AVANT PROJET DE RAPPORT DE LA COMMISSION POLITIQUE AU 5eme CONGRES DU PIT (suite et fin)

  • CINQUIEME CONGRES DU PIT-SENEGAL

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H - LE SECTEUR INFORMEL

Ce secteur est hybride et à la vérité on ne s’entend pas toujours sur ce qu’il recouvre au plan conceptuel. Aussi et tout naturellement, il n’est pas aisé d’avoir en ce qui le concerne des éléments statistiques exhaustifs. Il demeure que l’on peut cependant distinguer au moins les principales composantes de l’informel que sont le sous secteur artisanal de production (tailleurs, menuisiers, maçons, teinturiers…), le sous secteur artisanal de service (mécaniciens, restaurateurs, coiffeurs, cireurs, chauffeurs) et ceux du sous secteur commerce (boutiquiers vendeurs à la sauvette ou ambulants…). Les travailleurs de l’informel sont d’origines diverses. Certains cherchent par ce biais à disposer d’une formation professionnelle pour pouvoir voler par la suite de leurs propres ailes, tandis que d’autres trouvent dans cet espace un moyen de faire face soit au licenciement, soit à l’âpreté de la vie dans le monde rural. Pratiquement, par la force des choses, le champ de l’informel est le terrain privilégié de la contrefaçon et surtout un cadre approprié de recrutement de jeunes par des forces sociales obscurantistes.

En tout état de cause, le secteur informel est d’un intérêt stratégique certain pour la nation et pour les syndicats. Précisément parce qu’il joue le rôle d’amortisseur du chômage et donc de desserrement de la pression sociale sur les salaires et sur les revendications des travailleurs du secteur formel. Paradoxalement, le secteur est en butte (en dépit de son rôle d’exutoire) à la politique foncière de l’Etat, au déficit d’accès à la formation professionnelle publique, au crédit bancaire et aux marchés publics. De sorte que trop souvent les travailleurs de l’informel sont marginalisés, réduits à l’illégalité et surtout bloqués au regard de toute perspective de modernisation technique de leur système productif et leurs relations de travail.

Notre Parti devrait donc se mobiliser pour contribuer à ériger les unités de production informelles (UPI) en coopératives de production et de services pouvant, par leur synergie, offrir à notre peuple et au-delà des biens et services de qualité à des prix abordables. Nous devrions aussi aider à la modernisation des activités dans le secteur, à l’élévation des compétences professionnelles de ses acteurs tout en disant notre ferme opposition à la contrefaçon et à la contrebande qui sont de véritables entraves, non seulement à la santé des populations mais aussi à la compétitivité des entreprises et services du secteur formel.

I-LE SECTEUR MODERNE

En 2000 l’alternance politique au Sénégal s’est effectuée dans un contexte de grosses opportunités de changement que malheureusement le pouvoir en place n’a pas réussi (ou voulu) exploiter .

En effet un puissant mouvement antilibéral « altermondialiste » était parvenu à imposer aux bailleurs de fonds l’annulation de la dette extérieure des pays Le

pauvres très endettés parmi lesquels le Sénégal. Ce fut ensuite la dette multilatérale des pays pauvres qui fut annulée.

Ainsi les pays bénéficiaires devaient utiliser le service échu de la dette extérieure pour financer un programme de réduction de la pauvreté (DRSP) que chaque pays devait élaborer en concertation avec les organisations de sa société civile.

Au bilan, la manière dont le pouvoir « libéral» de Wade gère les ressources et opportunités du pays a fini d’épuiser les acquis macro-économiques hérités des lourds sacrifices que DIOUF avait imposés au peuple sous les contraintes des PAS.

Le taux de chômage, dans Dakar où l’essentiel des activités du secteur moderne est concentré est passé de 16 ,2% en 2001/2002 avant les DSRP à 17,2%en 2003/2005 sous le premier DSRP en dépit d’un taux de croissance moyen de 5 ,8%. Le pouvoir d’achat des populations s’est effondré bien avant la crise alimentaire de 2006, celle énergétique de 2007 et la crise financière de 2008.

Cette situation désastreuse de l’économie et des conditions de vie et de travail du peuple sénégalais découle de la manière dont le pays est géré avec des conséquences s’illustrant par l’effondrement de l’attractivité de l’économie (mesurée par le ratio entre le nombre d’entreprises crées en une année rapporté au nombre d’entreprises en activité l’année précédente), et par le taux d’efficience technique des entreprises.

L’industrie sénégalaise est particulièrement plombée par les difficultés liées à la fourniture énergétique, qui ne sauraient en aucune façon être uniquement imputées à la vétusté du parc hérité de Diouf car tenant aussi et surtout de l’inefficience technique des investissements effectués par Wade. En la matière, l’ampleur des surfacturations dont les marchés publics sont l’objeta compromis de façon durable toute perspective de sortie de crise.

Des pans entiers du secteur industriel sont ainsi menacés de disparition quand ils ne l’ont pas déjà été, ce qui s’accompagne de licenciements massifs et d'une précarité plus grande ayant complètement défiguré le tissu industriel sénégalais.

Ainsi en lieu et place de la relance escomptée, des fleurons de l’industrie sénégalaise (ICS, Entreprises liées à la pèche…) battent de l’aile. Au total et en dépit de tous les discours de Wade et de ses supports le fait est que l’industrie se débilite tandis que l’environnement des affaires est tel que nombre d’investisseurs se détournent du pays. Pire on assiste à une sorte de cession volontaire de l'entreprise nationale encore existante à des repreneurs étrangers, français notamment, auxquels sont offerts sur un plateau d’argent les rares structures nationales encore pourvoyeuses de gains significatifs.

4 - DU BILAN DE LA POLITIQUE DE LARGE RASEMBLEMENT DU PIT

Faut-il le rappeler, le PIT a une tradition unitaire. Celle-ci à toujours consisté, à chaque étape de l’évolution de la situation politique nationale, à définir les tâches à l’ordre du jour pour aller de l’avant et, pour ce faire à identifier rigoureusement les forces politiques et sociales dont la synergie des efforts permet justement d’avancer. Cette démarche, loin d’être le produit d’une illumination d’individus isolés, correspond, pour une large part, à une tradition et des aspirations bien sénégalaises que partagent des secteurs variés de la vie nationale.

