TURBULENCES DANS LE SECTEUR DE LA SANTE: QUELQUES REFLEXIONS ISSUES DE NOTRE DERNIER CONGRES!

  • CINQUIEME CONGRES DU PIT-SENEGAL

14264 102904133062526 100000288200046 74301 7652506 nBild004.jpg

 

La politique sanitaire de notre pays, à l’instar de tous les pays en développement est traversée par des lignes de force liées d’abord à l’atteinte des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement), puis à la lutte contre la pauvreté, consacrée par les documents stratégiques de réduction de la pauvreté (DSRP I et II) et enfin à la gestion axée sur les résultats pour le développement, dans le cadre de l’amélioration de l’efficacité de l’aide au développement.

A un peu plus de cinq ans de la date retenue pour l’atteinte des OMD, le pouvoir libéral, à l’instar d’institutions internationales complaisantes essaient d’utiliser l’alibi de la crise financière mondiale pour justifier les retards mis en évidence concernant l’aggravation de l’état nutritionnel des enfants des pays en développement et la lenteur des progrès concernant les programmes pour améliorer la santé maternelle.

Sur le plan de la lutte contre la pauvreté, le secteur de la Santé reste caractérisé par une insuffisance en infrastructures sanitaires et sociales et en prestation de services. Le personnel de santé est mal réparti sur l’ensemble du territoire national en particulier au niveau des zones pauvres et reculées, peu motivé à exercer ses activités.

L’absence d’évaluation environnementale et le non-respect des schémas d’urbanisme dues à une boulimie foncière, qui s’est accentuée depuis l’arrivée de l’équipe libérale au pouvoir dans notre pays sont à l’origine d’inondations, qui provoquent une détérioration  tragique des conditions d’hygiène et de santé dans les quartiers populaires de la grande banlieue dakaroise.

Il est notoire que laprotection sociale ne couvre que 7,8% de la population dans un environnement marqué par la prédominance des exploitations familiales (dans l’agriculture, l’artisanat, etc.) et l’extension du secteur informel, principal refuge des sans-emplois en particulier des femmes. Aucune politique nationale d’exemption n’est prévue pour les malades indigents.

 Face aux nombreuses entorses à l’orthodoxie budgétaire ayant jalonné l’exécution des plans nationaux de développement sanitaire  et tenant compte de l’inefficacité budgétaire faisant reposer l’essentiel des dépenses de santé sur les ménages, même dans le secteur dit public, il était urgent de réformer les procédures de gestion. C’est ce qui a conduit la déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement à promouvoir au rang d’exigence pressante la gestion axée sur les résultats, qui implique, outre une participation effective  des acteurs concernés, une distribution plus équitable des ressources mais aussi des informations, aussi bien sur le plan interne qu’en liaison avec toutes les parties prenantes.

La gestion axée sur les résultats induit également le renforcement de la planification à la base et une meilleure allocation des ressources, car la répartition équitable des ressources et leur utilisation judicieuse constituent, en effet, les domaines critiques pour l’implantation du Cadre de Dépenses Sectorielles à Moyen Terme (CDSMT).

Le bilan du plan national de développement sanitaire de la période 1998-2009, montre que, même si quelques acquis tels que le maintien de la prévalence de l’infection à VIH dans la population générale à moins de 1% ou la baisse de la morbi-mortalité due au paludisme ont été engrangés, on note cependant des reculs marqués notamment par le niveau encore élevé des indicateurs de la mortalité maternelle, de la mortalité néonatale, de la mortalité infantile et de la mortalité infanto juvénile ainsi que l’insuffisance de la prévention et de la prise en charge des affections courantes, y compris les urgences médico-chirurgicales.

Sur le plan institutionnel  et dans le cadre de la gestion du ministère, on note des dysfonctionnements et des conflits de compétence dus à la multiplicité des services rattachés et à la non prise d’arrêtés d’application du décret 2004-1404 du 04 novembre 2004 portant sur l’organisation. Les missions des directions, divisions et services régionaux ne sont pas clairement précisées. L’instabilité institutionnelle que connait le ministère de la santé perturbe  la mise en œuvre de plusieurs décisions et réformes dans le secteur.

Sur le plan des ressources humaines, on observe non seulement une non atteinte des indicateurs de couverture en personnel fixés dans le PNDS 1998-2007 à cause de recrutements insuffisants dans les écoles de formation, la non maitrise de l’embauche de nouveaux agents qui est du ressort de la Fonction Publique, mais aussi une inégale répartition sur l’étendue du territoire national avec un déficit en personnel accentué au niveau des zones difficiles et éloignées de la capitale. Les mutations  intervenues dans le secteur ne sont pas suffisamment prises en compte, à telle enseigne qu’il est impératif de tenir compte de l’émergence de nouveaux métiers.

Les objectifs en matière de construction de nouvelles infrastructures n’ont pas été atteints, l’accent ayant  surtout été mis sur la réhabilitation des centres de santé. L’érection de nouvelles régions médicales et de nouveaux districts ne s’est pas accompagnée de la construction de locaux adéquats.

La chaîne de froid essentielle pour les programmes de vaccination n’a pas été renouvelée depuis 2002 traduisant le problème global d’absence de plan de renouvellement des équipements. La DEM (Direction des Equipements et de la Maintenance) est très peu fonctionnelle et ne dispose pas de structures décentralisées au niveau des districts et régions médicales et on constate la mise en place très fréquente d’équipements parfois non adaptés et/ou non prioritaires. Le système de gestion de la logistique est défectueux voire inexistant (suivi du mouvement des matières, respect des normes d’amortissement…etc).

Concernant le secteur privé, on note, là aussi, une répartition inéquitable des structures à travers le pays. Par ailleurs, l’achat prématuré d’équipements avant la réception des bâtiments conduit à un stockage prolongé des matériels biomédicaux, entraînant leur détérioration ou leur disparition.

Le contrôle  de qualité fait défaut. On observe une non-prise en compte du sous secteur de la santé privée et en particulier la santé au travail. Le PNDS occulte totalement les questions de santé au travail aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Pourtant notre pays dispose d'un cadre législatif et réglementaire, qui institutionnalise l'organisation de la médecine du travail pour tous les travailleurs sénégalais. Le secteur privé contribue beaucoup dans le financement, l'allocation de services de soins préventifs et curatifs et conduit beaucoup d’activités citoyennes de santé à travers le pays.

Le secteur pharmaceutique est subdivisé en plusieurs entités que sont la Direction de la Pharmacie et des laboratoires (DPL), le Laboratoire National de Contrôle des médicaments (LNCM), la Pharmacie Nationale D’Approvisionnement (PNA), les Grossistes-Répartiteurs, les  Etablissements de Fabrication et les structures de dispensation.

Le système d’orientation-recours est peu performant et très fréquemment contourné par les patients, créant des situations d’encombrement dans les grands hôpitaux nationaux.

Le secteur de la santé a reçu au terme du PNDS 1998-2007, un financement de 933,2 milliards de F.CFA, soit un taux de réalisation financière de 96,8%. L’Etat a été le principal pourvoyeur en ressources financières du secteur de la santé dans la mise en œuvre du PNDS, avec un apport de 475,96 milliards de FCFA, représentant 51% de du financement. Il est suivi par les partenaires extérieurs avec un apport au financement de 249,52 milliards de FCFA, représentant 26,7%. Viennent ensuite les populations et les Collectivités Locales pour respectivement 19,3% et 3%. Pour le cas particulier des collectivités locales, les contributions financières ont été très en deçà des prévisions pour l’ensemble des deux phases. Dans la plupart des collectivités locales, seuls les fonds de dotation arrivent aux structures sanitaires.

En plus des différents impôts et taxes, les populations supportent prés de 20% des dépenses en santé. Les comptes nationaux de la santé ont également mis en évidence l’importance du secteur privé dans la formation de la Dépense nationale de santé (DNS).

L’allocation des ressources aux différents échelons de la pyramide sanitaire ne répond pas à des critères d’équité et d’efficacité, les services centraux se taillant la part de lion des financements. Seulement 3% du financement arrivent aux postes de Santé qui sont les structures de proximité fréquentées surtout par les couches pauvres de la population.

Sur le plan de l’assurance maladie, il n’existe pas encore de couverture maladie généralisée à l’ensemble de la population malgré la part importante des ménages dans la prise en charge des dépenses de santé. Le taux de couverture risque maladie se situe autour de 20%. Des couches importantes de la population sont exclues de la couverture de risque maladie (ex : agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, artisans…)  malgré l’apparition de mutuelles de santé qui brillent par leur caractère éphémère. Le préfinancement du plan Sésame par les structures de santé et le non respect de ses engagements de remboursement par l’Etat mettent les hôpitaux et centres de santé dans des situations de tension de trésorerie et d’indisponibilité de services.

La politique d’accès aux médicaments essentiels  souffre d’une mauvaise gestion à tous les niveaux (PNA, PRA, dépôts de pharmacie) qui entraine des ruptures fréquentes. L’érection de la Pharmacie Nationale d’Approvisionnement (PNA) en EPS n’a pas encore donné les résultats escomptés en matière de gestion.  Le laboratoire National de Contrôle des Médicaments (LNCM) ne dispose pas de moyens pour assurer sa mission. Il a des difficultés à mobiliser son budget obtenu par le  financement de l’Etat et l’appui de la Banque Mondiale et de l’Union Européenne. La réglementation pharmaceutique n’est pas appliquée dans sa globalité par insuffisance d’inspecteurs assermentés.

Selon les documents officiels, le but de la  Réforme Hospitalière est d’améliorer les performances des hôpitaux aussi bien sur le plan de la gestion que celui de la qualité des soins. L’autonomie de l’hôpital est mal assumée, conduisant à plusieurs travers, dont les effectifs pléthoriques et un faible pourcentage de personnel qualifié. On note le retard de mise en place et le faible taux d’exécution des budgets provenant de l’Etat et de ses démembrements. Ces budgets ne répondent pas à des critères d’allocation pertinents. On note une insatisfaction des populations par rapport aux services, et la dette hospitalière s’accentue. Tout ceci est le résultat d’une mauvaise gestion  et de l’insuffisance de l’implication des travailleurs et des consommateurs dans la planification et le contrôle l’exécution budgétaire.

Dans le domaine de la décentralisation, beaucoup de réformes ont été prises pour aboutir à celle de 1996 qui érige la région en collectivité locale. Un transfert de neuf domaines de compétences, dont la santé, de l’Etat central aux collectivités locales a été effectué. Il s’est agi, notamment, de faire face aux difficultés notées dans les relations entre les responsables de la santé et les élus au niveau local. Les comités de gestion n’ont pas été installés dans la plupart des cas. Par ailleurs, certaines collectivités locales ne libèrent pas la totalité des crédits alloués aux formations sanitaires sous leur tutelle. La santé est un secteur technique et un domaine de compétence nouveau pour les collectivités locales, alors que leurs capacités administratives sont toujours limitées. Enfin, les collectivités locales sont des entités politiques où les processus de décision n’obéissent pas uniquement à des considérations techniques.

Notre vision est celle d’un pays dans lequel, l’équité, la justice sociale et la responsabilisation pleine et entière des communautés dans tous les aspects de leur vie permettent un accès universel aux services complets et intégrés de santé à tous les citoyens bénéficiant de conditions de vie dignes, dans un environnement sûr et épanouissant.

Notre programme alternatif en devenir devra être centré autour nos réalités propres et des préoccupations identifiées par les masses populaires elles-mêmes et portées par des forces sociales progressistes, œuvrant pour un développement national véritable. Une véritable alternative ne saurait donc se réduire à une simple course-poursuite en vue de l’atteinte des OMD. Il faudra néanmoins prendre en compte les 8  objectifs des OMD pour une couverture effective des couches pauvres de la population, étant donné le caractère transsectoriel de la Santé, dont les déterminants sont liés au pouvoir d’achat, à la nutrition, au niveau d’éducation, à l’approche genre, à l’assainissement et à l’environnement.

Il s’agira de repenser le processus de participation communautaire à la Santé, par une responsabilisation véritable des communautés sur tous les aspects touchant à leur vie, de la planification (incluant le diagnostic) à l’évaluation en passant par la mise en œuvre.

Les collectivités locales devront être davantage outillées en capacités de gestion et de management et en moyens financiers pour leur permettre de jouer véritablement leur rôle dans le processus de transfert de la compétence Santé.

Les conditions d’une meilleure synergie entre collectivités locales et Etat Central devront être créées pour une mise en œuvre optimale du processus de décentralisation dans tous les domaines et plus particulièrement le secteur de la Santé.

L’amélioration de  la qualité organisationnelle des structures de coordination, mise en œuvre et suivi-évaluation-audit est indispensable.

Des ressources humaines compétentes dans toutes les structures de santé devront être disponibles.

Il faudra assurer une bonne accessibilité physique aux services de santé, en respectant les normes de l’OMS pour ce qui est de la couverture en infrastructures sanitaires.

Le secteur public réhabilité devra être prédominant et digne de confiance, tout en permettant l’accompagnement d’un secteur libéral, qui devra agir en interrelation avec le secteur précité afin de rendre sauf un accès équitable aux soins, surtout d’urgence.

Des ressources matérielles de bonne qualité devront être disponibles dans toutes les structures de santé, selon les normes et principes de la carte sanitaire.

Il faudra veiller à la pertinence du système d’orientation-recours selon les échelons de la pyramide sanitaire  en assurant l’opportunité et la continuité des services à tous les échelons de la pyramide sanitaire.

La bonne qualité technique de toutes les prestations des services de santé,  en prenant en compte lasécurité des patients, qui est un impératif, doit être de mise.

L’amélioration de la couverture sociale des citoyens passera par l’assainissement de la gestion des institutions existantes, la mise en place d’un système performant de protection sociale pour les travailleurs en milieu urbain et la promotion des mutuelles de santé pour les citoyens du monde rural, du secteur informel et des banlieues des grandes agglomérations.

Le leadership d’un mouvement syndical dans le Secteur de la Santé devra être rétabli et renforcé.

La recherche en Santé devra être conduite, en veillant au respect rigoureux des normes d’éthique dans les protocoles de recherche en rapport  avec le Comité National prévu à cet effet.

S’agissant de politique du médicament, il faudra entre autres, former et recruter du personnel dans le secteur de la Pharmacie, perfectionner la capacité technique et opérationnelle des pharmaciens inspecteurs, réactualiser les textes en vue de la mise en place d’un dispositif législatif et réglementaire adéquat et faire une évaluation nationale des besoins en médicaments

Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog