IBRAHIMA SENE, ECONOMISTE, N° 2 DU PIT: "IL EST IMPERATIF POUR BENNOO DE PORTER LES CONCLUSIONS DES ASSISES NATIONALES!""

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IBRAHIMA SENE, ECONOMISTE, N° 2 DU PIT: "Il est impératif pour Benno de porter les conclusions des Assises nationales !"

 

NETTALI.NET - Depuis la retraite passive d’Amath Dansokho, le Pr Magatte Thiam et, surtout, Ibrahima Sène, chargé des questions économiques du Pit, est au coeur de l’opposition. Ce dernier, également figure de proue de "Benno Siggil Senegal", la principale coalition de l’opposition, travaille sans cesse à ce qu’une candidature "forte" émerge au sein de leur coalition pour "porter" les conclusions des Assises nationales. Dans cet entretien, Ibrahima Sène analyse la conjoncture économique, recadre le débat d’autant que la question de la candidature unique soulève des passions au point de mettre à mal l’unité de l’opposition à Me Wade.

A cinq mois de l’élection présidentielle du 26 Février 2011, quelle lecture faites-vous de la conjoncture économique et sociale du Sénégal ? 

La situation est au rouge tant au plan économique que social. Sur le plan économique, les indicateurs macro économiques les plus significatifs sont mauvais. En effet, Selon la « Note de Conjoncture du 1er Semestre 2011  », publiée en date du 15 Août par la Direction de la Planification et des Etudes Economiques (DPEE), le taux de croissance de l’économie pointe à 3,7% pour un objectif de 4,5% et des réalisations de 4,1% en 2010 !

Ainsi donc, par rapport à 2010, l’économie du Sénégal enregistre une tendance nette à la décroissance dans le premier semestre de 2011. De même, l’indice général des prix est de 4,1% contre un taux plafond de l’UEMOA de 3%, tandis que celui des produits alimentaires est de 10,1% ! Cette cherté des prix n’est nullement le fait des produits importés qui ont connu un indice de 4,2 %, mais surtout, c’est celui des produits locaux, qui affichent un indice de 4,7%.

Ce qui est donc ici en cause, c’est le niveau excessif des prix des produits locaux dopés par des situations de rente et/ou de monopole, et une fiscalité exorbitante sur les prix des produits et services de consommation. En outre, l’économie nationale a enregistré une perte de 0,9% de compétitivité par rapport à la même la période de 2010.

Quant au déficit budgétaire, il affiche une nette tendance à l’aggravation. En effet, il est de 121,1 milliards au premier semestre de 2011, contre 56,6 milliards au premier semestre de 2010 ! Cette grave situation budgétaire n’est pas le produit d’une baisse de recettes fiscales par rapport à la même période de 2010. Car, elles ont atteint 674,8 milliards au premier semestre de 2011, en enregistrant une augmentation de 4,8%. C’est donc au niveau des dépenses budgétaires où l’on doit chercher la cause véritable de situation. C’est ainsi que 254,0 milliards ont servi pour les dépenses de fonctionnement de l’Etat dans le 1er semestre de 2011, contre 251,6 milliards pour les investissements, 205,0 milliards pour les dépenses de personnel, et 23,3 milliards pour les intérêts de la dette publique.

Ce sont donc les niveaux exorbitants de dépenses de fonctionnement qui servent à entretenir le train de vie scandaleux de nos gouvernants, et à les enrichir à travers des surfacturations dans les marchés publics, qui sont incompatibles avec une politique de réduction du déficit budgétaire.

C’est cette politique budgétaire qui fait que, pendant que l’Etat débloquait 20 milliards pour régler les dépenses extra-budgétaires de son FESMAN, et 16,5 milliards pour le nouvel avion présidentiel, il était, au même moment, incapable de boucler pour 10 milliards, le budget de lutte préventive contre les inondations, et de payer 6,5 milliards de reliquat dû aux opérateurs semenciers, jusqu’à hypothéquer le sort de la campagne agricole en cours qui connaît pourtant un hivernage plus que prometteur.

Quelles sont donc les conséquences d’une telle situation sur le plan social ?

Sur le plan social, de tels mauvais indicateurs économiques se sont traduit par une forte dégradation de la situation des ménages.

C’est ainsi qu’à la fin du 1er semestre 2011, le secteur industriel a perdu 0,2% de ses emplois, les services, 0,5% et le tertiaire, 0,2%. Seul le sous secteur des BTP a enregistré un gain notable d’emplois de 7%, grâce aux grands chantiers en cours. A Dakar, 9% des ménages ont enregistré des pertes d’emplois, 45% ont enregistré des hausses des prix des denrées, et 81% ont connu des délestages, pendant que la banlieue continue de revivre le calvaire des inondations.

Cependant, ce n’est pas seulement cette dégradation de la situation sociale des ménages qui plombe l’atmosphère du pays, mais aussi la prégnance d’une forte demande économique des petits et moyens entrepreneurs du secteur moderne durant ce 1er semestre 2011.

En effet, dans l’enquête d’opinions que la DPEE leur a consacrée, ils incriminent, dans leurs difficultés, les délestages, la délinquance économique (corruption, contrebande, contrefaçons, concurrences déloyales) et les difficultés de recouvrement des créances publiques, avant d’évoquer la faiblesse de la demande des ménages.

La gravité de leurs problèmes de production qui réduisent leur capacité d’offre, supplante donc leurs préoccupations vis-à-vis de la faiblesse de la demande des ménages.

La fin du 1er Semestre est donc marquée par la montée en puissance de la demande sociale des ménages et de la demande économique des petits et moyens entrepreneurs.

Cette conjoncture économique et sociale difficile ne présage-t-elle pas des lendemains troubles dans un contexte de surenchère électorale ?

Ce ne sont pas les seules causes de troubles potentiels. Le Sénégal est aussi gros d’une forte exigence de démocratie et de participation citoyenne. En effet, l’écrasante majorité des Sénégalais, particulièrement la jeunesse, placent tout leur espoir de solutions, tant à la demande sociale qu’à la demande économique, dans le changement du régime en place en perspectives des présidentielles du 26 Février 2012.

C’est pour cela que toutes les manœuvres de Wade pour perpétuer son régime touchent profondément les Sénégalais, comme l’a attesté le puissant rassemblement le 23 Juin devant l’Assemblée Nationale, et qui a donné naissance au « Mouvement des Forces Vives de la Nation », ou « M 23 ». Les Sénégalais ont clairement fait comprendre qu’ils n’acceptent plus que Wade manipule ou viole la Constitution, ou modifie le découpage administratif, pour confisquer le pouvoir, ni ne veulent plus d’un système électoral confié aux hommes liges du pouvoir pour détourner leurs suffrages à son profit. Ils sont déterminés à ce qu’il en soit ainsi, et le manifestent tous les jours de diverses manières.

L’entêtement de Wade dans sa volonté de passer outre, va donc plonger le pays dans la violence, dont il s’attèle rigoureusement à planifier l’avènement.

C’est dans ce sens qu’il faudrait comprendre, l’envoi par Sarkozy, à Dakar, d’un général « présumé génocidaire au Rwanda » pour commander le reste des troupes françaises au Sénégal, et « l’ appel déguisé » de Wade, depuis Paris, à une intervention étrangère le cas échéant, pour l’aider à mieux imposer les « conditions de son départ ». C’est, pour lui, un retour normal de l’ascenseur, après qu’il se soit mobilisé en Côte d’Ivoire et en Lybie, pour soutenir l’intervention des grandes puissances, notamment de la France, dans ces pays.

Quelle parade donc pour Benno ?

La parade n’est ni exclusivement, ni essentiellement celle de Benno. Ce sont les Forces vives de la Nation, regroupées dans le M 23 qui sont interpelées au premier Chef. Naturellement, Benno, comme une des composantes du M 23, ne ménagera aucun effort pour contribuer à la lutte contre la forfaiture et le chaos que Wade prépare pour se maintenir au pouvoir.

Benno ne masque t-il pas là son incapacité à avoir un candidat unique en mettant en avant cette nouvelle thématique autour du M 23 ?

Il est étonnant que des gens continuent à parler de l’incapacité de Benno à s’entendre sur un candidat, quand sur 38 Partis qui le composent, 32 ont décidé, depuis le 28 mai, de s’atteler à parachever les travaux sur la Constitution, le Programme de Transition et le Programme de Législature, pour créer, à la fois, les conditions nécessaires à la désignation d’une équipe consensuelle que va piloter le « candidat de l’ unité et du rassemblement » durant la Transition, et aux accords devant présider à la confection d’une liste unique aux Législatives.

Benno ne peut pas, au risque de se désavouer, présenter à l’opinion un projet commun de Constitution sans terminer ses concertations avec la plate-forme institutionnelle des Assises nationales.

De même, pour les mêmes raisons, Benno ne peut pas présenter un Programme de Transition et un Programme de Législature, avant la publication des Conclusions des Assises Nationales par le bureau de celles-ci.

D’ailleurs, mêmes les candidats déjà déclarés attendent ces mêmes conclusions pour s’en inspirer pour confectionner leur programme, sans que personne n’ait à redire sur cela !