Aussi est il possible de dire, sans la moindre forfanterie, que depuis plus de 20 ans, le PIT oriente littéralement la vie politique nationale ; il en détermine sous beaucoup de rapports les axes stratégiques. Par exemple nous avons en même temps contribué à désamorcer les graves contentieux politiques de 1988 (avec tous les progrès qui ont pu se faire entre autres concernant le code électoral) et construit le levier stratégique pour la réalisation de l’alternance en 2000.

Pour autant, le PIT a une posture paradoxale. Son influence, son génie politique est sans commune mesure avec son niveau d’organisation et le nombre de ses militants (et de suffrages) est inversement proportionnel à son capital crédit. De sorte que ses partenaires, sans pouvoir se passer de lui, lui opposent néanmoins sa taille, non pour le soulager des tâches, mais plutôt pour lui ravir les premières et meilleures places.

Il nous faut donc nous employer à résoudre l’équation suivante : l’inadéquation devenue manifeste entre notre audience morale et notre poids politique électoral. Pour quelle raison les sénégalais, qui sont nombreux à apprécier notre Parti, ne lui donnent pas la place qui sied en termes de suffrages ?

Le déficit, ou le défaut de poids électoral que nous pourrions, le cas échéant, faire peser sur la balance pour l’amener à se pencher du côté qui nous parait le plus conforme à l’intérêt national, explique que nos alliés, notre loyauté étant connue, savent toujours pouvoir compter, non seulement avec, mais surtout sur nous, lorsqu’il s’agit de lutter contre le pouvoir. Mais les mêmes n’hésitent pas à se passer de nous, ou à nous obliger à les suivre (ce que nous sommes souvent prêts à faire « au nom de l’intérêt national ») lorsque la nature de leurs propres intérêts ne leur permet pas d’accepter notre prétention légitime à une part décente du "bénéfice" escompté de notre alliance.

Avons-nous fait la meilleure option-alors que nous n’avons jamais eu sur la question une discussion de fond dans nos instances – d’écarter de l’horizon du Parti la possibilité de présenter notre candidat à l’élection présidentielle ? À la vérité nous ne nous sommes jamais préparés ni politiquement ni financièrement, à une telle éventualité.

Or une telle attitude nous a fait accuser, sur ce point, un certain retard par rapport à des partis ayant tenté l’expérience. S’il est vrai qu’ils n’ont pas gagné, loin de là, ils ont acquis un statut de ‘’présidentiables’’ tandis que nous nous retrouvions, pour ne pas être absent de la bataille électorale, dans une position de soutien d’un allié qui, tout en nous laissent mener à sa place l’essentiel du combat politique sur le terrain, en tirait néanmoins et de façon substantielle, tout le profit. Il nous faut donc trouver les ressources pour hisser l’efficacité politique du PIT, son poids électoral, à la hauteur des exigences actuelles de transformation sociale du pays et à la mesure de l’autorité morale incontestable du Parti.

Dans le même temps, il nous faut avancer dans la construction d’une force de gauche puissante dans notre pays. Il s’agit de le faire sans exclusivisme ou subjectivisme mais aussi sans opportunisme. Autrement dit, il ne faut pas « absolutiser » les différends, pas plus que nous ne devons et ne pouvons les

occulter. L’urgence de cette tâche n’autorisant pas de la bâcler , il faut se donner le temps de s’assurer la réalité des convergences, sur le terrain concret des luttes pour le mieux être de notre peuple.

Pour le reste, dans nos rapports avec les autres, comme dans notre action politique quotidienne, nous devons, plus que par le passé, tenir compte de l’intérêt concret, tangible de notre Parti. Pas seulement parce que les autres partis font la même chose. Beaucoup plus parce que d’expérience, les Sénégalais savent dorénavant qu’il n’y a de meilleur défenseur de leurs intérêts, de l’intérêt national, que le P.I.T.

Il nous faut donc, y compris dans notre nécessaire évolution dans les cadres d’alliance, restaurer la centralité du parti. Le PIT doit être plus présent sur le terrain de la défense des populations du sommet à la base, être plus proche des travailleurs et de leurs organisations représentatives. Il faut que l’utilité de plus en plus manifeste du PIT, au Sénégal et aux sénégalais, décident ces sénégalais pas seulement à nous faire confiance mais à nous choisir pour, soit adhérer dans nos rangs ou à défaut voter pour nous

5 - NOTRE ALTERNATIVE : LA REVOLUTION NATIONALE, DEMOCRATIQUE COMME BASE DE TRANSITION AU SOCIALISME

Il ressort de l’analyse économique et de classe de notre société que le Sénégal est dominé, dans ses sphères les plus vitales, par le capital étranger, associé à une mince couche nationale de bourgeois bureaucrates et parasitaires. La politique néocoloniale, et d’orientation capitaliste, menée dans ce cadre par l’UPS-PS quatre décennies durant et le PDS de 2000 à 2010, est la cause essentielle de la paupérisation croissante d’une majorité de plus en plus grande de notre peuple. C’est cette politique qui explique également que plus d’un demi-siècle après notre « indépendance », le pays n’est pas encore parvenu à s’engager dans la voie d’un développement économique et social qui soit profitable à l’essentiel de ses fils. Menée pour le compte de l’impérialisme et de la minorité nationale qui contrôle l’appareil d’Etat, cette politique a plutôt ruiné le pays, renforcé et aggravé les inégalités sociales, affecté gravement l’expression des libertés démocratiques et des droits sociaux fondamentaux (notamment ceux des travailleurs), mis en danger la paix et la sécurité de notre peuple, engendré des déséquilibres régionaux et ethnoculturels qui remettent en cause notre intégrité territoriale et minent les fondements de notre cohésion nationale.

