LE PIT EVALUE LA POLITIQUE AGRICOLE DE WADE

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MEMORANDUM sur le Bilan de  la Politique Agricole  sous le régime de Wade

 

1) Introduction

 L’évaluation pertinente des performances d’une Agriculture impose, avant tout, la prise en compte de la fonction que le Pouvoir politique lui assigne, dans le cadre de sa politique économique et sociale nationale.

En ce qui le concerne, Wade utilise  l’Agriculture  plutôt   comme un moyen d’accumulation de richesses pour contribuer à fabriquer une «  nouvelle classe d’entrepreneurs », aux dépends des petits et moyens agriculteurs et des finances publiques, par le biais d’une politique de subvention des facteurs techniques de production, du matériel agricole et du prix producteur des arachides, captés dans des «  marchés publics de gré à gré ».

De sorte qu’une analyse fine des véritables performances de l’Agriculture sous l’Alternance administre toutes les preuves de cette politique délibérée de classe de Wade.

 En effet, en comparant les performances de la politique agricole sous le règne de Wade   avec  les résultats de la dernière campagne agricole  sous Diouf, en 1999, l’on  peut  évaluer leur véritable portée dans le développement économique et social du Sénégal d’aujourd’hui.

Cette comparaison est rendue possible par la publication par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) de l’Etude intitulée «  Récentes statistiques Agricoles » en 2010, et celle des «  Bulletins  Statistiques » de Février 2009 , Février 2010  et Février 2011, qui donnent, respectivement,  les résultats définitifs des campagnes agricoles  des années 2008, 2009 et 2010.                                                              

C’est ainsi que  l’on a analysé  l’apport des différents sous secteurs  du secteur  Primaire dans  la formation du PIB Agricole,  les performances individuelles de chaque culture durant la période considérée ci-dessus, et les résultats définitifs de la « Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l’Abondance » (GOANA).

 2) Performances  de  l’Agriculture  avant la GOANA.

Entre 1995 et 1999, après la Dévaluation de 1994, le taux de valeur ajoutée du sous secteur de l’Agriculture était de + 3,7%  en moyenne, celui du sous secteur de l’Elevage de +2,8%, celui de la Sylviculture de + 2,1%, et celui de la Pêche, de +5,5 %.Par contre, entre 2002 et 2006, sous l’Alternance, les taux de valeur ajoutée de ces différents sous secteurs furent, respectivement, -2,6% ; +2,1% ; +1,9% ; et -3,2% !

Cette situation, peu reluisante, du secteur primaire peut  encore être  illustrée par les performances des grandes cultures sous l’Alternance,  comparées à celles de 1999, (dernière année de règne des Socialistes), et  même de  2000.En effet, les surfaces emblavées en arachides étaient de 916.841 hectares et la production, de 1.061.540 tonnes en 1999 ; tandis qu’en 2000, ces surfaces étaient  de 1.95.931 hectares et la production de 1.014.247 tonnes. Sous l’Alternance, à partir de 2001, les surfaces et  les productions de l’arachide se sont effondrées pour ne retrouver les niveaux de 1999 et 2000, qu’à partir de la deuxième année de la GOANA, en 2009, avec 1.059.093 hectares pour une production de 1.032.651 tonnes.

Pour le riz, les surfaces emblavées en 1999 étaient de 130.000 hectares, et la production de 364.000 tonnes.

Depuis, à l’instar de ce qui est advenu pour l’arachide, elles ont dégringolé jusqu’en 2008-  première année de la GOANA- pour retrouver les niveaux de 1999, avec des surfaces de 125.329 hectares et une production de 408.218 tonnes, soit donc avec 40.000 tonnes de plus  !

 3)  Performances de la GOANA

 La GOANA a permis de revenir au niveau des productions de 1999, ce qui était loin de l’objectif recherché. Pour rappel, ce qui était attendu, c’était une production de 2 millions de tonnes d’arachides et de 4,5 millions de tonnes de céréales par an, pour réaliser l’autosuffisance et l’abondance. Par rapport à ces objectifs, l’échec est donc patent comme le montrent les données suivantes. En effet, pour l’arachide, la production en 2008 a été de  731.209 tonnes, en 2009, elle a évolué à 1.032.651 tonnes avant d’atteindre, en 2010, 1.288.855 tonnes. Donc par rapport aux objectifs annuels de 2.0 millions de tonnes, les taux de réalisation  sont respectivement  de  36,5% ;  51,6% ;  et de 64,4% !

Or, même par rapport à ce redressement de la production arachidière durant les deux dernières années de la GOANA, le léger mieux n’a pas concerné les producteurs, à cause de l’ampleur de la crise de la commercialisation de la production arachidière. En effet avec la dissolution de la SONAGRAINES en 2002, et la privatisation de la SONACOS au profit de l’Etat Français  qui a créé la SUNEOR, la commercialisation des arachides est devenue  le ventre mou de la politique agricole  de Wade.

