INTERVIEW DU Dr AMADOU DIAOUNE, SECRETAIRE GENERAL DU SUDES

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INTERVIEW DU Dr AMADOU DIAOUNE, SECRETAIRE GENERAL DU SUDES

DOCTEUR AMADOU DIAOUNE, SECRETAIRE GENERAL DU SUDES

«L'état actuel du système est désastreux»

Jean Pierre MALOU | 14/06/2013 | 06H43 GMT

La situation de l'Ecole Sénégalaise est très préoccupante. Et en dépit des promesses des nouveaux tenants du pouvoir le système éducatif ne se porte pas mieux que sous l'ancien régime. Et les mêmes causes continuent de produire les mêmes effets : revendications, débrayages, grèves, baisse de niveau des élèves et hécatombes aux examens. Pendant ce temps, le contribuable continue à suer eau et sang pour financer le système qui, bien que peu performant, est tout de même devenu très coûteux en terme d'investissement. A qui imputer la responsabilité ? Les syndicats qui sont tous les jours en grève ? Les parents qui semblent avoir démissionné de leur rôle ? Les décideurs qui sont plus préoccupés par la chose politique qu'éducative et autre ? Ou tout le monde à la fois ? Le Docteur Alioune Diaouné, le Secrétaire général du Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes) bien au fait de toute la problématique de l'Ecole Sénégalaise, apporte dans cet entretien quelques réponses à toutes ces questions

Vous êtes depuis un an et demi à la tête du Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes), l’un des plus puissants syndicats du Sénégal. Quel est le premier bilan d’étape que vous tirez de votre magistère?

Pour cette première année et demi d’exercice à la tête du Sudes, nous sommes en train de mettre en œuvre les recommandations du tout dernier congrès tenu au mois de décembre 2011 et qui sont au nombre de quatre. A savoir la restructuration du Sudes pour mieux l’adapter au contexte actuel, la tenue des états généraux de l’éducation et de la formation (EGEF), la réunification du mouvement syndical enseignant (l’unité organique avec l’Union démocratique des enseignants du Sénégal ; Uden), et la reconstruction du siège du syndicat. A présent sur l’ensemble de ces questions, des avancées significatives sont notées, notamment la mise en place des 6/8, des entités autonomes au niveau de l’enseignement élémentaire, enseignement moyen secondaire général, enseignement secondaire technique, au niveau des corps émergents, supérieur, et bientôt dans l’administration. Et nous pensons pouvoir mettre en place la huitième entité. Pour ce qui est de la tenue des Egef, les dernières concertations nationales sur l’enseignement supérieur en sont l’illustration de la volonté de les organiser. Il en est ainsi pour la réunification du mouvement syndical (SUDES/UDEN) sous le contrôle de l’unité organique paritaire. Et enfin pour ce qui est de la reconstruction du siège, les plans sont à l’étude. Nous avons grand espoir que ça ira bien.

Quel est le rôle dévolu à ces différentes entités?

Ces entités, qui fonctionnent comme des syndicats, ont pour rôle, la prise en charge et la gestion des revendications spécifiques des enseignants à tous les niveaux et sur toute la carte scolaire. Par exemple l’entité du supérieur a fait un travail extrêmement important de contribution pour la réussite des dernières Concertations Nationales sur l’avenir de l’Enseignement Supérieur (CNAES). C’est dans de telles démarches, que le Sudes s’est toujours inscrit pour apporter sa pierre à la construction de l’école sénégalaise.

Le Sudes semble cependant prendre de plus en plus du recul par rapport aux actions du mouvement syndical national. Est-ce à dire c’est parce que vous êtes aux affaires?

Le Sudes toujours fidèle à sa ligne et à ses principes moraux n’entend pas y déroger. Ce n’est ni sous le poids d’un groupe de pression, de parti politique ou encore un mouvement syndical que les fondamentaux du Sudes vont péricliter. Et ce, en dépit de certaines nominations tel Souleymane Ndiaye, Sécrétaire général du Suel, copté dans le cabinet de Amadou Moctar Mbow, cela ne saurait changer de ligne et tant d’autres cadres comme Amadou Thiam, Mamadou Ndoye, Iba Der Thiam, Maguette Thiam, Madior Diouf, entre autres, notées depuis toujours, dans l’attelage des gouvernements qui se sont succédés. Une situation qui n’en déplaise pas, mais tout au contraire, une grande satisfaction qui témoigne encore de plus la compétence et la confiance que font montre nos hommes pour conduire le pays vers l’émergence.

Quid de la situation actuelle de l’école Sénégalaise ? Ne vous inquiète-t-elle pas?

Sans verser dans une quelconque dramatisation outrancière, l’état désastreux actuel de notre système éducatif interpelle fortement ses principaux acteurs que sont les pouvoirs publics, les enseignants, leurs organisations syndicales et leurs associations scientifiques de branche, les associations de parents d’élèves et d’étudiants et même nos partenaires techniques étrangers qui contribuent de façon significative au financement de l’éducation. Aucun pays ne peut prétendre se développer sans l’éducation. Par conséquent, une forte volonté politique s’impose à tous les acteurs.

Etes-vous d’accord avec le gouvernement dans sa manière actuelle de diligenter les problèmes du secteur ?

C’est regrettable! Ça fait plus d’un an après que le gouvernement ait ouvert les concertations, mais jusqu’ici aucun acte concret tendant à un dénouement heureux pour le bien de l’école sénégalaise en quête d’avenir n’est posé. C’est encore le dilatoire et l’indécision qui caractérisent jusqu’ici les actions du gouvernement. Or, pour apaiser le climat dans l’espace scolaire, et aller à la stabilisation de celle-ci, il suffit d’une simple régularisation de la situation actuelle. C’est-à-dire, le respect de la plate-forme revendicative signée par les gouvernements précédents, notamment la régularisation des maitres et professeurs contractuels.

Quelles sont les clauses réelles de la plate-forme revendicative ?

La plate-forme revendicative en discussion comporte des points de revendications qui datent de 2003, 2009, 2012… donc si le gouvernement avait la volonté ferme de régler, il l’aurait fait depuis très longtemps pour le meilleur de l’école. Il fallait faire de la résolution de ces points une priorité. Aujourd’hui, tout ça serait derrière nous, ce qui est loin d’être le cas. L’Etat à une grande part de responsabilité dans la persistance de cette crise aux conséquences incalculables.

Pensez-vous que le gouvernement est le seul responsable du blocage?

A présent, aucun dénouement heureux n’est possible si le gouvernement ne règle pas cette question fondamentale à savoir la satisfaction de ce point focal. Les enseignants ne demandent que le respect et l’application des accords signés par l’Etat. Il est grand temps pour que les nouvelles autorités du pays déclinent de façon très claire leur position par rapport à la question de l’éducation. C’est aussi simple.

Etes-vous convaincu que si les revendications ne sont pas prises en compte l’école Sénégalaise sera toujours en zone de turbulence perpétuelle?

Vous le constatez bien ces dernières semaines il y a eu la mise en œuvre du plan d’actions marqué un arrêt de travail et des débrayages. Donc la menace est permanente aussi bien pour les élèves que pour les parents. Les négociations ne devraient pas trainer. Parce qu’il s’agit de valider les mesures qui avaient été arrêtées avec l’ancien gouvernement. Et puisqu’il s’agit de la continuité de l’Etat, il faut nécessairement donc que le gouvernement en place respecte ses engagements. C’est une condition sine quoi non.

Des concertations nationales sur l’enseignement supérieur ont été tenues tout récemment. Quel enseignement en en tirez-vous en vue de la réorganisation du secteur dans son ensemble?

Ces concertations nationales sur l’enseignement supérieur tenues dernièrement sont une réponse aux diverses préoccupations du secteur. Et elles indiquent la voie à suivre pour trouver des solutions aux problèmes de l’Ecole sénégalaise.

Quelle lecture faites-vous des résultats des concertations nationales sur l’avenir de l’enseignement supérieur?

En attendant la mise en œuvre de ces conclusions qui relèvent pour l’essentiel du moyen et du long terme, il faut que le Gouvernement s’engage résolument dans la recherche de solutions aux urgences qui relèvent du court terme. Il y a notamment l’ouverture impérative pour 2013-2014 de la 2ème Université de Dakar à Sébikhotane et celle du Sine Saloum. Il faut décongestionner au plus vite l’UCAD qui n’en peut plus devant l’afflux toujours croissant de bacheliers.

Quelle a été justement la position du Sudes par rapport aux questions agitées par les uns et les autres au cours des concertations?

Depuis sa création, le Sudes s’est assigné la mission historique de défendre et de promouvoir l’Ecole et l’Université publique. C’est une de ses raisons d’être. Parce que l’Ecole publique est le moyen de promotion sociale à la portée de tous les enfants du pays sans exception. C’est l’Ecole de la République. Beaucoup d’entre nous cadres dans différents secteurs, sommes des produits de l’Ecole publique. Il s’y ajoute que les enjeux éducatifs pour le développement économique de tout pays sont plus importants, plus fréquents aujourd’hui qu’hier. C’est pourquoi le Sudes considère qu’il ne faut pas l’affaiblir, la discréditer et mettre en péril l’Ecole publique. Or aujourd’hui, le gouvernement par sa politique et son laxisme dans la gestion mais aussi les syndicats d’enseignants par la récurrence des grèves de plus en plus longues, à l’échelle nationale, régionale ou locale sont en train de porter de rudes coup à l’Ecole publique, qui est de moins en moins compétitive face au secteur privé d’enseignement. Il nous faut, nous ressaisir à ce niveau, car c’est l’avenir de la nation qui est en jeu.

Comment appréciez-vous l’avènement du ’’PAQUET’’ qui vient supplanter le PDEF?

Le programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (PAQUET) présenté comme une ‘’grande réforme’’ du système éducatif inscrite dans la lettre de politique sectorielle 2013-2025, reposera sur une gestion axée sur les résultats, avec des contrats de performance liant le niveau central et celui déconcentré, ainsi que les inspections et les établissements scolaires

Le Plan décennal de l’éducation et de la formation (PDEF) ne pouvait pas atteindre les objectifs parce sa philosophie, les orientations et la stratégie qui sous-tendent la Réforme du Pdef et celle des Etats Généraux de l’Education et de la formation sont sous de nombreux rapports contradictoires.

Aujourd’hui, l’enseignement scientifique au sénégalaise est au rabais. Qu’est ce qui le justifie?

Le déficit est criard dans les matières scientifiques. En 2007, le Sudes a tenu son congrès à Thiès. Lors de ce congrès de pertinentes propositions sur l’enseignement scientifiques ont été élaborées. Parmi les nouvelles propositions contenues dans le PAQUET on peut noter la Réforme des programmes scientifiques, la formation des enseignants scientifiques, plus de ressources humaines et de logistique dans les matières scientifiques, mieux favoriser l’enseignement scientifique. Avec une telle option le rêve est permis.

D’aucuns disent que le SUDES perd de plus en plus de membres au profit du Cuse, du Cusems, du Saems-Cusems et du Sels?

Oui! Ce qui est normal dans tout groupe Mais au même moment, nous enregistrons beaucoup d’autres adhérents

Au même moment où nous enregistrons l’augmentation exponentielle du nombre de syndicats et de revendications nous constatons une baisse progressive du niveau des élèves. Selon vous quand-est-ce cette baisse a-t-elle commencé?

Nous pouvons le dire sans risque de se tromper que c’est à partir du moment où on a instauré le quota sécuritaire. Ce système de quota, qui donne la latitude aux ministres et autres responsables de recruter des enseignants à partir de parents ou autres connaissances pou aller enseigner sans le niveau, ni moins de conviction. Juste pour répondre aux besoins sociaux. A cela s’ajoute les mauvaises conditions de travail, de formation des enseignants.

Aujourd’hui comment l’école sénégalaise se porte?

L’école sénégalaise a perdu son lustre d’antan. Et ce, malgré toutes les visions ambitieuses et stratégiques du PDEF, des OMD, qui ont englouti des centaines de milliards d’investissement au plan humain et logistique, le Sénégal est encore très loin de sortir de l’ornière. La preuve, dans le dernier rapport des experts indépendants de l’UNESCO, il est clairement établi, que le Sénégal est dans le peloton des derniers de l’Afrique de l’Ouest. Devant une telle situation, le Sudes dans sa tradition de réflexion stratégique sur le système a décrié dès son avènement, sa non pertinence parce que ces visions ambitieuses et stratégiques conçues pour nous et sans nous par des partenaires techniques et financiers, qui ne tiennent pas compte, les réalités sociaux économiques.

Vous avez décrié la vision du Pdef. A la place aviez-vous réfléchi et conçu des propositions pour une refondation de l’école Sénégalaise?

Oui! Dès le départ, le Sudes avait publiquement exprimé avec force son désaccord sur nombre d’orientations et de stratégies du PDEF, mettant en doute les capacités novatrices de la Réforme envisagée. Le Sudes était d’autant plus fondé d’émettre de telles réserves que le Pdef à sa conception et dans ses premières moutures, avait fait l’impasse sur des conclusions essentielles encore et toujours pertinentes des EGEF. Aujourd’hui, le temps nous donne raison. Même si le PDEF a enregistré des succès notables mais déséquilibrés en matière d’accès à l’éducation dans les différents cycles du système éducatif. De l’élémentaire au supérieur, les indicateurs de performance en la matière, s’amenuisent progressivement de façon déconcertante.

Devant une telle impasse, le Sudes, dès 2007 a fourni d’élogieuses réflexions au tour du thème: «la crise de l’éducation» ’’propositions pour une refondation de l’école sénégalaise’’. Une réflexion sur l’analyse des lignes de force du contexte général, l’évaluation du bilan du PDEF, le projet éducatif que propose, le SUDES, et les perspectives pour un syndicalisme fort dans le secteur de l’éducation

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