Cette situation a divisé le pays en deux grands camps aux intérêts irréconciliables : le camp de ceux qui organisent l’exploitation néocoloniale et en profitent, et le camp de ceux qui subissent cette exploitation.

La classe ouvrière, la paysannerie, la bourgeoisie nationale et les couches moyennes constituent les classes et les couches sociales qui, à des degrés divers , sont victimes de la domination impérialiste et du pouvoir néocolonial. C’est donc sur ces classes et couches sociales que nous comptons nous appuyer aujourd’hui pour forger pour notre peuple un avenir conforme à ses aspirations au bonheur et à la dignité nationale, à la démocratie, à la paix, à l’abolition progressive de toutes les formes d’exploitation.

La lutte que mène le PIT doit ainsi combiner dans une plateforme minimale la bataille autour des objectifs démocratiques et sociaux immédiats et celle autour des objectifs de mise en place d'une démocratie économique et sociale avancée, à travers la RND. Du reste

il ne saurait y avoir une séparation artificielle de ces tâches dans une séquence linéaire. Notre Parti doit continuer à affiner son habileté à combiner, harmonieusement, ces différents niveaux de sa plateforme minimale à moyen et long terme.

De là découlent deux niveaux d’objectifs à atteindre avec les forces politiques, économiques et sociales identifiées dans le processus de résolution des différentes contradictions qui informent la lutte politique dans le pays.

a) TACHES IMMEDIATES

La contradiction principale dans le pays oppose aujourd'hui la majorité du Peuple Sénégalais à Abdoulaye Wade, à ses visées de dévolution monarchique du pouvoir, et à sa politique économique de prédation accélérée des ressources nationales. C’est la nature de cette contradiction qui dicte la politique d'alliance actuelle du Parti et qui a permis l'émergence du Front Benno Siggil Sénégaal.

Benno est aujourd'hui la réponse pour la résolution de la contradiction principale précitée. Les résultats des élections locales de Mars 2009 augurent du potentiel de rupture de la Coalition.

C'est également cette vision que notre Parti a de la contradiction principale et des tâches qui en découlent qui l’a conduit à être non seulement du nombre des inspirateurs mais aussi des principaux artisans des Assises Nationales tenues en 2008-2009.

Les conclusions des Assises représentent, à touts points de vue, un repère essentiel pour le redressement national. D’abord parce qu’elles relèvent d’un consensus des forces politiques, économiques et sociales les plus significatives du pays. Ensuite parce qu’elles procèdent d’un diagnostic sans complaisance de l’état réel du Sénégal, 50 ans après son accession à la souveraineté internationale. Enfin parce qu’elles indiquent une perspective novatrice au plan des institutions et de la gouvernance pour rompre de façon radicale avec des travers qui, depuis des décennies entravent le développement du pays.

A cet égard, le P.I.T, partie prenante des Assises, est pour la restauration de la République, l’instauration d’un véritable Etat de droit, laïc, pleinement démocratique. La gouvernance du Sénégal devrait dorénavant avoir pour socle l’éthique, la consultation populaire (et donc la concertation la plus large), le respect des libertés, la préservation scrupuleuse de l’intérêt national ; Les élus sénégalais, à tous les niveaux, devraient percevoir leur mandat comme un pacte qu’ils ont noué avec leurs compatriotes pour davantage et avant tout, être au service de la Nation. Entre autres, ils devraient avoir le souci permanent de faire des diversités ethniques, religieuses, culturelles un ferment pour vivifier l’unité nationale, pour édifier de façon irréversible un pays attaché à son identité mais disponible pour aller le plus loin possible dans la construction de l’unité africaine.

Un tel pays, tout en continuant à élire au suffrage universel le Président de la République, ne permettrait plus à ce dernier de concentrer entre ses mains des pouvoirs excessifs. Le Parlement deviendrait le lieu nodal impulsant la vie politique nationale, avec des députés imbus de leurs missions et aptes à l’assumer, et une justice tout à fait indépendante.

Au total et en cohérence avec les conclusions des Assises Nationales, le P.I.T entend oeuvrer de toutes ses forces pour un nouvel ordonnancement institutionnel, avec une véritable séparation des pouvoirs. Il s’agit d’aller, résolument, vers un régime parlementaire moderne et rationalisé, avec un rééquilibrage au sein de l’exécutif, et un renforcement et une réorganisation du pouvoir judiciaire.

Les Assises ont donc constitué une avancée significative dans le rétablissement du Sénégal dans la voie du progrès Aussi la Coalition Benno a-elle- adopté la Charte de Bonne Gouvernance issue des Assises en a fait le ciment de son alliance.

Les résultats combinés de ces efforts ont réduit la Coalition au pouvoir à la défensive, et approfondi les contradictions en son sein tout en discréditant de façon définitive, au sein de l'opinion, les plans ourdis par Abdoulaye Wade et sa famille pour une dévolution monarchique du Pouvoir.

Cependant les succès enregistrés dans cette démarche ne doivent pas faire perdre de vue les faiblesses organiques de Benno, surtout à la lumière des conclusions tirées du bilan de notre politique de large rassemblement.

C'est en prenant en compte ces conclusions et les résultats du travail du Parti et de ses alliés dans la décennie 2000-2010 que le Cinquième Congres devra identifier les défis internes et externes à relever afin de permettre au Parti de faire face aux exigences présentes de notre lutte.

b) TACHES A MOYEN ET LONG TERME

C’est en fonction de toutes ces données d’analyse que notre Parti définit l’étape actuelle de notre lutte comme celle de la Révolution Nationale Démocratique. Ses forces motrices seront constituées par le bloc historique des classes et couches sociales anti-impérialistes : la classe ouvrière, la paysannerie, les couches moyennes, notamment l’intelligentsia progressiste et la bourgeoisie nationale. Toute la stratégie et la tactique du Parti, à l’étape actuelle, vise à réaliser et à consolider l’alliance de ces couches et classes sociales pour les regrouper dans un Front Démocratique chargé de diriger la lutte contre l’impérialisme pour e résoudre les tâches politiques, économiques, sociales et culturelles de la Révolution Nationale Démocratique. D’où le programme minimum que nous proposons aux différentes organisations et personnalités à travers lesquelles s’expriment, d’une manière ou d’une autre, les aspirations de toutes les classes et couches sociales anti-impérialistes, pour lutter ensemble, vaincre ensemble et conduire ensemble les destinées de notre pays. Pour créer les conditions politiques essentielles de réalisation des objectifs pour lesquels il aura lutté, ce Front Démocratique devra arracher l’appareil d’Etat des mains de la bourgeoisie bureaucratique et le refondre en un appareil d’Etat nouveau, celui de l’Etat National Démocratique.

La question du rôle dirigeant dans l’alliance anti-impérialiste ne relève d’aucune prééminence préétablie. Il sera le fait de la classe ou couche sociale qui sera la mieux préparée , compte tenu de son niveau d'éducation et de son degré d’organisation, du poids politique, objectif dont elle saura peser pour le succès de la Révolution. C’est pourquoi notre Parti considère comme relevant de sa responsabilité historique et érige au rang d’une tâche cardinale, celle de créer les conditions idéologiques, organisationnelles et politiques qui permettront à la classe ouvrière de jouer dans cette alliance un rôle

conforme à sa mission historique. Il travaillera aussi à réaliser autour de cette classe ouvrière un bloc solide de couches laborieuses urbaines et rurales capable de peser d’un poids déterminant sur le cours des évènements. Le P.I.T.-Sénégal accomplira cette tâche dans le cadre d’une émulation démocratique et fraternelle avec toutes les organisations animées du même souci de progrès.

Faut-il le dire, la Révolution Nationale Démocratique n’est pas une catégorie métaphysique dont le contenu sociopolitique pourrait être défini en faisant abstraction de l’essence de l’époque, des caractéristiques majeures qu’elle imprime aux processus qui se déroulent en son sein, des conditions économiques, politiques et sociales concrètes qui prévalent dans chaque pays. Il est par ailleurs tout à fait contraire à l’esprit et à la méthode du marxisme-léninisme que de vouloir déduire ou (, plus grave encore) partir d’une « définition générale » de la Révolution Nationale Démocratique le contenu concret des tâches que nous avons à assumer dans un pays concret, le Sénégal.

Voilà pourquoi, à notre sens, le caractère anticapitaliste de notre Révolution Nationale démocratique recouvre les objectifs stratégiques suivants dans sa logique de développement, pour libérer les forces productives de tous les rapports (politiques, économiques, sociaux) qui entravent leur croissance et leur modernisation :

Edifier une base économique nationale indépendante et solide, capable d’assurer, au rythme de ses progrès, une amélioration continue des conditions d’existence du peuple ;

 

 Créer graduellement les conditions économiques, politiques sociales, idéologiques et culturelles de la transition au socialisme, en évitant de brûler les étapes nécessaires.

 

Pour dire que l’une des prémisses fondamentales à ce changement radical réside dans le renforcement et la défense de la cohésion nationale. Ce qui suppose en tout premier lieu un développement socio-économique équilibré des régions, en rupture totale avec les anomalies nées de la colonisation et aggravées par le pouvoir néocolonial.

Compte tenu du contexte national et international, la période de transition nécessaire à l’accomplissement de ces objectifs sera longue et complexe. Les facteurs nationaux qui rendront l’étape de la Révolution Nationale Démocratique longue et complexe tiennent d’abord au fait que c’est un pays qui n’a pas encore achevé, sous tous les rapports, sa transition au capitalisme que nous voulons engager dans la voie du socialisme. Ils tiennent également au degré de profondeur de notre insertion dans le marché mondial capitaliste, au rôle dévolu à notre pays dans la stratégie africaine de l’impérialisme. Il y'a aussi l’hétérogénéité des compositions sociales du bloc anti-impérialiste avec les immanquables différenciations internes que la lutte des classes, qui sera vive, ne manquera pas d’accentuer. La Révolution Nationale Démocratique au Sénégal ne sera ni le produit d’une

« importation » ni le fait de minorités agissantes se substituant au peuple. Elle sera l’affaire des masses sénégalaise elles-mêmes, organisées, mobilisées et déterminées à lutter pour prendre en main leurs propres destinées. Notre Parti entend aller au pouvoir et s’y maintenir en s’appuyant sur ce principe et en tirant toutes les conclusions utiles dans la définition de ses méthodes et de ses formes de lutte. Il le fera en prenant toujours la pleine mesure de l’enjeu véritable de la lutte à telle ou telle étape, et en veillant à adopter à chaque étape la démarche la plus accessible aux larges masses, la plus apte à les faire intervenir de la manière la plus puissante et la plus efficace.

B. POUR REUSSIR LA REVOLUTION NATIONALE DEMOCRATIQUE

Compte tenu de l’analyse que nous avons faite de la situation économique de notre pays et de sa configuration de classe, et conformément aux exigences concrètes découlant de l’étape de la Révolution Nationale Démocratique, la ligne stratégique qui oriente notre activité sur toute la période en cours peut se résumer comme suit : s’appuyer sur les possibilités que nous offre la Constitution en vue d’intensifier la lutte pour la consolidation, l’extension et l’approfondissement du processus démocratique, créer de la sorte les meilleures conditions pour la mobilisation la plus large possible des masses autour de l’objectif de la Révolution Nationale Démocratique, tout en veillant à prendre sur tous les plans les dispositions utiles pour permettre notre Parti d’être, en toute circonstance, à la hauteur de ses responsabilités historiques.

C’est en s’inspirant de cette ligne stratégique fondamentale que le Parti élabore et met en oeuvre sa tactique en tenant toujours compte des nécessités concrètes de la bataille politique à telle ou telle étape. Cette tactique peut, au besoin, être approfondie ou réajustée même, voire abandonnée, si les nécessités objectives de notre lutte l’exigent, pour donner à notre intervention le maximum d’efficacité, mais elle ne doit jamais perdre de vue notre ligne stratégique fondamentale.

Conformément à cette ligne stratégique fondamentale, les principaux axes de notre travail politique dans la période actuelle peuvent se résumer en deux ordres de tâches qui sont d’ailleurs complémentaires et se conditionnent réciproquement :

Edifier le Parti moderne et construire son rôle d’avant garde véritable, en affirmant son caractère de classe, en élargissant ses liens avec les masses, en accroissant ses capacités révolutionnaires et son influence politique, idéologique et moral dans la société.

Découvrir les voies et les moyens les plus aptes à impulser la lutte commune des forces sociales et politiques intéressées à tel ou tel degré à la Révolution Nationale Démocratique, en vue d’isoler au maximum le pouvoir et de le battre, pour engager irréversiblement le pays dans la réalisation des transformations sociopolitique radicales venues à maturité.

Aucun de ces deux ordres de tâches ne peut être envisagé à fortiori réalisé, en faisant abstraction de l’autre – la force du Parti et le développement de son influence seront les facteurs décisifs pour impulser le mouvement uni des masses et le hisser à un niveau d’efficacité supérieure. Mais le Parti ne se

construit pas comme dans une couveuse artificielle ; il se développe, se renforce et s’aguerrit dans et par le mouvement des masses, par la qualité de la participation de ses militants à ce mouvement.

1. EDIFIER LE PARTI COMMUNISTE, CONSTRUIRE SON ROLE D'AVANT-GARDE

a) Déceler nos insuffisances et nos lacunes pour les corriger au plus vite

Le résultat de plus d’un demi de siècle de lutte pour l’indépendance nationale et le socialisme, sous la bannière du P.A.I-Sénégal dont le P.I.T. assure la continuité, donne de légitime raisons de fierté. Dans les conditions d’un affrontement de classe sans merci où l’impérialisme, compte tenu de l’enjeu que constitue pour lui notre pays, n’a ménagé aucun effort, le P.A.I.-Sénégal a su enraciner les idées et idéaux marxistes léninistes dans le terreau national.

Mieux, il a su, fait unique dans toutes les anciennes colonies françaises d’Afrique, maintenir sans discontinuité une activité communiste organisée et l’inscrire comme une donnée permanente de l’histoire politique moderne du Sénégal. Il a su enfin, par la détermination et les sacrifices de ses militants, mais aussi par les sympathies que sa lutte courageuse lui a values dans les larges secteurs de l’opinion démocratique du pays, imposer au régime néocolonial sa reconnaissance légale, tout en déjouant les manoeuvres qui visaient à le compromettre dans des machinations contraires à sa nature et à sa vocation.

La vérité, c’est que si le P.A.I.-Sénégal s’était discrédité en se compromettant d’une façon quelconque avec l’impérialisme et la pouvoir néocolonial, s’il avait jamais cédé un seul pouce de terrain dans sa lutte pour l’honneur et la dignité de notre peuple, enfin s’il avait cessé de tenir ferme le flambeau de la défense des intérêts de la classe ouvrière et des masses laborieuses, le marxisme-léninisme aurait fait, aujourd’hui, piètre figure au Sénégal.

C’est là un patrimoine unique dont peuvent s’enorgueillir à juste raison tous ceux qui, même au-delà des limites de notre Parti, se réclament des idéaux de MARX, ENGELS et LENINE.

Mais il serait dangereux de ne voir dans notre activité passée et présente que ces belles pages de gloire inscrite dans l’histoire contemporaine, en fermant les yeux sur les épines enfoncées dans nos pieds et qui nous empêchent d’avancer d’un pas mieux assuré dans l’accomplissement de notre mission révolutionnaire. Il ne sert à rien de nous comparer aux autres et de nous contenter de la satisfaction dérisoire de faire mieux qu’eux sur tel ou tel plan. Il vaut mieux détecter sans complaisance les insuffisances que comporte objectivement notre propre travail afin de les surmonter au plus vite. Ces insuffisances, ce sont d’abord en matière d’organisation, un certain laxisme, le dilettantisme et le manque de suivi dans le travail, l’amateurisme et le bricolage, sans oublier la pire de toutes pour un Parti comme le nôtre, le relâchement dans l’esprit de vigilance ; le travail minutieux de stabilisation et de consolidation des structures qui a tendance à être négligé au profit d’ activités spectaculaires d’agitation et de propagande dont les succès d’ailleurs, de la sorte, n’arrivent pas toujours à être consacrés de manière effective et durable par voie d’organisation.

Au plan de l’Education, nous accusons également un grave retard dans l’élaboration et la mise en place effective d’un système d’éducation idéologique et politique capable de répondre aux besoins dans ce domaine qui ne cessent de croître à la faveur des mutations du monde moderne. Par ailleurs, les cadres que nous avons réussi à former à partir des possibilités existantes ont été, dans les faits, d’un apport très inégal. Le Parti reste exposé à l’influence perverse des idéologies bourgeoises et petites bourgeoises ambiantes, au moment même où les nécessités de sa propre lutte exigent l’affermissement de sa trempe léniniste, l’élévation du niveau idéologique et politique de ses militants, l’éradication complète des travers petit-bourgeois qui subsistent dans certains comportements en son sein, une lutte intransigeante contre toutes les formes d’inconséquence et contre les facteurs d’hésitation qui affectent le dynamisme et le caractère offensif de son action.

Au plan de l’agitation et de la propagande, nous pêchons beaucoup encore par manque d’imagination. Une maîtrise insuffisante des mécanismes psychologiques concrets à travers lesquels les masses assimilent les idées qui leur sont destinées, une certaine lourdeur dans la démarche, des approches théoriques parfois trop élaborées pour être assimilées pleinement par les militants du Parti eux-mêmes, à plus forte raison par les masses, un culte parfois exagéré de la « singularité » et une conception erronée de notre « originalité » qui nous empêchent de tirer profit des bonnes initiatives des autres ,sous prétexte que « nous ne voulons pas faire comme eux », une certaine promptitude à l’autosatisfaction qui nous empêche parfois de faire un bilan objectif de la réalisation de telle ou telle initiative – Ce sont là autant de tendances négatives qui hypothèquent lourdement l’activité, particulièrement intense pourtant, que nous déployons pour mobiliser les gens et gagner de plus larges secteurs à nos idées.

b) L'absence d'une politique cohérente de communication

Mais la plus grande hypothèque qui pèse sur notre agitation et notre propagande c’est notre faiblesse au plan de la communication. Or les nécessités de notre lutte nous imposent de maintenir et même de renforcer notre activité de propagande et d’agitation dont le vecteur principal est la presse du Parti qui n’est pas seulement un moyen de diffusion, mais aussi un « organisateur collectif », c’est à dire un facteur de consolidation de notre cohésion idéologique et politique, d’élévation de nos capacités d’organisation et de mobilisation. Les lacunes signalées dans ce domaine affaiblissent nos liens avec les masses, entravent le développement et le renforcement des bases du Parti, affectant gravement ses capacités révolutionnaires.

Le Parti devrait mieux mettre à profit les nouveaux moyens de communication et d'organisation offerts par les TIC en renforçant les initiatives salutaires déjà engagée par quelques cadres et militants.

Par ailleurs il est utile de rappeler que l’engagement communiste est un engagement pour la lutte dans les masses, avec les masses et au service des masses. C’est là une vérité élémentaire qui échappe encore à certains de nos camarades qui désertent les organisations de masses surtout au moment des confrontations, cherchant le moindre prétexte pour s’esquiver devant les tâches

de déploiement public.de mobilisation des militants pour peser de toutes nos forces dans une bataille. Si notre Parti est comme nous aimons à le rappeler un parti de lutte, cela nous impose à tous de nous impliquer au mieux du côté des sénégalais qui souffrent..

c) Organiser et éduquer la classe ouvrière pour élargir sa représentation dans le Parti et au niveau des ses structures dirigeantes.

Ramenées à leur cause essentielle, les lacunes et les insuffisances constatées dans notre travail reflètent le poids encore trop lourd de l’élément petit-bourgeois dans nos rangs et la faiblesse encore nette de l’enracinement du Parti dans sa base naturelle de classe, la classe ouvrière. Elles donnent la mesure de tout ce qui nous reste à faire pour édifier un Parti marxiste-léniniste dans la plénitude de sa nature, un Parti communiste capable d’être l’avant-garde véritable de la Révolution Nationale Démocratique. La prépondérance de l’élément petit bourgeois dans nos rangs et la faiblesse relative qu’y accuse la classe ouvrière ne sauraient cependant être portées au compte exclusif d’une orientation de travail qui, consciemment ou inconsciemment, et probablement par esprit de facilité, porterait à privilégier la couche la plus accessible à nos idées. Elles traduisent plutôt une réalité objective, celle de notre pays où les rapports petit-bourgeois sont majoritaires et où la classe ouvrière elle-même est faible et accuse un retard objectif et subjectif. Pour ces raisons, on ne saurait contourner le problème par de simples pétitions de principe ou des décisions volontaristes. Il reste cependant que, si nous voulons donner à notre Parti toutes les caractéristiques qu’exigent sa nature idéologique et sa mission politique révolutionnaire, il nous faut prendre au plus vite les dispositions nécessaires pour organiser et éduquer la classe ouvrière dans nos rangs en vue d’accélérer la promotion de ses éléments les plus avancés aux plus hautes responsabilités du Parti.

d) Renforcer la base populaire de masse du Parti.

L’enracinement du Parti dans sa base naturelle de classe n’est pas seulement un moyen pour renforcer ses caractéristiques léninistes, prolétariennes, une condition essentielle pour le prémunir contre les facteurs de déviation petite bourgeoise ou bourgeoise. C’est aussi la condition indispensable pour pouvoir influencer et entraîner d’autres classes, sous la bannière du prolétariat, dans la lutte pour la Révolution Nationale Démocratique. Compte tenu du rapport réel des forces de classe dans notre pays et des faiblesses de la classe ouvrière, cette dernière ne pourra jouer son rôle qu’en s’alliant aux larges couches populaires et en essayant de les entraîner dans son propre sillage. C’est de ces considérations que découle la nécessité pour notre Parti de renforcer sa base de masse tout en préservant ses caractéristiques de classe.

Le Parti de l’Indépendance et du Travail est d’abord et au premier chef, le Parti de la classe ouvrière, le Parti des couches laborieuses, urbaines et rurales de la société. Mais il doit travailler à gagner sous son influence, directe ou indirecte, toutes les Sénégalaises et tous les Sénégalais, sans distinction, acquis à nos objectifs actuels de lutte pour la Révolution Nationale Démocratique comme étape vers le socialisme. Nous devons donc désormais rompre catégoriquement

avec toute compréhension sectaire et ouvriériste du rôle du Parti ; nous devons comprendre qu’au Sénégal comme dans la plupart des pays connaissant un niveau de développement économico-social relativement identique, le sort du Parti Communiste repose pour l’essentiel sur son aptitude à se lier non seulement aux couches travailleuses non prolétariennes de la société, mais aussi aux masses populaires les plus larges. C’est un facteur de force et d’efficacité mais aussi un facteur de sécurité particulièrement appréciable.

Ainsi pour étendre son influence aux autres couches et classes populaires non prolétariennes, élargir sa base populaire et de masse, le Parti doit, dans les limites du possible, prendre en compte les aspirations de ces couches et classes sociales et dans son programme et dans son activité quotidienne. Il doit les aider à concevoir de la manière la plus cohérente leurs revendications, à s’organiser et à lutter pour les faire aboutir. Il doit leur assurer son appui dans cette lutte pour autant qu’elle s’insère dans le sens de l’indépendance nationale, la démocratie, la paix et le progrès social. Mais une condition déterminante dans l’accroissement de l’influence du Parti et dans l’élargissement de sa base populaire, c’est la participation de plus en plus active du Parti dans son ensemble et de chaque militant en particulier dans les batailles sociales. Partout où il y a des Sénégalais qui subissent, s’interrogent ou luttent, c’est du devoir impérieux de chaque militant du Parti d’être à leurs côtés, de leur proposer des solutions pour sortir de cette situation, de lutter avec eux pour la matérialisation de ces solutions.

e) Elever toujours le niveau idéologique, théorique et politique du Parti, affermir sa trempe léniniste.

La question de l’élargissement de la base populaire et de masse du Parti n’est pas seulement une question quantitative. Sans aucun doute une organisation groupusculaire pèse d’un poids moins lourd dans les batailles politiques et sociales dans la mesure ou sa faiblesse numérique réduit ses possibilités de déploiement, ses capacités de toucher de plus larges secteurs des masses et d’impulser et d’orienter leur action. La contradiction croissante entre l’ampleur des tâches à mener et le nombre limité des bras pour le faire, impose aux militants des sacrifices de plus en plus difficiles à supporter et les installe progressivement dans le bricolage et la routine si elle ne les fait pas, purement et simplement, déserter le Parti vers d’autres organisations où ils auront moins à travailler tout en restant dans la lutte. C’est pourquoi il est indispensable que notre Parti, devant l’ampleur croissante de ses responsabilités et la nécessité d’avoir plus de bras pour les assumer, cherche à gagner de plus en plus d’hommes et de femmes dans ses rangs.

Mais ce serait une erreur fatale si nous réduisons à une question seulement quantitative la force d’un Parti comme le nôtre qui ambitionne d’être en situation de diriger et de conduire au succès la lutte révolutionnaire des masses en toute circonstance. Dans cette optique, la force de notre Parti doit plutôt être située dans la qualité des ses militants et dans la valeur, éprouvée par l’expérience, des normes et principes léninistes d’organisation et de fonctionnement sur lesquels il repose. Seul peut être considéré comme réellement fort, un Parti disposant d’un nombre suffisant de militants idéologiquement préparés à affronter les

péripéties les plus complexes et les plus dramatiques de la lutte des classes, un Parti solide en un bloc monolithique solide, capable d’agir comme un seul homme, par une discipline révolutionnaire sans faille, un Parti sachant camper de manière intelligente mais ferme sur ses positions de principe. Un tel parti ne tombe pas du ciel, il se construit brique par brique, en testant à chaque tournant de la lutte des classes la solidité de sa fondation, en décelant à chaque étape les failles et les faiblesses de l’édifice par lesquelles l’adversaire de classe pourrait l’investir, en forgeant autour de lui une cuirasse idéologique et politique de plus en plus fiable pour protéger ses caractéristiques intrinsèques. C’est à cette oeuvre grandiose et exaltante, processus à vrai dire jamais complètement achevé, que nous sommes engagés aujourd’hui, forts d’une expérience de plus d’un demi siècle qui, entre autres, nous aura appris que l’ennemi par-dessus tout, c’est l’impatience petite bourgeoise, la volonté de brûler les étapes, la recherche de la rentabilité immédiate qui pourrait nous pousser à préférer des avantages dérisoires à des acquis ultérieurs plus décisifs et plus durables.

Précisément parce qu’un tel Parti se construit, il serait erroné de s’attendre à ce que tous ceux qui viennent vers lui soient déjà des communistes parfaits, irréprochables, capables d’être en toutes circonstances à la hauteur des nécessités de leur engagement. Ceux qui viendront en nous devrons sans aucun doute, avoir de réelles prédispositions que nous devons savoir détecter à travers leur pratique sociale, leur attitude face aux organisations et aux luttes des masses, leur tempérament et leurs qualités morales. Mais ils n’en viendront pas moins dans le Parti avec tout le poids des tares et des insuffisances répandues dans la société par les idéologies bourgeoises et petites bourgeoises ; ces tares et ces insuffisances se feront ressentir pendant une longue période dans le Parti introduisant en son sein des facteurs qui peuvent pervertir sa nature. C’est dans le Parti, à travers une rigoureuse pratique du Parti, que se forme et s’aguerrit le militant communiste : c’est dans et par les luttes menée par le Parti auxquelles il participe activement, qu’il trempe sa conscience révolutionnaire, assimile par l’expérience pratique les exigences idéologiques, théoriques et politiques de son engagement en surmontant petit à petit ses insuffisances et ses tares du début. Ce processus ne saurait toutefois être abandonné à la spontanéité et à la bonne volonté des individus. C’est pourquoi le processus d’élargissement des bases du Parti ne saurait être posé en faisant abstraction de la nécessité de renforcer, au même rythme, le travail idéologique, théorique et politique en son sein, l’élévation constante du niveau d’éducation et de formation, le renforcement de nos capacités d’encadrement c’est à dire de contrôle, d’orientation et de direction à tous les niveaux de l’organisation.

2. IMPULSER LA LUTTE UNIE DES MASSES

L’édification d’un Parti solidement ancré dans sa base naturelle de classe, ayant des liens avec les couches populaires les plus larges, fort de ses caractéristiques et de sa trempe léniniste, nous mettrait sans aucun doute dans une position favorable pour peser plus efficacement dans le devenir du Sénégal. C’est l’expérience concrète, passée et présente de notre pays, qui atteste que le développement du mouvement patriotique et démocratique national, son impulsion et sa correcte orientation se sont toujours ressentis et se ressentent encore négativement du retard que nous

continuons d’accuser dans notre tâche d’édification d’un véritable parti d’avant-garde. D’où la nécessité urgente de cette tâche. Mais nous devons en même temps reconnaître objectivement que, dans l’état actuel des choses et compte tenu des réalités sociopolitiques concrètes de notre pays, nous serions incapables par nos seules forces de donner au mouvement populaire une ampleur suffisante pour isoler au maximum le pouvoir, l’affaiblir et le battre, c’est à dire pour mobiliser toutes les énergies nécessaires à l’avènement de la Révolution Nationale Démocratique.

De ce constat objectif, nous devons tirer deux conclusions logiques à matérialiser par des directions de travail expresses :

Il n’y a pas d’alternative viable à la nécessité de renforcer notre unité avec les autres composantes du mouvement patriotique et démocratique sur des bases claires et efficaces.

Nous devons contribuer de toutes nos forces à développer de nouvelles organisations de masse, à élever le niveau et les capacités de lutte de celles qui existent, à entretenir avec elle des liens qui, tout en respectant leur nature, renforcent notre solidarité commune.

a) L’unité des forces patriotiques et démocratiques.

Elle a toujours été, elle demeure, et demeurera pendant une longue période de notre lutte l’axe fondamental de la politique. Nous déduisons sa nécessité à la fois de l’analyse concrète de la situation de notre pays, de la caractérisation de l’étape actuelle de notre lutte comme celle de la Révolution Nationale Démocratique dont l’avènement intéresse à des degrés divers toutes les classes et couches sociales victimes de la domination impérialiste, enfin de notre volonté d’aller au pouvoir et d’y rester en nous appuyant toujours sur les masses les plus larges. Dans cette triple perspective l’unité des forces patriotiques et démocratiques ne saurait constituer une démarche tactique. Nous la considérons plutôt comme un impératif stratégique qui, même après la liquidation de ce pouvoir, gardera sa nécessité dans l’intérêt de ces forces à renforcer leur cohésion pour défendre et consolider les acquis de leur lutte et jeter ensemble les bases d’une société organisée dans l’intérêt des Sénégalais par eux et pour eux.

C’est compte tenu de sa portée et de la nécessité par conséquent de lui conférer sa pleine efficacité pour aujourd’hui et pour demain, que nous attachons un grand prix à ce que cette unité soit fondée sur des bases solides et claires. Ce qui implique pour nous les principes suivants sur lesquels nous avons toujours fondé et continuerons de fonder notre politique unitaire.

Toute approche de l’unité qui ne serait pas susceptible de déboucher sur la perspective de la mobilisation la plus large possible des masses est condamnée à se stériliser dans un activisme groupusculaire sans lendemain. Et la meilleure façon d’impliquer le plus largement les masses, c’est d’abord de faire de l’unité leur propre affaire, non seulement en partant des revendications qu’elles perçoivent elles-mêmes comme les plus urgentes mais aussi en dégageant à chaque fois, autour de ces revendications, des actions concrètes de mobilisation et de lutte à leur portée. Tous les accords réalisés au « sommet » qui ne débouchent pas concrètement sur cette nécessité pratique peuvent sans doute donner l’illusion que l’unité avance, mais ils ne dérangeront d’un pouce ni l’impérialisme ni le pouvoir. C’est pourquoi notre Parti, édifié par l’expérience de toute sa politique unitaire de ces dernières années, va accorder une attention privilégiée à la stratégie de la construction

de l’unité « par en bas » dans et par des initiatives concrètes de lutte sur le terrain économique et social. Dans cette perspective, les « ententes d’état-major » auxquelles nous ne renonçons pas, devraient consacrer l’unité à la base, lui donner une impulsion et une ampleur nouvelleIl ne peut y avoir d’unité solide sans désir sincère et authentique d’unité. Et il n’y a pas de désir sincère et authentique d’unité quand la volonté unitaire repose sur le « double langage », quand les regroupements sont effectués ou lorsque des solidarités parallèles « sont entretenues en son sein avec l’objectif à peine déguisé d’affaiblir non pas le pouvoir le camp d’en face mais telle ou telle composante de l’opposition patriotique et démocratique. D’autre part l’unité présuppose le respect effectif de la liberté pour chaque allié, en cas de désaccord non tranché sur telle question, d’emprunter en toute indépendance la voie que lui dictent ses propres analyses, sans que cela puisse susciter des rancoeurs subjectives préjudiciables aux accords réalisés par ailleurs. C’est du reste là une exigence élémentaire de démocratie. Enfin si l’on est d’accord que l’unité doit reposer sur l’essentiel, et cet essentiel étant précisément aujourd’hui la liquidation de la domination impérialiste et l’avènement d’un Sénégal réellement indépendant et démocratique, les seuls critères sur lesquels on doit décider avec quel Parti s’allier sont les suivants : l’acceptation par ce Parti des objectifs de lutte qui lui sont proposés, l’engagement solennel de ce Parti par sa signature, la détermination de cette organisation à prendre des mesures concrètes pour mobiliser efficacement ses forces dans la lutte commune. Toute autre considération de caractère doctrinal, voire doctrinaire, ne pourrait qu’enliser le processus unitaire.

Notre Parti continue donc d’aborder la question de l’unité dans un esprit ouvert et constructif, en recherchant toujours les bases d’un compromis politique raisonnable, susceptible de faire avancer la cause commune. Nous continuerons de le faire, avec le souci de gagner non pas sur telle ou telle composante de l’opposition patriotique et démocratique, mais plutôt sur le pouvoir -. Nous sommes par conséquent prêt à mener des discussions sérieuses avec toutes les organisations de l’opposition qui partagent notre souci d’oeuvrer à une unité solide, claire et efficace, pour aboutir à des initiatives concrètes de lute commune susceptible de mettre en mouvement les masses contre une politique économique et sociale attentatoires aux intérêts des Sénégalais.

b) Aider à développer et à renforcer les organisations de masse.

Les organisations démocratiques qui regroupent différentes couches de la société autour de leurs préoccupations spécifiques constituent aussi des cadres efficaces d’impulsion de la lutte des masses.

Parmi ces organisations, l’Union de la Jeunesse Démocratique Albury Ndiaye (U.J.D.A.N.) et l’Union Démocratique des Femmes du Sénégal (U.D.F.S.) affiliées toutes deux au Parti, ont eu, de par le passé, à se distinguer par leur dynamisme. Elles s’étaient alors imposées comme des cadres combatifs dans leurs secteurs respectifs. Présentement force est de reconnaître que ces deux organisations ont beaucoup reculé. Or ce n’est certainement pas avec une U.D.F.S poussive et une U.J.D.D.A.N timorée que le P.I.T va se hisser à la hauteur des ambitions que sa tradition héroïque de lutte et son aura lui permettent, légitimement, de nourrir. Le Parti devra, dans ce cadre, trancher dans le vif pour redonner à ces pans essentiels la place et l’autorité sans lesquelles il n’ira guère de l’avant.

 

 

 

 

 

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