THESES DU CONGRES DE 1984 (VI)

Theses 2e Congrès 84 .doc

PARTI DE L’INDEPENDANCE ET DU TRAVAIL

(P.I.T.-SENEGAL)

         

 

 

2ème CONGRES

DAKAR

28 – 30 septembre 1984

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1ère Partie

Thèses d’orientation et de programme

Du P.I.T.-Sénégal.

 

 

 

 

 

IV.         Notre Alternative : La Révolution Nationale, Démocratique pour jeter les bases de la transition au Socialisme.

 

140.    Il  ressort de l’analyse économique et de classe de notre société que le Sénégal est dominé dans ses sphères les plus vitales par le capital étranger associé à une mince couche nationale de bourgeois bureaucrates et parasitaires. La politique néo-coloniale et d’orientation capitaliste menée dans ce cadre par le temps de l’UPS-PS est la cause essentielle de la paupérisation croissante des larges masses populaires ; c’est cette politique qui explique également que près d’un quart de siècle après notre « indépendance » le pays n’est pas encore parvenu à s’engager dans la voie d’un développement économique et social qu soit profitable à la majorité de ses fils. Menée pour le compte de l’impérialisme et de la minorité nationale qui contrôle l’appareil d’Etat néo-colonial, cette politique a plutôt ruiné le pays, renforcé et aggravé les inégalités sociales, affecté gravement l’expression des libertés démocratiques et des droits sociaux fondamentaux (notamment ceux des travailleurs), mis en danger la paix et la sécurité de notre peuple, engendré des déséquilibres régionaux et ethno-culturels qui remettent en cause notre intégrité territoriale et minent les fondements de notre cohésion nationale.

 

141.    Cette situation a divisé le pays en deux grands camps aux intérêts irréconciliable : le camp de ceux qui organisent l’exploitation néo-coloniale et e profitent, et le camp de ceux qui subissent cette exploitation la classe ouvrière, la paysannerie, la bourgeoisie nationale et les couches moyennes constituent les classes et les couches sociales qui, à des degrés divers sont victimes de la domination impérialiste et du pouvoir néo-colonial. C’est sur ces classes et couches sociales que nous comptons nous appuyer aujourd’hui pour forger pour notre peuple un avenir conforme à ses aspirations au bonheur et à la dignité nationale, à la démocratie, à la paix, à l’abolition progressive de toutes les formes d’exploitation.

 

A. L’étape actuelle de notre lutte.

 

142.    C’est en fonction de toutes ces données d’analyse que notre Parti définit l’étape actuelle de notre lutte comme celle de la Révolution Nationale Démocratique. Ses forces motrices seront constituées par le bloc historique des classes et couches sociales anti-impérialistes :la classe ouvrière, la paysannerie, les couches moyennes, notamment l’intelligentsia progressiste et la bourgeoisie nationale. Toute la stratégie et la tactique du Parti, à l’étape actuelle, vise à réaliser et à consolider l’alliance de ces couches et classes sociales pour les regrouper dans un Front Démocratique chargé de diriger la lutte contre l’impérialisme et, une fois ce dernier renversé, de résoudre les tâches politique, économiques, sociales et culturelles de la Révolution Nationale Démocratique. D’où le programme minimum que nous proposons aux différentes organisations et personnalités à travers lesquelles s’expriment, d’une manière ou d’une autre les aspirations de toutes les classes et couches sociales anti-impérialistes, pour lutter ensemble, vaincre ensemble et conduire ensemble les destinées de notre pays. Pour créer les conditions politiques essentielles de réalisation des objectifs pour lesquels il aura lutté, ce Front Démocratique devra arracher l’appareil d’Etat des mains de la bourgeoisie bureaucratique et le refondre en un appareil d’Etat nouveau, celui de l’Etat National Démocratique.

 

143.    La question du rôle dirigeant dans l’alliance anti-impérialiste ne relève d’aucune prééminence pré-établie. Il sera le fait de la classe ou couche sociale qui sera la mieux préparé d’organisation, du poids politique, objectif dont elle saura peser pour le succès de la Révolution, d’autres sociales alliées. C’est pourquoi notre Parti considère comme relevant de sa responsabilité historique et érige au rang d’une tâche cardinale, celle de créer les conditions idéologiques, organisationnelles et politiques qui permettront à la classe ouvrière de jouer dans cette alliance un rôle conforme à sa mission historique. Il travaillera aussi à réaliser autour de cette classe ouvrière un bloc solide de couches laborieuses urbaines et rurales capable de peser d’un poids déterminant sur le cours des évènements. Le P.I.T.-Sénégal accomplira cette tâche dans le cadre d’une émulation démocratique et fraternelle avec toutes les organisations animées du même souci de progrès.

 

144.    La Révolution Nationale Démocratique n’est pas une catégorie métaphysique dont le contenu socio-politique pourrait être défini en faisant abstraction de l’essence de l’époque, des caractéristiques majeures qu’elle imprime aux processus qui se découlent en son sein, des conditions économiques, politiques et sociales concrètes qui prévalent dans chaque pays. Il est par ailleurs tout à fait contraire à l’esprit et à la méthode du maxisme-léninisme que de vouloir déduire à partir d’une « définition générale » de la Révolution Nationale Démocratique le contenu concret des tâches que nous avons à assumer dans un pays concret, le Sénégal. C’est pourquoi nous prenons en compte l’essence général de l’époque, définie par LENINE comme celle du passage du capitalisme au socialisme à l’échelle mondiale, et la situation objective de notre pays pour formuler la thèse suivant : La Révolution Nationale Démocratique au Sénégal débordera le cade de la Révolution Démocratique « bourgeoise » pour revêtir le caractère d’une révolution de type nouveau, anti-impérialiste et anticapitaliste d’un même tenant.

 

145.    La thèse d’une Révolution Nationale Démocratique, anti-impérialiste et anticapitaliste d’un même tenant, n’est pas le fait d’un parti pris volontariste auquel nous tenterions illusoirement et conformer les cours des choses. C’est toute l’évolution du processus révolutionnaire contemporain, dans le monde et en Afrique, qui a confirmé la déduction léniniste selon laquelle, à notre époque de passage du capitalisme au socialisme à l’échelle mondiale, et compte tenu de la modification apportée dans le rapport mondial des forces par l’existence du système socialiste, le mouvement de libération aura de plus en plus tendance à s’orienter contre le capitalisme, à prendre la direction du socialisme en faisant l’économie de la phase de maturation du capitalisme. D’autre part, l’analyse même de la situation de notre pays montre que l’opinion de classe capitaliste faite par le régime non seulement n’a pas su placer le Sénégal dans la voie du développement économique et social, mais encore elle a tendance à accumuler et à aggraver les contradictions qui entravent ce développement. Aucune solution véritable ne peut être trouvée aux grands problèmes de notre pays sur la base de l’orientation  capitaliste actuelle.

 

146.    Le caractère anticapitaliste de notre Révolution Nationale démocratique recouvre les objectifs stratégiques suivants de sa logique de développement, pour libérer les forces productives de tous les rapports (politiques, économiques, sociaux) qui entravent leur croissance et leur modernisation ;

­        Edifier une base économique nationale indépendante et solide, capable d’assurer, au rythme de ses progrès, une amélioration continue des conditions d’existence du peuple ;

­        Créer graduellement les conditions économiques, politiques sociales, idéologiques et culturelles de la transition au socialisme, en évitant de brûler les étapes nécessaires.

   

147.    La prémisse fondamentale à tout changement progressiste réside  dans le renforcement et la défense de la cohésion nationale.

Cela suppose en tout premier lieu un développement socio-économique équilibré des régions en rupture totale avec les anomalies nées de la colonisation et aggravées par le pouvoir néo-colonial, par l’exploitation des ressources humaines et naturelles dans un ensemble national, démocratique.

 

148.    En second lieu, l’enseignement et le développement de toutes les langues nationales sont une exigence historique de notre peuple multi-ethnique et une des conditions des progrès ultérieurs de notre société, la base d’une politique d’éradication total et urgente de l’analphabétisme et de la promotion culturelle, technique et scientifique des masses.

Pour ce qui concerne la place ou le rôle de telle langue par rapport aux autres, l’expérience impose  le plus de discernement et exclut toute approche administrative et volontariste. La solution démocratique de cette question de première importance ne doit pas en effet déboucher sur une régression des acquis historiques de la formation nationale sénégalaise, la démocratie et la lucidité dictent dans un même mouvement la promotion des langues nationales et la prise en compte rigoureuse de la diversité sénégalaise.

 

149.    Compte tenu du contexte national et international, la période de transition nécessaire à l’accomplissement de ces objectifs sera longue et complexe. Les facteurs nationaux qu rendront l’étape de la Révolution Nationale Démocratique longue et complexe tiennent d’abord au fait que c’est un pays qui n’a pas encore achevé, sous tous les rapports, sa transition au capitalisme que nous voulons engager dans la voie du socialisme. Ils tiennent également au degré de profondeur de notre insertion dans le marché mondial capitaliste, au rôle dévolu à notre pays dans la stratégie africaine de l’impérialisme, à la place qu’il occupe dans son dispositif de préparation de la guerre. Il y a aussi l’hétérogénéité des compositions sociales du bloc anti-impérialiste avec les immanquables différenciations internes que la lutte des classes, qui sera vive à cette phase, ne manquera pas d’y accentuer.

 

150.    Au plan mondial, l’interconnexion plus étroite que jamais entre les facteurs nationaux et internationaux ne manquera pas de peser, positivement ou négativement, sur les décisions que nous pourrons raisonnablement prendre dans notre pays. Suivant les cas, elle limitera ou élargira nos possibilités. D’autre part, l’hystérie belliciste sur fond d’antisoviétisme et d’anticommunisme dans laquelle sont tombés les cercles ultra-réactionnaires de l’impérialisme américain notamment, qui n’hésitent même plus à envisager publiquement et à planifier la destruction du système socialiste, la menace de plus en plus grave que ces menées agressives font peser sur l’avenir de l’humanité, constituent autant de raison de tout subordonner à la sauvegarde de la paix. Pour les pays socialistes en particulier, tant que cette situation durera, l’aide la plus décisive qu’ils pourront apporter aux autres forces de progrès consistera, à notre avis, à renforcer leurs capacités de défense pour tenir en respect les amateurs d’aventures nucléaires et sauver l’humanité de la catastrophe, tout en continuant à prouver, par des progrès matériels, sociaux et culturels tangibles au bénéfice de leur peuple, la supériorité du socialisme sur le capitalisme. Aucune autre forme d’aide qu’ils pourraient nous consentir ne saurait remplacer notre effort personnel.

 

151.    La Révolution Nationale Démocratique au Sénégal ne sera ni le produit d’une « importation » ni le fait de minorités agissantes ne substituant au peuple. Elle sera l’affaire des masses sénégalaise elles-mêmes, organisées, mobilisées et déterminées à lutter pour prendre en main leurs propres destinées. Notre Parti entend aller au pouvoir et s’y maintenir en s’appuyant sur ce principe et en tirant toutes les conclusions utiles dans la définition de ses méthodes et de ses formes de lutte. Il le fera en prenant toujours la pleine mesure d l’enjeu véritable de la lutte à telle ou telle étape, et en veillant à adopter à chaque étape la démarche la plus accessible aux larges masses, la plus apte à les faire intervenir de la manière la plus puissante et la plus efficace.

 

152.    Dans cette perspective, notre Parti considère comme un acquis important, à porter au compte et à l’honneur de tout notre peuple, les formes actuelles de la lutte politique  au Sénégal. IL considère comme un bien précieux l’expression, même formelle et limitée, de tous les droits et libertés démocratiques reconnus par notre Constitution, non seulement parce qu’ils nous apparaissent comme des points d’appui appréciables dans la lutte pour plus de libertés et de démocratie, mais encore et surtout parce qu’ils éviteraient à notre peuple de fâcheuses et trop coûteuses expériences. Nous nous engageons dans à inscrire pleinement notre action dans ce cadre et à ne ménager aucun effort pour contribuer à la consolidation des pratiques et de la conscience démocratiques parmi les masses sénégalaises.

 

153.    Malheureusement, en accord avec sa nature de classe bureaucratique et parasitaire et son caractère anti-populaire et anti-national, le pouvoir néo-colonial et son Parti, le P « S » ont la dangereuse tendance à bafouer la volonté des masses par des tricheries qui discréditent les pratiques démocratiques. Cette attitude irresponsable et à courte vue peut aboutir à des situations de frustration et de blocage favorables à toutes les formes de violence. Elle peut pousser les masses à tourner le dos aux pratiques démocratiques constitutionnelles pour explorer de nouvelles voies de libération. Dans ces conditions, notre Parti doit considérer comme relevant de sa responsabilité historique l’adoption effective des dispositions utiles susceptibles de lui permettre en toute circonstance, de porter à la tête des masses et de conduire leurs luttes. Toute hésitation dans cette direction reviendrait, tôt ou tard, à se mettre en porte à faux avec les masses et à trahir notre mission.

 

B. Pour réussir la Révolution Nationale Démocratique.

 

154.    Compte tenu de l’analyse que nous avons faite de la situation économique de notre pays et de sa configuration de classe, et conformément aux exigences concrètes découlant de l’étape de la Révolution Nationale Démocratique, la ligne stratégique qui oriente notre activité sur toute la période en cours peut se résumer comme suit : s’appuyer sur les possibilités que nous offre la Constitution en vue d’intensifier la lutte pour la consolidation, l’extension et l’approfondissement du processus démocratique, créer de la sorte les meilleures conditions pour la mobilisation la plus large possible des masses autour de l’objectif de la Révolution Nationale Démocratique, tout en veillant à prendre sur tous les plans les dispositions  utiles pour permettre notre Parti d’être, en toute circonstance, à la hauteur de ses responsabilités historiques.

 

155.    C’est en s’inspirant de cette ligne stratégique fondamentale que le Parti élabore et met en œuvre sa tactique en tenant toujours compte des nécessités concrètes de la bataille politique à telle ou telle de ses phases. Cette tactique peut, au besoin, être approfondie ou réajustée même, voire abandonnée si les nécessités objectives de notre lutte l’exigent, pour donner à notre intervention le maximum d’efficacité, mais elle ne doit jamais perdre de vue notre ligne stratégique fondamentale.

 

156.    Conformément à cette ligne stratégique fondamentale, les principaux axes de notre travail politique dans la période actuelle peuvent se résumer en deux ordres de tâches qui sont d’ailleurs complémentaires et se conditionnent réciproquement :

­        Edifier le Parti léniniste de type nouveau et construire son rôle d’avant garde véritable, en affirmant son caractère de casse, en élargissant ses liens avec les masses, en accroissant ses capacités révolutionnaires et son influence politique, idéologique et moral dans la société ;

­        Découvrir les voies et les plus aptes à impulser  la lutte commune des forces sociales et politiques intéressées à tel ou tel degré à la Révolution Nationale Démocratique, en vue d’isoler au maximum le pouvoir néo-colonial et de le battre, pour engager irréversiblement le pays dans la réalisation des transformations socio-politique radicales venues à maturité.

 

157.    Aucune de ces deux ordres de tâches ne peut être envisagé à fortiori réalisé, en faisant abstraction de l’autre – la force du Parti et le développement de son influence seront les facteurs décisifs pour impulser le mouvement uni des masses et le hisser à un niveau d’efficacité supérieure. Mais le Parti ne se construit pas comme dans une couveuse artificielle ; il se développe, se renforce et s’aguerrit dans et par le mouvement des masses, par la qualité de la participation de ses militants à ce mouvement.

 

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