AVANT PROJET DE RAPPORT DE LA COMMISSION POLITIQUE AU 5eme CONGRES DU PIT (première partie)

  • CINQUIEME CONGRES DU PIT-SENEGAL

 

 

 

 

 Photo0024

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 5ème congrès du P.I.T ne vient pas que 14 ans après le 4ème. Il s’organise dans une ère nouvelle, un siècle nouveau. Le monde, l’Afrique et le Sénégal ont connu des changements profonds, changements augurés par nos thèses du Congrès de 1997, mais dont certains aspects demeurent, à bien des égards, inédits.

Aussi notre Parti est-il dans l’obligation, en fidélité à une orientation vieille de plusieurs décennies, de tenter de serrer au plus près les tendances lourdes de la situation internationale, de considérer leur retentissement sur le sort du continent africain, de procéder au diagnostic le plus objectif possible de la situation nationale pour, à la lumière d’un tel contexte, déterminer avec précision les tâches du Parti.

Bien entendu, il s’agira aussi, dans le même mouvement, de faire l’état des lieux concernant le Parti, de procéder à une critique sans complaisance de son état d’organisation, d’évaluer ses méthodes d’actions et son style de communication, de préciser son orientation.

Le but de l’exercice étant non pas seulement de dire quelle est la réalité du P.I.T aujourd’hui, mais aussi et surtout, de nous accorder sur ce qu’il devrait être et sur les modalités d’y parvenir, pour lui permettre de continuer à assumer, avec davantage de vigueur et d’efficacité, son ambition de transformation sociale et de libération humaine.

1. UNE MONDIALISATION NEOLIBERALE EN CRISE PROFONDE

 

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, l’effondrement en Europe des pays se réclamant du socialisme et surtout de l’Union Soviétique - qui en était le bastion principal- l’humanité découvre qu’elle n’en est nullement à « la fin de l’histoire ». En clair, plus que jamais, le système capitaliste, notamment dans sa version ultra libérale, est dans une crise profonde, obligeant ses défenseurs les plus zélés à de déchirantes remises en cause.

La présente crise du système capitaliste est si profonde qu’elle a ébranlé en profondeur les "certitudes " quant à une capacité de croissance illimitée du modèle libéral.Cette crise a éclaté au centre du système, aux USA, à travers l'effondrement de Wall Street et de l'Industrie automobile. Son ampleur est telle qu’elle rappelle étrangement celle de1929, dont les mécanismes de résolution allaient conduire le monde à la seconde guerre mondiale.

Or, faut-il le rappeler, la crise financière internationale, qui est l'aspect le plus spectaculaire de cette crise systémique, a été précédée par la crise du logement aux

USA, et par la précarisation des couches moyennes et l'effondrement simultané de l'industrie automobile. Pourtant ces deux segments étaient les marques distinctives de ce que l'on appelait "The American Dream" ! Ainsi depuis 2008, des millions de travailleurs ont perdu leurs emplois, tandis que des centaines de milliers de personnes étaient expulsées de leurs maisons.

Il n’ya rien d’étonnant alors que la résistance monte contre le traitement préférentiel accordé aux firmes de Wall Street (des milliards de dollars !) avec l'argent public, et contre l'incapacité du Congrès et des autorités à assister de façon significative les communautés et familles en détresse:.

Pire les milieux liés au complexe militaro-industriel américain semblent miser sur la guerre et l'armement continu des USA pour trouver la parade au déclin économique actuel du Pays. Aussi la nouvelle Administration américaine a-t-elle reconduit, paradoxalement, le même personnel qui était en charge de la guerre sous le précédant régime.

Pour rappel l'armée américaine a ouvert plusieurs fronts dans le monde (Iraq, Afghanistan). Ses théoriciens de la guerre de longue durée (Long War Theory) envisagent des guerres de " basse intensité" (Iran, Caucase, Amérique Centrale) qui pourraient durer plus de cent ans!

Voici du reste pourquoi les USA dépensent plus de 60% des budgets militaires des Etats du Monde. Sous ce rapport, l’Afrique est vivement interpellée par les tentatives des USA d'installer son Armée sur le continent (AFRICOM).

Plus globalement la mobilisation contre la guerre et pour une coopération mutuellement avantageuse pour tous les peuples du Monde est, aujourd’hui plus qu’hier, impérieuse.

En effet, la logique capitaliste du profit, abusant des nouvelles possibilités offertes par le développement des sciences et des techniques, a renforcé les transnationales et conduit à de nouvelles formes d’oppression et d’exploitation. Partout à travers le monde, le nombre de chômeurs a augmenté, de même que dans bien des cas, il est devenu de plus en plus difficile de se soigner, de s’éduquer, à la mesure des possibilités et des enjeux du monde moderne.

Et cette situation est d’ autant plus paradoxale et mal vécue qu’elle sévit dans un contexte ou les possibilités sont inouïes. En effet le développement du savoir et du pouvoir humains ouvre des perspectives fantastiques de réduction de la misère, de résorption de la faim, de l’élimination de l’analphabétisme, de lutte contre les inégalités.

La crise a eu ceci de salutaire qu’elle a remis au goût du jour la nécessité du dépassement du capitalisme. Précisément parce que les stratégies mises en oeuvre dans les grands centres du capitalisme ont ceci de commun qu'elles veulent faire porter le coût des solutions aux citoyens, par la mise à disposition de l'argent public au service des entreprises capitalistes afin qu'elles continuent leur course au profit, comme avant.

On le voit donc, la contradiction entre le capital et le travail n’a, nulle part au monde, été levée. Il se trouve seulement que le partage politique entre l’Ouest et l’Est a cédé le pas au règne presque incontesté des grandes puissances occidentales. Ces dernières sont ainsi dans une sorte de face à face directe avec d'une part les pays « Intermédiaires » (Russie, Chine, Inde, Brésil...) et les Pays en développement, et d’autre part avec leur propre monde du travail. De sorte que de partout retentit la clameur de l’exigence de plus de justice sociale, de moins d’iniquité dans le partage des richesses, de plus de solidarité dans les relations interhumaines.

Aussi la résistance des peuples des pays en développement, face à la domination capitaliste du monde, a-t-elle contribué à donner naissance d’une part au mouvement alter mondialiste et, d’ autre part, à la transformation des Mouvements Islamiques, jadis appuyés par le camp occidental en Afghanistan dans sa lutte contre l'Union Soviétique, en un mouvement islamique radical et militant.

De même, les travailleurs du monde entier, confrontés aux agressions d’un libéralisme économique débridé contre les emplois et les acquis sociaux, oeuvrent au renforcement de leurs organisations syndicales, à leur unité au niveau continental et mondial dans une même organisation: la Confédération Syndicale Internationale.

