THESES DU CONGRES DE 1984 (V)

Theses 2e Congrès 84 .doc

PARTI DE L’INDEPENDANCE ET DU TRAVAIL

(P.I.T.-SENEGAL)

         

 

 

2ème CONGRES

DAKAR

28 – 30 septembre 1984

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1ère Partie

Thèses d’orientation et de programme

Du P.I.T.-Sénégal.

 

 

 

D. L’appareil d’Etat sénégalais genèse, nature, fonction  et système de reproduction.

 

 

1. Appareil d’Etat au service des différentes composantes du camp pro-impérialiste.

 

111.    Dans son fonctionnement, son orientation et son organisation et son organisation, l’Etat sénégalais  est resté, pour l’essentiel tel que l’avait façonné l’administration colonial, c’est à dire un organisme fortement centralisé, hypertrophié par rapport aux besoins et aux réalités propres du pays, un appareil bureaucratique et dispendieux. Son efficacité est lourdement handicapée par les conditions de vie, de travail et de promotion sociale désastreuses qui sont celles de la majorité de ses agents, par les pratiques népotistes (qui se sont développées conformément à l’approfondissement des rapports capitalistes et aux nécessités de reproduction interne de la caste dirigeante pour une meilleure stabilisation du régime), enfin la corruption et l’incurie des hautes sphères que le clientélisme politique ou les multiples « protections » dont elles bénéficient rend impunies. Cette situation démoralise les travailleurs honnêtes, porte gravement préjudice à leur sens civique est affaiblit les notions de « service public » et d’  « intérêt collectif ».

 

112.    Le pouvoir d’Etat est exercé par la bourgeoisie bureaucratique à son profit et au profit de toutes les couches et classes sociales exploiteuses. La base sociale de l’Etat est constituée par la bourgeoisie bureaucratique, la bourgeoisie étrangère (occidentale et libano-syrienne), des éléments de l’aristocratie religieuse et traditionnelle et d’autres couches parasitaires, gravitant autour du pouvoir.

 

113.    Par de multiples mécanismes politiques, idéologiques, institutionnelles et non institutionnelles (notamment les « club », « association » et « regroupement » qui se sont considérablement multipliés ces derniers temps à la faveur de l’effondrement du Parti « Socialiste »), les classes et couches sociales au pouvoir arrivent à maintenir, voir à étendre et à consolider leur contrôle sur de larges secteurs des couches populaires. Après avoir connu une certaine impulsion au début du régime d’Abdou DIOUF dont la stratégie de décompression sociale de l’époque avait suscité beaucoup d’illusion, cette influence est de plus en plus remise en cause aujourd’hui, du fait notamment de la politique économique et sociale du régime dont la brutalité éclaire de plus en plus les masses sur la véritable nature du pouvoir. Le caractère de classe, antisocial et antipopulaire du régime s’exprime notamment à travers la politique de démantèlement des acquis sociaux, de violence répressive contre les travailleurs en lutte, de protection de l’arbitraire patronal et de neutralisation des organisations des organisations syndicales même celles d’obédience gouvernementale.

 

114.    Pour compenser son isolement et étayer se base sociale tout en consolidant l’alliance « au sommet » des différentes classes  et couches sociales exploiteuses, l’Etat répartit les postes et les fonctions politiques et administratives en tenant compte de l’influence respective des différents « lobbies » et groupes des pressions (économique, politique et confrériques) agissant sur lui. La stratégie permanente des complicité, mais aussi de neutralisation réciproque qui est celle de ces différents « groupes » entraîne souvent la paralysie de l’action de l’Etat ou l’adoption par lui de mesures incohérentes ou arbitraires dont la seule justification parfois est de satisfaire tel ou tel « lobby » ou « groupe de pression ».

