THESES DU CONGRES DE 1984 (IV)

Theses 2e Congrès 84 .doc

PARTI DE L’INDEPENDANCE ET DU TRAVAIL

(P.I.T.-SENEGAL)

         

 

 

2ème CONGRES

DAKAR

28 – 30 septembre 1984

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1ère Partie

Thèses d’orientation et de programme

Du P.I.T.-Sénégal.

 

 

 

C. Les classes et couches sociales victimes

                  de la domination néo-coloniale : la basse sociale du Front

    Anti-impérialiste à  édifier.

 

1. La classe ouvrière sénégalaise.

 

De  formation relativement récente, la classe ouvrière sénégalaise s’est constituée et a acquis sa première expérience de la lutte de classe avec la colonisation. Elle comprend :

 

90.         Le prolétariat industriel du secteur capitaliste moderne : industrie lourde, chemin de fer, industries de transformation, industries minières et chimiques, grandes entreprises mécaniques, les grands chantiers de construction et le bâtiment. Les potentialités décisives de cette fraction de la classe ouvrière résident dans sa liaison effective avec les secteurs clefs de l’économie, dans son degré d’organisation relativement élevé (et qui se reflète par ailleurs par un fort taux de syndicalisation), dans sa plus grande concentration par rapport aux autres détachements de la classe ouvrière sénégalaise, dans sa conscience de classe relativement plus élevée une expérience de lutte plus éprouvée. Pour toutes ces raisons le prolétariat industriel  constitue le « noyau dur », le « cœur » de la classe ouvrière sénégalaise, le détachement d’avantage appelé à jouer le rôle dirigeant par rapport aux autres détachements de cette classe ;

 

91.         Le prolétariat agricole. Il constitue une couche encore peu nombreuse mais en croissance continue à la faveur du développement du capitalisme dans l’agriculture, notamment dans les régions où progresse l’agroindustrie (Fleuve-Casamance). Cette fraction de la classe ouvrière englobe les ouvriers travaillants dans les exploitations agricoles capitalistes appartenant à la bourgeoisie bureaucratique et à certains magnats libano-syriens de l’agrobusiness, ceux des stations étatiques ou semi publiques d’expérimentation agricole, les « navétanes » et ceux qui travaillent (avec le statut de « talibés ») dans les exploitations agricoles maraboutiques. Le prolétariat agricole constitue un groupe morcelé, sans expérience d’organisation, du fait notamment de ses conditions de travail et se ressent plus fortement que le prolétariat industriel de l’influence de la mentalité paysanne avec laquelle il reste ombilicalement lié. Mais dans la perspective du développement de la lutte des classes à la campagne, ce détachement aura un grand rôle à jouer à côté du prolétariat industriel dont il constitue l’allié le plus fidèle en milieu rural ;

 

92.         Le « prolétariat des services » Il constitue un groupe social qui se situe entre la classe ouvrière et les couches moyennes ; il regroupe les ouvriers travaillant dans le commerce, les petits salariés des services administratifs (chauffeurs, électriciens, personnel d’entretien, plantons, etc.) Ils n’ont pas encore, dans leur majorité, conscience de leurs intérêts et l’influence bourgeoise bureaucratique ou petite-bourgeoise est plus marquée ici qu’au niveau des autres secteurs du prolétariat. Il  est également faiblement organisé.

 

93.         Les facteurs qui pèsent sur la classe ouvrière sénégalaise et l’empêchent aujourd’hui d’assurer, avec toute la clairvoyance et la détermination nécessaire, sa mission historique sont, principalement les suivants :

­        L’instabilité et l’insécurité  permanentes de l’emploi non seulement à  cause de l’arbitraire patronal mais aussi à cause de l’existence d’une forte « armée de réserve » constituée par une masse de « journaliers » et de « temporaires » maintenu dans cette situation en violation flagrante avec le code du travail ;

