CHANGEMENTS CLIMATIQUES par Djiby Thiam


 

Introduction

Les pluies hors saison de 2002 et les nombreuses épisodes d’inondations qui se sont succédé ces dernières années doivent sans aucun doute convaincre les plus septiques des sénégalais de la réalité du réchauffement climatique. Ce dernier représente le problème critique du développement humain pour notre génération. Il menace d’éroder les libertés humaines et de limiter nos choix. En outre, il remet en cause le principe des lumières selon lequel le progrès humain rendra l’avenir toujours meilleur que le passé.

Un pays sahélien comme le Sénégal ne doit pas ignorer le phénomène du changement climatique. Ses dirigeants doivent permettre à chaque sénégalais de ville comme de campagne d’accroître son potentiel humain et à étendre ses libertés. Il s’agit d’arriver à ce que nos concitoyens développent les capacités qui leur permettent de faire des choix et de vivre des vies auxquelles ils aspirent. 

Ce présent document se veut d’être une modeste contribution aux réflexions du PIT (Parti de l’Indépendance et du Travail) aux stratégies de développement que le Sénégal devrait initier pour un développement harmonieux de son peuple. En effet, la manière dont notre pays gère le changement climatique de nos jours aura un effet direct sur les perspectives de son  développement humain  et en cas d’échec, une bonne partie de notre population sera condamnée à un futur comportant moins d’opportunités.

La première partie de ce document porte sur la définition de ce qu’est le changement climatique. Ensuite, la seconde partie décrit les différentes projections faites par les experts de la question ainsi que les effets attendus de ces projections. Enfin, avant la conclusion, des propositions seront formulées pour une meilleure adaptation de notre pays aux impacts négatifs attendus du changement climatique.

Qu’est ce que le changement climatique ?

La terre est entourée d’un couche protectrice transparente dénommée l’atmosphère. Cette dernière laisse passer la lumière du soleil et retient la chaleur. Sans elle, la chaleur du soleil rebondirait immédiatement à la surface de la Terre et retournerait dans l’espace. Ce qui aurait comme conséquence une température basse de -30 °C et tout serait gelé. Ainsi, l’atmosphère agit un peu comme les parois en verre d’une serre, c’ est pourquoi on parle d’.effet de serre. Les gaz à effet de serre. Présents dans l’atmosphère sont responsables de l’effet de serre. La plupart de ces gaz a effet de serre sont naturels, mais depuis la révolution industrielle, au XVIIIe siècle, l’activité humaine est passée par la, et leur concentration n’a jamais été aussi élevée depuis 420 000 années. L’aggravation de l’effet de serre a pour effet d’augmenter les températures terrestres: c’est le changement climatique.

Projections climatiques et effets attendus

Aujourd’hui, il est connu de tous que les températures de notre planète ont augmentés. Les dernières recherches sur la question ont montré que les températures mondiales ont augmenté d’environ 0,7 °C depuis le début de l’ère industrielle, et le rythme d’augmentation s’accélère. Cette augmentation est liée principalement aux fortes concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre. Selon le rapport du GIEC de 2007, entre 75 million et 250 millions de personnes sont susceptibles d'être exposées à un manque accru d'eau dû au changement climatique. Dans quelques pays en développement notamment ceux de l’Afrique de l’Ouest, des rendements de l'agriculture pluviale ont pu être réduits de jusqu'à 50%. Concernant la production agricole, y compris l'accès à la nourriture, on projette que des pays africains parmi lesquels ceux de l’Afrique de l’Ouest seront sévèrement compromis par la variabilité et le changement de climat.

Pour le secteur de l'agriculture, la longueur des périodes de végétation et le potentiel de rendement sont prévus de diminuer, en particulier dans les régions semi-arides et arides. Ceci va compromettre la sécurité alimentaire et aggraver la malnutrition dans le continent Africain.

Sur le plan de la santé, les experts prédisent que les grandes maladies mortelles pourraient se répandre plus largement. Par exemple, 220 à 400 millions de personnes supplémentaires pourraient être exposées au paludisme, une maladie qui fait environ un million de victimes par an.

Les écosystèmes et la biodiversité ne seront pas en reste.  La moitié environ des récifs coralliens du monde subiront  « blanchissement » dû au réchauffement des océans. L’augmentation de l’acidité des océans représente aussi une autre menace à long terme pour la biodiversité marine. Par exemple, Un réchauffement de 3 °C, menacerait d’extinction 20 à 30 pour cent des espèces terrestres.

