Pour toi, Amath! par Abdou Latif COULIBALY, à propos de AMATH DANSOKHO


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Dans nos pratiques et traditions journalistiques, il n’est presque pas admis de parler d’un homme vivant encore avec nous, comme j’ai aujourd’hui l’intention de le faire avec toi. J’ai choisi de parler d’un homme exceptionnel, alors qu’il partage encore avec nous les joies et peines de la vie. Rien ne s’y oppose, dès lors que nous acceptons de nous référer aux coutumes et traditions fondant notre société. Celles-ci le recommandent. La seule limite posée est d’ordre éthique. Le propos doit être sincère et honnête. Et Dieu seul sait, à quel point, je suis sincère et honnête en parlant de toi, Amath. Tu auras, toute ta vie durant, tout sacrifié pour ton pays et ton peuple. Tout y est passé : ta jeunesse, ta vie de famille et de couple, ton épanouissement personnel.

Au double plan matériel et spirituel. Pour le seul bonheur de ton peuple et pour sa seule grandeur. Paraphrasant Saint Simon, parlant de Vauban, je te dis : patriote comme tu es, tu as été, toute ta vie, touché par la misère du peuple et par toutes les vexations qui l’accablent. En 1991, tu étais confortablement assis au sein d’un gouvernement de majorité présidentielle élargie (Gmpe) - toi-même et ton parti avaient largement contribué à l’asseoir, dans ta vision et dans celle de ton parti, il s’agissait d’aider à apaiser le pays, soumis à un terrible cycle de surenchère, voire de violence politique, par l’opposition de l’époque-, tu en as été chassé. Il en fut ainsi, pour avoir dénoncé les dérives qui portaient tant de torts à ton peuple.

Tu n’avais pas en effet hésité, un seul instant, à dénoncer les travers d’un gouvernement, dans lequel tu siégeais pourtant, avec tous les avantages que ton statut pouvait te procurer. Tu l’avais fait, au risque d’en être « défenestré ». Ce qui ne tarda. Pour toi, un portefeuille ministériel n’est pas, loin s’en faut, une sinécure. Il ne peut qu’être un moyen au service du peuple et des citoyens. Tu n’as jamais pu t’associer à une équipe qui en avait une autre conception. Tu as récidivé en 2001, quelques mois seulement après l’installation de l’opposant de l’époque que tu as accompagné, pendant des années, pour le conduire au pouvoir. Tu fais partie de ceux qui ont rendu possible son élection en 2000. Là également, tu disais haut, ce que les citoyens pensaient tout bas, de la conduite scandaleuse du pouvoir, par le président nouvellement élu.

Pour avoir parlé au nom de ceux qui n’avaient pas une tribune appropriée pour s’exprimer, tu as subi les foudres d’un homme qui t’en a voulu. Il t’en voulait, pour lui avoir simplement rappelé, à juste raison, ses engagements envers son peuple. Ton rapport à ce peuple est singulier et particulier. Personne n’a jamais et ne saura jamais, mieux que toi, aimer son peuple et travailler à le rendre heureux et confiant dans son avenir. Je mesure à quel point ta modestie souffre de ces mots, par lesquels je tente laborieusement -j’en suis conscient-de restituer à un homme qui le mérite bien, toute sa place dans l’histoire de son pays.

Dimanche 24 mai 2009, alors que nous venions juste de terminer la restitution des conclusions des Assises nationales, nous avons eu un petit entretien, pour nous féliciter les uns et les autres, et nous dire toute la joie et la fierté que nous éprouvions, en pensant que nous avions modestement contribuée, un tant soit peu, à rendre possible la tenue des ces rencontres. J’ai été bouleversé quand tu m’as dit : « je peux maintenant retourner me soigner, j’en ai besoin, je me sens bien, après on verra… ». On verra, dis-tu ? Nous, nous avons déjà vu. Ton œuvre est là.

 

Même si tu n’as jamais assumé autre fonction officielle que celle de ministre et de député. Tes idées, ton engagement politique, ton idéal de justice et ton acharnement à combattre toutes les déviances de nos dirigeants, qui qu’ils soient et qui qu’ils fussent, suffisent pour édifier tous les compatriotes honnêtes sur l’homme, Amath Dansokho. Nous avons compris le sens du combat que tu as mené au nom de valeurs qui font d’un homme un citoyen utile à son pays. Nous avons aussi, d’une certaine manière, appris de toi le sens du patriotisme. Amath : un homme d’Etat français, le général De Gaule, en l’occurrence, disait : « un grand homme, c’est la rencontre d’un événement et d’une volonté ». Sans aucun doute ! Toi, Amath, ta grandeur tient dans cette rencontre longtemps établie, entre ton pays et ta volonté jamais démentie de l’aimer d’un amour tyrannique. Tu incarnes avec générosité et conviction l’idéal de dirigeant dont nous avons tant besoin aujourd’hui pour changer le cours de notre histoire. Tu as tôt compris le sens de cette belle pensée du philosophe africain : « il n’y a pas de destin forclos, il n’y a que des responsabilités désertées ». Pour toi, Amath.

dimanche 14 juin 2009  

 


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