ELECTIONS PRÉSIDENTIELLES 2012: CHRONIQUE DE CAMPAGNE PAR I. SENE

 

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Campagne électorale  du 2ème tour : Etat d’évolution des rapports de forces à mi-parcours

 

Introduction

Après une semaine de campagne électorale pour le 2ème tour des élections présidentielles,  prévues le 25 Mars 2012, il est nécessaire de se pencher sur l’évolution des rapports de forces issus des résultats du 1er tour, pour mieux camper les perspectives de la dernière semaine de cette campagne, qui vont marquer, immanquablement,  le destin de notre peuple dans la prochaine décennie. 

Les résultats du premier tour mettent en compétition deux camps : celui du président sortant qui est parvenu à imposer sa candidature inconstitutionnelle à ces élections, disposant de 34,8% du suffrage exprimé, et celui du refus de cette candidature, disposant de plus de 65% du suffrage exprimé, piloté par  le candidat de l’opposition le mieux placé, Macky Sall,  qui en a obtenu  26,2%.

A la  veille du démarrage  de cette campagne électorale,  ces deux camps se sont formellement constitués en deux blocs politiques distincts : celui du FAL 2012 du Président sortant, et celui du   « Rassemblement des Forces du Changement » ou  « Benno Bok Yakaar », constitué  autour de Macky Sall, par les dépositaires des 65% du suffrage exprimé.

Du fait  de l’existence de plus de 130000 morts décelés dans le fichier électoral, et les doublons constatés lors du scrutin du 26 Février, l’ampleur des électeurs à conquérir  dans ce second tour n’est pas reflétée  par le taux d’abstention théorique de plus de 48%.

A cette incertitude,  s’ajoute  celle du comportement des électeurs qui se sont exprimés au premier tour. Seront-ils démobilisés pour avoir été déçus par les résultats ? Vont-ils confirmer leur vote du premier tour ?

Ce  sont ces circonstances qui vont constituer la trame d’évolution des rapports de forces durant cette campagne électorale  du second tour  pour déterminer l’issu du scrutin du 25 Mars 2012.

Mais ces circonstances s’adossent sur un contexte économique et social marqué par les contre performances de la gestion, en 2011, du Président sortant, et sur les « offres »  que propose chacun des deux camps aux électeurs.

Contexte économique et social du 2ème tour

L’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), et la Direction de la Planification et des Etudes Economiques (DPEE), du Ministère de l’Economie et des Finances, viennent de publier leurs rapports sur 2011.

C’est ainsi que l’on apprend la descente aux enfers de notre Economie, qui voit son PIB, projeté à 4,5%, puis réajusté à 4%, finir à 2% !

Le taux d’inflation dépasse toujours le seuil de l’UEOMA de 3% en atteignant 3,4%,  dû  plutôt aux produits locaux qui affichent 4,2 %,  qu’aux produits importés qui ne sont qu’à 2,5%. C’est cette situation  qui a fait  de la baisse des prix un des thèmes majeurs de cette campagne électorale.

Le déficit budgétaire s’est accentué en passant de 333,7 milliards en 2010 à 426,9 milliards en 2011, malgré l’accroissement des recettes fiscales et non fiscales de 125,4 milliards par rapport à 2010.

Le déficit commercial s’est aussi accentué en passant de 1213,8 milliards à  1387 milliards de Frs CFA.

Cette  mauvaise situation  macro économique  est alourdie par la grave crise de revenu monétaire en milieu rural et par  l’accentuation du déficit de la production céréalière en 2011.

C’est ainsi que la production arachidière a baissé de 59% par rapport à 2010, et le coton de 21,1%, au moment où la production céréalière est tombée de 35,9%.

De même, l’emploi dans le secteur formel s’est complètement dégradé,  avec un secteur secondaire qui a affiché, sur les 11 mois de 2011, une baisse de l’indice des emplois de 2,8%, dont 6,1% pour le secteur industriel, portant l’indice général de l’emploi de  - 0,8% au troisième trimestre à – 1,9% au quatrième trimestre de 2011.

C’est dans contexte économique et social que  se situent les « offres » des deux camps pour capter l’électorat pour le 25 Mars 2012.

L’analyse des « offres » du Président sortant

La trame de l’ « offre » du Président sortant s’articule  autour  des « chantiers » qu’il a mis en œuvre,  et qu’il voudrait que les électeurs lui permettent d’achever durant trois ans du mandat de sept ans qu’il sollicite, et de passer la main à « une nouvelle génération ».