­        Sa faiblesse numérique qui fait, en particulier, qu’elle est littéralement noyée dans l’élément idéologique et social « petit-bourgeois » avec tout ce que cela peut impliquer d’influences négatives sur sa conscience et son comportement de classe ;

­        Les attaches encore solides avec la paysannerie dont elle est souvent issue de fraîche date ;

­        Son éparpillement (malgré une certaine concentration géographique mais aussi sectorielle dans certaines branches)) dans de petites unités industrielles (appartenant souvent à des petits   patrons nationaux) où agissent d’ailleurs ; plus fortement le poids des rapports sociaux patriarcaux ;

­        La persistance des facteurs de division, notamment au plan syndical ;

­        La Chappe de plomb qui constitue la main-mise idéologique et organisationnelle du syndicalisme de « participation responsable », variante nationale du syndicalisme réformiste et de collaboration de classe  pratiquée par la clique de « syndicalistes affairistes » qui dirigeant la Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal (qui est la principale centrale du pays.)

 

94.         Malgré   toutes ces insuffisances, la classe ouvrière sénégalaise qui avait déjà joué un rôle décisif dans la lutte pour l’indépendance, est aujourd’hui en première ligne dans la lutte sociale contre le patronat étranger, la bourgeoisie bureaucratique et compradore. Force est même de constater que quelques que soient les limites, distorsions et inconséquences que le poids de la « participation responsable » ou des autres facteurs idéologiques négatifs introduit dans son action, la classe ouvrière est la seul de toutes à être aujourd’hui engagé dans une confrontation quotidienne, parfois longue et violente, contre le patronat étranger et l’Etat néo-colonial (à travers ses « forces de l’ordre. » ) De la sorte elle indique déjà le chemin de la lutte aux autres classes et couches sociales, même si elle ne le fait pas encore avec toutes la clairvoyance, l’efficacité et la conséquence souhaitables.

 

95.         D’ailleurs les forces réactionnaires qui ont dominé et dominent encore notre pays, ne se sont jamais trompées sur le compte de la classe ouvrière. Elles ont fait et continuent de faire tout ce qui peut empêcher qu’elle prenne conscience clairement de ses intérêts, s’organise et lutte efficacement pour les défendre : interdiction, dissolution ou entraves à l’action de ses organisations des combats, embrigadement par l’Etat néo-colonial (avec la complicité de dirigeants syndicaux traîtres à la classe ouvrière à laquelle d’ailleurs ils n’appartiennent pas le plus souvent), mobilisation  de toutes les forces du réformisme syndical et politique international (CISL – Afro-Américain, Institut Ebert-Social démocratie) pour tenter d’empêcher l’affirmation et le développement d’une conscience de classe révolutionnaire au sein de la classe ouvrière.

 

96.         Il reste cependant beaucoup à faire encore pour que la classe ouvrière sénégalaise comble le fossé qui sépare aujourd’hui le rôle considérable qu’elle joue déjà dans les luttes sociales et celui, découlant de sa mission historique d’avant garde, de guide politique véritable reconnu et accepté comme tel par toutes les forces sociales engagées dans la lutte contre l’impérialisme. Il n’y a donc pas aujourd’hui de tâche plus essentielle et plus urgente pour notre Parti, en tant que Parti Communiste, que d’aider la classe ouvrière à combler rapidement ce fossé en l’éduquant idéologiquement et politiquement pour élever ses capacités d’organisation et de direction politique du mouvement populaire anti-impérialiste. De la rapidité avec laquelle ce fossé sera comblé dépendront les progrès plus décisifs de la lutte anti-impérialiste, son orientation correcte et conséquente, mais aussi l’aptitude de notre Parti à peser plus efficacement sur les évènements et à les conduire conformément aux intérêts de la classe ouvrière, de toutes les couches populaires et du pays.

