EVALUATION DES RESULTATS DU SECOND TOUR DES ELECTIONS PRESIDENTIELLES DE 2012, PAR I. SENE

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               I- INTRODUCTION

Le 25 Mars 2012 s’est tenu le scrutin du second tour des élections présidentielles du 26 Février 2012, opposant le Président sortant, Abdoulaye Wade, qui a su imposer sa candidature inconstitutionnelle à un 3ème mandat, à Macky Sall, le candidat de l’opposition le mieux placé au 1er tour du scrutin le 26 Février.

Le Président sortant avait obtenu, au 1er tour,  34,97% du suffrage exprimé, avec  942546 voix, tandis que Macky Sall avait obtenu 26,31%,  avec 719 369 voix. Le taux de participation était de 51,58%.

L’enjeu de la campagne électorale du second tour consistait donc, pour Abdoulaye Wade, à  puiser le maximum de voix chez les 49% d’abstention théorique, et de rallier le maximum de soutien des militants et cadres des  principales coalitions de l’opposition dont les candidats ont été recalés au 1er tour.

Pour Macky Sall, il faillait trouver une formule de rassemblement qui puisse lui permettre de capter l’électorat qui a sanctionné à plus de 65% les «  réalisations de Wade », et a rejeté son « projet de dévolution du pouvoir à son fils ».

Pour atteindre ces objectifs électoraux,  Wade a usé, d’une part, de propositions de «  gouvernement d’union nationale pour trois ans, au terme duquel il va organiser de nouvelles élections auxquelles il n’allait pas participer, et d’autre part,  de diverses manœuvres visant à discréditer son adversaire en tentant de le présenter comme un « candidat de l’étranger » et  comme un protecteur des   « homosexuels », dans un pays où les croyances religieuses dominantes réprouvent ce comportement sexuel.

Ce recours au patriotisme et à la morale religieuse fut utilisé à grande échelle, particulièrement durant la seconde moitié de la campagne électorale du second tour, auprès des chefs religieux, chez qui il recherchait des consignes de vote (Ndiguel).

Il a aussi usé d’énormes moyens financiers pour obtenir des ralliements de militants et cadres de l’opposition, et des consignes de vote auprès des Chefs religieux.

Il a mobilisé à cet effet, toute la «  nouvelle classe »  de riches qu’il a fabriqués artificiellement à travers les marchés publics et la spéculation foncière.

Il s’est particulièrement adossé à un chef religieux, qui draine une énorme masse de jeunes  « lumpenprolétarisés » de la banlieue de Dakar et des villages, pour   créer un climat de violence et de peur, afin de décourager  les populations,  acquises à l’opposition,  à aller voter.

Par contre,  Macky s’est évertué, dés la publication des résultats du 1er tour, à rallier le «  peuple des Assises nationales » sur la base de la prise en charge de ses «  Conclusions », et l’institutionnalisation de la Direction des Assises nationales pour assumer le suivi de la mise en œuvre de ses engagements.

Ensuite, il s’est retourné vers le M23, dont le crédo est  la promotion du «  contrôle citoyen » sur les institutions, l’administration et les élus, pour en faire un allié stratégique pour triompher au second tour.

Le succès de cette démarche a permis à Macky Sall de créer une nouvelle coalition, le « Rassemblement des Forces du Changement », (Benno Bock Yakaar), composée de tous les candidats recalés au 1er tour, du M23, et des deux puissants mouvements de la société civile autour du célèbre artiste Youssou  Ndour,  d’un entrepreneur réputé par son engagement patriotique républicain et démocratique, Bara Tall, et de jeunes religieux, acquis aux idéaux de la République démocratique, et  qui sont  particulièrement révoltés par l’exploitation politicienne et outrancière que fait  Wade de leur confrérie et de leurs guides.