Au Sénégal, on s’attend à une baisse comprise entre 5 et 10 m de la nappe phréatique du littoral Nord et entre 15 et 20 m pour le littoral sud.  Pour la biodiversité végétale, une étude de Tappan et al. (2000) cités par Tieszen et al. (2004) a trouvé que la combinaison de la sécheresse et de la diminution à long terme de la pluviométrie a significativement affecté la végétation ligneuse sur les 2/3 nord du Sénégal. On peut s’attendre aussi à ce que les changements climatiques liés au réchauffement de la terre contribuent à une accélération de la dégradation des sols au Sénégal consécutive à la disparition de la végétation confrontée à un déficit en eau de plus en plus important (PANA, 2006).

Nous voyons que les impacts des changements climatiques risquent d’anéantir tous les efforts de développement que notre pays a fourni depuis les indépendances. En outre, ils pourraient entrainer une compétition très rude dans la satisfaction des besoins vitaux (nourriture, eau, etc.) qui risquerait de déboucher sur des conflits. Par conséquent, des mesures idoines doivent être prises pour atténuer ces effets néfastes du changement climatique sur les conditions de vie et d’existence de notre pays.

Mesures à prendre pour une meilleure adaptation du Sénégal au phénomène du changement climatique

En ce début de l’année 2010, la question n’est plus  de savoir si nous devrions prendre des mesures face aux changements climatiques, mais plutôt quelles mesures nous devrions prendre. Cinq mesures principales méritent d’être mise en œuvre par les autorités sénégalaises pour épargner leurs concitoyens des effets néfastes du changement climatique.

 

Premièrement mettre en place un ONECC (Observatoire National sur les Effets du Changements Climatiques). Ce dernier aura pour mission principale d’informer sur les conséquences du changement climatique afin d’offrir au gouvernement, aux collectivités locales et aux acteurs du développement (ONG, associations locales, etc.), les moyens d’élaboration d’une véritable politique de prévention et d’adaptation.

Deuxièmement promouvoir l’agriculture biologique. Cette dernière est un système de production qui favorise une meilleure conservation des ressources naturelles tout en contribuant à la lutte contre la pauvreté. Au plan socio environnemental, sa technologie fait partie du contexte de la conservation et de la gestion durable des ressources naturelles. En effet, l’agriculture biologique est écologiquement saine puisqu'elle enrichit l'environnement au lieu de la détruire. Elle est économiquement viable puisqu'elle fait gagner au paysan de l'argent pour ses besoins (consommation et investissement) sans pour autant le conduire à l'endettement (moins de consommation pour les intrants externes).

S'agissant de l'aspect économique, la dépendance de plus en plus forte de l’agriculture sénégalaise vis-à-vis des intrants externes a graduellement réussi à la rendre très chère, du moins pour les paysans. Cela a conduit à un découragement de beaucoup d'entre eux à mieux s'y investir. Par contre, l’agriculture biologique permet de réduire les coûts entraînant par la même occasion une augmentation considérable des revenus des paysans. En outre, il permet une création d’emplois, donc une réduction du chômage dans les campagnes.

Du point de vue phytosanitaire, les plantes nourries artificiellement ont tendance à être très fragiles et favorisent les attaques des ravageurs et des maladies. L'utilisation de la fumure organique (fumier et compost) et le recours aux techniques de protections naturelles de plantes développées par l'agriculture biologique atténue fortement cette situation. Mieux, elle permet d'obtenir un accroissement de la production dans le long terme et une meilleure protection des ressources naturelles.

Troisièmement  développer les énergies renouvelables. Les énergies renouvelables constituent une solution dans l’approvisionnement du Sénégal en énergie si nous voulons faire face aux menaces environnementales et économiques que représentent les changements climatiques. C’est pourquoi, il est important et même urgent que des actions en faveur du développement de ces énergies soient menées. Pour cela des instruments de politique économique, tels que des  incitations fiscales en faveur des énergies renouvelables, peut constituer une stratégie efficace pour stimuler le changement et réduire les émissions de gaz à effet de serre dans des marchés énergétiques de plus en déréglementé et orientés vers une économie de marché. En outre le secteur privé doit être mobilisé dans la production de ces types d’énergies pour un renforcement des capacités d’approvisionnement de la SENELEC.

Quatrièmement, c’est l’intégration de l’adaptation dans les stratégies de réduction de la pauvreté pour répondre aux vulnérabilités liées aux inégalités de richesse, de sexe, de géographie et d’autres facteurs de désavantage. L’intégration de la planification de l’adaptation dans les stratégies de réduction de la pauvreté doit être une priorité. Les politiques réussies d’adaptation ne peuvent pas être simplement greffées sur des systèmes qui ne réussissent pas à répondre aux causes fondamentales de la pauvreté, de la vulnérabilité et des vastes disparités de richesse, entre les sexes et selon les lieux de résidence (régions, départements, ville, campagne, etc.). Le dialogue à l’occasion de la préparation des Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) constitue un cadre possible pour intégrer l’adaptation dans la planification de la réduction de la pauvreté. Pour cela une étude d’impact environnemental du DSRPII doit être faite et un plan d’action élaboré et mise en œuvre.

Et enfin cinquièmement mettre en place un Fond Sénégalais pour l’Environnement (FSE). Ce fond aura pour objectif principal de favoriser une meilleure protection de l’environnement dans notre pays par le financement de projets de développement avec une prise en compte des aspects de l’environnement. Les domaines de l'environnement suivants pourraient bénéficier de financement du Fond :la gestion de la biodiversité, l'agriculture biologique, les énergies renouvelables et la gestion des déchets.

Conclusion

Les changements climatiques ouvrent une période de bouleversements sans précédent dans l’histoire de l’humanité dont nous ne mesurons pas encore toute l’ampleur. Pour faire face à ces phénomènes la communauté internationale devra agir sur deux piliers : la poursuite des efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et la mise en œuvre d’une véritable politique d’adaptation. Pays sahélien avec des faibles ressources économiques, le Sénégal devra miser toute son énergie dans le deuxième pilier. Des mesures comme la promotion de l’agriculture biologique, les énergies renouvelables, la mise en place d’un ONECC et d’un Fond Sénégalais pour l’environnement doivent être mise en œuvre par les autorités politiques nationales.

 COMMENTAIRE:

J ai bien apprécié la contribution du camarade Djiby Thiam et les propositions suggérées dans le cadre de la lutte contre les effets négatifs du changement climatique. Je voudrais faire les observations suivantes:
Les questions d'environnement et d'écologie ne sont pas seulement des questions techniques. L'état de la nature dépend pour beaucoup du rapport que la société des hommes entretient avec elle. Par exemple la corrélation entre le déboisement du pays et le déficit énergétique (surtout dans le monde rural). J’ai dans une contribution précédente parlé d'Éco socialisme. Notre Parti doit devenir un agent actif dans ces processus et pas seulement un Laboratoire d'idées. Ses militants doivent être porteurs de la Modernité et le développement d'une conscience éco-citoyenne en est une partie intégrante.
L'autre dimension c'est le rôle des citoyens dans ce processus. Je citerai un exemple: En 1977, dans le cadre du Scoutisme (association des éclaireurs et éclaireuses du Sénégal (EEDS), j'ai participé au camp de reboisement autour du Lac Rose. Nous étions plus d'une centaine pendant 3 semaines avec le Service des Eaux et Forets. Cette activité volontaire a véritablement permis de sauver le Lac de l'ensablement et d'en faire aujourd’hui un centre mondial unique du point du vue de la biodiversité et un centre économique important pour les populations de la zone (exploitation du sel et Tourisme)
Il y a beaucoup d'initiatives possibles dans cette perspective. Nous l'avons fait pour le Lac Tamna en 1978 et dans beaucoup d'autres localités du Pays. Une Implication volontaire endogène qui n'est pas conditionnée par le financement des bailleurs comme cela semble être le cas aujourd’hui pour la majorite des initiatives. C est aussi un grand terrain de mobilisation politique, culturelle et économique pour des organisations comme l'UJDAN et l'UDFS. Ensuite , il nous faudrait explorer la dimension de la mobilisation politique autour des questions environnementales: autour de la salinisation des rizières en Casamance, autour de la préservation et de la restauration du potentiel économique des zones de mangroves, avec les pêcheurs pour la protection de nos ressources halieutiques, l'impact des activités minières dans diverses communautés du Sénégal (autour de Taiba, dans la région de Kédougou), )
La troisième observation porte sur la proposition d'un observatoire (ONECC). Il y a déjà le Centre de Suivi Ecologique et le Laboratoire de Physique Atmosphérique (LPA) de l'UCAD qui fonctionnent depuis de nombreuses années et ont déjà produit des résultats intéressants (www.cse.sn). Ne serait-il pas plus pertinent de renforcer les moyens de ces institutions déjà existantes?
La quatrième observation porte sur les énergies renouvelables: De mon point de vue, il est nécessaire de casser le monopole de la SENELEC sur la vente et la distribution de l'Energie (processus qui semble être déjà entamé) comme point de départ et d'envisager la subvention étatique de la production d'énergie renouvelable a un niveau qui permettrait sa diffusion dans le pays.

Personnaly © 2014 -  Hébergé par Overblog