APPEL DE DAKAR SUR LA SITUATION D’IBNI OUMAR MAHAMAT SALEH

  • CINQUIEME CONGRES DU PIT-SENEGAL

 

IOMS

Ibni Oumar Mahamat Saleh, Professeur de mathématiques, homme politique, Secrétaire général du Parti pour les Libertés et le Développement et Porte parole de la Coordination de l’opposition tchadienne, a disparu depuis son enlèvement à son domicile par des éléments des troupes gouvernementales le 3 février 2010 à N’Djaména.

A la suite des combats entre les forces rebelles et celles de l’armée nationale qui ont commencé le 30 janvier et se sont poursuivis les 2 et 3 février à l’intérieur de la capitale, les rebelles se sont retirés de N’Djaména dans l’ordre, dans l’après midi. Une unité de l’armée s’est alors livrée à l’arrestation de certains chefs de partis politiques, dont Ibni Oumar Mahamat Saleh.

L’opinion internationale a été immédiatement alertée et la presse en a rendu compte. Un certain nombre de personnalités ayant participé –comme Ibni Oumar-  au colloque "L'Afrique et l'Europe dans la nouvelle géopolitique mondiale" organisé par la Fondation Gabriel Péri et le Parti de l’indépendance et du travail (PIT)  du Sénégal, à Dakar les 24-26 janvier 2008, ont alors tenu à exprimer leur soutien et leur solidarité aux opposants tchadiens arrêtés en signant une pétition exigeant leur libération par les autorités tchadiennes. Relayée au Sénégal par Amath Dansokho et le PIT, la pétition fut adressée au Premier ministre et au Ministre des affaires étrangères français.

Une pétition de la communauté mathématique internationale à l'initiative des sociétés savantes françaises de mathématiques fut également lancée. Ces initiatives ont sans nul doute fait pression sur la présidence française pour qu’elle exige de l’Etat tchadien que la lumière soit faite sur ces disparitions.

Le gouvernement a démenti être responsable de ces rafles et des trois hommes politiques arrêtés, seul Ibni Oumar n’a pas, à ce jour, réapparu. En visite au Tchad quelques jours après ces évènements, le chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy s’est personnellement engagé à tout mettre en œuvre pour que Ibni Oumar soit retrouvé. Il en fait un « symbole » et en a chargé son épouse Carla qui a d’ailleurs reçu Mme Ibni Oumar durant leur bref séjour au Tchad. Depuis, les autorités françaises gardent un mutisme coupable et les promesses de Nicolas Sarkozy n’ont produit aucun effet.

Malgré de multiples interpellations, le gouvernement tchadien, et singulièrement le président Idriss Déby Itno, se refuse à admettre sa culpabilité pourtant établie par la commission d’enquête dans ses conclusions rendues publiques en avril 2010.

Le Tchad est entré dans un cycle d’apaisement politique aussi bien avec l’opposition politique, l’opposition armée que les pays voisins. A cet égard, le processus électoral en cours avec les élections législatives prévues le 28 novembre, devrait se dérouler dans le calme et un minimum de transparence. Les perspectives démocratiques en cours excluent donc tout recours à la violence, de quelque nature qu’elle soit. Le Tchad a trop souffert de la dictature et des violences depuis son indépendance et des actions comme l’arrestation d’Ibni Oumar Mahamat Saleh doivent être proscrites des pratiques politiques et condamnées comme une atteinte grave aux libertés et un crime de guerre.

De ce qui précède, le Colloque international sur "La Crise globale et l'Afrique : Quels changements ?"organisé par la fondation Gabriel Péri et le Parti de l'Indépendance et du Travail du Sénégal en partenariat avec la revue Recherches internationales, l'AFASPA et le LERPSCAM de l'université Cheikh Anta Diop, et la fondation Rosa Luxemburg, réuni les 18 et 19 à Dakar, exige :

La libération immédiate d’Ibni Oumar Mahamat Saleh ;

Que le gouvernement tchadien mette fin aux arrestations et assassinats des opposants politiques et qu’il privilégie le dialogue dans les conflits politiques ;

Que toute la lumière soit faite sur les arrestations du 3 février 2010 ;

Que le gouvernement tchadien établisse clairement les responsabilités et que les auteurs soient identifiés, arrêtés et jugés ;

L’implication de la communauté internationale dans les recherches si le gouvernement continue de faire preuve d’immobilisme ;

Que les crimes perpétrés pendant les évènements du 3 février 2010 soient considérés comme crimes de guerre et crimes contre l’humanité et jugés comme tels.

 

Fait à Dakar le 19 mai 2010

 

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