POURQUOI LA TRANSITION POLITIQUE DERANGE?

  • LE BLOG DU PIT-SENEGAL

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I)       Pourquoi la « transition » ?

 Le vocable «  transition »  continue de dérouter nombre d’hommes et de femmes dans les Partis politiques et dans la Société civile, du  fait de sa nouveauté dans le langage politique, et de la place qu’il occupe dans le débat national, en perspective des élections présidentielles de 2012.

En effet, les  Sénégalais étaient habitués à entendre dans le débat politique les termes de  « changement dans la continuité », porté par le Parti Socialiste (PS),  de Senghor à Diouf, et le terme « changement » ou « SOPI », porté par le PDS, qui s’était imposé dans les rangs de l’opposition dans les années 80.

Le « changement dans la continuité » s’est  traduit  par le maintien du PS au pouvoir durant 40 ans, et a été accompagné de conquêtes significatives de pans entiers de liberté  démocratique pour le peuple,  et de droits économiques et sociaux des travailleurs, qui ont créé les conditions d’une Alternance démocratique au pouvoir en 2000.

Par contre, le « changement » ou « SOPI »,  qui est intervenu en 2000 à la faveur de cette Alternance, a été réduit à un changement du personnel politique au pouvoir, qui a poussé jusqu’au paroxysme, les tares du système politique et de la gouvernance du PS que les Sénégalais avaient rejetées démocratiquement en 2000, en portant Wade au pouvoir.

Durant la décennie de ce « SOPI » sous l’Alternance, les Sénégalais ont vécu dramatiquement, malgré leur indignation  répétée et  toutes leurs formes de  résistance, la remise en cause de l’essentiel de leurs acquis démocratiques, économiques et sociaux ainsi que la montée en puissance  de la misère des populations, de l’enrichissement sans cause des tenants du pouvoir, des contre valeurs de la société et la dégradation de l’image marque du pays en Afrique et dans le monde.

Le « SOPI » s’est révélé donc comme un «  changement » dans la régression sur toute la ligne, à l’opposée du « changement dans la continuité » incarné par le PS.

C’est compte tenu de tout cela, que les Forces Vives de la Nation, à l’issue des « Assises Nationales du Sénégal » qu’elles ont organisées en 2008,  en sont venues à la conclusion, que pour changer réellement, il ne suffit pas de changer de personnel politique, mais qu’il est essentiel de rompre avec les  systèmes politiques et les modes de gouvernance qui ont existé  depuis 1962, sous Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, respectivement, pour les remplacer par d’autres,  en mesure de restituer au peuple toute sa souveraineté.

C’est ce « changement » en termes de « refondation de l’Etat et de la Gouvernance », qui est au centre du consensus national des Forces Vives de la Nation,  qui a été codifié dans la « Charte Nationale de Bonne Gouvernance » adoptée à l’issue des Assises Nationales.

La caractéristique essentielle de ce type de « changement », pour les Forces Vives de la Nation, c’est leur rejet de la violence  et de la dictature comme moyens d’y parvenir.

Elles ont opté sans équivoque dans la « Charte » pour un  « Changement » à travers l’expression libre, démocratique et transparent du suffrage peuple,  dans la paix civile,  dans le cadre d’un Etat de Droit.

Cette option pour la  Démocratie et l’Etat de Droit implique  de passer nécessairement par les urnes  pour changer les Institutions de la République pour les remplacer par de nouvelles.

Le temps nécessaire pour ce faire, n’est rien d’autre que la « Transition ».

La « transition »  implique donc deux choix fondamentaux que sont : la rupture avec les anciens régimes, et l’option de la Démocratie et de l’Etat de Droit.

II)    Le contenu et la durée de la «  Transition ».

P1010358Les thèmes traités par Serigne MBaye  Thiam sur le « Projet de Constitution », et par Alioune Sarr et Seydou Sy Sall,  sur le « Programme économique et social d’urgence », sont les deux volets du  « contenu de la Transition », auxquels s’ajoute « la mise en place des bases de la restauration de la paix en Casamance ».

Durant la « Transition »,  il faut  procéder immédiatement aux réformes nécessaires dans la gouvernance économique, prendre en charge les urgences économiques et sociales et de rétablissement de la paix en Casamance, organiser un référendum sur le «  projet de Constitution » de rupture et  mettre en place les nouvelles Institutions.

Ce contenu est  le programme autour duquel Benno va choisir une équipe et son capitaine.

C’est donc un véritable «  Programme alternatif  de   rupture, de refondation, et de rétablissement de la paix en Casamance ».

Pour mettre en œuvre ce « Programme », au Séminaire du 28 Mai 2011,  trente deux (32) partis sur trente huit (38) qui composent Benno, ont opté pour une «  Candidature de Rassemblement et d’Unité » pour diriger une équipe gouvernementale consensuelle.