Le mouvement syndical,  qui a pris une part active à la tenue des Assises nationales, a décidé, avec la Confédération des Syndicats Autonomes (CSA), à occuper toute sa place  dans la lutte au second tour, pour contribuer à la création de conditions politiques propices à la matérialisation  des conclusions de celles-ci, que le candidat de «  Benno Bock Yakaar », Macky Sall,  s’est engagé  à appliquer en cas de victoire.

C’est la nature sociale des forces de cette large coalition,  qui a rendu peu crédibles les tentatives de Wade de présenter son concurrent comme le « candidat de l’étranger », même s’il a eu l’appui public de l’UMP qui gouverne la France, et sans objet, sa prétention de se présenter en défenseur de l’ordre moral de notre société  et des vertus de la religion.  Cette prétention  est perçue par l’opinion comme étant  aux antipodes de la pratique quotidienne, largement connue, des hommes et des femmes de son régime qu’il protège.

II-                 LES RESULTATS DU SCRUTIN DU 25 MARS

Malgré les intimidations, et la reprise des hostilités en Casamance, l’électorat s’est mobilisé à 55% pour exprimer son suffrage dans le calme et la sérénité, soit une augmentation de 3,4 points de pourcentage par rapport au 1er tour, ou 180 758 voix de plus.

Wade a obtenu  34,2% , soit un recul relatif de 0,8 point de pourcentage, avec 992 556 voix, ou 40.010 voix de plus par rapport au premier tour, tandis que Macky Sall obtenait  65,8%, soit un gain relatif de 0,6 point de pourcentage par rapport  au rejet massif de 65,2% au 1er tour, avec 1 909 244 voix, contre 719 369 voix qu’il avait obtenues au 1er tour avec sa propre coalition «  Macky 2012 ». Cela lui a fait un gain  spectaculaire de près de 1 200 000 voix.

Le peuple Sénégalais venait ainsi de signifier à Wade, avec panache,  par les urnes, qu’il n’avait pas droit à un 3ème mandat que le Conseil Constitutionnel lui avait permis de briguer contre toute attente.

Ce  dernier coup de force contre la Constitution a occasionné plusieurs martyrs au peuple Sénégalais, mobilisé autour du M23, pour s’y opposer par la rue.

Le climat de tension et de risques graves de déstabilisation du pays que cela a occasionné, a fortement mobilisé l’opinion publique en Afrique et dans le monde, et avait obligé les grandes puissances à surveiller,  comme la prunelle de leurs yeux, le processus électoral au Sénégal, le seul pays stable dans la sous région, pour parer à toutes éventualités de son basculement dans la violence et dans les destructions massives de vies humaines et des biens.

La mobilisation des forces vives de la Nation autour du M23, a donné aux élections présidentielles de 2012, un caractère révolutionnaire pour défendre la République et restaurer la Démocratie.

L’originalité de ce processus révolutionnaire a résidé dans le fait, qu’il a marché sur ses deux jambes, en parvenant à allier deux démarches apparemment contradictoires, à savoir :

l’affrontement, dans la rue, avec le pouvoir,  pour obliger Wade à retirer sa candidature et à respecter la Constitution,

le recours aux urnes pour l’empêcher  d’exercer un 3ème mandat que la Constitution lui refuse.

C’est  cette combinaison, parfois houleuse, qui a été la marque de génie de notre peuple dans ce processus de révolution républicaine, démocratique  et citoyenne, que portaient les échéances des Présidentielles de 2012, comme les nuées portent l’orage.

III-               COMMENT COMPRENDRE LA PORTEE DE CETTE REVOLUTION

Pour ce faire, il est utile de se rappeler les raisons qui ont fondé le rejet massif du régime de Wade, pourtant porté  triomphalement au pouvoir en 2000, à l’issue d’un second tour, où il avait obtenu 55% du suffrage exprimé.

En 2000, l’attente des Sénégalais était, d’une part, une rupture avec le système de Parti Etat  pour refonder l’Etat sur des bases républicaines et démocratiques, e d’autre part, avec la gestion patrimoniale de la Chose publique.

