SENEGAL : LA LEçON D'ALTERNANCE ET DE PROBITE DE DANSOKHO

  • CINQUIEME CONGRES DU PIT-SENEGAL

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mercredi 26 mai 2010.

 Amath Dansokho quitte la scène politique. Le congrès du PIT (Parti de l’indépendance et du travail) auquel il a pris part, le week-end dernier, à Thiès, la capitale sénégalaise du rail, aura été son dernier à la tête de cette formation politique qu’il a créée et animée, de longues années durant. 73 années bien sonnées, ce n’est plus la prime jeunesse. Mais l’homme, malgré une santé devenue de plus en plus chancelante, garde bien tous ses esprits et l’un des traits qui prouvent bien qu’il a la tête sur les épaules, est bien sa décision de passer librement le témoin de la direction de son parti à Maguette Thiam.

Dansokho administre par le fait même, et avec quelle élégance, une excellente leçon de démocratie, à l’intérieur de sa propre formation politique. Salut, l’artiste !

Le fait est suffisamment rare sous nos tropiques pour qu’on le salue à sa juste valeur. Sur le continent africain, alors que tout le monde tire à boulets rouges sur les régimes politiques qui s’éternisent et se fossilisent, refusant jusqu’à toute idée d’alternance possible, il est réconfortant de constater qu’il existe des oppositions qui sont en mesure d’appliquer en leur propre sein l’exigence qu’elles réclament aux gouvernants de l’heure. Cela ne fait que les grandir et ennoblit sans doute la cause pour laquelle ils ont, durant de longues années, lutté. Car, après tout, nul n’est éternel, nul n’est vraiment dépositaire de la science infuse et ce n’est pas parce qu’on a créé un parti politique qu’on est appelé à le diriger ad vitam aeternam.

Amath Dansokho l’a sans doute compris, qui, en toute liberté, en toute âme et conscience, a décidé de confier la tâche de la gouvernance du PIT à son jeune successeur. Et Maguette Thiam hérite d’un bien lourd héritage. On ne succède pas facilement à une montagne. Et, de montagne, Amath Dansokho en aura été une dans le paysage politique sénégalais. Il en aura été un monument d’importance. Il aura été, toute sa vie, l’homme qui dit haut et fort ce qu’il pense, celui qui a toujours eu en horreur le maniement du langage sibyllin et de la langue de bois.

Ce qu’il pensait devoir critiquer, fustiger, condamner, il le dénonçait au moyen du verbe tranchant et truculent que tout le monde lui reconnaît. Pour un opposant africain, la chose est loin d’être ordinaire ou simplement banale. Car, sous nos tropiques, ils sont légion, les hommes politiques, officiellement de l’opposition, qui désavouent l’adversaire politique le jour, pour ensuite, à la nuit tombée, partager des agapes bien fraternelles au palais présidentiel en compagnie du maître des lieux.

Dansokho aura été, lui, d’une constance à toute épreuve. Et d’une immaculée probité aussi. Et pourtant, il aura été du gouvernement d’alternance du président Abdoulaye Wade, peu après l’avènement au pouvoir de la coalition Sopi de mars 2000. Il en sera d’ailleurs défénestré car en haut lieu, on aura manqué de comprendre et d’accepter ses prises de positions bien marquées et qui, à leurs yeux, frisaient l’insurrectionnel.

D’avoir été débarqué du gouvernement de Gorgui n’entamera en rien la constance ainsi que la persévérance de l’homme qui ramera dans la direction qu’il avait toujours choisie, professant les mêmes croyances et affichant les mêmes convictions. Envers et contre tous, en dépit de tout ce qui aura été concocté et mijoté pour le faire culbuter. Personne n’aura jamais avancé le commencement de la moindre preuve incriminant l’homme à la célèbre barbichette au motif qu’il aura trempé dans quelque affaire louche ou dîné avec de peu recommandables compagnons.

Dansokho quitte la scène politique, la tête haute. Mais il nourrit sans doute le secret espoir que son successeur garde le cap. Qu’il refuse d’avoir peur et fuit comme la peste, la compromission. C’est d’ailleurs cette philosophie politique qui lui aura permis d’apporter sa modeste pierre à l’édification de la démocratie au Sénégal. Car, revêtir le statut d’opposant intraitable et se dresser face au Diombor(1) du PDS est loin d’être une sinécure. Lui aura su le faire et avec quel brio ! La classe politique sénégalaise d’ailleurs, tous bords confondus, ne restera pas insensible à la retraite politique du leader du PIT.

Ses amis politiques, en lui rendant un vibrant hommage, espèrent que même de son repos du guerrier, Dansokho sera toujours de coeur avec eux. De son côté, Wade et ses amis peuvent se vanter de pouvoir sans doute "souffler" un peu plus, car c’est peut-être le plus virulent critique du PDS qui choisit de se mettre définitivement sur le banc de touche. Mais les Sénégalais auront l’honnêteté de reconnaître que l’homme aura donné toutes ses forces pour ce pays de la Téranga, et que les durs combats qu’il a menés auront permis à la démocratie sénégalaise de s’exprimer dans une bénéfique pluralité qui aura contribué à faire du Sénégal l’idéal de démocratie qu’il est aujourd’hui sur le continent africain. Son exemple devra faire tache d’huile. Son repos de guerrier intrépide n’en sera que plus mérité.

"Le Pays"

 

 

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seynabou 30/05/2010 16:25


J'ai lu cet article avec intérêt. Dansokho ne peut pas quitter la scène politique, certes il cède la place de secrétaire général du pit à Monsieur Magatte THIAM.


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