Cette équipe consensuelle, composée d’un Premier Ministre et de Ministres, aura la lourde tâche, sous la direction du Président élu, de démarrer le « Programme de Transition » en mettant en œuvre des politiques d’assainissement des finances publiques, de réallocation des ressources publiques au profit de secteurs,  de projets et de programmes qui permettent de  répondre aux urgences économiques et sociales, organiser un référendum sur le «  projet de Constitution », négocier un cessez le feu pour mettre en place un « Comité national de concertation » pour le rétablissement de la paix en Casamance, réformer le système électoral, et organiser des élections législatives.

A l’issu de ces Législatives, la majorité à l’Assemblée nationale va désigner un nouveau Premier Ministre que le Président de la « Transition » devrait nommer.

A partir de ce moment, le gouvernement consensuel,  qui était mis en place à la victoire, devrait céder la place à un nouveau gouvernement de législature, constitué par le nouveau Premier Ministre.

A cet égard, il faudrait noter que, dans toutes les « transitions » qui ont réussi  dans la paix civile et la stabilité  de par le monde, le Premier Ministre et les membres de son gouvernement, en charge de la «  Transition », n’ont pas été éligibles aux élections législatives qu’ils ont organisées, et le Président de la  Transition, aux élections présidentielles qu’il organise en fin de transition.

Benno a déjà tranché la question de façon explicite pour le Président de  la « Transition », mais ne l’a pas encore fait pour le gouvernement consensuel.

Cette question devrait être au centre  des concertations à venir  pour trancher la question de l’équipe de « Transition ».

Compte tenu de la nécessité pour Benno de voir un de ses membres  devenir le  Premier Ministre issu de la majorité à l’Assemblée nationale pour continuer la mise en œuvre des changements pour lesquels il a fait élire un Président de la « Transition », il a été retenu d’aller aux Législatives sur la base de listes communes.

C’est le seul moyen de s’assurer que  ce nouveau   gouvernement de législature va continuer la mise en œuvre du «  Programme de rupture, de refondation et de rétablissement de la paix en Casamance », sous le contrôle et la supervision du Président de la «  Transition », qui s’est appliqué les dispositions de la nouvelle Constitution.

Ce compagnonnage devrait durer jusqu’à la fin de la mise en place complète des nouvelles Institutions de la nouvelle République.

Pour Benno, en tout état de cause,  le Président de la «  Transition » et le nouveau gouvernement  devraient tout mettre en œuvre, sans précipitation ni lenteur inutiles,  ce qui  reste des réformes  prévues  pour  que toute la période de transition n’excède  pas trois (3)  ans.

Cet engagement de Benno reflète sa volonté politique d’en finir, le plus rapidement possible, avec  le système politique et la gouvernance hérités de Wade, pour mettre en place les nouvelles qui restituent au peuple sa souveraineté pleine et entière sur son destin.

Il est donc évident que cette durée de trois ans n’est pas un dogme, mais juste un «  repère » dont il faut tout faire, avec lucidité, dans la paix civile et la stabilité, pour ne pas trop s’en éloigner, au risque d’un enlisement qui serait fatal à la refondation de l’Etat et au rétablissement de la paix en Casamance.

III) Typologie des attaques contre la « Transition »

  arton12432-8d577           L’on peut distinguer trois types de critiques  contre la « Transition ».

Le premier a trait à la question de sa nécessité, le second,  à sa durée, et le troisième,  à son contenu.

·         Les premiers critiques estiment que la «  Transition » est le produit de spéculations d’intellectuels, en rupture avec la culture politique des populations.

En  effet, en matière d’élections,  les populations  ont  toujours eu  à choisir entre un homme au pouvoir et un homme pour le remplacer. Et nos critiques pensent qu’il devrait en être de même pour 2012 !

Ils sont encore prisonniers de ce que l’on peut qualifier  de «  conservatisme institutionnel ».

Ils n’ont pas perçu, qu’après les Assises nationales, les présidentielles de 2012  ont changé de paradigme.

Il s’agira de choisir entre  un homme au pouvoir  ou dans l’opposition  qui veut perpétuer les régimes connus au Sénégal jusqu’ici,  et un homme  dans l’opposition qui prône  la rupture pour refonder l’Etat sur de nouvelles bases.

 Il s’agira  donc de choisir entre «  SOPI » et «  Tabaxaat », ou entre  le changement des hommes,  et le changement des Institutions.

Le changement des hommes peut se faire de manière instantanée, alors que le changement des institutions nécessite un temps relativement plus long, pour détruire les anciennes et construire les nouvelles.

Ce changement des Institutions, comme Benno le prévoit,  dépasse  un programme de réforme pour améliorer les  droits du peuple  à la liberté d’expression ou d’organisation, pour être une véritable Révolution démocratique,  qui restitue au peuple sa souveraineté sur son destin.

C’est ce besoin de Révolution démocratique qui est à l’œuvre partout en Afrique, particulièrement en Tunisie et en Egypte, et que les organisateurs des Assises nationales du Sénégal avaient perçu depuis 2008.

Ce besoin de Révolution démocratique a jeté,  partout en Afrique, dans une crise grave, tous les régimes politiques de type présidentialiste et  explique la tragédie ivoirienne et la situation explosive actuelle en République de Guinée.

La caractéristique essentielle de ces régimes dont les peuples  ne veulent plus, est la concentration excessive du pouvoir entre les mains d’un homme élu au suffrage universel, qui lui donne les moyens de le régenter à sa guise.

Donc, ceux qui contestent la nécessité de la transition  sont ceux  qui se refusent de sortir de ces régimes,  pour bâtir un nouveau,  qui corresponde aux aspirations actuelles de nos peuples d’Afrique à l’émancipation, à la Démocratie et à la justice sociale. 

·         Les seconds critiques estiment que les élections présidentielles se déroulent dans un cadre institutionnel  qui détermine la durée du bail du candidat avec le peuple, et qu’il serait anti républicain de le réduire sans solliciter son avis.

La faiblesse de cette critique réside dans le fait, qu’elle ne prend pas en compte le fait que peuple, en adoptant une nouvelle constitution après avoir élu un Président sur un mandat, donne l’aval pour changer la durée du bail qu’il  lui avait accordé.

C’est ainsi qu’en adoptant le projet de Constitution de Benno, le peuple réduit le mandat du Président élu de sept ans  à cinq ans.

Cependant, selon la volonté politique du Constituant, le premier mandat, dans les dispositions transitoires de la nouvelle constitution,  peut subir des modifications  de durée.

C’est sur cette base que le premier mandat de Wade a duré sept ans, en vertu des dispositions transitoires de l’article 104 de la constitution de janvier 2001, au lieu de cinq, comme prévu  en son article 27.

Ce changement de la durée du bail est l’expression de la volonté du peuple qui a adopté la constitution de janvier 2001.

De la même manière, le projet de constitution de Benno devrait, dans ses mesures transitoires, réduire le mandat  du Président élu en 2012 à trois (3)  ans, au lieu de cinq (5), pour avoir l’aval du peuple.

De sorte que la réduction  à trois ans du mandat du Président élu sur sept ans,  serait conforme avec la nouvelle Constitution qui reflète la souveraineté du peuple.

Cette durée de trois ans, qui serait ainsi en conformité avec la volonté du peuple,  n’est  pas le résultat d’un deal politique, mais juste le temps objectivement nécessaire pour construire solidement les fondations de la nouvelle République.

·         Le troisième type de critiques, relatives au contenu de la Transition, a trait sur l’impossibilité de procéder aux changements auxquels aspirent les Sénégalais et relever les défis qui les interpellent durant une période de trois ans.

Pour ces critiques, il suffit de les convaincre  de la pertinence du «  Programme de rupture, de refondation et de rétablissement de la paix en Casamance », pour qu’ils se rendent compte de leurs erreurs de jugement. 

 Il faudrait leur rappeler, que pour répondre aux changements démocratiques et de gouvernance auxquels aspire le peuple, aux urgences économiques et sociales qui l’assaillent, et aux impératifs de rétablissement  total de la paix en Casamance, trois ans pourraient  suffire amplement.

Par contre, pour relever les défis du sous développement  et de l’émergence économique dans le cadre d’une intégration politique et économique de la sous région, même  deux (2)  législatures  de cinq (5) ans,  successives ne sauraient suffire !

A cet égard, il faudrait épingler tous les marchands d’illusion qui promettent l’émergence durant leur mandat.

La période de transition et le programme posent les fondements de la nouvelle République,  sur lesquels le peuple devra s’appuyer pour se doter d’élus en mesure de relever,  dans le temps,  les défis du sous développement et de l’émergence économique.

C’est cette approche novatrice en matière électorale  et de politique de développement, qui déroute tous les conservatismes de droite comme de gauche.

Les conservateurs  de droite veulent une réforme du statu quo qui ne met pas en cause la nature du régime présidentiel, tandis que le conservatisme de gauche voudrait, une fois au pouvoir, faire table rase de tout  par Décrets, et construire la nouvelle République par l’érection d’un pouvoir d’exception qui gouvernerait par ordonnances  durant le mandat du Président élu.

A l’opposé,  Benno a choisi la rupture et l’Etat de Droit. Et ce choix implique une période de Transition qui permet au peuple d’être, par l’expression de son suffrage, au cœur des transformations institutionnelles, économiques et sociales qui fondent la nouvelle République.

C’est là toute l’essence de la Révolution Démocratique dont les sociétés africaines sont aujourd’hui grosses de façon avancée.

Benno, en choisissant l’approche de la « Transition », s’est donné comme objectif  d’accompagner cet accouchement,  pour qu’il soit le moins douloureux possible, pour préserver toutes les chances de  bonne santé au nouveau né.

C’est ce nouveau qui, en grandissant, va devenir le Sénégal émergent.

 

                                 Ibrahima Sène  PIT/SENEGAL

 

 

 

 

 

 

 

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