Ainsi, si Benno avait agi autrement, ses détracteurs auraient eu raison, eux qui ne cessent de véhiculer l’idée fausse d’un Benno qui aurait tourné le dos aux Assises nationales et à sa composante « société civile ». De même, auront aussi raison, tous ceux qui accusent Benno de vouloir régler exclusivement entre « politiques », les questions de programme, de Constitution, d’équipe de transition, et de candidat.

C’est en attendant de conclure avec les plates-formes habilitées par les Assises Nationales, que Benno démontre qu’il veut ainsi donner toutes ses chances à un vaste rassemblement des forces politiques et de la société civile qui composent celles ci, pour aller ensemble aux élections présidentielles et législatives de 2012.

Curieusement, l’on retrouve que ce sont les mêmes gens qui prédisent toujours l’implosion de Benno, à la veille de chaque séminaire qu’il a organisé sur ces questions, qui continuent à persister dans leur certitude, malgré les démentis répétés, qu’à chaque fois, les faits infligent à leur pronostic.

Ces gens sont incapables de comprendre, que depuis les élections locales de mars 2009, Benno est perçu par l’opinion, comme la seule force alternative qui incarne leur espoir de s’en sortir, à la place des partis politiques pris individuellement.

C’est un changement radical dans la perception politique des Sénégalais, que beaucoup d’intellectuels qui analysent la situation du pays tardent à prendre en compte.

Beaucoup d’entre eux continuent de raisonner comme dans le passé, en termes de la « massivité » d’un parti ou de l’opinion de militants d’un parti, pour trancher doctement, qu’un tel parti ne saurait être derrière aucun autre, ou tels militants d’un parti ne voteraient jamais pour un dirigeant de parti autre que le sien. Ils raisonnent comme si ce n’est pas l’électorat, qui est majoritairement non partisan qui élit, mais que ce sont les militants d’un parti. Ainsi, dans leurs analyses, ils confondent « élection nationale » et « congrès d’un parti » !

Une telle vision est fortement en retrait par rapport à celles des masses qui, par leur suffrage, élisent les dirigeants de ce pays. L’opinion ne réclame pas le candidat ou le programme de tel ou tel parti, mais bien de Benno ! Plus vite les cadres politiques, les journalistes et les politologues comprendront ce changement, mieux ils aideront à faire œuvre utile pour répondre aux attentes des populations.

Celui qui compte sur ses militants pour être élu, en oubliant que ce sont les électeurs non partisans qu’il faut conquérir à cet effet en prenant en compte leurs attentes, risque d’avoir un réveil difficile le lendemain de la proclamation des résultats des élections.

En fait, ce sont les adversaires d’une forte convergence entre partis politiques et membres de la société civile, qui sont ici à l’œuvre. Et parmi eux, certains prétendent que les « politiques » sont « passés de mode », donc, « vive la société civile ! » qui devrait prendre le relais pour répondre aux attentes des populations. On trouve ces gens dans la Société civile et dans le M 23. Mais jusqu’ici, leurs manœuvres n’ont pas prospéré.

D’autres, qui sont dans des partis politiques, dénient aux membres de la société civile le droit de briguer, au même titre qu’eux, le suffrage des Sénégalais. Ces « politiques » oublient ou ne savent pas, que ce droit leur est reconnu depuis le Code Consensuel de 1992 grâce aux luttes menées par des partis politiques qui ont porté cette revendication légitime de la société civile dans l’approfondissement de la démocratie au Sénégal.

Il faut donc combattre sans complaisance ces deux extrêmes qui cherchent à entraver la grande marche des forces vives de la Nation vers une plus grande convergence et plus forte cohésion, pour porter les conclusions des Assises Nationales.

Mais il y a Benno Alternative qui dit œuvrer pour la même chose. Pourquoi donc cette scission de fait dans Benno ?

Benno SIGGIL SENEGAL est constitué de deux sous-ensembles que sont :

-  le Front SIGGIL SENEGAL qui a organisé le boycott des Législatives de 2007, et a initié les Assises Nationales, pour rassembler toutes les composantes de la Nation qui ont participé au succès du boycott, pour réfléchir sur le sort du Sénégal à la suite de cette déconvenue du pouvoir.

- l’Initiative Citoyenne et Républicaine (ICR), dont les principaux initiateurs ont participé aux élections législatives, et qui ont, à l’invitation du Front SIGGIL SENEGAL, participé aux travaux des Assises Nationales. Cette convergence politique autour des Assises nationales a facilité, à l’approche des élections locales, la mise en place d’une coalition dénommée BENNO SIGGIL SENEGAL.

C’est à l’issue de notre grande victoire aux locales, que Benno a pris la décision d’aller ensemble aux présidentielles et aux législatives de 2012, pour mettre en œuvre les conclusions des Assises Nationales, avec l’option d’ouvrir cette coalition politique aux autres parties prenantes des Assises Nationales.

Donc, si nous avons réellement les mêmes objectifs et la même démarche comme vous le dites, s’il ya scission, c’est que la « greffe » des deux composantes politiques de Benno n’avait pas bien pris.

Et cela serait véritablement regrettable, compte tenu que ces gens de ICR font partie des 32 qui ont signé la Déclaration du 28 Mai ! Avant le séminaire du 28 Mai, l’ancien Président de Jëf-Jël (Talla Sylla - Ndlr), membre fondateur de « ICR » avait quitté Benno de façon spectaculaire, puisqu’il était convaincu que Benno ne travaillait pas pour une candidature unique. Il créa alors, Benno TAXAWAL SENEGAL.

Aujourd’hui, ce sont certains parmi ceux qui sont restés dans « ICR », qui ont créé Benno Alternative 2012, puisqu’ils veulent adopter dès maintenant les procédures de sélection du candidat pour désigner le candidat, avant même que les concertations avec la plate-forme institutionnelle des Assises nationales ne soient terminées, et les conclusions des Assises Nationales publiées !

Ils expliquent cette attitude par le fait, qu’à six mois des Présidentielles, il ne faut plus attendre pour désigner le candidat, qui devra par la suite accepter le projet de constitution et le programme quand ils seront au point. Cela rappelle étrangement l’argumentaire de l’ex Président de Jëf-Jël pour justifier son départ de Benno !

Cette démarche a été rejetée par l’écrasante majorité des 32 partis qui ont signé la Déclaration du 28 Mai. Si donc ces camarades se démarquent ainsi, ce serait la preuve qu’ils ne veulent plus du consensus comme mode de prise de décision dans Benno. Le large rassemblement pour l’action, qui est notre crédo et la seule chance pour notre peuple de se débarrasser du régime de Wade, ne peut prospérer sans la règle de consensus pour les prises de décision.

Toujours est-il qu’il existe d’autres divergences de fonds, comme par exemple le « profil » du candidat...

Comment peut-on raisonnablement arrêter le « profil » du candidat avant que le programme et les règles du jeu ne soient définis ? Comment peut-on avoir des divergences sur des choses non encore définies ? Cependant, parmi les dirigeants de ICR, il y en a ceux qui théorisent les enjeux des présidentielles de 2012, pour dégager quatre camps qui s’y affronteraient.

Ce sont ceux qui sont pour le « statu quo », ceux qui sont pour « la rectification », ceux qui sont « la restauration » et ceux qui sont pour « le changement ».

A mon avis, cette classification des forces en direction de 2012 ne reflète pas l’enjeu réel de ces élections, tel qu’il ressort de la Charte nationale de Bonne Gouvernance qu’ils ont signée.

Ces élections, selon la Charte et les Conclusions des Assises Nationales, posent fondamentalement la question de la refondation de l’Etat, de la gouvernance et du recouvrement de notre souveraineté économique et alimentaire.

D’où l’existence de deux camps irréductibles : celui du « statu-quo », dans lequel la Charte place « tous les régimes politiques connus au Sénégal depuis 1962 », et celui de la « refondation de l’Etat ».

Ainsi, ceux qui veulent rectifier le régime de Wade pour en faire un régime présidentiel ou qui veulent restaurer le régime « présidentiel déconcentré » connu sous Senghor ou sous Diouf, sont tous dans le « statu-quo » avec lequel il faut rompre, selon la Charte. Ainsi diviser le camp adverse au « statu-quo » en plusieurs sous camps, serait tourner le dos à la Charte et à toute politique de large rassemblement des forces qui adhèrent de façon explicite à la « refondation de l’Etat ».

C’est en fait, diviser artificiellement le camp des 32 partis signataires de la Déclaration du 28 Mai et œuvrer à bloquer toutes perspectives de convergence entre partis politiques et société civile ayant adhéré sans réserve aux conclusions des Assises Nationales et à la Charte.

Des théories de ce genre pourraient donc expliquer la démarche de Benno alternative 2012, mais à quel dessein ? « Time will tel ».

Les Sénégalais risquent– ils pas d’être déçus par cette situation ?

Je ne crois pas, puisque depuis que la presse entretient l’opinion sur Benno Alternative 2012, les Sénégalais n’ont cessé de nous dire de « ne ménager aucun effort pour aboutir à un candidat unique ». Ils savent donc que c’est difficile, mais ils gardent encore l’espoir en Benno.

 

 

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