PRESIDENTIELLE 2012. UN GENERAL POUR VAINCRE LES AMBITIONS DERAISONNABLES ET PRESERVER LA REPUBLIQUE ? par Dr Mouhamed LY

  • CINQUIEME CONGRES DU PIT-SENEGAL

AVANT PROPOS DU Dr MOHAMED LAMINE LY: UN MOHAMED PEUT EN CACHER UN AUTRE !

Article pertinent de mon homonyme, (que je n’ai pas encore le plaisir de connaître), Dr Mouhamed LY, surtout concernant ses réserves sur certains hommes politiques, qui semblent animés par le seul désir d'occuper le fauteuil présidentiel!

Il est cependant indispensable de se départir de tout sectarisme dans le traitement des questions d'alliances politiques. Ce serait évidemment plus simple, si tous les partis de Benno partageaient les mêmes convictions politiques et idéologiques, mais hélas la politique de large rassemblement suppose que des couches sociales différentes essaient de trouver un dénominateur commun pour mettre en oeuvre un programme commun concerté.

Donc au delà des individualités, c'est le socle programmatique, qui est le facteur déterminant. Il restera alors à créer les conditions politiques de mise en oeuvre des accords politiques obtenus. En 2000, les forces de gauche, au lieu de construire un rapport de forces favorable à une politique de rupture se sont laissées appâter par des strapontins ministériels et ont mis sous le boisseau les propositions du pôle de gauche, qui ont largement inspiré le programme de la CA 2000.

Les larges et profondes concertations auxquelles Bennoo est en train de procéder devront aboutir à un document consensuel, base sur laquelle devra se construire une alliance politique visant à mettre un terme au règne de la dynastie WADE.

L'étape suivante sera marquée par la définition du meilleur profil que devrait avoir le candidat commun.

Certes, on ne peut exclure un général à la retraite ni un marabout éclairé, comme possible candidat à la candidature unique vers une alternative pacifique, démocratique laïque et civile. Cela suppose évidemment qu'on troque sa tenue de général ou sa tenue de marabout pour devenir un simple citoyen patriote désireux d'œuvrer pour l'avènement d'une société plus juste et plus démocratique!

Dr Mohamed LY, membre du comité central du PIT


P1000026

 Dr Mohamed LY à gauche, en  compagnie des camarades Mbodj, Mamie et Guissé

PRESIDENTIELLE 2012. UN GENERAL POUR VAINCRE LES AMBITIONS DERAISONNABLES ET PRESERVER LA REPUBLIQUE ?

Le clientélisme et l’émiettement de l’offre politique ont longtemps fendu notre scène politique en forces inégales avec des « grands » partis, souvent hégémoniques, et des « petits » partis voués à jouer les seconds rôles, si ce n’est à faire de la figuration. Cette césure ancrée dans les imaginaires masque un glissement. La bipolarisation du jeu politique par les deux mastodontes des années 80-90, PS-PDS, réalité qui semblait jadis insurmontable, est à présent derrière nous. Dès le début des années 90, les analystes avaient cerné que ces deux formations politiques ne pourraient se maintenir au pouvoir ou le conquérir sans s’inscrire dans de larges coalitions. Vingt ans plus tard, le PS et le PDS demeurent plus que jamais obligés de coopérer, voire de cogérer, avec d’autres partis, le réel d’une opposition ou d’une administration du pouvoir. C’est que dans les interstices de ces décennies, une reconfiguration entamée depuis la transition de 2000 ayant comme soubassement un dérèglement paroxystique des clivages idéologiques et un éparpillement des forces politiques en présence, a accéléré cette donne. Rappelons que ces dix dernières années, la scission de nombreux partis en deux entités, et même bien plus pour certains (AJ, PDS, PS…) fut compensée par de multiples alliances aux contours plus ou moins surprenants mais souvent nécessaires à leur survie, dans un contexte de fléchissement de l’engagement politique qui n’épargne aucun mouvement.

Bennoo mo dëpo ak jamono (« grands » contre « petits », une donne obsolète)