 

115.    Le monopole des classes dirigeantes sur l’Etat est politiquement « géré » par le Parti « Socialiste » au pouvoir, véritable Parti-Etat qui, en fonction de ses propres nécessités internes, place et déplace ses éléments dans les sphères de l’Administration Centrale, de l’Economie et de l’appareil judiciaire. L’occupation ou la perte d’un poste dans la haute hiérarchie de ce Parti continue à conditionner la position de tel ou tel élément de la bourgeoisie bureaucratique dans l’appareil politique, économique et juridique du pays. La forte concentration des pouvoirs, dans le Parti « Socialiste » et l’Etat, entre les mains du Chef de l’Etat (qui  est aussi Secrétaire Général du Parti « Socialiste ») entouré d’une mince couche de fidèles animés par le Secrétaire Général de la Présidence de la République, suscite de profondes contradictions au sein de la bourgeoisie bureaucratique. Cela se ressent notamment au niveau du Parti « Socialiste », littéralement paralysé par la sourde opposition interne de secteurs mécontents de la bourgeoisie bureaucratique qui ont gardé, au sein de ce Parti, une certaine influence.

 

116.    L’effondrement du Parti « Socialiste » sur le plan politique et social, la perte croissante de son influence sur les masses, enfin le dynamisme accru de l’opposition à l’échelle de tout le pays, tout cela a déchiré le voile de « neutralité » dont se drapait jusqu’ici l’administration territoriale. Celle-ci est devenu le principal « Parti politique » du pouvoir, intervenant quotidiennement sur le terrain pour suppléer le P « S » en déconfiture, s’impliquant directement dans les luttes de clans politiques et syndicaux au sein du pouvoir, procédant à toutes sortes e brimades et d’intimidation contre les populations (surtout là où elles subissent l’influence des partis de l’opposition), entravant enfin,,par diverses méthodes, l’activité légale des partis d’opposition.

 

117.    Malgré une réforme administrative dont les concepts fondamentaux de « déconcentration » et de « décentralisation » semblaient devoir reprocher davantage l’administration des administrés et donner de plus grandes responsabilités aux populations, ces dernières continuent d’être embrigadées par le pouvoir administratif central et ses ramifications locales. Cela enlève toute autorité véritable aux conseils municipaux et ruraux.

 

118.    C’est à tout cela qu’une politique correspondant aux exigences de liquidation de l’exploitation des couches populaires démocratiques et de progrès social commande de mettre fin, en édifiant l’Etat démocratique de toutes les couches et classes sociales anti-impérialistes, un Etat qui prendra les dispositions nécessaires pour encourager à tous les niveaux l’initiative créatrice et l’intervention la plus large des couches populaires dans la vie du pays, un Etat qui, dans ce cadre, assignera une place fondamentale aux travailleurs et à leurs organisations, mais aussi dotera les conseils municipaux et ruraux de larges pouvoirs de décision et d’exécution.

 

2.  L’Armée sénégalaise

 

119.    Telle qu’elle existe aujourd’hui, et conformément à la vocation essentielle qui lui est assignée, l’Armée sénégalaise constitue une pièce maîtresse dans le dispositif de protection, de consolidation et de stabilisation du pouvoir néo-colonial, e même temps qu’une composante essentielle du dispositif militaire impérialiste en Afrique e dans le monde.

Par sa conception, son fonctionnement, ses structures, son mode de recrutement et l’idéologie dominante en son sein, elle a toutes les caractéristiques d’une année de métier, elle est minutieusement préparée à intervenir efficacement aussi bien à l’intérieur du pays, contre les forces démocratiques nationales, qu’à l’extérieur, c’est à dire partout où l’appellent les intérêts des classes dirigeantes sénégalaises (Gambie) ou ceux des forces réactionnaires internationales (Shaba – Tchad – Liban).

 

120.    Pour consolider cette vocation, la bourgeoisie bureaucratique et le pouvoir néo-colonial associent de plus en plus étroitement les hauts cadres militaires aux  « avantages » économiques et politiques que le système procure aux couches et classes sociales dirigeantes. Cela se traduit par divers faveurs et facilités, en nature et en espèce, et des privilèges de toutes sortes.

 

121.    Mais l’armée sénégalaise n’est pas une entité homogène, indifférenciée. Au sommet de la hiérarchie militaire, il y a le corps des officiers de vie et leur mentalité, étroitement liés à la bourgeoisie bureaucratique et aux autres couches et classes sociales pro-impérialistes dont ils partagent l’intérêt à sauvegarder le régime. Mais il y a également, en nombre croissant, des officiers issus des couches populaires auxquelles ils restent socialement attachés. Ils sont en contact permanent avec les préoccupations et les difficultés du peuple dont ils ont une expérience directe à travers les lourdes charges financières et sociales qu’implique l’aide aux familles et parents démunis. Pour ces raisons, ces officiers constituent une composante potentielle, essentielle et indispensable du mouvement populaire, anti-impérialiste  dont le succès va aussi dans le sens de leurs intérêts bien compris.

 

122.    Le corps des sous-officiers et des hommes de troupe, c’est à dire la masse de l’armée, est de plus en plus constitué par des jeunes issus des couches populaires : Ce sont généralement soit des « laissés pour compte » du système éducatif, soit des jeunes diplômés qui, pour échapper au chômage et avoir une « situation » qui leur permette d’aider leur famille, s’orientent vers la carrière militaire. Contrairement à l’idée répandue mais fausse qui voit dans tous les militaires des « privilégiés » ces éléments subissent directement, eux aussi, les difficultés qui  sont le lot de leurs parents et familles. Les servitudes particulières de l’instruction militaire, et les principes qui la régissant, leur enlèvent par ailleurs toute possibilité de s’organiser et de lutter pour améliorer leur sort.

 

123.    L’Armée sénégalaise a cessé depuis longtemps d’être une « armée de travailleurs ». Avec l’afflux, à tous les niveaux, d’éléments issus de l’enseignement élémentaire, secondaire, voire supérieur, son niveau intellectuel s’est considérablement élevé. Cette intellectualisation croissante, élément essentiel de la modernisation de l’Armée et de l’accroissement de son efficacité technique, la rend également plus accessible aux influences idéologiques et aux lignes de forces politiques qui traversent l’intelligentsia sénégalaise. Même atténué par les mécanismes d’encadrement et l’idéologie spécifique à l’institution militaire, l’écho suscité par la lutte des forces démocratiques pour l’indépendance nationale véritable, la démocratie, le progrès et la justice sociale ne peut manquer de s’y répercuter dans une certaine mesure.

 

124.    D’où l’attitude contradictoire du pouvoir à l’égard de l’Armée, attitude faite à la fois de confiance et de méfiance. D’une part, le pouvoir ne cesse d’exalter son « attachement aux vertus républicaines » et son loyalisme. D’autre part, il prend toutes sortes de dispositions préventives pour contrôler l’Armée, la décourager de toute velléité de s’écarter de sa mission officielle et, le cas échéant, pour neutraliser toute tendance séditieuse. Parmi ces dispositions, on peut citer sans être limitatif : la mise en place d’un service de renseignement et de sécurité militaire étroitement encadré par la France et les USA, la dispersion de l’autorité militaire par la création de plusieurs pôles de commandement, la valse des hauts cadres militaires en fonction des impératifs de sécurité du régime, la subordination des affectations et des promotions à  des considérations régionalistes, ethniques ou confessionnelles, la création de corps d’élite suréquipés et surentraînés et placés sous l’autorité de chefs dont la loyauté à l’égard du régime est indiscutable, etc. De telles pratiques guidées par le seul souci de tenir l’armée nationale en respect, pour la conformer à sa vocation essentielle de protectrice des intérêts néo-coloniaux, portent gravement préjudice à l’idée d’une défense nationale conséquente et efficace.