De même, les Partis Communistes et Ouvriers, à l'initiative du Parti Communiste de Grèce ont commencé des rencontres annuelles depuis 1993. La dernière a été conjointement organisée par les deux Partis Communistes d'Inde), partis divisés depuis 1964 sur la base du conflit sino-soviétique. Cette rencontre a enregistré le retour du PCC (Parti Communiste Chinois) dans le MCI.

La même dynamique se développe sur le Continent africain sous l'Impulsion du PCAS (Parti Communiste d'Afrique du Sud) avec l'émergence progressive d'un nouveau réseau de la Gauche Africaine.

Au total les grandes puissances capitalistes sont confrontées et à la résistance du mouvement alter mondialiste, et à la pugnacité des pays émergeants en Asie (Chine, Inde etc.] , en Amérique latine [Brésil, Venezuela etc.]. Les uns et les autres sont fédérés par l’exigence d’un nouvel ordre économique mondial qui leur donnerait toute leur place dans la conduite des affaires du monde.

Par ailleurs au plan des Droits de l’homme, des libertés individuelles et collectives, de profonds changements ont eu lieu ou sont en cours. La Cour Pénale Internationale- avec les limites que l’on sait et qui gagneraient à être corrigées au plus vite- s’emploie à traquer les traitements dégradants et humiliants contre la personne humaine, le massacre des citoyens, les génocides. Plus que par le passé, la notion de « crime contre l’humanité » prend tout son sens.

Dans la même veine, le respect des normes démocratiques de gestion des pays et d’accès au pouvoir, est érigé en règle de bonne gouvernance politique et de plus en plus surveillé par la communauté internationale.

Enfin la problématique du développement durable, celle de la préservation des ressources de la planète pour que la vie continue à y être possible non pas seulement pour les générations actuelles mais aussi pour celles à venir, est de plus

en plus partagée, même si les principaux pays pollueurs ne s’engagent dans une telle perspective que du bout des lèvres. C’est que la profondeur des changements climatiques en cours risque de définitivement altérer le rapport entre l'homme et la Nature, de même qu’elle remet radicalement en question le processus d'accumulation capitaliste, basé sur une perspective de croissance illimitée de ressources naturelles prétendument illimitées.

Cette problématique illustre les limites des mécanismes de production et de reproduction capitalistes. Elle impose également à notre Parti une nouvelle vision du développement, de la lutte pour le socialisme qui ferait de la prise en compte de la dimension écologique, dans tous les processus économiques et sociaux, une donnée majeure à prendre rigoureusement en compte.

En définitive ce qui précède éclaire à plus d’un titre l’option de notre Parti pour le socialisme et l’idée que nous nous en faisons.

Aussi ,tout en rejetant, de façon nette et claire, toute conception et toute pratique du socialisme fondées sur l’étatisme à outrance et la bureaucratie, la négation des libertés individuelles et collectives, la violence contre les individus et la négation des droits humains, le P.IT réaffirme son choix pour un socialisme qui place les travailleurs et citoyens au centre des processus d'édification de la société et de sa gestion démocratique.

Il s’agit d’un socialisme dont le caractère démocratique, l’attachement aux libertés individuelles et collectives, l’acceptation du principe de l’alternance, la mise au coeur du choix de la volonté librement exprimée des citoyens, le respect scrupuleux de l’exigence de transparence dans la gestion des affaires étatiques, attestent du caractère novateur.

En d’autres termes, le socialisme pour lequel le P.I.T se bat est à inventer en misant sur ce que l’humanité a de meilleur, en termes de valeurs et de génie.

2 - SITUATION DU CONTINENT AFRICAIN

A l’examen, le sort du continent africain ne s’est pas notablement amélioré depuis le dernier congrès. La dépendance néocoloniale reste encore le trait distinctif de la situation politique, économique et sociale de la majorité des pays du continent. Autrement dit, en dépit des perspectives ouvertes à l’humanité par la mondialisation (même néolibérale), le continent demeure, à quelques exceptions près, bien loin de faire droit à l’aspiration des peuples à plus de transparence et d’efficacité dans la gestion, à plus de justice sociale dans la répartition des ressources communes.

L’Afrique demeure travaillée par des replis identitaires, la confiscation de la souveraineté populaire, la dilapidation des ressources publiques. Elle est encore trop éclatée, malgré des efforts certains de recoupement des espaces régionaux. Une frilosité déplacée se mêlant à la volonté de se conserver son champ de pouvoir freine bien des initiatives orientées vers le remembrement du continent en vue de la création de zones économiques réellement viables. Le continent souffre encore de maladies endémiques, d’analphabétisme, de déficits chroniques d’infrastructures, de pénurie de ressources financières pour impulser un véritable développement. Il est encore trop perméable à des logiques

interventionnistes dont la nature parfois relativement plus discrète, n’entrave en rien ni le cynisme, ni la redoutable efficacité. Pour dire que les affaires africaines ne se décident pas encore seulement en Afrique ou que, dans bien des cas, la situation à l’interne du continent est régie de l’extérieur par une « tutelle » bien souvent trop présente.

C’est que l’Afrique demeure comme nous l’indiquions en 1997 d’un intérêt stratégique certain. Ses immenses ressources naturelles, énergétiques surtout, sa population en croissance rapide, son potentiel de développement augurent d’un marché porteur ne pouvant laisser indifférent. Aussi les Etats-Unis, de même que la Chine, l’Inde, des pays européens- différents de ceux traditionnels -travaillent-ils sans relâche à prendre pied sur un continent qui, naguère, était considéré comme une chasse-garde des anciennes puissances coloniales.

L'Afrique reste paradoxalement un exportateur net de capitaux en direction des centres capitalistes au moment ou des pays phares pour les institutions de Breton Wood sont tombés dans le chaos social ou la stagnation économique, parfois de l'instabilité politique comme c’est le cas de la Côte d'Ivoire, du Kenya, du Ghana, de l’Ouganda.

L'ajustement structurel classique et les DRSP n'ont permis aucun recul significatif de la pauvreté (telle que définie par les organismes internationaux : à savoir un minimum de2 $ par jour) sur le continent.

Même les pays anciennement dit de démocratie nationale (Angola, Zimbabwe, Namibie, Ethiopie, Erythrée, Guinée Bissau, Cap Vert) ont connu des reculs, voire des revers sérieux dans leur perspective initiale de construction d'une société à orientation socialiste. Aussi, bien que les Partis du mouvement de libération nationale soient encore au pouvoir dans la plupart des pays en question, des mutations profondes y sont en cours qui risquent d'ajourner pour de longues décennies, les politiques de changement social.

L'Afrique du Sud, sous la direction de l'ANC et de ses alliés du SACP et de la COSATU, est présentement l'épicentre de la confrontation entre le Travail et le Capital sur le Continent. Avec plus de 40% du PNB de l'Afrique au Sud du Sahara, la consolidation ou non des acquis du camp du progrès dans ce pays jouera un rôle fondamental dans la lutte des forces progressistes sur le continent.

On le voit donc la mondialisation néo libérale n'a fait, sous maints rapports, qu'aggraver le sort du continent africain, particulièrement ciblé par l'Union Européenne et les Etats Unis, dans leurs visées expansionnistes. L’Europe travaille ,avec acharnement, à y maintenir sa domination en promouvant les fameux accords de partenariat économique (APE), un nouveau traité économique par lequel elle vise à s'arrimer le continent ,dans le cadre d'une zone de libre échange et des conditions qui vont ôter au continent tout contrôle souverain de son autosuffisance alimentaire, de son industrialisation, de ses ressources naturelles et de l’octroi à ses populations ,par elle-même, des services sociaux de base. Si ces accords venaient à être conclus, ces secteurs seraient voués à être contrôlés par les entreprises européennes qui, du reste, cherchent à promouvoir l'intégration économique africaine selon leur propre stratégie de contrôle des marchés continentaux. Ce processus a déjà commencé avec le contrôle acquis par les firmes européennes, américaines et autres, des secteurs de l'électricité, de l'eau, du téléphone, des banques et des mines, à l'échelle des sous régions du continent.

Du reste à cet accaparement des secteurs économiques essentiels par les firmes transnationales, s'ajoute la nouvelle tendance à s’emparer des terres de culture, essentiellement par des entreprises européennes.

Bien entendu face à ces agressions du capitalisme induites par la mondialisation néo libérale les peuples opposent une résistance farouche à travers des réseaux de la société civile et des organisations syndicales. Cependant les Etats et même les Partis de Gauche n’ont pas encore réussi à organiser et orienter cette résistance, ce qui en explique les limites fondamentales à ce jour.

D’ ou l’ exigence pour notre Parti de renforcer son écoute de toutes les pulsations du continent, de se remettre à la tâche de reconstruction d’une coopération fraternelle avec toutes les forces de progrès du continent pour des dynamiques d’ ensemble ,seules à même d’ouvrir de réelles perspectives de libération. Sous ce rapport, il devient urgent, pour le PIT, de faire le bilan de sa coopération internationale, notamment à l’échelle du continent pour procéder au plus vite, à des corrections aujourd’hui devenues urgentes.

3 - LE SENEGAL AUJOURD'HUI

Notre pays a connu des mutations profondes depuis le dernier congrès tenu en 1997. En effet trois facteurs structurants ont désormais altéré la dynamique de changement politique, économique, social et culturel au Sénégal :

1- La Mondialisation

Notre siècle est caractérisé par une interpénétration profonde des capitaux, des idées, des cultures à une échelle jamais connue auparavant. C’est ainsi que portée par les nouvelles technologies de l'information et de la communication, la mondialisation se traduit par la présence permanente et instantanée de l'actualité mondiale au sein des familles sénégalaises.

Le possible n'est plus seulement l'exode vers Dakar ou l'acquisition laborieuse d'une maison dans la périphérie lointaine de Dakar. Le sénégalais veut aujourd’hui bénéficier des avantages de la civilisation moderne.

Cette exigence visible sous différents rapports demande de la part de l'Etat et des Partis politiques un effort de modernisation et de rupture avec les modes de gestion qui prévalent dans la marche des institutions.

Le « ndigel » a été la première victime de cette nouvelle situation.

2- Le poids économique et politique de la Diaspora Sénégalaise

La diaspora sénégalaise a connu un développement inversement proportionnel avec l'approfondissement de la crise économique et sociale dans le Pays. Si avant les années 80, c était le Fouta et la zone de Bakel qui fournissaient le gros lot des émigrés, l'ensemble des zones du pays ont commencé à connaitre le phénomène à partir de la mise en oeuvre drastique des politiques d'ajustement structurel et du départ de Senghor.

De sorte que de nos jours, l'apport économique de la Diaspora est officiellement égale ou supérieure à l'aide étrangère que le Sénégal reçoit de par le monde. Bon nombre de familles et d'entreprises ne doivent leur survie et leur existence qu’ à cet apport des émigrés.

La création du Ministère des Sénégalais de l’extérieur confirme d’ailleurs l'impact de ces 4 à 5 millions de sénégalais vivant et travaillant hors des frontières du Pays.

3- Les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication

Les NTIC participent également à la restructuration de la société sénégalaise. Elles ont démocratisé l'accès à l'information et baissé de façon significative les coûts de communication pour le travail et pour les loisirs.

Elles ont également consacré la démonopolisation de la production et de la distribution de l'information. Des 6 millions de téléphones portables aux nombreuses radios communautaires, un tournant irréversible est pris avec l'entrée du pays dans l'ère de la Société de l'Information.

Il importe donc de réaliser que la combinaison complexe de ces trois facteurs est en train de changer le Sénégal et le Sénégalais. Cette nouvelle situation demande de nouvelles réponses de la part de notre Parti.

L'autre dimension des changements profonds qui a changé la donne dans le Pays est la rupture politique de l'année 2000.

En effet pour la première fois depuis 1951, le BDS-UPS-PS, épine dorsale de la domination néocoloniale dans notre pays, a été renversé par une large coalition de forces patriotiques et démocratiques dont le noyau dur était constitué par le pole de Gauche.

Cette large coalition, avec un candidat unique au second tour des élections présidentielles de 2000, a eu raison des prétentions du P"S", Parti qui avait soumis, des décennies durant, le pays à une politique de régression économique et sociale, de restriction des libertés démocratiques ainsi qu’à un assujettissement servile au Capital étranger, particulièrement français.

Cette coalition qui avait réellement la possibilité de remettre le pays au travail, a bénéficié au départ d'un large soutien populaire et de la neutralité objective de l'adversaire défait (théorie de l'opposition républicaine).

Cependant, elle allait très tôt voler en éclats, victime de ses contradictions internes, mais particulièrement de la mise en oeuvre par le Président élu d'un « plan » de gestion politique, économique et sociale aux antipodes du programme de la Coalition 2000.

La nouvelle politique économique en cours, tout en reprenant les recettes classiques du FMI et de la Banque Mondiale, héritées de la gestion du Parti Socialiste, se caractérise entre autres par de constantes modifications de la Constitution, une gestion opaque des ressources publiques, l’Agenciarisation de l'Etat, le bradage du foncier, la constitution d'une nouvelle classe mafieuse d'hommes d'affaires, une option systématique de sape et de corruption du mouvement syndical, une stratégie murie de liquidation de la filière arachidière…

Cette politique a fini d'installer le pays dans une crise économique et sociale profonde, n’épargnant aucun secteur de la vie nationale tel qu’en atteste un survol, même rapide, des principaux domaines suivants.