C’est ainsi que pour 1.032.651 tonnes d’arachides, produites en 2009,  la commercialisation a porté sur 257.00 tonnes, et seulement à 259.000 tonnes en 2010, pour une production de 1.288.855 tonnes, (cf. discours Ministre Agriculture au Conseil Economique et Social du 27 Avril 2011). A titre de comparaison en 1999, avec la SONAGRAINES et la SONACOS, il n’y a eu aucune difficulté de commercialiser 1.061.540 tonnes ! Les exigences de profit de la SUNEOR française ont incontestablement relégué au second plan notre production arachidière,  aux fins d’importation de l’huile végétale brute à raffiner pour le marché local et la sous région.

Les producteurs arachidiers, sous Wade, sont ainsi obligés de  retourner  aux pires moments de l’époque coloniale, quand leur production, achetée à vil prix par le commerce franco –libanais,  était  essentiellement exportée sous forme de graines, tandis que le reste, en cas d’abondance, n’avait d’autres débouchés que la trituration artisanale, ce qui ouvrait ainsi la voie à la vente de l’huile brute aux ménages sénégalais pour leur consommation. Le colon savait, et Wade ne peut l’ ignorer, que cette huile brute, pour des raisons de santé publique ,  même sortie d’usine, doit être raffinée avant d’être consommée.

 Senghor et Dia avaient cherché à extirper les  paysans de ce calvaire, en encourageant la transformation industrielle de la production arachidière, de même que Abdou Diouf, par la nationalisation des huileries et leur retrait des mains du privé français, avec la création de la SONACOS  et de la SONAGRAINES,  et l’élévation de leur capacité de trituration à 900.000 tonnes  par an. Au total, sous l’Alternance,  Wade a opté pour le sacrifie de la production d’arachides et celui de la santé publique des Sénégalais  à l’hôtel des intérêts de l’Etat Français.

Pour les céréales, la production totale a été de 1.756705 tonnes en 2008, de 1.713.455 tonnes en 2009, et de 1.767.822 tonnes en 2010,  qui, rapportées à un objectif annuel de 4,5 millions de tonnes, signifient  des taux de réalisation respectifs de 39%, 38% et 39,2%. C’est cet échec patent au plan de ses réalisations agricoles que Wade a voulu masquer en déclarant que le Sénégal était auto suffisant en riz en 2010, procédant de la sorte à un amalgame délibéré entre le riz paddy qui est produit chaque année, et le riz usiné qui fait l’objet d’importation.

En effet, le Chef de l’Etat a comparé la production de riz paddy de 604.043 tonnes en 2010 avec les importations de riz usiné de 650.785 tonnes de la même année, pour déclarer que le Sénégal était désormais autosuffisant en riz !

Du reste, cette comparaison, outre sa dimension fallacieuse, ne pourrait signifier autre chose que le Sénégal a produit autant qu’il a importé, mais nullement qu’il est autosuffisant en 2010.

En fait, les 604.043 tonnes de riz paddy ne correspondent  qu’à   430.947 tonnes de riz usiné, ce que le Chef de l’Etat et ses Ingénieurs ne peuvent  ignorer. Mais  Ils ne comptent sur cette confusion que pour masquer l’échec de la GOANA dans ses objectifs de production. D’autant plus que  le Chef de l’Etat connait le véritable taux de dépendance du Sénégal en riz en 2010, taux officiellement donné  par l’ANSD, qui l’a évalué à 63,3% !

Cette mystification lui est seulement nécessaire pour justifier, devant l’opinion internationale, son projet de bradage, à l’Agrobusiness et à l’Arabie Saoudite, des terres de la vallée du Fleuve Sénégal qui sont  les plus aptes à produire du riz. Mais c’est surtout dans le financement de l’Agriculture, que le régime  de Wade se glorifie d’avoir fait des efforts bien au-dessus de ceux du régime de Diouf.

4)  Financement de l’Agriculture

L’effondrement  du secteur Primaire, particulièrement du sous secteur de l’Agriculture, ne peut se justifier, ni par une détérioration plus importante de la pluviométrie dans la période, encore moins par des contraintes budgétaires liées aux exigences de remboursement de la dette  extérieure, ou  même à une quelconque interdiction de subventionner le secteur avec des ressources publiques. Au contraire, d’énormes ressources publiques, sans commune mesure avec les financements sous Abdou Diouf,  ont été orientées vers le sous secteur Agricole dans la période. En attestent les déclarations du Ministre de l’Economie et des Finances à l’occasion du débat «  sur les nouvelles orientations budgétaires » à l’Assemblée nationale, le 1er Août 2006. Il  révélait que «  de 2001 à 2005, le monde rural a reçu plus de 678 milliards 200 millions  en termes de subvention des facteurs de production, du matériel agricole et du prix producteur arachide, soit  une moyenne de 135 milliards par an. Pour la campagne en cours (2006), le gouvernement prévoit 190 milliards ! »

Ce sont donc 868 milliards qui ont été  injectés dans le sous secteur Agricole, de 2001 à 2006, avec les résultats catastrophiques constatés plus haut pour la même période.