 

125.    Notre Parti considère que l’armée nationale, alliée aux forces démocratiques et patriotiques civiles, peut jouer un rôle irremplaçable dans l’avènement d’une politique d’indépendance nationale véritable, de développement économique et social au profit de notre peuple tout entier, de progrès, de justice, de paix et de sécurité nationale véritable. Mais cela passe nécessairement par la redéfinition de sa vocation, une profonde réforme de ses structures et de son mode interne de fonctionnement, un nouveau système de recrutement et d’encadrement. Cela passe aussi par le développement et la consolidation, en son sein, des conceptions et des pratiques démocratiques, et des tendances patriotiques. Cela passe enfin par une réelle indépendance stratégique et technique qui implique, entre autres, la diversification de notre coopération militaire et de nos sources d’équipement.

 

126.    Dans le cadre de sa mission rénovée, l’Armée nationale véritable bras armé du peuple, assumera, en plus de ses tâches spécifiques, de grandes tâches de développement économique et social et d’éducation. Elle sera la maîtresse d’œuvre de grands travaux économiques et sociaux d’intérêt public ; elle assumera également des responsabilités dans l’encadrement de la jeunesse, dans le cadre d’un service national obligatoire à instituer. Enfin, elle contribuera à la formation professionnelle des jeunes et à leur éducation dans le sens de l’esprit de sacrifice et d’effort, de discipline, de patriotisme et de dévouement à l’intérêt collectif.

 

127.    Afin de permettre à l’armée d’accomplir pleinement ces différentes missions, le service militaire doit être universel et obligatoire pour les Sénégalais en âge de porter les armes. La durée et les modalités concrètes de ce service obligatoire, en même temps  que les dispositions particulières à retenir pour les invalides seront arrêtées en fonction de besoins et de possibilités du pays.

 

128.    La discipline militaire et le respect de l’autorité hiérarchique, à fonder sur la seul base de la valeur technique reconnue, ne sont pas incompatibles avec le respect de tous les droits et libertés démocratiques des citoyens sénégalais sous les drapeaux. Au contraire, l’Armée ne peut être un élément essentiel de consolidation du processus démocratique, que sil les militaires ne considèrent eux-mêmes comme partie intégrante de ce processus et intéressés au même titre que tous les autres citoyens à sa défense. C’est pourquoi notre Parti considère que, dans des limites à circonscrire en fonction des exigences particulières de la mission  militaire, il doit être reconnu à tous les citoyens sénégalais sous les drapeaux, la pleine jouissance de tous leurs droits civiques et sociaux, de toutes leurs libertés démocratiques. Ils doivent pouvoir participer aux élections, élire et être élus, ce qui suppose la possibilité de professer les opinions politiques de leur choix sans préjudice aucun pour leur carrière.

 

129.    L’armée du peuple est placée sous l’autorité directe de l’Assemblée Nationale qui peut seule la mobiliser pour des missions militaires à l’intérieur ou e dehors du territoire national, en cas de menace extérieure urgente et grave pour la sécurité du pays, le Chef de l’Etat peut exceptionnellement, la mobiliser, en informant après l’Assemblée Nationale qui devra statuer à la majorité de ses membres.

 

 

 

3. Les Forces de sécurité et la Police.

 

130.    Par la vocation officielle qui lui est assignée mais aussi par sa composition et les tendances qui s’expriment en son sein, la Police a des caractéristiques communes avec l’Armée sénégalaise. La Police sénégalaise a par ailleurs hérité du pouvoir colonial une certaine  tradition des brutalités confirmée et aggravée par la coopération qu’elle entretient avec les polices les plus cruelles du monde. Dans le cadre de cette coopération, elle a considérablement raffiné ses méthodes, modernisé ses techniques et ses équipements et élève le niveau de son efficacité répressive contre les forces démocratiques. Elle constitue aujourd’hui un instrument efficace, au service du pouvoir néo-colonial, pour contrôler les libertés et neutraliser toute volonté de remise en cause du régime. Pour y parvenir, elle a renforcé considérablement ses effectifs et développé tout un réseau de services de renseignement et de services secrets de toutes sortes, services omniprésents qui interviennent dans toutes les sphères de la vie nationale : dans l’administration et la politique, dans les affaires syndicales etc. L’isolement croissant du pouvoir, dans le contexte d’une crise économique et sociale qui ne cesse de s’aggraver a entraîné la recrudescence de l’activité de ces services animés et coordonnés à partir du Secrétariat général de la Présidence de la République.