Les Assises nationales et les élections municipales de mars 2009 ont conféré à la coalition Bennoo, qui fédère des dizaines de formations, une reconnaissance et une légitimité qui en ont fait une force politique majeure. Malgré une focalisation excessive sur les questions institutionnelles et électorales, au détriment des préoccupations fondamentales des électeurs, notamment des couches populaires (chômage, coût de la vie, énergie, santé, fiscalité…), ses chances de remporter la prochaine élection présidentielle demeurent substantielles. L’usure née d’une omniprésidence de dix ans, une demande sociale abyssale, la récurrence des scandales, l’âge du président sortant, mais surtout l’appréhension d’une délégation « amorale » du pouvoir, rejetée par les Sénégalais, y compris jusque dans les rangs du pouvoir, sont des facteurs favorables à l’opposition. Néanmoins, puisqu’elle devra faire face à un adversaire dont la pérennité au pouvoir repose sur la capitalisation des possibilités offertes par une éventuelle division de ses adversaires, l’influence d’une certaine classe maraboutique, le clientélisme, l’attrait de ses « réalisations », sa main mise sur l’appareil d’Etat… toute erreur de stratégie pourrait être fatale à Bennoo. Or, en l’absence d’une réelle influence sur le mouvement social, syndical, estudiantin, associatif, etc. véritables leviers de l’impulsion et de la gestion de la contestation populaire, l’entrave d’une succession déloyale du pouvoir, semble moins dépendre d’un rapport de force favorable à Bennoo que de sa capacité à élaborer des stratégies satisfaisantes pour contourner les obstacles que dresseront, sur sa route, son principal adversaire. Un rival qui, quoiqu’on en dise, reste un redoutable politicien entouré par des transfuges de la gauche tout aussi aguerris politiquement et sociologiquement bien imprégnés des réalités du pays (Djibo Ka, Mamadou Diop Decroix, Aziz Sow, Abdourahim Agne, Mbaye Diack, Abdou Fall...). Un adversaire qui dispose également d’une kyrielle de libéraux qui, à défaut d’être des éminences grises, savent entretenir une clientèle politique. Sans avoir les mêmes ressources que son principal rival, c’est-à-dire les moyens de l’Etat, comment l’opposition, en moins de vingt quatre mois, pourra-t-elle contrecarrer le clientélisme, sécuriser le processus électoral, rendre inopérantes les injonctions de vote des marabouts périphériques, contenir la violence des « milices », devenue courante pendant les joutes électorales, déplacer, plus que par le passé, l’intérêt de la campagne, des médias d’Etats vers la presse libre et les NTIC (téléphonie, Internet, réseaux sociaux…), apporter des réponses crédibles à la lancinante question des « réalisations »… sans une « mutualisation » de ses forces ? Jusqu’ici, les théoriciens du schéma pluriel de candidatures s’en tiennent à une antienne : « c’est impossible ; l’opposition ne s’entendra jamais sur une candidature unique ! ». Au nom de ce leitmotiv qui résume leur ressource argumentative, ils envisagent l’institution de trois ou quatre pôles, dirigés par les leaders les plus en vue de l’opposition, qui pourraient agréger, disent-ils, leur force, dans la perspective d’un second tour.

PS, AFP, APR, « grands » par les ambitions mais « petits » par les bilans

Partis représentatifs et bien implantés sur le territoire national, pour les deux premiers, là où le troisième suscite de l’intérêt, mais ayant tous des appuis dans la diaspora et la communauté internationale, le PS, l’AFP et l’APR sont souvent cités comme les pylônes de cette architecture. Hélas, de nombreux handicaps font de ces formations des colosses aux pieds d’argile et rendent aléatoire la victoire d’un seul de leur leader, au premier tour, sans que l’on ne puisse exclure, comme ce fut le cas en 2007, qu’ils soient tous privés de second tour, dans la situation d’une dispersion de l’opposition. Des offres politiques très stéréotypées et par trop similaires – qui rendent inopérant un ratissage large et maximal– l’absence en leur sein de leaders charismatiques, experts dans l’art de déclencher des fièvres populaires, dans un climat de désenchantement et de crise de la politique, apparaissent comme des carences rédhibitoires. Qui plus est, un certain nombre de bilans négatifs jouent en leur défaveur. Ousmane Tanor Dieng porte les stigmates des 40 années de règne socialiste, sévèrement sanctionnées par les Sénégalais. Pour une partie de l’opinion, Moustapha Niasse est coresponsable de ce bilan. Macky Sall, quant à lui, est largement perçu comme un des « jardiniers » du passif de Wade lorsqu’il n’est pas présenté comme le cheval de Troie avec lequel ce dernier compte subrepticement percer les rangs de l’opposition. Pour une frange non négligeable de l’électorat, voter pour une seule de ces trois personnalités, notamment en ce qui concerne la gouvernance mais particulièrement les infrastructures, véritable talon d’Achille de ces « colosses », revient à prendre le risque de tomber de Charybde en scylla. Il suffit simplement d’interroger les Sénégalais autour de soi pour s’en rendre compte. C’est là une réalité que chacun peut vérifier. Ne nous racontons pas des sornettes.

Les ambitions déraisonnables et la succession « amorale », les deux jambes de la trahison du peuple

« Qui pourrait être l’unique candidat de Bennoo et de la société civile » ? Bien évidemment, il appartient à l’ensemble des formations de répondre à cette question. La piste que le modeste citoyen suggère ici est extraite d’une short list de présidentiables établie par Le Quotidien dans son édition du 27 novembre 2009. En revisitant cette nomenclature, le profil des généraux qui ont pris part aux Assises nationales a retenu notre attention. Ceci, pour plusieurs raisons qui vont bien au-delà d’une sommaire arithmétique politicienne qui viserait à capturer le vote des de militaires au nom de la légendaire solidarité qui lie les « frères d’arme ». Premièrement, l’on s’aperçoit rapidement, en parcourant le cursus de ces officiers, qu’ils ont donné suffisamment de preuves de compétence et de loyauté à la nation pour que leur présidentiabilité soit ratifiée. En second lieu, en rassurant, ils pourraient mettre un terme aux suspicions actuelles, fictives ou avérées, d’une implication de l’armée quant à une éventuelle dévolution « amorale » du pouvoir. Ensuite, leur participation aux Assises nationales, malgré les menaces du régime en place, devrait également constituer un gage quant à leur prédisposition à respecter l’esprit et la « lettre » des consultations citoyennes. Dans la perspective, souhaitable, d’une phase de transition, qui redéfinirait les règles du jeu, de manière consensuelle, tout en redressant ce qui doit l’être, les généraux semblent mieux préparés à transférer le pouvoir, après cette étape. Si les soldats sénégalais ont donné, par le passé, la preuve d’une leçon parfaitement apprise, c’est bien, plus que toute autre, celle sacrée de ne jamais déstabiliser les institutions républicaines pour se substituer au pouvoir civil. Aussi, l’on ne peut être le candidat d’une coalition hétéroclite sans être un rassembleur ; ces généraux ont l’avantage d’être proches de la société civile et plutôt équidistants des formations qui composent Bennoo. Enfin, last but not least, le corps militaire ne souffrant pas de l’incrédulité des masses envers la classe politique ; incrédulité confortée par les innombrables revirements et reniements qui ont marqué l’ère de la « transhumance », ils ont l’avantage de détenir des ethos « préservés ». Cela est particulièrement important dans un pays où de nombreux citoyens votent pour une « image » et non pour un programme. Et où des voix s’élèvent contre les échecs cumulés des hommes politiques ; des politiques qui, force est de le reconnaitre, ont jusqu’ici su se tirer d’affaire, eux et les siens, sans définitivement sortir le Sénégal de l’ornière. Si un de ces militaires, venait à être adoubé par la majorité de Bennoo et la société civile, les ambitions déraisonnables pourraient-elles persister sans que ceux qui les portent n’apparaissent comme les Judas de la cause majoritaire ? Les leaders boulimiques pourraient-il se détourner des aspirations populaires sans être confrontés à des dissensions au sein de leur propre formation ? Pour toutes ces raisons, des personnalités comme Talla Sylla, Imam Mbaye Niang, Mamadou Lamine Diallo, Robert Sagna, Momar Samb, Amath Dansokho, Abdoulaye Bathily, etc. etc. doivent cesser d’être les « porteurs d’eau » des assoiffés de pouvoir. Ils ont au contraire, au nom des légitimités politique et historique dont ils sont les dépositaires, l’obligation de soumettre le PS, l’AFP et l’APR au schéma historique qui s’impose : la transformation des querelles et des ambitions déraisonnables en une entente stratégique pour la République. Ceci, sur la base d’un contrat, arbitré par un non-politique. Contrat où l’essentiel sera déterminé par les termes même de l’entente et non par la représentativité supposée des partis. En ont-ils la volonté politique et les moyens ? Les répliques attendues, pour être convaincantes, devront intégrer deux autres interrogations. Peut-on se dire politique tout en se disant incapable de trouver des conciliations face à un jeu de contraintes qui se limite à un tampon d’ambitions et de contradictions, somme toute, politiciennes ? Dans la mesure où chaque parti compte une voix au sein de Benno, les conditions n’y sont-elles pas réunies pour construire une majorité favorable à la candidature unique ? Jusqu’à preuve du contraire, la préservation de la République est au prix d’une neutralisation des ambitions déraisonnables ; de toutes les ambitions déraisonnables. Celle illégitime d’une succession « amorale » mais aussi celle, trop précaire pour ne pas renforcer la première, d’un forcing intempestif de ceux qui, à l’heure fatidique du choix d’un « candidat de mission », dévoilent la fébrilité d’une addiction au pouvoir manifestant ainsi les symptômes d’une probable trahison de la Charte de gouvernance démocratique, issue des consultations citoyennes. Charte qu’ils ont paraphée au nom de l’engagement républicain dont ils se réclament, en parole, mais qui se manifeste rarement, dans les faits, par le renoncement d’un pouvoir aussi parcellaire ou éphémère soit-il. Or, lorsque pour des hommes politiques, « dire n’est pas faire », la bérézina fait entendre ses pas.

Dr. Mouhamed LY

lymou@voila.fr

 

 

 

 

 

 

 


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog