SEMINAIRE DE BENNOO DU 28 MAI 2011: QUELLES LEçONS EN TIRER ?

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PAR IBRAHIMA SENE

Ce Séminaire a marqué, au Sénégal, le début d’un tournant décisif dans les perspectives électorales  de 2012.

En effet, il a réglé, au sein de Benno, les questions fondamentales de la « Candidature » et de la « Transition », que les Séminaires antérieurs  préparaient laborieusement depuis les élections locales de Mars 2009.

C’est ainsi que la « Candidature » plurielle ou unique, et la pertinence  de la « Transition » après la défaite du régime de Wade, avaient suscité des débats passionnés au sein de Benno, au point qu’une bonne partie de la Presse, et bon nombres de «  Politologues »  n’avaient cesse de prédire son implosion à chaque Séminaire qu’il organisait sur les perspectives électorales en direction de 2012.

 

séminaire bennoo mai2011


Et cela, tout particulièrement en ce qui concerne la « Candidature » à l’élection présidentielle, des convictions étaient fortes sur l’impossible dépassement  du prétendu  « contentieux de 2000 » entre NIASS et TANOR, et de «  l’inéluctabilité » de leurs candidatures respectives, soit parce que ce serait la « dernière cartouche » pour l’un, ou, c’est parce qu’ « un Parti aussi historique que représentatif comme le PS ne saurait ne pas avoir un candidat à ces Présidentielles ».

Ces convictions étaient entretenues par des «  sorties » malheureuses, dans la Presse, de certains Cadres et/ ou de Jeunes de ces deux formations sur ces questions.

L’erreur de ces « analystes et autres politologues »  réside sur le fait, qu’ils n’ont pas pris suffisamment en compte les implications, en direction des élections, des « conclusions des Assises nationales » et de la « Charte pour la Bonne Gouvernance » que les membres de Benno ont ratifiées,  comme condition pour appartenir à cette vaste coalition de partis politiques et d’organisations de la Société civile.

Autrement,  ils auraient compris, que les perspectives électorales de 2012 sont inédites dans les annales politiques du Sénégal.

Ce caractère inédit  était en prélude lors des élections locales de Mars 2009, avec l’option d’une  liste unique Benno, ouverte  aux organisations et autres personnalités de la Société civile dans toutes les collectivités locales du pays.

C’est ainsi que, pour la première fois dans l’histoire politique au Sénégal,  l’on a assisté à l’émergence  d’une vaste coalition de partis politiques d’opposition, d’organisations et de personnalités de la Société civile,  qui briguaient ensemble le suffrage des Sénégalais pour prendre le pouvoir local.

Partout où cette coalition s’est matérialisée, Benno l’avait emporté haut la main.

L’émergence  de cette coalition en a fait une force politique alternative crédible au pouvoir de Wade,  grâce au  contrôle presque total que Benno exerçait sur les collectivités locales de la région de Dakar, y compris  Dakar ville, la capitale du Sénégal.

C’est cette force alternative qui devenait, à la place des Partis politiques pris individuellement, la force alternative, motrice de la lutte pour battre le régime de Wade, afin de mettre en oeuvre les «  Conclusions des Assises nationales » et la «  Charte de la bonne Gouvernance ».

Mais, tous ceux qui n’avaient pas compris ce tournant historique qui s’opérait sous leurs yeux, continuaient à raisonner à partir des intérêts spécifiques des Partis pris individuellement, et non pas à partir des perspectives nouvelles que l’émergence de cette force alternative ouvrait pour le Sénégal.

L’on semblait ne pas prendre conscience que le problème auquel étaient désormais confrontés les Patriotes,  Républicains, et Démocrates du Sénégal,  était  de trouver les voies et moyens pour consolider Benno,  afin de l’amener à jouer son rôle historique dans la Refondation de l’Etat et le changement de la Gouvernance du pays, tels que retenus par les Assises nationales,  pour restituer l’Etat aux citoyens, et restaurer la souveraineté du peuple sur ses ressources et sur son destin.

C’est pour cela, que la « Transition » et la «  Candidature unique » devaient constituer, pour Benno, la réponse la plus pertinente pour assumer ce rôle historique.

En effet, la «  Transition » s’impose à tous ceux qui veulent en finir avec le régime politique, institutionnel, et le mode de Gouvernance de Wade, pour le remplacer par un autre régime différent.

 

Macky Savané


Et cela vaut autant pour ceux qui œuvrent pour une rupture radicale, comme le préconisent les Assises nationales, que pour ceux qui ont opté pour le remplacer par un régime présidentiel.

La nécessité de cette période de «Transition » n’est donc pas une construction abstraite, mais résulte du choix politique de rompre avec le régime de Wade.

Ainsi il devient clair, que la période qui sépare l’installation du Président victorieux et la fin de la mise en place des nouvelles institutions adoptées par référendum, n’est autre chose qu’une période de transition, dont la durée peut varier selon l’ampleur des réformes retenues à mettre en oeuvre.

C’est pour cela, dire que l’on est contre la «  Transition » n’a aucun sens, à moins que l’on veuille dire,  que l’on s’inscrit dans la perpétuation du régime de Wade !

Puisqu’aucun leader de Benno ne s’inscrit publiquement dans une perspective de reconduction du régime de Wade, il est donc superflu de continuer à débattre de la nécessité de la «  Transition ».

De même,  qu’il est absurde de continuer à récuser la nécessité de la constitution d’un « Gouvernement  de transition » qui devrait mettre en place ces nouvelles Institutions, tout en prenant en charge, en même temps, les urgences économiques et sociales, sans lesquelles la   « Transition » serait menacée par l’instabilité sociale.

