ national, pour autant qu’elles y consentent  et acceptent d’avoir comme ligne de mire la rigoureuse sauvegarde de l’intérêt national.

Pour ne pas remonter trop loin, c’est bien dans cette optique que les Assises Nationales avaient été conçues.

Or, dans le prolongement de celles-ci, dans celui des travaux de la Commission Nationale de Réforme  des Institutions, notre pays vient de consacrer le Haut Conseil des Collectivités Territoriales. Le HCTT n’est pas un Sénat, c’est-à-dire une deuxième chambre législative, qui agrégée à l’Assemblée nationale, nous aurait donné un Parlement.

Il est vrai que là où la CNRI recommandait que tous les membres- disons du HCCT- soient élus au suffrage indirect, nous avons, sur les 150 membres, 70 qui sont nommés par le Président de la République.

Ce qui, pour le PIT, est indicateur d’une tâche : celle consistant, dans le droit fil du processus d’approfondissement de la décentralisation dans notre pays, à restituer  aux élus locaux la plénitude de leur souveraineté sur cette institution, par le biais d’une réduction progressive du nombre de conseillers désignés en faveur du nombre de conseillers élus.

Le HCCT est pertinent : nous avons à lui faire jouer son rôle pour des avancées conséquentes dans notre option de territorialisation des politiques publiques.

Mesdames et Messieurs, le 6ème congrès du PIT a aussi lourdement insisté sur l’exigence de reddition des comptes.

A cet égard, notre pays s’est, d’une part, doté de nouveaux organes dédiés et, d’autre part, il a conforté ceux existants.

Dans ce cadre, nos contradicteurs, faisant flèche de tout bois, brandissent le fait qu’un juge français  ait rendu une décision défavorable à la volonté du gouvernement sénégalais de saisir les biens de messieurs Bourgi et Wade, reconnus coupables du « délit  d’enrichissement illicite », pour affirmer qu’en la matière les juges sénégalais n’auraient pas dit le droit. 

Pour nous du PIT, ce jugement défavorable à notre Etat pose plutôt deux ordres  de problèmes :

a/ celui du respect, par le juge français, de la convention de Mélida signée au Mexique par le gouvernement français ; une convention qui prévoit, de façon explicite, le « délit d’enrichissement illicite ».

b/le second problème est celui de la double nationalité de certains de nos officiels, une double nationalité qui leur ouvre la possibilité d’échapper à la justice sénégalaise en se retranchant derrière celle de leur seconde patrie….

Fait aussi débat l’affaire du pétrole, affaire dans laquelle nous redonnons vie à la fable impérissable de la laitière et du pot de lait.

Autrement dit, alors que nous n’avons pas encore  fait sortir de terre le moindre litre de pétrole, pas plus que du gaz, beaucoup de constructions se font et nombreuses sont les personnes à tirer, souvent de bien mauvaise  foi, des plans sur la comète.

Que la Direction de l’énergie intervienne de même que  Petrosen, que le Ministre en charge de l’énergie apporte des précisions et que le Premier Ministre  livre des éclairages ou publie des documents, rien n’y fait !

L’objectif crève les yeux : il faut, coûte que coûte,  tenter de jeter le discrédit sur la légitimité des contrats dont bénéficient américains et britanniques à travers Timis et Kosmos.

Dans un tel contexte, que le Premier Ministre français Manuel    Walls ait clairement livré une déclaration d’intention sur le pétrole et gaz sénégalais déjà attribué, ne devrait pas laisser indifférent. Les dénonciations tous azimuts ne participent-elles pas d’une volonté de créer les conditions permettant à Total par exemple de bénéficier d’une partie de ce pétrole et gaz attendus qui, en l’état en tout cas, échappe à ce groupe français ?

Très chers compatriotes, pour le PIT il ne fait aucun doute que les ressources naturelles de notre pays doivent être utilisées exclusivement à la satisfaction des énormes besoins de notre Peuple. Il nous faut plus d’Ecoles, davantage d’Universités, plus de routes et de voies ferrées, des structures sanitaires adaptées. Bref,  un ensemble  d’outils pour transformer radicalement le Sénégal.