 

131.    La modernisation de la police, le renforcement constant de ses effectifs et leur suréquipement ne se sont pas traduit par une meilleure protection des citoyens, par une plus grande sécurité pour leurs personnes et leurs biens. Faute des moyens indispensables, les personnels subalternes affectés à ces tâches sont soumis à des conditions de vie et de travail qui handicapent lourdement l’efficacité de leur mission, comme en témoigne la recrudescence et l’aggravation des diverses formes de délinquance. Il est fréquent également que des agents soient grièvement blessés, voire tués, par des délinquants dont l’action est pour ainsi dire encouragé par l’impuissance de la Police à leur égard. S’ils ne risquent pas leur vie ou leur intégrité physique dans la lutte contre la délinquance, d’autres agents n’en sont pas moins victimes des conditions de travail qui leur sont faites dans leurs tâches d’utilité publique. C’est le cas par exemple de ceux commis aux tâches d’utilité publique. C’est le cas par exemple de ceux commis aux tâches d’organisation de la circulation routière dans les artères principales des grandes villes et aux heures de pointe (accidents divers, maladies cardiovasculaires ou pulmonaires ou diverses autres occasionnées par les contacts prolongés et répétés avec les gaz polluants, troubles nerveux engendrés par la pollution sonore, etc.)

 

132.    Si certains agents, malgré les dures conditions de travail aux quelles ils sont ainsi exposés, s’évertuent à accomplir avec conscience et dignité leur mission, d’autres, contaminés par leurs contacts fréquents avec la délinquance et les malhonnêtetés, finissent par céder à ces dernières : « lumpenprolétarisation », complicité avec les délinquants ou délinquant eux-mêmes, corruption sous des formes multiples, etc.

 

133.    Cette prostitution de la mission de la police qui culmine avec la tendance du pouvoir à la mobiliser systématiquement pour les tâches de « maintien de l’ordre »  dirigées contre l’activité régulière des forces démocratiques ou contre les travailleurs en lutte, renforce dans l’opinion l’idée d’une police coupée du peuple et dirigée contre lui. Elle isole les policiers, en tant que travailleurs, du combat des autres travailleurs, combat qui les concerne pourtant, d’autant plus que leurs propres droits civiques et sociaux (notamment les droits d’opinion, d’association et d’organisation) sont niés dans le système actuel. Ne pouvant plus (comme cela était le cas même durant le système colonial) se doter de syndicats pour défendre leurs intérêts matériels et moraux spécifiques, laissés pour compte dans les plate-formes revendicatives des syndicats qui ne voient en eux que les instruments de la répression patronale ou étatique, les policiers subalternes sont abandonnés à eux-même : Ils sont condamnés à s’en reporter, pour leur promotion et le déroulement de leur carrière, à des chefs hiérarchiques aux mains desquelles ils deviennent dès lors des jouets impuissants.