A - EDUCATION

L’école, la chose est connue, est un enjeu de civilisation. Indétachable de la société qui l’engendre, elle est, par ailleurs, ce qui permet, à titre principal, à cette société de muer, de se rénover, de s’ajuster

L’Ecole sénégalaise pour sa part, est profondément affectée par la crise multiforme qui sévit depuis près de trois décennies dans le pays. Elle a été entravée à des niveaux divers par la rareté des ressources mises à disposition pour son fonctionnement, par la priorisation de l’éducation de base par rapport aux autres sous secteurs- notamment le secondaire, le supérieur, la formation professionnelle, par la faiblesse des salaires et la surcharge de travail pour les enseignants , leur mode de recrutement et la réduction de la durée de leur formation, le transfert des charges aux collectivités, une privatisation incontrôlée et parfois pernicieuse…

Cette école est donc à refonder d’ autant plus que la crise globale de la société a introduit en son sein des contre valeurs qui ont pour nom culture de la facilité et du mimétisme, recherche du gain facile, désacralisation du savoir. Le Sénégal à besoin d une école nationale, démocratique, laïque pour s’élever à la dimension d’une nation moderne. Les objectifs globaux et spécifiques de cette Ecole gagneraient à être appréciés à l’aune d’indices de développement humain et non plus seulement d’indicateurs de performances internes ou externes du système. Sa mission de service public gratuit devrait être plus clairement réaffirmée. Elle devrait donner à l’enseignement des mathématiques, des sciences, ,toute sa centralité, tout en développant l’enseignement secondaire supérieur professionnalisant et l’enseignement technique professionnel classique. Enfin l’école sénégalaise devrait davantage promouvoir les valeurs de justice, de liberté, de démocratie, de tolérance et de solidarité.

Or pour bâtir une telle école dont les contenus des enseignements apporteraient des réponses pertinentes aux besoins des secteurs à potentiel économique et aux attentes du marché du travail, il faut des consensus forts, un budget dont le financement doit avant tout être national et endogène. Il s’agit d’un impératif de souveraineté nationale dont la prise en charge intelligente et innovante pourrait redonner à l’Ecole le crédit sans lequel elle ne peut que végéter, et ce faisant, obstruer les perspectives de développement du pays.

Bien entendu, cette exigence de souveraineté nationale impose de faire toute la place qui sied à nos langues nationales comme médium et objet d’enseignement.

B - CULTURE

La culture quoiqu’exprimant la réalité humaine, ne se donne pas à voir partout et toujours de la même manière. Sa prise en charge au plan théorique n’est pas neutre : il s’agit tout au contraire d’une option nécessairement idéologique qui ne peut manquer de se dévoiler en termes de position.

Le Sénégal est caractérisé au plan culturel par des manifestations de mal vivre, de recherche effrénée de loisirs de mauvais aloi, de succédanés de culture qui sont en définitive des sous cultures, crées et entretenues par l’idéologie néolibérale dominante. Rien d’étonnant dès lors si la perception que les citoyens sénégalais ont

de la culture les enferme dans une confusion entre traditions culturelles dont ils ne maitrisent pas toujours l’essence positive et des avatars de la culture moderne, peu en phase avec le développement de la société. En d’autres termes, les tendances culturelles en vigueur sont innervées par la culture mondialiste dominante et ses effets pervers. Les populations sont ainsi livrées à la marchandisation de la culture, celle de la consommation sans retenue et sans discernement, notamment pour ce qui concerne les couches populaires qui en subissent principalement les contre coups. La société sénégalaise connait de la sorte une véritable crise des valeurs qui se traduit par des attitudes et des comportements sociaux dont le commun dénominateur est le rapport à l’argent, au bien être social à n’importe quel prix, fut-ce en bradant des valeurs qu’on pensait bien ancrées.

Si les sénégalais ne développent pas encore et suffisamment une culture citoyenne leur permettant de remettre en cause la manière dont le régime foule au pieds les droits des citoyens et viole les lois de la République selon des intérêts étroitement partisans, cela s’explique aussi par une attitude culturelle fondée sur un faisceau de relations construit et entretenu par le pouvoir. L e clientélisme, le népotisme, le favoritisme, le larbinisme, le populisme sont devenus aujourd’hui des traits culturels bien sénégalais

Le PIT doit en conséquence engager le combat dans le domaine culturel. Non pas pour un quelconque repli identitaire mais plutôt pour un ancrage, le plus pertinent possible, dans ce que notre héritage culturel a de positif et pour une ouverture résolue à une modernité bien comprise, excluant toute forme d’aliénation.

C - LA JEUNESSE

La jeunesse constitue la tranche de la population sénégalaise non seulement la plus nombreuse, mais aussi la plus vulnérable aux mutations qui s’opèrent. Cette jeunesse se ressent de l’économie mondialisée, privilégiant la spéculation financière au détriment de l’économie réelle, productive. Son désarroi a été aggravé par un ardent espoir de changement en définitive trahi. Cette jeunesse est aujourd’hui désabusée : elle sent qu’on s’est servi, à peu de frais, de sa générosité, de son engagement. Au quotidien, elle mesure la démagogie des gouvernants dont les actes, les comportements et attitudes sont aux antipodes des promesses naguère faites. L’absence de vision politique, le pilotage à vue, la mal gouvernance, l’absence de culture républicaine, la prévarication sur les deniers publics, la gestion gabégique, le népotisme, le clientélisme politique et l’ostracisme d’Etat, la violence et l’impunité, la déstructuration de l’économie avec la mise à mort de l’agriculture, l’asphyxie de fleurons de l’ entreprise nationale, constituent la spécificité sénégalaise qui inhibe pour une large part toute possibilité d’offrir de réelles perspectives d’épanouissement à la jeunesse sénégalaise.

Autrement dit, le désoeuvrement, le chômage, et la pauvreté au sein des ménages ont atteint des proportions telles que le seul choix qui reste à cette jeunesse est l’exode rural, la délinquance et la violence urbaines ou l’exil transatlantique sur des embarcations de fortune, avec leur cortège de morts et de spectacles humiliants.

Il apparaît en conséquence urgent de redonner un horizon à la jeunesse sénégalaise, de l’amener à se convaincre qu’elle a son destin en main. Ce qui passe indubitablement par ancrer cette jeunesse sénégalaise, par le biais de l’éducation, sur des valeurs fortes de travail, de probité, de vertus républicaines.

Dans le même temps il s’agira de lui donner une formation appropriée garantissant une employabilité qui pourrait contribuer à lui assurer un cadre de vie épanouissant dans une société de paix et de justice sociale.