Cette « offre » sort véritablement de l’ordinaire. Avait-il demandé aux électeurs leur avis sur leur opportunité avant de les  commencer ?

Quels sont ces « chantiers » ? Il les a déclinés  durant la première semaine de la campagne,  sans pour autant dire comment ils vont contribuer à redresser la situation macro-économique  et la situation  des électeurs décrites plus haut.

Ces « chantiers »,  perçus comme les moyens de la spéculation foncière et immobilière et de la surfacturation des marchés publics, ont été largement pointés du doigt comme étant à l’origine des contre-performances macroéconomiques du régime de Wade, et de la détresse des populations,  en termes  de pouvoir d’achat et d’emploi.

Le Candidat Wade fait comme si ces « chantiers » avaient reçu l’approbation des électeurs pour pouvoir  leur demander, tout bonnement,  de lui permettre de les continuer,  avec, en prime, la spéculation foncière et immobilière, et la surfacturation des marchés publics qui les accompagnent !

Comment  a-t-il pu croire, un seul instant,  que l’échec de  toute la propagande qu’il a orchestrée, au premier tour, pour magnifier les résultats de ces « chantiers», va se transformer en plébiscite au second tour ?

Son échec, au premier tour est non seulement la sanction de son projet de confiscation du pouvoir pour le transmettre à son fils, mais c’est aussi, et fondamentalement, une sévère sanction contre ces « chantiers » qui fabriquent des milliardaires au détriment de l’Economie, de l’emploi et du pouvoir d’achat de l’écrasante majorité des Sénégalais.

Donc, demander aux Sénégalais  la possibilité de les continuer, c’est manifestement perdre le sens des réalités, ou faire preuve d’un mépris souverain à leur égard, qui  serait électoralement suicidaire.

Mais cette « offre » incongrue est accompagnée de tentatives de présenter le Président sortant comme victime de l’occident, pour le mettre dans la peau des Nationalistes Africains, respectés par leur position courageuse de défense de l’indépendance de leur pays et des intérêts de leurs peuples.

Là aussi, ces tentatives sont vaines du fait que les Sénégalais ne sont pas amnésiques, et ne peuvent pas oublier tous les passe-droits de Wade en direction des grandes puissances, pour avoir leur caution pour pouvoir mettre en œuvre son objectif de  recevoir le «  Prix Nobel de la Paix » comme Nelson Mandela, et son projet de dévolution monarchique de son pouvoir,  accompagné d’une gestion patrimoniale  de l’Etat et d’une corruption endémique.

En effet, par rapport à la France, c’est bien lui qui  lui a permis la reprise de la filière coton en lui rétrocédant la Sodefitex, le contrôle de la filière des oléagineux,  en lui bradant la Sonacos, le transport ferroviaire, à travers TRANSRAIL,  les grands travaux des BTP, à travers des Sociétés comme EIFFAGE,  et l’Autoroute à péage , à travers CENAC , au détriment des nationaux.

Même par rapport à Bolloré dont on parle de son éviction du port, Wade  ne lui a –il  pas cédé la gestion du Méridien Président ?

Voilà donc un apatride qui crie à la chasse aux apatrides !

Mais cela n’est pas la seule performance du camp du Président sortant.

En effet, n’est ce pas eux, connus  notoirement par leur vice,  qui prétendent célébrer la vertu en agitant la «pénalisation de l’homosexualité » ?  Qui ne sait pas au Sénégal, qu’ils ont fait cette   « pénalisation » dans le but de combler le rejet grandissant  de leur politique,  par une tentative de captation des croyants, dont les religions réprouvent ce phénomène,  sans jamais appeler à une chasse aux sorcières des homosexuels ?

Ils ont échoué de diviser les Sénégalais entre Musulmans et Chrétiens, puis entre les confréries religieuses, et même au sein des confréries, entre l’ethnie « pular » et les autres, pour pouvoir perpétuer leur règne. Il ne leur  est resté  alors qu’à s’appuyer sur la lutte contre les homosexuels menée  par une organisation islamique locale, pour  espérer, par ce biais, avoir le soutien politique des dignitaires religieux de ce pays.

Leur refus obstiné de donner des consignes de vote (Ndiguel) en faveur de Wade est la preuve que cette ultime manœuvre n’a pas encore prospéré.