 

134.    La police sénégalaise peut et doit être réhabilitée aux yeux des citoyens, pour permettre en particulier aux personnels subalternes de police de se percevoir eux-mêmes et d’être perçus comme des travailleurs respectables et respectés parce qu’exécutant des tâches d’utilité collective. Il faut pour cela que la police rompe avec son statut actuel d’instrument des forces et du pouvoir néo-colonial, pour devenir une véritable police nationale et populaire, liée au peuple et servant le peuple, chargée d’une mission sociale et civique exclusive. Cela passe, entre autres, par la restauration et la garantie de toutes les libertés démocratiques et de tous les droits sociaux des personnels subalternes de la police (donc la reconnaissance de leur droit de s’organiser librement en syndicats pour défendre leurs intérêts), par l’élimination de la mauvaise graine délinquante et fascisante que le pouvoir néo-colonial fait pousser parmi les policiers, par la liquidation des pratiques de corruption et de prévarication, enfin par la création de condition de travail qui permettraient aux policiers de s’acquitter de leur mission avec efficacité et sécurité, avec honnêteté et dignité.

 

135.    En tant que travailleurs, l’intérêt véritable des personnels de la police est de se mettre aux côtés des autres travailleurs, de se lier aux autres travailleurs dans la lutte pour un système économique et social qui assure aux masses laborieuses un rôle prépondérant dans toutes les sphères de la vie nationale, qui garantisse leur promotion économique, social et culturelle, qui préserve enfin l’avenir de leurs enfants. Tel nous semble être le fondement objectif de la nécessaire participation de la police, notamment celle de ses personnels subalternes, dans la lutte pour la révolution nationale démocratique comme étape vers le socialisme.

 

4. Le système d’éducation et de formation.

 

136.    L’école sénégalaise actuelle conserve l’essentiel des caractéristiques héritées du colonialisme, en ayant même parfois tendance à les aggraver : persistance et renforcement des mécanismes de sélection « élimination » dont les principales victimes sont les enfants issus des couches populaires, inadéquation des structures, des contenus, des finalités et des méthodes pédagogiques à nos réalités culturelles, aux nécessités de notre développement économique et social indépendant, aux exigences bien comprises du monde actuel, à l’impératif de promotion sociale et culturelle de notre peuple tout entier. Elle constitue un dispositif essentiel dans le maintien et l’aggravation des injustices qui caractérisent notre système social actuel, un lieu privilégié de diffusion de l’idéologie néo-coloniale et des multiples procédés d’accumulation qu’implique cette dernière ; elle joue enfin un rôle non négligeable  dans la reproduction des bases et des conditions du pouvoir politique de la bourgeoisie bureaucratique et de ses alliés.

 

137.    Ces traits négatifs de l’Ecole sénégalaise sont aggravés aujourd’hui par la politique antisociale pratiquée par le gouvernement sous la houlette du F.M.I. et de la Banque Mondiale. Les orientations néfastes poursuivies par le Gouvernement dans ce cadre, se traduisent par un désengagement progressif de l’Etat en  matière d’éducation publique. Ce qui se manifeste à travers le blocage des constructions scolaires (Celles entreprises par les parents eux-mêmes restant souvent non fonctionnelles faute de maîtres),  d’où l’aggravation de l’insuffisance des locaux, de plus en plus faibles capacités d’accueil qui ralentissent le taux de scolarisation et des effectifs de plus en plus pléthoriques ; cela se manifeste également à travers la vétusté et le délabrement des édifices d’enseignement public, le manque de moyens didactiques essentiels, des conditions de travail et d’hygiène déplorables pour les enfants et les maîtres, la dévalorisation matérielle et sociale du statut et de la fonction d’enseignant, tout cela rend de plus en plus inefficace l’Ecole publique, inefficacité aggravée par l’instabilité et le désordre installés dans les établissements scolaires et universitaires. Ce désordre et cette instabilité reflètent la résistance des élèves et étudiants à la politique de sabotage délibérée de l’instruction publique, leur rejet d’un système d’éducation qui, même dans le cas de succès de plus en plus rares, ne leur assure aucune garantie de bonne insertion sociale ; ils reflètent également l’affaiblissement de l’autorité des maîtres sapée par toute une série de pratiques suscitées et encouragées par le pouvoir et qui ont de fait placé certains élèves au-dessus de toute discipline ou de toute nécessité de travailler. Prenant prétexte de cette instabilité et de désordre, et surtout de l’inefficacité croissante à laquelle ils condamnent les écoles publiques, certains parents cherchent de plus en plus dans l’enseignement privé, le statut de leurs enfants. Cette attitude s’inscrit dan la tendance objective à la privatisation de l’enseignement qui constitue un élément essentiel de la politique actuelle du pouvoir en matière d’éducation, non seulement cette tendance à la privatisation croissante, appuyée par une constante aide financière de l’Etat, se développe contre l’Ecole publique privée ainsi de moyens précieux pour élever la qualité de son enseignement, mais encore elle rencontre objectivement l’aspiration des classes dirigeantes à un système discriminatoire et sélectif qui coopte et promeut davantage les fils des nantis que ceux des pauvres.