Il se trouve que sans le pétrole, nous sommes, depuis quelques années, sur la bonne voie. Notre croissance économique est continue comme en attestent les chiffres de 2013, de 2014 et de 2015 : soit  3,5%, 4,6% et 6,5%. Le cap étant de faire 7% de façon durable, rien avec les découvertes faites ne devrait nous inciter au pessimisme.

Si nous parvenons à stabiliser la performance d’un taux de croissance de 7% dans la durée, nous générerons de façon massive des emplois, réduirons le chômage et la pauvreté.

Entendons-nous bien : il y a encore loin de la coupe aux lèvres ! Mais aucun analyste sérieux ne peut établir que notre pays n’est pas dans la bonne voie.

Bien entendu, nous avons encore de très sérieux défis à relever. Celui de l’intégration économique au sein de la CDEAO, celui des Accords de Partenariat  Economique et, sans être exhaustif, celui du Franc CFA.

La CEDEAO ambitionne de mettre en œuvre le Tarif Extérieur Commun (TEC) qui fixerait les droits de douane de tous les pays concernés. Si le Sénégal  a ratifié ce Tarif, tel n’est pas le cas de l’un de nos voisins immédiat  la Gambie dont l’économie est, quelque part,  fortement tributaire de ses réexportations de produits importés dans notre direction.

Il y a là un défi à relever, tout comme il nous faut repenser notre rapport aux APE.

A l’analyse,  nous n’avons pas d’intérêt  à ratifier ces accords en tant que pays faisant partie des PMA (Pays Moins Avancés). Précisément, parce qu’en ratifiant les APE, nous perdrions des droits de douane et soumettrions des secteurs importants de notre production locale à une concurrence inégale avec des produits provenant de pays de l’Union Européenne. Nous ne gagnerions pas au change, puisque bénéficiant déjà, sans les APE, en tant que PMA, du statut de « Tout sauf les armes » nous autorisant à exporter vers ces pays sans limites ni tarifs douaniers.

Ajoutons que les compensations financières, promises dans le cadre de projets  de développement, ne pourraient aucunement compenser  la faillite de pans entiers de notre tissu économique et le blocage de notre aspiration à l’industrialisation, au cas où les pays membres de la CEDEAO ratifieraient les APE.

Il nous faut donc le dire de façon nette et claire : quelque part les APE sont anti PSE !

Le dernier défi que nous voudrions signaler, encore une fois sans avoir la prétention d’être exhaustif, c’est celui du franc CFA.

L’arrimage du CFA à l’Euro rend nos exportations peu compétitives dans la zone hors Euro, au même moment où nos importations nous coûtent moins chères quand elles proviennent du reste du monde.

Objectivement, le CFA freine la compétitivité de nos exportations, celle de nos économies et donc réduit notre potentiel de développement,  y compris social.

Aussi  devons-nous avancer résolument vers la monnaie commune en 2020, dans le cadre de la CEDEAO, pour en finir une bonne fois pour toutes avec la scandaleuse obligation de domiciliation de 50% de nos réserves au Trésor français…

Mesdames et Messieurs, ce débat nous voulons l’engager au sein de notre coalition Benno Book Yaakaar, et par delà, dans tout le pays. Nous comptons le mener pied à pied, avec des arguments rationnels, pour que nous soyons chaque jour plus nombreux à nous convaincre qu’aucune fatalité ne doit  nous conduire à manquer d’ambition pour notre pays, un pays qui, comme nous l’avons déjà dit, est sur la bonne voie.

Pour finir, nous voudrions porter à la connaissance de l’opinion nationale que nous avons décidé de nous doter d’un siège à la hauteur des ambitions que nous avons pour notre Parti et des tâches que notre congrès lui a assigné.

A cette fin,  nous faisons appel à tous nos camarades, à tous les amis du PIT pour,  ensemble,  nous donner les moyens de l’acquisition de cet outil fondamental et que nous souhaitons digne de notre Parti de transformation sociale.

Je vous remercie de votre attention.

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