DECLARATION DU SECRETARIAT SUR LES PROJETS DE REVISION DU CONTRAT DU TRAVAIL A DUREE DETERMINEE, ET SUR LA PRIVATISATION DES TERRES AGRICOLES.

  • CINQUIEME CONGRES DU PIT-SENEGAL

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 Dans  la «  Lettre d’Intention »  du Gouvernement, adressée au FMI en date du 4 Décembre 2009, Wade a pris l’engagement  ferme de «  réviser le contrat de travail à durée déterminée » et de faire adopter «  une loi portant privatisation des terres agricoles » au plus tard le 31 Mai 2010.

Dans cette perspective, le Gouvernement vient d’adopter un projet de loi pour « permettre  le renouvellent  illimité du Contrat à Durée Déterminée  (CDD) », qui va devenir le mode privilégié d’embauche, à la place du Contrat à Durée Illimitée (CDI).

L’objectif visé, par cette révision, tel qu’il ressort de l’ « exposé des motifs » du projet de loi, c’est «  de lever la barrière psychologique » que constituerait la «  limitation du nombre des CDD, pour «  favoriser la possibilité de faire appel au même travailleur, lorsque de nouveaux besoins d’emploi temporaire surviennent ». Une telle révision pourrait se justifier dans notre marché du travail, si  le CDD  n’était  utilisé que pour pourvoir à des «  besoins d’emplois temporaires. Or, dans la pratique,  il s’agit bel et bien d’occuper des «  emplois permanents »  avec la volonté nette  de réduire le coût du travail.

Du reste, c’est pour combattre une telle pratique,  que les syndicats avaient obtenu, grâce à une forte mobilisation,  la limitation à une seule fois,  du renouvellement des CCD.

En adoptant ce projet de Loi, le Gouvernement généralise la précarité du travail, déjà favorisée par les abus du Patronat qui use de stratagèmes  pour contourner les dispositions qui limitent ce renouvellement,  et celles  du Décret 70 180 qui régit le recours à la main d’œuvre journalière.

Mieux,  cette révision est d’autant plus inopportune pour sortir notre pays de la grave crise économique qu’il traverse, et pour créer des emplois, que les contraintes auxquelles les entreprises du secteur industriel font face,  les placent, objectivement, dans un processus de «  liquidation » des emplois permanents et des emplois temporaires.

C’est ainsi, qu’au 4ème trimestre de 2009, le secteur industriel a réduit de 0,9 % l’emploi permanent, et  de 2,5 %, l’emploi temporaire, en dépit d’une forte croissance de 9,7 % par rapport au 3ème trimestre.

Pis encore,  dés le mois de Janvier 2010, les statistiques les plus récentes sur le marché du travail,  données par la Direction de la Planification et des Etudes Economiques (DPEE), indiquent, pour le secteur industriel, l’aggravation des pertes d’emplois de 4,2 % par rapport à Décembre 2009, avec une chute drastique de la croissance de la production industrielle de moins 8,8 %.

Au total, la conjoncture ne crée ni «  besoins d’emplois permanents, ni  ceux d’emplois temporaires, ».

Ainsi, dans le contexte économique actuel du Sénégal, l’on assiste à une tendance lourde de liquidation des emplois permanents et temporaires, que l’on soit en période de haute ou de basse croissance du secteur industriel.

Comment expliquer une telle tendance ?

Les Employeurs,  enquêtés par la DPEE, en  ont donné eux-mêmes les raisons.

C’est ainsi que : 

30,8 % des employeurs sont confrontés à une accumulation de «  stocks » invendus ;

33,3 %  font face  à un problème de Demande consécutif à la baisse drastique du «  pouvoir d’achat des ménages » ;

38,9 %  indexent les contraintes de l’environnement des Affaires, notamment, le « coût de l’énergie, la contrefaçon et la contrebande ».

Ils n’ont,  nulle part,  incriminé  les limitations des CDD, mais bien, la détérioration du pouvoir d’achat, la délinquance économique que constituent la «  contrefaçon et la contrebande », et le coût de l’énergie.

Cette révision ne vise donc nullement à lever les contraintes de notre industrie pour augmenter ou créer des emplois, mêmes temporaires, mais, il vise  bien à «  lever la barrière psychologique » chez les idéologues du libéralisme économique, qui ne prennent comme référence du marché du travail,  que les normes en vigueur dans les pays arabes du Golfe, où il n’y a ni syndicat, ni code du travail, et où la précarité du travail et les salaires de misère sont la règle.

Dans ces pays, le développement industriel  est sacrifié  pour édifier de «  Grands centres de Services », financés par la rente pétrolière.

C’est  ce modèle que la Banque mondiale veut étendre dans nos pays, à travers ses classements dans son fameux  «  Doing Business », dans lequel  Wade rêve de se retrouver parmi les premiers.

A la vérité, la révision du CDD  se justifie, par ce besoin personnel de Wade  de classement,  et  par cette  option qu’il partage avec les Institutions de Bretton Woods,  matérialisée par son projet de  faire de Dakar,  un  «  Grand Centre Sous Régional des Affaires »,  à travers ses Grands projets d’investissement, comme ceux  sur la Corniche,  la «  Cité des Affaires », le Port du Futur,  le Port minéralier de Bargny , et l’Aéroport Internationale Blaise Diagne,  relié à Dakar par une Autoroute à péage.

Ce sont les retombées de la rente  minière de  Kédougou et de  Matam, à la place de la rente pétrolière,  qui devraient contribuer à financer le boom immobilier et la spéculation foncière, inhérents à ce modèle de développement, comme en attestent les pays du Golfe.

Or, la spéculation foncière et immobilière que cette option a déjà engendrée  à Dakar s’est effectuée  au détriment des réserves foncières destinées aux «  équipements sociaux », aux espaces verts, et mêmes  aux «  servitudes aéronautiques » et au Domaine public maritime.

Avec la privatisation des terres, elle va s’étendre dans les terres à vocation agricole, telle que la Communauté de Mbane  en a donné les signes avant coureurs.

Ainsi, le potentiel de développement industriel et agricole de notre pays sera sacrifié. Le Sénégal sera réduit à sa « partie utile », la région de Dakar, et les terres agricoles,  privatisées, seront livrées aux investisseurs internationaux pour produire du biodiesel et autres biocarburants.

Ce processus d’accaparement des terres agricoles, à travers leur  privatisation,  par l’Agrobusiness,  pour produire du biodiesel et autres biocarburant,  est fortement soutenu par les Institutions de Bretton Woods, et, récemment, par la FAO, qui s’y  était, pourtant, longtemps farouchement opposé, et le  dénonçait comme une «  nouvelle forme de colonisation » des pays en développement.

Mais au Sénégal, ce processus est déjà à l’œuvre dans la région du Fleuve Sénégal,  avec le projet de Wade d’octroyer 40. 000 hectares à Dangote Industries, pour produire de la canne à sucre destinée à fabriquer du biodiesel. Ce sera sans commune mesure, comparée aux  33.238 hectares que la vallée du fleuve Sénégal a cultivés  en riz en 2008/09, en pleine GOANA !

De même, c’est ce qui se passe dans la vallée de l’ANAMBE, dans le Département de Vélingara, où un investisseur étranger est en train d’expérimenter, à grande échelle, la production de «  jastropha », (Tabanani), pour fabriquer du «  biocarburant », avec l’ambition d’accaparer toutes les terres de cette vallée à cet effet.

Le projet de révision des CDD, n’est donc qu’une étape dans la réalisation de cette vision partagée de Wade et des Institutions de Bretton Woods, dont la prochaine étape sera, avant fin Mai 2010,  l’adoption d’un projet de loi portant privatisation des terres agricoles, comme il en a pris l’engagement écrit devant le FMI, et qui lui permet , également, de « régulariser » les attributions illégales de terres de culture, au profit de ses hommes, dans le cadre de son Plan REVA et de sa GOANA.

Pour mettre un terme à cette perspective destructrice de notre tissu économique et social, et de soumission de notre peuple à un « véritable esclavage salarié », le PIT  lance un appel  à la concertation et à la mobilisation :

aux Syndicats des travailleurs, et aux organisations paysannes,   pour la  promotion de « l’emploi décent », et  la défense et la modernisation de l’exploitation agricole familiale ;

aux entrepreneurs nationaux, et à toutes les forces vives, pour mettre  fin à l’hypertrophie de Dakar,  pour la promotion,  dans le cadre d’un aménagement concerté du territoire, d’un puissant secteur industriel et des Services  décentralisés, pouvant soutenir une politique  véritable de  modernisation de l’exploitation agricole familiale, comme moteur d’un développement économique et social intégré de notre pays.

 Toutes ces forces pourraient se réunir autour  des exigences incontournables actuelles que sont :

 la réduction du train de vie de l’Etat pour améliorer le pouvoir d’achat des ménages et diminuer le coût de l’électricité,

 la lutte sans merci contre la délinquance économique, y compris la corruption et les détournements des deniers et autres biens publics, et

le retrait des projets de loi scélérate sur les CDD et sur la privatisation des terres.

Le Sénégal  est à la croisée des chemins, et ses filles et fils n’ont, dans le fonds,  jamais été autant interpellés depuis 1960.

C’est pourquoi, le PIT engage toutes ses directions, toutes ses organisations affiliées, et toutes ses militantes et militants, à œuvrer de toutes leurs forces, pour contribuer à la réussite de la résistance populaire contre cette forfaiture que Wade impose à notre peuple.

Fait à Dakar le 30 Avril 2010

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