D - LES FEMMES

Les conditions de vie et de travail des femmes sénégalaises, leur statut social, sans s'être notablement améliorés, font tout de même l'objet d'une grande attention. Aujourd’hui plus qu'hier, l'opinion semble de plus en plus partagée qu'il est illusoire de prétendre développer une société en continuant à laisser, au bord de la route, plus de la moitie de sa population. Pourtant et en dépit du volontarisme et ou du populisme du régime de WADE, les femmes sénégalaises ne jouissent pas encore de la reconnaissance sociale à laquelle, légitimement, elles peuvent prétendre. Non pas qu'il n'y ait eu de réelles avancées dans la scolarisation des filles, ou des évolutions notables par exemple au plan de la législation du travail, augurant de perspectives somme toute assez prometteuses. Plutôt parce que la complexité de la question des femmes, plus globalement celle du genre, ne semble pas appréhendée avec toute la rigueur requise. A la vérité c'est que les difficultés auxquelles les femmes sont confrontées ne sont pas seulement liées à la crise économique ambiante. Elles tiennent aussi et peut être surtout à des raisons historiques et culturelles qui fonctionnent comme une chape de plomb de laquelle il est bien difficile de se dépêtrer. En prendre conscience, en mesurer la portée, c'est aussi entreprendre un rude et patient travail de déconstruction, pour que, dans les mentalités des sénégalais (et des sénégalaises !), la femme cesse d'être considérée comme une mineure. Un tel effort est à articuler avec une discrimination positive pour, à compétence égale, promouvoir la femme pour réduire le déséquilibre dans les postes de responsabilité à tous les niveaux, en faisant attention à ne pas verser dans la politique spectacle, coûtant en définitive aux femmes davantage qu'elle ne peut leur rapporter.

Or à la vérité, le PIT lui-même a beaucoup de pas à franchir dans ce domaine. En effet et sans minorer les efforts déjà consentis, il nous revient de trouver les bonnes formules pour davantage promouvoir nos camarades femmes, conforter leur leadership. C’est un passage obligé pour davantage démocratiser notre Parti tout en en lui donnant les moyens de plus contribuer à la démocratisation de notre société.

E - EMPLOI

En dépit des engagements internationaux auxquels le Sénégal a souscrit (déclaration de l’OIT sur le travail décent, déclaration de l’Ouagadougou des chefs d’Etat africains sur l’emploi des jeunes comme priorité, DSRP, pacte mondial pour l’emploi) les efforts du gouvernement en faveur de l’emploi restent peu concluants. En effet, même si le gouvernement crée, à tour de bras, des structures de promotion de l’emploi des jeunes (FNPJ, ANEJ, Office pour l’Emploi des Jeunes de la Banlieue de Dakar) le constat est là, toujours têtue : le désarroi des jeunes est, de plus en plus, grand car ils ne trouvent qu’exceptionnellement du travail. Cet état de fait résulte du concours de plusieurs facteurs parmi lesquels l’absence d’une vision articulée, le déficit de qualification des jeunes, la faible exploitation du potentiel des secteurs porteurs de l’économie nationale.

Il importe de ce point de vue de désamorcer cette bombe sociale par quelques mesures incitatives parmi lesquelles on peut citer :

Renforcer et opérationnaliser le système d’information sur l’emploi pour des données fiables et disponibles pour tous les acteurs intéressés

Développer les infrastructures qui ont une teneur en haute intensité en main d’oeuvre et les investissements structurants pour l’économie

Promouvoir l’économie rurale par une meilleure distribution des infrastructures et des équipements et par l’accès aux facteurs de production

Aider le secteur informel, plus grand pourvoyeur d’emplois, à se structurer pour mieux assurer des emplois durables de qualité

Faciliter les conditions d’accès au crédit avec la promotion de banques nationales de développement et la micro-finance

Regrouper l’ensemble des structures s’activant autour de l’emploi des jeunes et agréger les ressources au niveau d’un seul cadre institutionnel

Faire de la responsabilité sociale de l’entreprise une réalité pour faire bénéficier les communautés des retombées de l’activité des entreprises, encourager l’emploi local et préserver l’environnement et le cadre de vie

Développer un partenariat entre les structures de formation et l’entreprise par la formation en alternance et la connaissance par les structures des créneaux porteurs.

Créer les conditions d’un climat et d’un environnement favorables aux affaires pour offrir à l’entreprise locale des opportunités d’intégrer des chaînes de valeur dans un monde de concurrence rude.

 

F - LA SANTE

Le secteur demeure caractérisé par une insuffisance en infrastructures et en prestations de service. Le personnel est mal réparti sur le territoire national en particulier au niveau des zones pauvres et reculées. S’y ajoutent des contraintes spécifiques dont le non respect des normes d’implantation des infrastructures de santé, des pratiques délictuelles (surfacturation, corruption…), l’inaccessibilité des médicaments de base, le peu de soutien aux mutuelles de santé et la négligence dont sont victimes les maladies non transmissibles ou liées à la vieillesse.

Dans le fond, aucune politique nationale d’exemption n’est prévue pour les malades indigents. Le système d’assistance a des critères d’identification de l’ayant droit peu précis et peu discriminants. Il se fait donc à la ‘’tête du client ‘’ et profite bien souvent davantage aux cadres moyens et supérieurs ou à la clientèle politique des autorités locales. Par ailleurs, les autorités sanitaires sont davantage enclines à maximiser le recouvrement des coûts qu’à favoriser l’accès aux soins. Les mutuelles, qui auraient dû atténuer les travers de l’inaccessibilité financière des structures sanitaires, battent

de l’aile en raison de l’irrégularité des cotisations, de la difficulté d’accès aux médicaments, des problèmes de remboursement…

Il n’est pas étonnant dès lors que le bilan du plan national de développement sanitaire (1998-2009) soit globalement mitigé. En effet à coté des acquis que sont le maintien de la prévalence de l’infection à VIH dans la population générale à moins de 1% ou la baisse de la morbi-mortalité due au paludisme, on note des reculs, marqués par le niveau encore élevé des indicateurs de la mortalité maternelle, celle néonatale, infantile ou infanto juvénile. Dans la même veine, il faut signaler l’insuffisance de la prévention et de la prise en charge des affections courantes, y compris les urgences médico-chirurgicales.

Les objectifs de couverture en personnels fixés dans le PNDS (1998-2007) ne sont pas atteints. Pas seulement en raison de recrutements insuffisants dans les écoles de formation ou de la non maitrise par le ministère de la santé de l’embauche- qui est du ressort de la fonction publique- mais aussi à cause d’une inégale répartition des agents sur l’étendue du territoire national.

Au vu de ce qui précède, il y’a urgence d’une reprise en main vigoureuse du secteur de la santé, par un programme alternatif. Celui-ci ne saurait se réduire à une atténuation, par une élite technocratique (aux ordres du capital et des bailleurs de fonds), des conditions de vie dramatiques de la majorité du peuple sénégalais. Il doit plutôt être centré autour de préoccupations identifiées par ces populations elles-mêmes et par les forces sociales progressistes oeuvrant pour un véritable développement national.

Pour le PIT, il faut une mobilisation populaire, la plus forte possible, pour la restauration d’un véritable service de santé publique, partout à travers le pays dont une gestion rigoureuse et une planification conséquente, adossées à une transparence sans faille, seraient les mamelles nourricières.

G - AGRICULTURE

De Senghor à Wade la tendance à la soumission du monde rural sénégalais à la logique du capital est allée en s'aggravant. En effet, Senghor avait réduit le mouvement coopératif paysan à des fonctions d'approvisionnement du monde rural en facteurs de production et à des fonctions de collecte de la production arachidière pour bâtir un mécanisme de spoliation à des fins d'accumulation de richesses pour la bourgeoisie bureaucratique en gestation à l'époque dans l'appareil d'Etat. Abdou Diouf a, en ce qui le concerne, suspendu les P.A. et privatisé la collecte d'arachide et donc confiné le mouvement coopératif dans une fonction de collecte en concurrence rude avec les O.P.S.

Abdoulaye Wade, en dissolvant la SONAGRAINES et en instituant le "Carreau usine" a objectivement réduit le mouvement coopératif à se situer en dehors ou presque de la collecte des arachides, au profit de nouveaux opérateurs privés qui, avec l'appui de l'Etat, ont pris la place des anciens avec l'expérience, la rigueur et la probité en moins. En fait, Abdoulaye Wade a parachevé les programmes de transformation du monde rural sénégalais sur des bases capitalistes. Il a accompli le programme de privatisation de la SONACOS et de la SODEFITEX comme les PAS le prévoyaient. En dépit de tous ses discours, il a supprime le crédit de semences et d'engrais en direction des producteurs d'arachides et institué leur vente au comptant à un prix subventionné. Le crédit n'est maintenu que pour l'équipement, surtout pour la culture motorisée avec l'exigence d'un apport au comptant pour pouvoir en bénéficier.

Par ailleurs et en dépit de l'annulation de la dette extérieure et l'avènement des DSRP, Abdoulaye Wade a reconduit les mêmes objectifs que les bailleurs de fonds avaient imposé a Abdou Diouf dans la vallée du fleuve Sénégal. Il s'agit de la transformation de celle-ci en zone de grosses exploitations agricoles privées, entre les mains des transnationales qui, du point de vue des bailleurs, sont les seules capables de rentabiliser les immenses capitaux investis dans les barrages de Diama et Manantali, dans la production électrique et dans la navigabilité du fleuve. La production du riz est bloquée non seulement par la crise du marche du riz local, mais aussi par la petitesse des parcelles aménagées avec maitrise totale de l'eau. Il s'en suit une accumulation des stocks de paddy invendus chaque année et de récurrents problèmes de dénouement du crédit.

Au total pour Wade la privatisation des terres se présente tout autant comme un moyen de relance de l'agriculture paysanne que comme un atout pour lever les obstacles a la promotion de l'investissement étranger dans la vallée du fleuve Sénégal. En clair, la ruine programmée, par la privatisation des terres, des exploitations agricoles familiales semble nécessaire pour l'Etat, pour se faire de l'argent et libérer les terres pour les mettre à la disposition des hommes du pouvoir et de l'agrobusiness. Ceci est d'autant plus vrai qu'avec l’actuelle crise énergétique, les perspectives ouvertes par les biocarburants font de la vallée une zone particulièrement convoitée.

Il convient en conséquence de lutter contre cette privatisation avec tous les producteurs de riz de la région. De même, il faut oeuvrer à l'avènement d'une politique d'aménagement et d'une reforme foncière, qui permette la redistribution d'un minimum de 1,5 ha de terres irriguées par exploitant familial, dans le cadre d'une politique de crédit compatible avec les exigences de modernisation de la production de riz, de sa rentabilité économique et financière. Plus globalement notre Parti doit prendre acte du fait que le capitalisme s'est bien ancré dans le monde rural sénégalais avec son lot de paysans sans terre ni bétail, de paysans exclus de la mécanisation de l'agriculture pour insuffisance de terre, et de paysans prolétarisés. Ceux-ci constituent 55,6 % de chefs de ménage vivant en dessous du seuil de pauvreté. Notre tâche est donc de les prendre en compte, rigoureusement, dans notre stratégie de riposte face au pouvoir, pour, à leur cotés édifier un rapport de force suffisamment dissuasif et susceptible de tirer les masses rurales des griffes des spéculateurs et autres spoliateurs.

Le Parti a, dans le fond, un rôle tout aussi important à jouer pour ce qui est de la filière coton. C’est que depuis qu’il a accédé au pouvoir, Abdoulaye Wade s’est employé, méthodiquement, à reprofiler celle-ci par l’entremise d’un schéma de privatisation de la SODEFITEX dont la structure du capital se présente dorénavant comme suit : 51% pour DAGRIS (une société publique française) 46% pour l’Etat sénégalais, 1,25 %pour le CNCA et 1,25% pour la CBAO. Ainsi la France ne se contente plus d’influer sur le sort de la filière à partir d’une position minoritaire dans le capital et sur la base d’accords d’assistance technique: elle décide directement de la gestion de l’entreprise, nomme son PCA et son DG. Dès lors, la France peut continuer à exporter la totalité du coton fibre produit au Sénégal, soutenir ce faisant sa propre industrie textile, améliorer sa part de marché dans l’Union Européenne et mieux résister à la concurrence américaine dans ce même marché.

Dans le même temps, le Sénégal rate une bonne opportunité pour intégrer la production de coton dans une filière complète allant de la production de coton fibre et de tissu écru , à la production de tissu et à la confection, en profitant de la

privatisation de la SODEFITEX .Face à cette politique de bradage d’une filière aussi stratégique, il est impératif que les partenaires sénégalais (cotonculteurs, fédération des industriels sénégalais du textile, fédération des entrepreneurs de la confection ,Intersyndicale de la SODEFITEX et même Union des Opérateurs de la Friperie) surmontent leur méfiance historique les uns envers les autres et créent le rapport de force nécessaire à la remise dans le giron national de ce pan essentiel de notre économie.

H - LE SECTEUR INFORMEL

Ce secteur est hybride et à la vérité on ne s’entend pas toujours sur ce qu’il recouvre au plan conceptuel. Aussi et tout naturellement, il n’est pas aisé d’avoir en ce qui le concerne des éléments statistiques exhaustifs. Il demeure que l’on peut cependant distinguer au moins les principales composantes de l’informel que sont le sous secteur artisanal de production (tailleurs, menuisiers, maçons, teinturiers…), le sous secteur artisanal de service (mécaniciens, restaurateurs, coiffeurs, cireurs, chauffeurs) et ceux du sous secteur commerce (boutiquiers vendeurs à la sauvette ou ambulants…). Les travailleurs de l’informel sont d’origines diverses. Certains cherchent par ce biais à disposer d’une formation professionnelle pour pouvoir voler par la suite de leurs propres ailes, tandis que d’autres trouvent dans cet espace un moyen de faire face soit au licenciement, soit à l’âpreté de la vie dans le monde rural. Pratiquement, par la force des choses, le champ de l’informel est le terrain privilégié de la contrefaçon et surtout un cadre approprié de recrutement de jeunes par des forces sociales obscurantistes.