 

2. La paysannerie.

 

97.         Elle a cessé depuis longtemps de constituer un bloc homogène, indifférencié. En effet, déjà nettement stratifiée avant la colonisation, elle a été plongée par cette dernière dans un processus de différenciation en son sein. Avec la politique agricole menée par le pouvoir néo-colonial s’est progressivement formée une mince couche de paysans aisés constituant l’embryon d’une bourgeoisie agraire. C’est cette orientation que la « Nouvelle politique agricole » préconisée par le gouvernement prise à consolider pour fournir   au capitalisme agraire les possibilités d’un développement par « en bas » en lui forgeant une solide base sociale dans les campagnes.

 

98.         Il reste malgré tout, que la paysannerie sénégalaise est composée dans son écrasante majorité de petits et moyens paysans, travaillant directement dans les exploitations  individuelles ou familiales dont ils tirent la quasi-totalité de leurs moyens de substance. C’est la couche de la paysannerie laborieuse. Elle coexiste dans les campagnes avec l’embryon de la bourgeoisie agraire constituée par les représentants de l’aristocratie religieuse et autres paysans riches. Elles constituent dans les campagnes, les relais du pouvoir néo-colonial auquel  elles apportent tout le soutien politique nécessaire moyennant certains avantages qu’elles mettent à profit pour asseoir et développer leurs positions économiques et politiques.

 

99.         Le processus de constitution de cette « bourgeoisie agraire » est une donnée fondamentale à garder en vue dans la mesure où cela ne manquera  pas de peser fortement sur l’évolution des luttes politiques de classe à la campagne, d’autant que le pouvoir s’oriente vers la promotion de ces éléments en fermiers modernes qui pourront servir de vecteurs et de base sociale pour un véritable capitalisme agraire. Cependant, dans l’étape actuelle de notre lutte, c’est l’ensemble de la paysannerie qu’il faut travailler à mobiliser, même si nous accordons une attention privilégiée à la paysannerie laborieuse. En effet, d’une part, l’embryon de la bourgeoisie rurale en formation reste faible et rattaché encore par de multiples liens à la masse de la paysannerie, d’autre part, c’est toute la paysannerie sans distinction qui  trouverait son compte dans une politique agraire conçue d’abord dans l’intérêt des sénégalais, une politique capable de développer et de moderniser les forces productives à la campagne, de protéger les revenus agraires, de permettre à tous ceux qui travaillent la terre de jouir pleinement du fruit de leur labeur en mettant fin aux ponctions injustes opérées par l’Etat néo-colonial au profit de la bourgeoisie bureaucratique.

100.    De plus en plus les masses rurales se dégagent de ces facteurs de blocage et leur défiance à l’égard du régime qui ne cesse de croître, s’exprime sous les formes de plus en plus politiques. En témoigne leur adhésion massive non seulement au Parti Démocratique Sénégalais (dont les petits et moyens paysans fournissent l’essentiel des militants) mais aussi à d’autres partis de l’opposition qui leur proposent parfois des plates-formes de lutte plus radicales. Les progrès spectaculaires effectués par notre Parti dans les campagnes constituent sans aucun doute l’illustration la plus  éloquente des formidables mutations sociologiques, politiques e psychologiques en cours au sein de la paysannerie.

 

101.    Il serait toutefois dangereux de méprendre sur le sens des ces mutations en s’abandonnant à l’illusion que dans les campagnes la Révolution serait un fruit déjà mûr qui n’attendrait plus que d’être cueilli sans peine. Il serait plus dangereux encore, en spéculant sur l’extrême misère du monde rural, de voir dans la paysannerie la force capable de libérer la société sénégalaise de la domination impérialiste et du pouvoir néo-colonial.

 

102.    Par son rôle social et même économique, la paysannerie reste l’enjeu fondamental à gagner par les forces anti-impérialistes  pour assurer le succès de leur lutte. Sa misère croissante  constitue par ailleurs une des preuves les plus flagrantes de l’incapacité de la politique agraire du pouvoir néo-colonial à se conformer aux intérêts les plus élémentaires de notre pays. Mais il reste malgré tout que, à cause de son manque d’expérience en matière d’organisation et de luttes spécifiques, du fait également du poids de tous les facteurs négatifs qui agissent sur sa conscience, enfin par la nature même de ses aspirations, la paysannerie sénégalaise ne pourra elle-même se libérer et contribuer efficacement à la libération du pays qu’en s’alliant aux autres classes progressistes, notamment à la classe ouvrière. La question cardinale à  résoudre à cette étape de notre révolution, celle qui en définitive conditionnera son succès, c’est précisément de gagner la paysannerie à cette conviction, de lui éclairer toutes les raisons et l’intérêt qu’elle a de prendre une part active à la lutte. D’où la nécessité, l’importance et l’urgence pour notre Parti d’élaborer et populariser à la campagne des mesures pertinentes de réforme agraire collant aux préoccupations les plus brûlantes des masses rurales, capables de relancer l’économie rurale et de permettre à cette dernière, tout en assurant le progrès matériel des paysans, d’impulser le développement économique du pays dans son ensemble.

 

3. La bourgeoisie nationale.

 

103.    Nous entendons par-là la fraction des hommes d’affaires sénégalais (commerçants moyens, artisans modernes, moyens entrepreneurs et moyens industriels) dont l’existence et le développement, loin de reposer sur la domination néo-coloniale, sont plutôt handicapés par cette dernière. C’est cette situation qui donne à ses aspirations et à ses revendications un certain cachet « patriotique » qui, bien que ne dépassant pas la volonté des chasser le capital étranger pour prendre sa place, ne la mette pas moins en contradiction avec l’impérialisme. A l’étape actuelle de notre lutte, c’est ce dernier aspect qu’il importe de retenir, dans la perspective d’un large front anti-impérialiste susceptible d’isoler au maximum et de battre la bourgeoisie monopoliste, la bourgeoisie bureaucratique et la bourgeoisie compradore.

 

104.    Bien qu’elle puisse être une composante à part entière de ce front, la bourgeoisie nationale sénégalaise ne saurait en assumer la direction pour plusieurs raisons tenant à sa situation objective. D’abord elle est encore trop faible économiquement. Ensuite, et précisément à cause de la précédente raison, elle a une attitude ambiguë et irrésolue à l’égard du pouvoir néo-colonial auquel elle reproche d’être au service du capital étranger qui la brime, mais en même temps elle dépend relativement de ce pouvoir néo-colonial dont elle espère non seulement des marchés mais aussi une certaine protection contre le capital étranger et même contre la classe ouvrière. Il faut noter encore qu’au plan strict de la lutte   concrète contre la patronat étranger et la bourgeoisie bureaucratique, la bourgeoisie nationale est moins « avancée » que la classe ouvrière malgré les limites actuelles de l’action de cette dernière et bien que les hommes d’affaires nationaux aient de plus en plus tendance à radicaliser l’expression de leur  mécontentement. Enfin, pour l’évidentes raisons de classe, l’action de la bourgeoisie ne vise pas la remise en cause effective des bases socio-économiques sur lesquelles repose le pouvoir néo-colonial, mais plutôt leur réaménagement de manière à lui assurer une place viable. Dans ces conditions elle est encline au compromis et prête à le passer avec la bourgeoisie monopoliste étrangère et le pouvoir néo-colonial pour peu qu’ils lui laissent la possibilité. Cette tendance au compromis est d’autant plus réelle qu’outre sa méfiance naturelle à l’égard de la classe ouvrière, a bourgeoisie nationale est profondément inquiétée par le développement et la radicalisation du mouvement populaire dont l’orientation de plus en plus anticapitaliste est perçue comme une menace à terme, contre ses intérêts de classe.

105.    Mais tout cela ne cesse de faire de la bourgeoisie nationale une alliée possible de la classe ouvrière dans la lutte anti-impérialiste. Et eu égard aux conditions concrètes de notre pays, cette alliance qui va bien au-delà des simples nécessités tactiques, a même ses bases objectives pour survivre et se renforcer après la victoire sur l’impérialisme. En effet durant toute la période qu’inaugurera cette victoire, la bourgeoisie nationale aura un rôle de grande utilité nationale à jouer dans un secteur privé, sas être dominant, se verra assurer les conditions nécessaires de viabilité et de rentabilité. Qu’elle reste ou non dans le bloc des forces patriotiques dépendra de l’attitude concrète qu’elle adoptera devant l’alternative suivante : privilégier ses intérêts égoïstes par rapport à ceux de l’ensemble du pays se mobilisant effectivement contre le système visant à assurer aux larges masses sénégalaises  la pleine maîtrise de leurs destinées ou au contraire apporter sa contribution à l’effort de consolidation patriotique et démocratique en mettant au service du pays son dynamisme et son esprit d’entreprise à travers le secteur privé maintenu dans des limites qui ne mettent pas en danger les acquis des masses.

 

4. Les couches moyennes.

 

106.    Elles regroupent des couches très hétérogènes de la population parfois nettement différenciées par leur position dans le système social de production est d’échanger (notamment par rapport aux moyens de production), par leur activité sociale et la source de leurs revenus, par leur mode de vie (bien que la tendance générale à la paupérisation se traduise ici par un nivellement progressif.) On peut ranger parmi ces couches moyennes :

­        Lles petits et moyens producteurs (qui  sont d’ailleurs en situation ou en voie de semi-prolétarisation, obligés  qu’ils sont de plus en plus à recourir à un travail salarié d’appoint pour pouvoir subsister) – artisans, petits et moyens commerçants, etc. ;

­        L’intelligentsia petite et moyenne – cadres subalterne de l’administration, employés de commerce, enseignants, infirmiers et agents sanitaire, médecin des hôpitaux public, agents techniques d’encadrement de la Coopération, de l’Agriculture, de l’Elevage, des Eaux et Forêts, etc. cadres moyens de l’armée et de la police, certaines sphères des professions libérales, artistes ;

­        Toute la mosaïque des activités plus ou moins informelles qui se développement autour de la vie urbaine (détaillants, revendeurs, etc.) et qui constituent la frange inférieure des couches moyennes. Parfois à l’extrême limite du lumpenprolétariat  avec lequel elles ne se confondent nullement cependant, ces couches moyennes constituent par leur nombre croissant et surtout la détérioration continue de leurs conditions d’existence à la faveur de la crise, un immense potentiel de frustrations et de mécontentement prêt à exploser à la moindre occasion.

 

107.    Le caractère inachevé, « transitionnel » de la majeure partie des classes et couches sociales nées sur la base du mode de reproduction capitaliste immature est plus fortement marqué au niveau des couches moyennes où il se reflète à travers l’imprécision de leurs contours sociologiques est l’instabilité de leur situation sociale. Toutefois, à la faveur de la crise et des pressions de plus en plus insoutenables qu’elle exerce sur leurs conditions, les couches moyennes sont dans leur ensemble (même si c’est à des rythmes différents) engagées dans un processus inexorable de paupérisation qui bloque de plus en plus les perspectives de reclassement vers le haut. Elles perdent de plus en plus toute possibilité d’améliorer leur situation dans le cadre actuel. Cette situation qui est plus dramatiquement ressentie par les petits et moyens salariés (qui supportent l’essentiel du poids de la politique d’  « austérité » appliquée par le régime) explique la montée de la radicalisation des luttes dans ce secteur et leur caractère relativement mieux organisé.

 

108.    Cette tendance qui ira en se renforçant ( tout en se développant) est d’ores et déjà vécue de manière contradictoire à travers des ambiguïtés, des hésitations et des inconséquences de toutes sortes naturelles pour ces couches. Elle s’exprime à travers une gamme bigarrée d’options idéologico-politiques allant du « soutien distancé » (voire de l’appui critique au régime) aux positions du socialisme scientifique et du marxisme-léninisme conséquent, en passant par celles du « socialisme communautaire » d’inspiration populiste, du social-réformisme bourgeois ou petit-bourgeois et du nationalisme petit-bourgeois radical. Mais elle peut se traduire aussi à travers des comportements de passivité, de résignation, de scepticisme ou de mysticisme. L’anticommunisme et l’antisoviétisme largement distillés par un pouvoir soucieux de diviser les forces révolutionnaires trouvent leur terrain de prédilection, en jouant démagogiquement  sur l’attachement de ces couches aux concepts d’  « indépendance » politique », d’ « originalité culturelle », de « liberté » ou de « démocratie », voire en manipulant purement et simplement les sentiments religieux particulièrement actifs à leur niveau.

 

109.    Le régime d’Abdou DIOUF n’a pas manqué d’exploiter habilement cette situation. Rompant en effet avec l’extrémisme réactionnaire de SENGHOR  qui effrayait les couches moyennes et les écartait du régime, Abdou DIOUF a mis au point une stratégie de décompression sociale, reposant sur l’illusionnisme et la démagogie réformiste, qui a réussi à envoûter et à paralyser des secteurs significatifs de ces couches. C’est sur elle notamment que le nouveau régime compte pour s’insuffler du sang nouveau et recomposer la base sociale étriquée de son pouvoir. Que cette stratégie ait réussi auprès d’éléments qui avaient jusque-là combattu sans compromis le pouvoir néo-colonial, est une bonne illustration des limites de ces couches moyennes.

Mais c’est aussi la conséquence du retard accusé par l’opposition dans la définition d’une alternative politique cohérente et crédible susceptible d’influencer ces couches et de les maintenir dans l’orbite de la lutte contre le pouvoir néo-colonial. C’est enfin la preuve que ces couches, même lorsqu’elles peuvent être poussé à des solutions extrêmes dans des circonstances particulières, e sont pas toujours portées vers des voies de confrontation, de rupture radicale, de « tout ou rien ». Toute stratégie soucieuse d’embrayer massivement sur elles devra largement tenir compte de cette donnée.

 

  110.    L’avant-garde à l’intérieur des couches moyennes est constituée par l’intelligentsia petite et moyenne, celle des villes notamment. Cela s’explique par leur condition de travailleurs salariés de plus en plus difficile à vivre dans le contexte de la crise sociale et économique du système néo-colonial, mais aussi par leur éducation et leur culture politique relativement plus élevée qui leur permettent de comprendre plus facilement les mécanismes de l’exploitation et les mécanismes de classe et de l’oppression nationale. C’est pourquoi, bien que la bourgeoisie bureaucratique n’ait pas perdu toute influence sur elle, l’intelligentsia petite et moyenne a tendance à se doter de cadres de lutte dynamiques pour défendre sa situation matérielle ou morale, mais aussi à grossir les rangs des différents Partis d’opposition dont elle fournit l’essentiel de l’encadrement politique. De la sorte, c’est elle qui, pour l’essentiel, assure aujourd’hui la  direction politique effective de la lutte anti-impérialiste et il en sera ainsi tant que la classe ouvrière n’aura pas réussi à surmonter les insuffisances qui l’empêchent momentanément d’être pleinement à la hauteur de sa mission historique. D’où la nécessité pour notre Parti de prendre rigoureusement en compte cette donnée dans notre stratégie et notre tactique, en concevant notamment en direction de cette intelligentsia une politique apte à accroître notre influence sur elle, une politique susceptible de mieux éclairer à ses yeux toute la place qui est la sienne dans notre lutte pour l’indépendance. Il s’agit de partir de l’intérêt concret que l’intelligentsia a dans cette lutte pour la gagner de plus en plus aux idéaux révolutionnaires de la classe ouvrière et à son idéologie marxiste-léniniste. C’est une dimension complémentaire et indispensable de nos efforts pour construire le rôle dirigeant de la classe ouvrière.

 

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