 

138.    La lutte opiniâtre des forces démocratiques, notamment celle des syndicats d’enseignants, a permis, ces dernières années, de mieux sensibiliser l’opinion nationale sur l’inefficacité et les méfaits de notre système scolaire illustrés, entre autres, par les échecs massifs aux différents examens et concours, de très fortes déperditions scolaires et aussi par le scandale que constitue, pour un pays comme le nôtre, le chômage de jeunes diplômés. C’est à la faveur d’une telle lutte que les nécessités d’une réforme de notre système d’éducation et de formation avait fini par s’imposer, aboutissant en 1981 à la tenue des Etats-Généraux de l’Education et de la Formation. Notre Parti avait salué, en son temps, ces importantes assises au succès desquelles il a particulièrement contribué, à travers l’action et la réflexion que ses propres militants y ont menées, à côté d’autres secteurs du mouvement démocratique national.

 

139.    Notre Parti a soutenu et continue de soutenir les conclusions des Etats-Généraux – et leur approfondissement ultérieur par la Commission Nationale de Réforme de l’Education et de la Formation. Ce soutien nous semble d’autant plus se justifier que ces conclusions vont dans le sens de notre propre combat pour un système d’éducation et de formation, adapté à nos réalités culturelles et aux exigences de notre époque, lié à la vie sociale est productive, ouvert aux progrès scientifiques et techniques  contemporains, bref un système aussi bien  pour la promotion culturelle de notre peuple que pour le développement économique et social de notre pays. La réalisation des conclusions des Etats-Généraux et des la Commission Nationale de Réforme de l’Education et de la Formation constitueraient une étape essentielle vers un système d’éducation et de formation capable d’aider à la libération effective de notre pays et de préparer également notre pays aux importantes mutations scientifiques techniques, culturelles et sociales qui s’annoncent et dessinent déjà le visage du monde dan lequel auront à vivre et à travailler les jeunes sénégalais d’Aujourd’hui. C’est pourquoi notre Parti agira de toutes ses forces pour la réalisation de telles conclusions, en mettant en avant toute leur portée rénovatrice mais aussi en prenant en considération leurs propres limites qu’il aidera à faire dépasser par sa propre réflexion autonome et originale sur les questions de l’Ecole, de l’Education et de la Formation. Conscient qu’au-delà d’une simple question scolaire il s’agit d’un enjeu de caractère national décisif pour l’avenir de notre pays, notre Parti ne ménagera aucun effort pour que se réalise sur ce terrain la mobilisation la plus large de toutes les volontés, de toutes les forces réellement désireuses de contribuer au progrès et à la libération de notre peuple. Il soutiendra clairement toute initiative, toute décision allant à ses yeux dans le sens de l’avènement de l’Ecole Nouvelle définie par les Etats-Généraux. Pour les même raisons, il combattra résolument toute décision, toute initiative de nature à reculer ou à  rendre impossible l’avènement d’une telle Ecole. Partout ses militants oeuvreront activement à susciter, là où ils sont, les conditions de a lutte déterminée, résolue et clairvoyante qui seule pourra imposer au gouvernement la matérialisation loyale et diligente des conclusions des Etats-Généraux.

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