En tout état de cause, le secteur informel est d’un intérêt stratégique certain pour la nation et pour les syndicats. Précisément parce qu’il joue le rôle d’amortisseur du chômage et donc de desserrement de la pression sociale sur les salaires et sur les revendications des travailleurs du secteur formel. Paradoxalement, le secteur est en butte (en dépit de son rôle d’exutoire) à la politique foncière de l’Etat, au déficit d’accès à la formation professionnelle publique, au crédit bancaire et aux marchés publics. De sorte que trop souvent les travailleurs de l’informel sont marginalisés, réduits à l’illégalité et surtout bloqués au regard de toute perspective de modernisation technique de leur système productif et leurs relations de travail.

Notre Parti devrait donc se mobiliser pour contribuer à ériger les unités de production informelles (UPI) en coopératives de production et de services pouvant, par leur synergie, offrir à notre peuple et au-delà des biens et services de qualité à des prix abordables. Nous devrions aussi aider à la modernisation des activités dans le secteur, à l’élévation des compétences professionnelles de ses acteurs tout en disant notre ferme opposition à la contrefaçon et à la contrebande qui sont de véritables entraves, non seulement à la santé des populations mais aussi à la compétitivité des entreprises et services du secteur formel.

I-LE SECTEUR MODERNE

En 2000 l’alternance politique au Sénégal s’est effectuée dans un contexte de grosses opportunités de changement que malheureusement le pouvoir en place n’a pas réussi (ou voulu) exploiter .

En effet un puissant mouvement antilibéral « altermondialiste » était parvenu à imposer aux bailleurs de fonds l’annulation de la dette extérieure des pays Le

pauvres très endettés parmi lesquels le Sénégal. Ce fut ensuite la dette multilatérale des pays pauvres qui fut annulée.

Ainsi les pays bénéficiaires devaient utiliser le service échu de la dette extérieure pour financer un programme de réduction de la pauvreté (DRSP) que chaque pays devait élaborer en concertation avec les organisations de sa société civile.

Au bilan, la manière dont le pouvoir « libéral» de Wade gère les ressources et opportunités du pays a fini d’épuiser les acquis macro-économiques hérités des lourds sacrifices que DIOUF avait imposés au peuple sous les contraintes des PAS.

Le taux de chômage, dans Dakar où l’essentiel des activités du secteur moderne est concentré est passé de 16 ,2% en 2001/2002 avant les DSRP à 17,2%en 2003/2005 sous le premier DSRP en dépit d’un taux de croissance moyen de 5 ,8%. Le pouvoir d’achat des populations s’est effondré bien avant la crise alimentaire de 2006, celle énergétique de 2007 et la crise financière de 2008.

Cette situation désastreuse de l’économie et des conditions de vie et de travail du peuple sénégalais découle de la manière dont le pays est géré avec des conséquences s’illustrant par l’effondrement de l’attractivité de l’économie (mesurée par le ratio entre le nombre d’entreprises crées en une année rapporté au nombre d’entreprises en activité l’année précédente), et par le taux d’efficience technique des entreprises.

L’industrie sénégalaise est particulièrement plombée par les difficultés liées à la fourniture énergétique, qui ne sauraient en aucune façon être uniquement imputées à la vétusté du parc hérité de Diouf car tenant aussi et surtout de l’inefficience technique des investissements effectués par Wade. En la matière, l’ampleur des surfacturations dont les marchés publics sont l’objeta compromis de façon durable toute perspective de sortie de crise.

Des pans entiers du secteur industriel sont ainsi menacés de disparition quand ils ne l’ont pas déjà été, ce qui s’accompagne de licenciements massifs et d'une précarité plus grande ayant complètement défiguré le tissu industriel sénégalais.

Ainsi en lieu et place de la relance escomptée, des fleurons de l’industrie sénégalaise (ICS, Entreprises liées à la pèche…) battent de l’aile. Au total et en dépit de tous les discours de Wade et de ses supports le fait est que l’industrie se débilite tandis que l’environnement des affaires est tel que nombre d’investisseurs se détournent du pays. Pire on assiste à une sorte de cession volontaire de l'entreprise nationale encore existante à des repreneurs étrangers, français notamment, auxquels sont offerts sur un plateau d’argent les rares structures nationales encore pourvoyeuses de gains significatifs.

4 - DU BILAN DE LA POLITIQUE DE LARGE RASEMBLEMENT DU PIT

Faut-il le rappeler, le PIT a une tradition unitaire. Celle-ci à toujours consisté, à chaque étape de l’évolution de la situation politique nationale, à définir les tâches à l’ordre du jour pour aller de l’avant et, pour ce faire à identifier rigoureusement les forces politiques et sociales dont la synergie des efforts permet justement d’avancer. Cette démarche, loin d’être le produit d’une illumination d’individus isolés, correspond, pour une large part, à une tradition et des aspirations bien sénégalaises que partagent des secteurs variés de la vie nationale.

Aussi est il possible de dire, sans la moindre forfanterie, que depuis plus de 20 ans, le PIT oriente littéralement la vie politique nationale ; il en détermine sous beaucoup de rapports les axes stratégiques. Par exemple nous avons en même temps contribué à désamorcer les graves contentieux politiques de 1988 (avec tous les progrès qui ont pu se faire entre autres concernant le code électoral) et construit le levier stratégique pour la réalisation de l’alternance en 2000.

Pour autant, le PIT a une posture paradoxale. Son influence, son génie politique est sans commune mesure avec son niveau d’organisation et le nombre de ses militants (et de suffrages) est inversement proportionnel à son capital crédit. De sorte que ses partenaires, sans pouvoir se passer de lui, lui opposent néanmoins sa taille, non pour le soulager des tâches, mais plutôt pour lui ravir les premières et meilleures places.

Il nous faut donc nous employer à résoudre l’équation suivante : l’inadéquation devenue manifeste entre notre audience morale et notre poids politique électoral. Pour quelle raison les sénégalais, qui sont nombreux à apprécier notre Parti, ne lui donnent pas la place qui sied en termes de suffrages ?

Le déficit, ou le défaut de poids électoral que nous pourrions, le cas échéant, faire peser sur la balance pour l’amener à se pencher du côté qui nous parait le plus conforme à l’intérêt national, explique que nos alliés, notre loyauté étant connue, savent toujours pouvoir compter, non seulement avec, mais surtout sur nous, lorsqu’il s’agit de lutter contre le pouvoir. Mais les mêmes n’hésitent pas à se passer de nous, ou à nous obliger à les suivre (ce que nous sommes souvent prêts à faire « au nom de l’intérêt national ») lorsque la nature de leurs propres intérêts ne leur permet pas d’accepter notre prétention légitime à une part décente du "bénéfice" escompté de notre alliance.

Avons-nous fait la meilleure option-alors que nous n’avons jamais eu sur la question une discussion de fond dans nos instances – d’écarter de l’horizon du Parti la possibilité de présenter notre candidat à l’élection présidentielle ? À la vérité nous ne nous sommes jamais préparés ni politiquement ni financièrement, à une telle éventualité.

Or une telle attitude nous a fait accuser, sur ce point, un certain retard par rapport à des partis ayant tenté l’expérience. S’il est vrai qu’ils n’ont pas gagné, loin de là, ils ont acquis un statut de ‘’présidentiables’’ tandis que nous nous retrouvions, pour ne pas être absent de la bataille électorale, dans une position de soutien d’un allié qui, tout en nous laissent mener à sa place l’essentiel du combat politique sur le terrain, en tirait néanmoins et de façon substantielle, tout le profit. Il nous faut donc trouver les ressources pour hisser l’efficacité politique du PIT, son poids électoral, à la hauteur des exigences actuelles de transformation sociale du pays et à la mesure de l’autorité morale incontestable du Parti.

Dans le même temps, il nous faut avancer dans la construction d’une force de gauche puissante dans notre pays. Il s’agit de le faire sans exclusivisme ou subjectivisme mais aussi sans opportunisme. Autrement dit, il ne faut pas « absolutiser » les différends, pas plus que nous ne devons et ne pouvons les

occulter. L’urgence de cette tâche n’autorisant pas de la bâcler , il faut se donner le temps de s’assurer la réalité des convergences, sur le terrain concret des luttes pour le mieux être de notre peuple.

Pour le reste, dans nos rapports avec les autres, comme dans notre action politique quotidienne, nous devons, plus que par le passé, tenir compte de l’intérêt concret, tangible de notre Parti. Pas seulement parce que les autres partis font la même chose. Beaucoup plus parce que d’expérience, les Sénégalais savent dorénavant qu’il n’y a de meilleur défenseur de leurs intérêts, de l’intérêt national, que le P.I.T.

Il nous faut donc, y compris dans notre nécessaire évolution dans les cadres d’alliance, restaurer la centralité du parti. Le PIT doit être plus présent sur le terrain de la défense des populations du sommet à la base, être plus proche des travailleurs et de leurs organisations représentatives. Il faut que l’utilité de plus en plus manifeste du PIT, au Sénégal et aux sénégalais, décident ces sénégalais pas seulement à nous faire confiance mais à nous choisir pour, soit adhérer dans nos rangs ou à défaut voter pour nous

5 - NOTRE ALTERNATIVE : LA REVOLUTION NATIONALE, DEMOCRATIQUE COMME BASE DE TRANSITION AU SOCIALISME

Il ressort de l’analyse économique et de classe de notre société que le Sénégal est dominé, dans ses sphères les plus vitales, par le capital étranger, associé à une mince couche nationale de bourgeois bureaucrates et parasitaires. La politique néocoloniale, et d’orientation capitaliste, menée dans ce cadre par l’UPS-PS quatre décennies durant et le PDS de 2000 à 2010, est la cause essentielle de la paupérisation croissante d’une majorité de plus en plus grande de notre peuple. C’est cette politique qui explique également que plus d’un demi-siècle après notre « indépendance », le pays n’est pas encore parvenu à s’engager dans la voie d’un développement économique et social qui soit profitable à l’essentiel de ses fils. Menée pour le compte de l’impérialisme et de la minorité nationale qui contrôle l’appareil d’Etat, cette politique a plutôt ruiné le pays, renforcé et aggravé les inégalités sociales, affecté gravement l’expression des libertés démocratiques et des droits sociaux fondamentaux (notamment ceux des travailleurs), mis en danger la paix et la sécurité de notre peuple, engendré des déséquilibres régionaux et ethnoculturels qui remettent en cause notre intégrité territoriale et minent les fondements de notre cohésion nationale.

Cette situation a divisé le pays en deux grands camps aux intérêts irréconciliables : le camp de ceux qui organisent l’exploitation néocoloniale et en profitent, et le camp de ceux qui subissent cette exploitation.

La classe ouvrière, la paysannerie, la bourgeoisie nationale et les couches moyennes constituent les classes et les couches sociales qui, à des degrés divers , sont victimes de la domination impérialiste et du pouvoir néocolonial. C’est donc sur ces classes et couches sociales que nous comptons nous appuyer aujourd’hui pour forger pour notre peuple un avenir conforme à ses aspirations au bonheur et à la dignité nationale, à la démocratie, à la paix, à l’abolition progressive de toutes les formes d’exploitation.

La lutte que mène le PIT doit ainsi combiner dans une plateforme minimale la bataille autour des objectifs démocratiques et sociaux immédiats et celle autour des objectifs de mise en place d'une démocratie économique et sociale avancée, à travers la RND. Du reste

il ne saurait y avoir une séparation artificielle de ces tâches dans une séquence linéaire. Notre Parti doit continuer à affiner son habileté à combiner, harmonieusement, ces différents niveaux de sa plateforme minimale à moyen et long terme.

De là découlent deux niveaux d’objectifs à atteindre avec les forces politiques, économiques et sociales identifiées dans le processus de résolution des différentes contradictions qui informent la lutte politique dans le pays.

a) TACHES IMMEDIATES

La contradiction principale dans le pays oppose aujourd'hui la majorité du Peuple Sénégalais à Abdoulaye Wade, à ses visées de dévolution monarchique du pouvoir, et à sa politique économique de prédation accélérée des ressources nationales. C’est la nature de cette contradiction qui dicte la politique d'alliance actuelle du Parti et qui a permis l'émergence du Front Benno Siggil Sénégaal.

Benno est aujourd'hui la réponse pour la résolution de la contradiction principale précitée. Les résultats des élections locales de Mars 2009 augurent du potentiel de rupture de la Coalition.

C'est également cette vision que notre Parti a de la contradiction principale et des tâches qui en découlent qui l’a conduit à être non seulement du nombre des inspirateurs mais aussi des principaux artisans des Assises Nationales tenues en 2008-2009.

Les conclusions des Assises représentent, à touts points de vue, un repère essentiel pour le redressement national. D’abord parce qu’elles relèvent d’un consensus des forces politiques, économiques et sociales les plus significatives du pays. Ensuite parce qu&rsquo

 

 

Photo0028

 

 

 

Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog