MAGATTE THIAM, SECRETAIRE GENERAL DU PIT : ROUGE ET EXPERT !

  • CINQUIEME CONGRES DU PIT-SENEGAL

 


 

 

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Doté d’une intelligence, d’une lucidité politique et d’un courage reconnus, le nouveau Secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail (Pit) est un homme de consensus. Autant de qualités qui ont dû peser lourd sur la balance pour que Magatte Thiam soit proposé par le Comité central et élu par le Congrès du Pit des 22 et 23 mai 2010. Voilà un des traits du profil de celui que ses camarades qualifient de dialecticien pur et dur.

« Etes-vous, oui ou non, candidat à la succession de Amath Dansokho ? » C’est cette question qui lui a été posée, il y a de cela deux semaines. Comme réponse, celui qui allait devenir le remplaçant de Amath Dansokho, quelques semaines plus tard, avait dit ceci : « Non ! Je ne suis candidat à rien. » Un « Non » de courte durée. Puisqu’il s’était empressé d’ajouter : « Si le Comité central propose ma candidature, cela dépendra des débats. » Un discours clair-obscur ? Mais depuis, tous les observateurs de la scène politique nationale en général et du Parti de l’indépendance et du travail, en particulier, voyaient en lui l’homme qui pouvait succéder à Amath Dansokho. L’homme qui peut assurer la continuité et pourquoi pas poser de nouveaux jalons.

Il est 2 heures 28 minutes, ce dimanche 23 mai, à Thiès quand cet homme d’allure frêle, en compagnie de ses camarades, sort de la salle de délibération. Il a l’air fatigué. A ses côtés, Amath Dansokho et les autres camarades. Il monte sur le podium. Regard interrogateur, il balaie l’assistance du regard en affichant un large sourire. Maguette Thiam est porté à la tête du Parti de l’indépendance et travail (Pit). Sans, il faut le dire, avoir fait un lobbying pour cela.

Tel Kant …

Taille svelte, regard interrogateur, cheveux poivre sel, Magatte Thiam, le nouveau Secrétaire général du Pit, est né le 26 mai 1938 à Dakar, au village Lébou de Ouakam. Pas si jeune, il a une formation scientifique : « J’ai une Licence ancienne à la Sorbonne. J’étais admis après au concours des grandes écoles. Puis au concours aux écoles de Télécoms en 1959 », confie-t-il d’un ton empreint d’humilité. Mais précise M. Thiam : « Je ne trouvais plus d’intérêt à y entrer (Ndlr : à l’école de Télécoms) ». Qu’est-ce qui a pu l’en empêcher ? Lui demande-t-on. « La jeunesse », lâche-t-il, l’air nostalgique, levant la tête et regardant le plafond à la recherche certainement de bons souvenirs de ces moments magiques. Mais, heureusement, il a su se ressaisir à temps. Et en homme responsable, il se lance à la préparation de l’agrégation : « Je devais, par la suite, préparer l’agrégation. J’ai été deux fois admissible », dit-il. En ce moment, le Parti africain de l’indépendance (Pai) faisait face à de grave répression, Magatte retourne au Sénégal en 1966. Il a enseigné à l’Ecole normale supérieure comme assistant à la Fac des Sciences et Techniques où il est devenu le premier Secrétaire général du Sudes. Pour cette raison, déclare-t-il : « Je suis sorti de l’Université puis affecté au lycée Vanvo (actuel Lamine Guèye). » Quatre années après, il retourne à l’Université comme maître-assistant, en 1972. Il repasse cette fois-ci l’agrégation avec succès. Professeur agrégé de Mathématiques ! Un titre qui n’est pas donné à n’importe qui. Mais il prend tout avec beaucoup d’humilité. Après son agrégation, il a fait tout le reste de sa carrière à la Fac Sciences jusqu’à sa retraite en 2003. Cette carrière scientifique a laissé des traces chez cet homme dont l’un des défauts soulignés en off par ses camarades, est son caractère jugé parfois trop rigoriste. Comme le philosophe Kant, Maguette Thiam organise presque tout selon la loi de l’horloge et des mathématiques. Il aime l’ordre et n’hésite pas à tenir tête à son parti lorsqu’il juge que les choses sont pilotées de façon…anarchique.

Matheux dans l’âme

Mais, quand on demande à Amath de parler de Magatte, il prend son temps. Il s’assoie. « Je connais Magatte depuis 1960. Pendant les vacances, il était accompagné d’un camarade commun : Malick Diagne », confie Amath Dansokho. Avant de poursuivre : « Depuis qu’on s’est connu, il venait tous les jours à la cité universitaire me voir. Il s’est créé une amitié qui n’a pas souffert un seul jour de mésentente. Il était en France quand il a été élu Président du mouvement des étudiants du Pai. J’ai écrit, à l’époque, une lettre de protestation parce que je considère que, compte tenu de ses talents en Maths et de l’ampleur de la répression contre le communisme, il fallait le laisser faire son agrégation », se souvient Amath Dansokho. Mieux, précise le désormais ex-Secrétaire général du Pit, « avec une présidence trop prenante, il a su, de manière extraordinaire, mener de front son travail de dirigeant de France et sa première candidature à l’agrégation. Il est passé à l’écrit. Il était dans le comité directeur du Mepai et très actif autant que son ami Amadou Aly Dieng », raconte Amath Dansokho. Il est rentré dès qu’il a considéré qu’il avait fini avec la France. Tout de suite, cet intellectuel pur jus a confirmé son engagement et se retrouve à la direction du syndicat des enseignants et contribua dans le cadre de l’Unts à le rapprocher du mouvement étudiant. En établissant de bon rapport entre les enseignants et les étudiants. C’est dans ces conditions qu’il participe, dit-il, à la grande secousse sociale qui jeta les bases de la forte contestation de la politique de Léopold Sédar Senghor.

« Je mange tout »

Au plan politique, Dansokho ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Magatte : « Il a de très hautes capacités intellectuelles. Un militant discipliné. Il a une curiosité intellectuelle et d’une bonne intelligence. Il se nourrit de tout ce que la pensée intellectuelle a produit. Il a toujours en main une revue scientifique. Il n’a jamais été habité un seul moment de sa vie par l’extrémisme exaspéré des intellectuels de cette époque. Jamais, non plus, il n’a été habité par l’opportunisme », témoigne Amath Dansokho. C’est précisément à partir d’une culture politique étendue qu’il a eu, d’ailleurs, un contact avec tout ce qui s’écrit sur le Vietnam et sur ses amis étudiants Vietnamiens. Avec qui, il a le commerce constant sur le processus d’évolution dans ce pays. Il a contribué, avec Samba Diouldé Thiam et Mody Danfakha, à l’organisation et au succès de la conférence rectificative qui a remis « notre politique sur des bases sures », rappelle Dansokho. On ne peut qu’être fier d’avoir à ses côtés un homme d’une telle dimension. « Nous sommes très fiers de lui en tant qu’intellectuel et en tant que révolutionnaire », indique Amath Dansokho avec beaucoup de fierté. En ce qui concerne sa carrière politique, Magatte Thiam a adhéré au Pai en 1961 en France, lors de la clandestinité. Une fois au Sénégal, il a continué dans le Pit. Il a participé à la direction des syndicats des enseignants du Sénégal jusqu’à sa dissolution en 1973. Ensuite, il fut membre fondateur du Sudes. M. Thiam est monogame et père de cinq enfants. Un homme qui n’a pas de préférence. Du moins, quand il s’agit de plat : « Mon plat préféré. Ah ! Je n’en ai pas. Je suis sans façon. Je mange tout », se plaît-il à dire. Le tout dans un large sourire. Logique d’ascète !

Écrit par HAROUNA FALL

Source : L’Obs

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