Les Sénégalais, avec l’Alternance, se sont réveillés avec un énorme malentendu avec celui qu’ils ont porté au pouvoir.

Il s’est avéré que,  durant  tous  ses  26 ans,  passés  dans l’opposition  à côté des forces républicaines,  démocratiques et de révolution sociale,  Wade ne rêvait, en fait, que du maintien et de la consolidation du système politique et du mode de gestion de l’Etat et des intérêts du Sénégal que Senghor et Diouf lui ont légués.

Il s’est appliqué, 12 ans durant, à pousser ce legs, jusque dans  ses limites sociales, en projetant de se faire succéder par son fils au pouvoir.

Pour ce faire, il n’a reculé devant aucun moyen, depuis l’amnistie des assassins de Me Seye,  les violences suivies de morts d’homme dans ses geôles et lors des manifestations de rue contre sa politique, en passant par la corruption, la fabrication artificielle d’une «  nouvelle classe de riches » et la manipulation de la Constitution par de nombreuses révisions qui en ont vidé tous les acquis démocratiques de notre peuple.

C’est face au mécontentement populaire grandissant contre son régime, qu’il a usé de subterfuge pour confisquer le pouvoir  aux Présidentielles de Février  2007, au grand désarroi du peuple.

C’est pour redonner espoir au peuple et le convaincre qu’il peut reprendre son destin en main, que les forces vives de la Nation, confortées par le succès du boycott des Législatives de Juin 2007  qui a atteint  près de 65% de l’électorat, dont les forces de Défense et de Sécurité, qu’elles ont organisé la tenue des Assises nationales, dont les conclusions consensuelles ont constitué la base du programme politique, économique, social et culturel, de la réforme de l’Etat et de la Gouvernance, pour restaurer la République démocratique,  promouvoir le contrôle citoyen sur les Institutions, l’Administration et les Elus, et restituer ainsi  au peuple sa souveraineté  pleine et entière sur la gestion de ses intérêts économiques et stratégiques.

Ce sont ces exigences de rupture qui ont marqué le caractère révolutionnaire des enjeux des Présidentielles de Février 2012.

Il est frappant de constater, que c’est le même « peuple du boycott » de juin 2007, avec 65% des inscrits, qui s’est manifesté au  premier, comme au second tour des Présidentielles de 2012, avec plus de 65% du suffrage exprimé.

C’est ce même peuple qui avait donné le signal lors des locales de 2009, aux forces politiques de l’opposition, en leur montrant que c’est dans leur union qu’il se reconnaît pour battre Wade et mettre  fin à son régime.

D’où l’option d’une candidature unique, dés le premier tour, sur la base des conclusions des Assises nationales.

Mais cette perspective s’est heurtée à de puissants intérêts particuliers dans des partis politiques et chez des  personnalités de la société civile, appuyés par des sondages d’opinions préfabriqués,  qui cherchaient  à créditer le manque de réalisme politique de ses défenseurs.  Cela a fait triompher l’avènement de la pluralité des candidatures au premier tour.

La déception de larges secteurs de l’opinion publique, face à cet échec de la candidature unique, a  eu comme conséquences, de lourdes  sanctions portées par le peuple à toutes les coalitions et  candidats indépendants, mais plus particulièrement, aux  candidats de « Taxaw Tem »,  de « FSD/BJ,  des tenants de « Benno Alternative 2012 », et de  ceux issus des deux coalitions de Benno.

Mais cet état de dispersion qui pouvait être fatal à l’opposition, a été compensé par le coup de force de Wade pour se faire succéder par son fils ; ce  qui a  permis de rassembler tout le peuple du boycott des Législatives et des Assises nationales au sein du Mouvement du 23 Juin, dénommé M23.

C’est grâce à ce rassemblement, que les risques de la dispersion des candidatures au 1er tour, ont été largement compensés , par les acquis, en termes de transparence électorale,  de sa mobilisation et de sa détermination.

C’est ce peuple du boycott des Législatives de Juin 2007, dont « Rewmi » fait partie intégrante,  qui  a constitué la base sociale de la Révolution républicaine, démocratique et citoyenne qui s’est produite pacifiquement ce 25 Mars, et qui  a inscrit ainsi une page indélébile dans les annales de l’Histoire post indépendance  de notre peuple.

C’est la perte de vue de la nature sociale des forces porteuses de cette Révolution, qui a amené certains à vouloir diviser l’opposition entre « Gauche » et « Droite » pour affronter le pouvoir aux Présidentielles de 2012.

C’est cette méconnaissance de la nature des enjeux de ces Présidentielles de 2012 qui transcendent le clivage «  gauche/droite », pour rassembler les forces républicaines, démocratiques et citoyennes, qui a fortement contribué à créer un climat dans lequel, les adversaires de la candidature unique au 1er tour,  se sont engouffrés, avec  l’aide de sondages préfabriqués pour déstabiliser les défenseurs de cette option.

IV-               COMMENT COMPRENDRE L’ISSUE PACIFIQUE DE CETTE REVOLUTION ?

Le contexte de crise économique et sociale profonde, la déliquescence de l’Etat, la montée de la violence qui est allée crescendo durant tout le règne de Wade, la mobilisation et la détermination des forces vives de la Nation à barrer la route à un 3ème mandat inconstitutionnel de Wade, ne pouvaient pas présager d’une issue pacifique à cette Révolution.

Ni le passé pacifique du peuple, ni les prêches de chefs religieux, ne pouvaient pas être évoqués pour prévoir ce qui s’est passé le 25 Mars 2012.

Mais c’est d’abord, paradoxalement, dans l’exacerbation des contradictions entre le pouvoir et les forces vives de la Nation, que se trouve  une des explications de l’issue pacifique de notre Révolution  républicaine, démocratique et citoyenne.

En effet, c’est cela qui a mobilisé le monde entier pour surveiller le processus électoral, et dissuader Wade à recourir à la violence pour conserver le pouvoir.

Ensuite, cette  issue pacifique est aussi le couronnement du succès de la puissante mobilisation du M23 pour exiger le désarmement  des fidèles du chef religieux,  souteneur de Wade, et de  son puissant et efficace lobbying auprès des grandes puissances à cet effet.

A cela s’ajoutent la forte mobilisation et la détermination des mandataires et des représentants de  « Benno Bock Yakaar », le jour du vote,  pour débusquer et mettre hors d’état de nuire, avec le concours des forces de sécurité, des nervis et des acheteurs de conscience que Wade avait déployés sur toute l’étendue du territoire.

Enfin,  il faut le reconnaître et le magnifier, c’est dans le caractère essentiellement républicain de nos Forces Armées et de Sécurité.

Elles ont vécu des situations en Casamance pas moins pires que leurs homologues  au Mali, et vivent dans un contexte économique et social encore plus dégradé que ce pays, avec en plus une puissante contestation de la légitimité de la candidature du Président sortant à un 3ème mandat.

Rien de tout cela ne les a  pas incités  à prendre le pouvoir, même sous les applaudissements mérités du peuple délivré de la tyrannie et de l’incurie du régime de Wade.

Elle est restée républicaine, même au moment des pires affrontements avec la rébellion,  en pleine période de campagne électorale,  faisant plusieurs  morts et  plusieurs  soldats capturés par la rébellion, dans un dénuement  total au front.

L’exaspération des officiers et des hommes troupes au front devant cette situation,  a été d’une telle ampleur,  qu’elle  a poussé   un Lieutenant Colonel à la démission,  outré  qu’il était par autant de négligence et de désinvolture des Autorités politiques et administratives dans la gestion de la crise en Casamance.

Même quand le Chef de l’Etat sortant, en pleine campagne électorale à Ziguinchor, déclarait publiquement que c’est lui qui nourrit les rebelles qui tuent nos soldats et exercent des vexations quotidiennes sur les populations de la région, nos Forces Armées et de Sécurité n’ont pas été ébranlées pour autant, pour renverser celui qui a osé venir jusqu’en plein milieu du front, leur tenir publiquement des propos aussi provocateurs.

C’est cet engagement républicain, salué dans tous les théâtres d’opération où la communauté africaine, ou onusienne  les a appelées pour servir la paix et la sécurité des populations,  menacées par des guerres fratricides, qui a amené nos deux Chefs d’Etat Major des Forces Armées et de la Gendarmerie, à se rendre au Palais de la République, pour demander au Président sortant,  de reconnaître sa défaite et d’appeler son challenger pour le féliciter de sa victoire, afin d’épargner à notre peuple des convulsions aux conséquences incalculables.

C’est cette démarche hautement républicaine  qui a permis une issue pacifique à notre Révolution, et non l’attachement  de Wade au respect de l’expression du suffrage du peuple, que ses  laudateurs tentent de vendre à l’opinion africaine et internationale.

Le pouvoir avait bel et bien pré-positionné ses nervis pour semer le trouble dans la soirée, afin de créer la confusion devant permettre à Wade  de décréter l’Etat d’Urgence, pour tenter de conserver le pouvoir.

C’est l’intervention salutaire et à temps de nos deux Chefs d’Etat Major des Forces Armées et de Gendarmerie qui ont sauvé la paix.

V-                  CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES

 Ce succès éclatant du processus révolutionnaire dans notre pays est intervenu dans un contexte de crise économique, financière et politique, tant  aux niveaux sous régional, international que  national.

Au niveau sous régional, c’est l’intégrité des frontières héritées du colonialisme qui est menacée autant par la guerre pour le contrôle des matières premières entre les grandes puissantes et les puissances émergentes, que par la montée du fondamentalisme musulman, qui, avec la charia en bandoulière, veut diviser nos Etats entre chrétiens et musulmans.

Après le Soudan et la Lybie, ce sont le Nigéria et le Mali qui sont menacés de dislocation.

Les menaces de sanctions contre les militaires qui ont renversé le pouvoir légitime de A .T . Touré au Mali, pour laxisme vis-à-vis des agressions de leur pays au Nord, et pour la corruption ambiante qui prive l’armée malienne de moyens appropriés pour défendre sa patrie, est comme un encouragement aux agresseurs  pour continuer à déstabiliser ce pays en vue de sa dislocation.

La légitimité républicaine est ici utilisée pour démanteler le Mali, avec la complicité active de l’Afrique, après son humiliation par les grandes puissances Européennes et Américaines en Lybie.

Cette remise en cause violente des frontières héritées du colonialisme est une véritable menace à notre vision panafricaniste qui fait de l’unité politique et économique de nos Etats, la base du recouvrement de notre souveraineté et de la prospérité de nos peuples.

Au niveau international, la crise de la dette publique en Europe et aux USA, est lourde de menaces pour l’avenir économique de nos pays d’Afrique, et plus particulièrement pour notre Révolution en cours, à cause de ses effets négatifs probables sur l’Aide Publique au Développement (APD) et sur les transferts de nos compatriotes émigrés.

Enfin, au niveau national, la Révolution intervient dans un contexte d’effondrement économique avec un taux de croissance du PIB en 2011 de 2,6% contre 4,1% en 2010, un taux d’inflation de 3,4% contre 1,4% en 2010, un déficit budgétaire de 6,5% pour un objectif de 4%, une baisse de l’indice général de l’emploi de 0,8% dans les 11 mois de 2011, avec une perte de 2,8% dans le secteur secondaire,  due essentiellement à une perte de 6, 1%  d’emploi dans le secteur industriel.

Ce contexte morose est aussi illustré, dans le monde rural,  par une baisse de 59% de la production arachidière, de 21% de la production de coton,  et d’une baisse de 36,9% de la production céréalière.

Cet héritage  économiquement lourd s’est traduit, au plan social, tout le long de l’année, par des mouvements de grèves particulièrement durs dans le secteur pétrolier, dans l’Education et la Santé publique, mais aussi par la recrudescence de la guerre en Casamance.

C’est en prenant la pleine mesure de ce contexte sous régional, international et national qu’il faudra analyser  les perspectives  immédiates de notre Révolution.

La spécificité de notre Révolution, qui la diffère des Révolutions arabes en dehors de son caractère pacifique, et de l’alternance de 2000, c’est l’avènement des Assises nationales et l’apparition du M23 qui l’ont engendrée.

Avec les Assises nationales,  l’accord du Président élu de lui confier  la mission de supervision et de contrôle de  la mise en œuvre de ses conclusions en institutionnalisant  la structure désignée par le Bureau à cet effet, est une condition favorable aux succès de la Révolution au plan de la gouvernance institutionnelle et économique.

Avec le M23, la prise en charge du « contrôle citoyen » sur le fonctionnement des institutions, de l’administration et du travail des élus, va enraciner notre Révolution sur des bases stables et durables.  Il faudrait donc que cette mission ne soit pas informelle, mais institutionnalisée pour lui donner la légalité qui sied à sa légitimité.

C’est la conjugaison harmonieuse de ces deux structures qui permettra au Président élu et à son équipe, de relever progressivement, avec succès les défis intérieurs et extérieurs qui assaillent notre Révolution. 

Parmi ces défis urgents se trouvent la demande sociale des ménages et des travailleurs, la demande économique des petites et moyennes entreprises et des exploitations agricoles familiales, les inondations, l’Ecole, la Santé publique, la Casamance et l’organisation des législatives en Juin.

Tout cela demande des moyens budgétaires que l’état des finances publiques, et le niveau de déficit budgétaire de 2011 rendent difficile à satisfaire dans le court terme.

Ne faudrait-il pas, dans ce contexte grave,  différer  les Législatives en fin d’année, pour consacrer les maigres ressources issues de la réduction du train de vie de l’Etat, à créer les conditions d’un bon démarrage de l’hivernage, une bonne prise en charge des inondations et de la santé publique, d’un sauvetage de l’année scolaire, en attendant les solutions à moyen et long terme de la crise de l’Education, et enfin créer les conditions politiques de rétablissement de la paix en Casamance.

Notre Révolution devrait donc  éviter le piège dans lequel la Démocratie malienne s’est engouffrée, c-est- à dire, laisser pourrir la situation en attendant la tenue d’élection pour respecter le calendrier républicain.

Il ne faudrait donc pas abuser d’un état de grâce et /ou de l’engagement républicain de nos Forces Armées et de Sécurité, pour laisser  pourrir la situation sociale et la guerre en Casamance, rien que pour être bien noté par les gardiens occidentaux de l’orthodoxie  démocratique, qu’ils n’hésitent pas à piétiner là où leurs intérêts sont menacés.

Ce report ne peut nullement donner au régime de Wade des opportunités pour menacer notre  Révolution.

En effet, le traitement judiciaire diligent des dossiers d’audit déjà ficelés par la Cours des Comptes et des résultats des enquêtes du Centif en souffrance, devra pouvoir permettre, en attendant l’audit général des comptes de l’Etat et des grandes Entreprises publiques, de neutraliser toute velléité des Députés de Wade d’entrave aux bons fonctionnements des Institutions de la République, d’autant plus qu’avec la dissolution de la Cap 21, la majorité  parlementaire dans l’opposition est fortement ébranlée.

La prime budgétaire à la Démocratie, que les Partenaires de notre pays  ne manqueront pas de nous attribuer,  sera t- elle- suffisante  pour relever tous ces défis ensemble dans le court terme, et nous permettre de tenir les Législatives en juin?

Cela n’a pas suffi au Mali, et ce serait suicidaire pour notre Révolution d’en rêver.

Ibrahima Sène  de  Benno Bock Yakaar

Dakar, le 31 Mars 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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