En effet, ce Gouvernement constitué dés la prise de fonction du nouveau Président élu, devra céder la place à un nouveau Gouvernement, dés la suppression du poste de Premier Ministre dans le cadre d’un régime  présidentiel, ou, dés la désignation d’un nouveau Premier Ministre par l’Assemblée nationale, issue des Législatives post Référendum, dans le cadre d’un régime de type parlementaire tel que retenu par le Séminaire du 28 Mai.

Donc, ce Gouvernement constitué dés l’entrée en fonction du nouveau Président élu, ne peut être qu’un « Gouvernement de transition », quel que soit le régime qui devrait remplacer celui hérité de Wade.

Ne pas accepter cette évidence, ce serait se voiler la face, et se perdre en conjonctures.

Les divergences au sein de Benno ne devraient donc plus porter,  ni sur la nécessité de la « Transition », ni sur la pertinence de la mise en place d’un « Gouvernement de Transition ».

La seule véritable question qui demeure n’est rien d’autre que le sort du Président sorti victorieux sur la base de la Constitution héritée de Wade.

En effet, il s’agit de s’avoir s’il doit conserver son mandat de sept ans, ou s’appliquer les cinq ans prévus par les Assises nationales, ou faire correspondre son mandat avec la durée nécessaire pour mettre en place toutes les nouvelles institutions.

Le Séminaire de Benno du 28 Mai a donné une réponse sans équivoque à cette question.

Le Président élu devrait mettre en place toutes les nouvelles institutions, dont l’Assemblée nationale et le pouvoir judiciaire, pour une période n’excédant pas trois ans, et organiser de nouvelles élections présidentielles auxquelles il ne sera pas candidat.

Ce choix permet de promouvoir  non pas  un « Président de mandature » pour mettre en œuvre son Programme, mais bien  un « Président Refondateur » appelé à veiller sur l’exécution d’un  Programme commun, dont la mise en place des nouvelles institutions durant la « Transition ».

Par contre, un « Président de mandature »,  rééligible à la fin de son mandat, convient le mieux dans le cas de la perpétuation du régime de Wade, ou  dans celui de son remplacement par un régime Présidentiel, qui a l’inconvénient majeur  d’accentuer la concentration excessive du pouvoir exécutif aux mains  d’un Président élu au Suffrage universel.

Il est donc paradoxal, après avoir accepté  les «  Conclusions des Assises nationales » et signé la «  Charte de la bonne Gouvernance »,  de proposer aux Sénégalais, en  perspectives des élections de 2012,  le remplacement du régime de Wade, tant décrié par sa concentration excessive du pouvoir entre les mains du Chef de l’Etat, par un régime Présidentiel qui aggrave davantage ce type de pouvoir personnel.

Ce serait proposer de retourner le Sénégal à la période  sous Senghor de 1963 à 1970, ou à celle  de Diouf, de  1984 à 1990, avec toutes les régressions des acquis démocratiques qui ont caractérisé ce type de pouvoir personnel.

Donc, les uns et les autres devraient se rendre compte, qu’il n’y aura pas de changement véritable dans la manière dont le Sénégal est gouverné, sans une remise en cause intégrale de ce type de pouvoir personnel, dont les différentes variantes, encore  en vigueur un peu partout en Afrique, sont au cœur de la patrimonialisation de l’Etat, du pillage de ses richesses, et des régressions des acquis démocratiques des peuples qui ont fait le lit à  des régimes despotiques.

C’est pour cela,  que le Séminaire du 28 Mai devrait permettre, à toutes ses composantes, de se reprendre,  pour s’inscrire dans les véritables changements aux quels aspirent les Sénégalais, et que les Assises nationales ont formulé en grandes orientations politiques, économiques, sociales et culturelles.

Pour ce faire, il est nécessaire d’inscrire les réticences encore formulées au sein de Benno, comme une survivance de reflexes  de Parti encore vivaces chez certaines composantes de Benno, et que la vie, d’ici les Présidentielles, devrait permettre de surmonter.

Ces réflexes de Parti tiennent encore chez ceux  qui, de création récente, ont besoin d’exister et de poser leurs marques,  en temps que parti politique distinct,  partout au Sénégal,  et  chez ceux dont l’existence,  en temps que parti politique,  est menacée par les manœuvres de Wade.

Il faudrait donc comprendre que la quête  l’affirmation de leur existence est, chez eux, un préalable, à tout accord sur la stratégie électorale en direction  des Présidentielles et des Législatives en perspective. Mais, ils devraient aussi se rendre compte, que leur marge de manœuvre est très étroite, et est limitée dans  le temps  qui ne joue pas en leur faveur.

Il est certain que les circonstances de l’évolution de la lutte, d’ci les élections, leur permettront d’ajuster utilement leur stratégie électorale, pour éviter que leur quête d’existence ne crée les conditions  de  leur disparition de la scène politique, en facilitant, par la dispersion des forces de Benno à laquelle Wade œuvre inlassablement, la réussite du coup du force électoral qu’il est entrain  de mettre en œuvre sans états d’âme.

Ce serait donc une erreur fatale,  dans Benno, que de ne pas tenir compte de ce besoin chez certains de ses membres, au point de réclamer leur exclusion, sous prétexte de désaccord sur la stratégie électorale, et chez eux, de privilégier ce besoin  d’existence au point de rendre inévitable la dispersion des forces face au projet de Wade.  

 

Fait à Dakar le 7 Juin 2011

Ibrahima Sène PIT/SENEGAL

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