Mieux, selon toujours le Ministre, le «  Sénégal a reçu de l’Inde 500 tracteurs, 800 motopompes,  pour 8 milliards,  cédés aux producteurs avec une subvention de 40% » !

Avec la GOANA en 2008, le coût de ce  projet pour l’autosuffisance et l’abondance de Wade a été  réalisé à hauteur de 413 milliards  sur ressources publiques, contre des prévisions   de 344,7 milliards  pour la première année. Et malgré tout cela, on n’ a pu revenir qu’au niveau des productions de 1999 !

Ce sont donc de 2001 à 2008,  environ  1281 milliards, soit  160 milliards en moyenne par an, que le régime de Wade aurait injectés en milieu rural, sous forme de subventions diverses !

Bien entendu,  ces ressources publiques ne se sont pas évaporées dans la nature. Elles ont participé, à travers les «  marchés publics », à fabriquer artificiellement des milliardaires  dans la vente au comptant des facteurs techniques de production et du matériel agricole subventionnés, et dans les campagnes de collecte des arachides à prix subventionné.

 Le Ministre de l’Agriculture Khadim Gueye lui-même, face à l’ampleur du décalage entre le niveau élevé des financements publics destinés à l’Agriculture, et les maigres résultats obtenus, a du avouer, au Conseil Economique et Social du 27 Avril 2011, le détournement à grande échelle qui est à l’œuvre dans le marché subventionné des facteurs de production et du matériel agricole.

C’est ainsi qu’il a révélé devant ces Conseillers,  que « l’année dernière  (en 2010),  l’Etat a subventionné 9000 tonnes de semences de mil pour emblaver 2,5 millions d’hectares, alors que seuls 1,0 million d’hectares  furent  réalisés en réalité ; soit un détournement de 6000 tonnes de semences équivalant à 2 milliards de FRS CFA ! »

Ces milliards captés par le biais des « marchés publics de gré à gré », ont participé à la fabrication de la «  nouvelle classe d’entrepreneurs » que Wade se glorifie d’avoir créée.Ainsi, les sources de production et de reproduction de cette nouvelle classe, sont, à l’évidence,  les « marchés publics », la spéculation foncière et immobilière,  le bradage des entreprises publiques stratégiques (Industries Chimiques du Sénégal, la SODEFITEX, la SONACOS, Trans Rail), le pillage  de nos ressources minières et halieutiques,  la gestion gabégique  d’Entreprises et d’Agences publiques, dont la SENELEC, l’ASER,  La POSTE,  le Port Autonome de Dakar, et le COSEC, l’ANOCI etc.

5)   La  GOANA et «  la  nouvelle classe d’entrepreneurs »

La GOANA a aussi servi de prétexte pour légitimer l’accaparement des terres agricoles par cette « nouvelle classe d’entrepreneurs », comme le révèle  l’incroyable cas de la Communauté rurale de  MBane,  du Département de Dagana, de la  Région de St Louis.

 Le Président  de cette Collectivité locale rurale, dans une « Lettre ouverte » adressée au Chef de l’Etat, nous apprend, « qu’en 2008, les terres attribuées aux particuliers par le Conseil rural sortant, correspondaient à 250.000 hectares, alors que la superficie totale de la Communauté rurale n’est que de 190.000 hectares ! »

Pire,  de 2002 à 2008, les superficies attribuées ont atteint le seuil de 220.000 hectares, contre seulement 30.000 hectares,  de 1980 à 2002 !

Ainsi, si la GOANA s’est soldée par un échec patent au regard de ses objectifs de production agricole, elle est, en revanche, un succès incontestable pour ce qui est de la contribution de l’Agriculture à remplir la fonction que Wade lui a assignée dans sa politique économique et sociale nationale. La GOANA n’a qu’une seule et véritable fonction : contribuer à secréter de façon artificielle des riches surgis de nulle part !

Le caractère parasitaire et anti social de cette «  nouvelle classe d’entrepreneurs » est amplement illustré par le fait  qu’elle n’est pas née de la production des biens et services. Elle a été fabriquée,  entre autres procédures frauduleuses, par les  spéculations foncières et immobilières, et les détournements, à son profit, de « marchés publics » financés  par une taxation excessive sur les produits pétroliers et sur la consommation des ménages ; ce  qui a accentué gravement la hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation, et par conséquent, contribué au renchérissement du coût de la vie, rendu d’autant plus insupportable qu’il voisine avec un train de vie insolemment dispendieux des  « nouveaux riches » de la République.

 Cette « nouvelle classe d’entrepreneurs » constitue donc la base sociale du régime de Wade, sur laquelle il s’est notablement  appuyé, au cours des élections passées,  pour mettre en branle son mécanisme de fraude  qui l’a maintenu jusqu’ici au pouvoir. C’est sur elle aussi qu’il compte  s’appuyer en direction des présidentielles de 2012,  pour réaliser son projet de dévolution  du pouvoir  au profit de son fils. 

Au total, c’est la fonction attribuée au secteur primaire dans la fabrication de cette « nouvelle classe d’entrepreneurs », une décennie durant, et non «  l’incompétence des Libéraux » tant décriée, qui a plombé l’Agriculture et  a accentué la pauvreté en milieu rural. Celle-ci est passée , précisons le, de 61%  des ménages ruraux en 2001/02, avant les « Programmes de Réduction de la Pauvreté »,  à 63% en 2009, en dépit de la mise en œuvre  de ces « Programmes » de 2003 à 2005, et de 2006 à 2009, et après deux années de GOANA en 2008 et 2009 !

 6)  Conclusion

Le régime de Wade est donc, sans aucun doute, anti social et anti national.

Il est anti social par la fonction qu’il a assignée au secteur primaire dans la fabrication de la base sociale de son régime. Il est anti national par le bradage des entreprises publiques du secteur primaire et les terres agricoles au capital étranger. Mais comme l’expérience l’a prouvé partout dans le monde, de telles options ne peuvent prospérer qu’à l’abri d’un régime politique dictatorial qui nie toute forme d’expression démocratique, ou d’un régime despotique, qui entrave l’exercice, par les citoyens, des libertés démocratiques acquises, par l’instrumentalisation du pouvoir législatif et judiciaire et le harcèlement policier.

 Ces options de Wade  interpellent donc tous les patriotes, démocrates et républicains, attachés  à la souveraineté économique et alimentaire de notre peuple, et aux valeurs démocratiques et de justice sociale.

A l’évidence,  le sort qu’il a réservé au «  Cadre National de Concertation des Ruraux »  (CNCR) pour briser toute opposition rurale à sa politique malfaisante, prouve éloquemment que c’est sur son régime despotique que Wade s’est adossé, pour mettre en œuvre la mission qu’il a assignée au secteur primaire, dans le cadre global de sa politique économique et sociale.

Ainsi, Wade a hérité, en 2000, d’un régime politique en voie de démocratisation avancée, pour le transformer, avec sa Constitution de 2001, en un régime despotique pour fabriquer sa « nouvelle classe d’entrepreneurs ».

C’est ainsi qu’il est parvenu à faire de l’appareil d’Etat et de sa « nouvelle classe d’entrepreneurs », les piliers de son régime politique, pour se maintenir au pouvoir, et pour le transmettre à son fils à l’issu des élections présidentielles de 2012.

Sa politique envers le secteur agricole prouve, entre autres, qu’il y a urgence à déconstruire un tel  régime !

Tous devraient être convaincus, qu’après une décennie de production et reproduction de ces « nouveaux entrepreneurs » de Wade, il n’est  plus possible d’en finir avec son régime, sans s’attaquer frontalement à  la base de classe et la  nature despotique de son régime.

C’est bien à cela qu’appellent les Conclusions des Assises nationales quand elles invitent à la «  Refondation de l’Etat » et à la « Bonne gouvernance démocratique ».

 Fort de tout ce qui précède,  le PIT /SENEGAL en appelle à la traque de tous ces « nouveaux riches », comme le Président du Conseil Rural de Mbane vient d’en donner l’exemple  en informant l’opinion sur l’identité des bénéficiaires du bradage des terres de sa Communauté rurale.

Il devrait en être désormais ainsi dans tous les secteurs et dans tous les domaines où cette couche sociale parasitaire prospère, et  partout où elle cherche «  l’honorabilité » à travers des «  Diplômes et autres trophées de meilleurs entrepreneurs », complaisamment offerts à l’occasion de «  soirées de  galas »,  pompeusement et somptueusement organisées sous leur présidence. A cet effet, l’origine frauduleuse de leurs fortunes soudaines, obtenues sous l’Alternance, et l’usage de  leurs « libéralités »  à des fins de «  clientèle politique » devraient être constamment dénoncés.

                                                              

Fait à Dakar le 10 juin 2011

 

Le Secrétariat du comité central

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