Les conséquences de «l’offre » de Wade et des thèmes de campagne auxquels ses hommes liges ont eu à recourir,  ont déjà commencé  à avoir des conséquences négatives jusqu’au sein de sa propre coalition, minée par un malaise grandissant, et une reprise accentuée de ralliements de  ses cadres et  militants au camp du refus.

Le discrédit et la déstabilisation de sa coalition qui lui ont fait rater le plébiscite au premier tour,  se sont accentués durant cette première semaine de campagne électorale.

 

L’analyse des « offres » de Macky Sall, candidat du camp du refus.

La construction politique du camp en direction du second tour s’est faite  sur la base de l’adhésion aux «  conclusions des Assises nationales,  avec l’engagement de les appliquer sous le contrôle de la Direction qui sera institutionnalisée à cet effet.

Mais le caractère référendaire du scrutin du 25 Mars, n’a pas encore donné l’occasion à Macky de développer, en profondeur,   ces « conclusions »  dans les  domaines  des changements institutionnels  et des options de politique fiscale, d’allocation des ressources budgétaires, d’investissement public, de «patriotisme économique », de modernisation de la petite et moyenne exploitation agricole, d’éducation, de santé publique et de sécurité sociale, de promotion de l’entreprenariat national et de protection de l’emploi,  d’institutionnalisation de la concertation et du contrôle citoyen, de renforcement  de notre Indépendance économique et de l’intégration sous-régionale et continentale.

Mais cette faiblesse est largement compensée par le soutien unanime du « peuple des Assises nationales », qui est mobilisé à côté de Macky,  pour défendre ces conclusions auprès des populations. A cet égard, le pari de Macky est, non plus de convaincre, mais  de parvenir à mobiliser, dans cette campagne,  toutes les organisations et personnalités  qui composent ce « peuple des Assises nationales ».

C’est dans ce cadre  que l’UNACOIS a rencontré  Macky Sall,  et que d’autres parties prenantes des Assises  projettent de le faire.

Cependant, l’ «offre» des conclusions des Assises Nationales  est affectée par la prégnance du contexte économique et social qui met au premier plan la demande sociale en termes de pouvoir d’achat, d’emploi et soutien des petites et moyennes exploitations agricoles menacées par la famine et dépourvues de moyens pour faire face aux exigences de la campagne agricole qui pointe à l’horizon.

Face à cette demande sociale de court terme,  des mesures budgétaires de soutien sont nécessaires, sans tomber dans le risque de  les chiffrer, compte tenu du niveau du déficit budgétaire de 2011, et de la nécessité  de baisser l’impôt sur les salaires et les facteurs techniques de production.  La volonté politique de prendre en charge ces exigences de court terme devrait primer sur les propensions de chiffrage de ces mesures, qui seront, de toute manière, faciles  à contester pour amoindrir leur crédibilité aux yeux des populations concernées.

De même,  l’interpellation de Macky sur les questions d’indépendance nationale ne devrait pas  être occultée dans la mesure où, il est aisé , sur ces questions,  de porter l’estocade au camp du Président sortant, en comparant sa politique économique face aux intérêts économiques des entreprises étrangères dans les marchés publics, face aux intérêts de l’agrobusiness dans la question foncière, et face aux intérêts  stratégiques des grandes puissances dans la sous région, en Afrique et dans le monde.

Ce n’est  donc pas le soutien de l’UMP qui fait de Macky le candidat de la France, dans la mesure où il est soutenu en même temps,  par les forces vives de la Nation autour des conclusions des « Assises nationale », dont l’un des piliers est le recouvrement de la souveraineté économique de notre Etat.

De même, les interpellations sur la « pénalisation de l’homosexualité » ne doivent pas être subies avec timidité. Au contraire, elles doivent être l’occasion de dénoncer les innombrables tentatives du pouvoir de diviser les Sénégalais dans leurs croyances religieuses, au sein de leurs confréries, et aujourd’hui, leur immixtion vulgaire  dans leur intimité en matière sexuelle.

Là où les Sénégalais cohabitent dans la tolérance, même s’ils ne partagent pas les mêmes croyances et les mêmes préférences, voilà des vicieux qui se prennent pour des vertueux, dans un but politicien évident.

En effet, en matière de sexualité, notre société a un fondement culturel solide de respect de l’intimité des personnes avec le concept  de    « sutura », même si leurs croyances religieuses réprouvent certaines orientations sexuelles, comme l’homosexualité.

La pénalisation de ce phénomène social par des gens, réputés par leurs comportements vicieux quotidiens condamnés par toutes les religions,  ne doit pas occulter le fait, qu’ils ont, pour des raisons politiciennes, et non de morale religieuse, porté atteinte à l’un des piliers de l’équilibre social de notre peuple,  que constituent les vocables , « tolérance » et « respect de l’intimité de la personne » et qui sont  rassemblés sous le terme «sutura ».

Il faudrait donc éviter de raser les murs sur cette question. Au contraire, il faut s’adosser à notre fonds culturel qui est célébré dans le monde entier. Musulmans, chrétiens, juifs et autres non croyants ou animistes,   n’ont eu de cesse de magnifier notre société de tolérance, qui  rejette en même temps toute forme de « licence »   dans les comportements sur la voie publique.

Malgré le tollé soulevé par les hommes et femmes peu vertueux du camp de Wade, nulle part, les autorités religieuses qui ont reçu notre candidat, Macky Sall, n’ont eu à aborder la problématique de la « pénalisation » de l’homosexualité, pas plus que les religieux qui ont appelé à voter pour Wade, n’ont brandi cette question pour justifier leur choix pour le scrutin du 25 Mars.

Donc, le rassemblement  des forces vives de la Nation autour de Macky, et l’absence  de réaction publique  des Autorités religieuses  de notre pays  sur l’agitation politicienne  de  la « pénalisation de l’homosexualité »  durant cette première semaine de campagne électorale, sont la preuve  manifeste du manque de crédit de l’interpellation de notre candidat,  sur les questions d’indépendance nationale,  et de morale religieuse.

Quelles perspectives d’évolution des rapports de force d’ici le 25 Mars ?

Devant l’échec de leur stratégie de déstabilisation de Macky Sall sur les questions d’indépendance nationale et de morale religieuse, le camp de Wade compte sur des « révélations  de dossiers» qui devraient mettre en évidence des manquements graves de notre candidat en matière de gestion des deniers publics.

Ce dernier recours,  qui rappelle le scandale des « chantiers de Thiès »,  montre à quel point les questions de gestion vertueuse des deniers publics est le dernier souci des hommes lige de Wade. Les présumées fautes de gestion et autres malversations sont tolérées tant qu’on est au service de sa majesté. Elles ne sont portées à la connaissance du public, que quand il faut combattre le serviteur devenu encombrant.  C’est ce mode de traitement des manquements en matière de gestion de la chose publique qui a heurté la conscience de notre peuple, et avec lequel les Assises nationales ont décidé, dans leurs conclusions, d’en finir pour de bon.

En outre, le flop judiciaire  que le dossier des « chantiers de Thiès » a connu,  a fini de convaincre les Sénégalais, que les dossiers concoctés par le pouvoir, même avec l’aide de l’Inspection Générale de l’Etat (IGE), ne trouvent plus aucun crédit,  tant aux yeux de l’opinion publique sénégalaise qu’au niveau africain et mondial.

Ils ne sont perçus que comme une arme de harcèlement judiciaire, et de discrédit, pour liquider un adversaire politique.

Donc,  ce recours sera impuissant pour renverser les tendances lourdes qui donnent notre candidat, Macky Sall,  favori le 25 Mars 2012.

Pour conforter ces tendances lourdes, notre camp devrait éviter de tomber dans le piège de « réfutation des dossiers » concoctés contre notre candidat.

Par contre, dans cette dernière semaine de campagne électorale, il faudrait parachever la mobilisation des composantes des Assises nationales en faveur de notre candidat, Macky Sall, et s’appesantir sur les « mesures de bonne gouvernance » préconisées dans ses conclusions, pour mieux édifier l’opinion sur les ruptures,  en matière de gestion de la chose publique, que Macky s’est engagé à mettre en œuvre.

Il ne reste donc  qu’une semaine, pour le camp de Wade pour essayer de redresser  les tendances lourdes qui lui sont, jusqu’ici, défavorables, et pour le camp de Macky,  pour conforter ces tendances.

Cette dernière semaine sera vécue comme un enfer pour le camp de Wade, qui n’hésitera pas à  continuer à user de la violence, comme dans la semaine passée, pour parvenir à ses fins.

Pour le camp de Macky, elle devrait être, non pas une semaine d’euphorie, mais bien de mobilisation, de détermination et de vigilance accrues.

 

Fait à Dakar le 18 Mars 2012

 Ibrahima Sène  , 

Membre de « Benno bok Yakaar »

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