THESES DU CONGRES DE 1984 (VIIIème et dernière partie)

Theses 2e Congrès 84 .doc

PARTI DE L’INDEPENDANCE ET DU TRAVAIL

(P.I.T.-SENEGAL)

         

 

 

2ème CONGRES

DAKAR

28 – 30 septembre 1984

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1ère Partie

Thèses d’orientation et de programme

Du P.I.T.-Sénégal.

 

3. Contribuer à créer des conditions extérieures favorables.

 

181.    Notre pays le Sénégal, n’existe pas en vase clos. Les conditions qu existent sur l’arène politique internationale agissent fortement sur la situation nationale. C’est pourquoi i n’est pas possible de réduire notre lutte pour la Révolution Nationale Démocratique à une simple confrontation entre les forces anti-impérialistes du pays et celles qui soutiennent la domination étrangère. La Révolution Nationale Démocratique au Sénégal est une composante du processus révolutionnaire mondial, elle se ressent à tous égards des avancées et des limites de ce processus, du rapport des forces qui  existent à l’échelle mondiale et du contenu essentiel de notre époque. D’où la nécessité de lutter pour la création de conditions internationales favorables.

 

a) L’impérialisme a définitivement perdu l’initiative histoirique.

 

182.    La grande révolution socialiste d’Octobre de 1917, en brisant pour la première fois la chaîne de l’impérialisme mondial, a inauguré l’ère de passage du capitalisme au socialisme pour tous les peuples. Aujourd’hui, plus d’un milliard et demi d’hommes et de femmes construisent ou vivent sous le socialisme. La défaite de l’Allemagne fasciste, dont l’Armée Rouge a été le principal artisan, a ouvert la voie à la constitution d’un système socialiste mondial dont l’existence et le renforcement continu ont modifié considérablement le rapport mondial des forces en faveur de la lutte pour la paix, la démocratie et le progrès social. Porté par cette vague historique, le mouvement de libération nationale a asséné des coups décisifs au système colonial de l’impérialisme, grâce au soutien du socialisme et de la classe ouvrière internationale. Son contenu social s’est approfondi, prenant une orientation de plus en plus anticapitaliste, sur la voie du socialisme. Des couches non prolétariennes de plus en plus larges s’engagent partout, à côté de la classe ouvrière, dan la lutte contre les monopoles et leur politique. Toutes ces données plongent l’impérialisme dans une crise sans précédant. Et même s’il dispose encore de larges possibilités pour continuer à dominer et à exploiter les peuples, il a définitivement perdu l’initiative historique

 

b)  Défendre la paix -   condition fondamentale de tout progrès ultérieur.

 

183.    L’aggravation de la tension internationale actuelle, du fait de la politique belliciste de l’impérialisme américain, l’intervention de plus en plus arrogant dans les affaires intérieures d’autres pays, la relance de la course effrénée aux armements, l’utilisation de la force militaire dans les conflits entre Etats, la nouvelle frénésie anticommuniste et anti-soviétique, constituent autant de tentatives désespérées des l’impérialisme, américain notamment, de modifier le rapport mondial des forces. Pour y parvenir, il ne recule même pas devant le recours éventuel d’une guerre thermonucléaire et s’y prépare avec ses théories criminelles sur la « guerre nucléaire  limitée », sur les possibilités des la gagner. Face à cette situation en faisant preuve d’un grand esprit de responsabilité, les pays socialistes, soucieux de préserver le sort de la planète des conséquences fatales de cette folie, n’ont cessé de faire des propositions réalistes constructives auxquelles l’impérialisme américain a jusqu’ici répondu par de solutions dilatoires et l’intensification de son arsenal destructeur.

 

184.    La politique suicidaire de l’impérialisme américain choque de plus en plus la conscience des l’humanité, comme en attestent le développement sans précédant du mouvement pacifiste marqué d’une grande diversité dans ses formes et son contenu, l’extension progressiste des ce mouvement dans les pays économiquement arriérés, l’écho de plus en plus grand suscité par les initiatives constructives de paix de l’Union Soviétique et des autres pays de la communauté socialiste. Les propositions formulées par le Mouvement des non-alignés à Delhi, montrent que les pays du « Thiers-Monde » sont de plus en plus conscient du fait que le progrès dans la voie du développement économique, social et culturel de leurs peuples est incompatible avec la poursuite de la politique impérialiste d’attisement de la tension internationale et la course aux armements.

 

185.    Malgré tous ces facteurs positifs qui sont autant d’encouragement à poursuivre avec plus de vigueur et d’intensité la lutte contre l’impérialisme fauteur de guerre, forces est de reconnaître objectivement que l’aggravation de la tension internationale complique sérieusement notre lutte. Elle accumule des obstacles plus grands sur le chemin de la réalisation des transformations socio-politiques auxqueslles aspire notre peuple. C’est pourquoi, la lutte pour la paix et le désarmement, pour l’abaissement de la tension internationale, pour la sauvegarde de l’humanité, est la tâche fondamentale de notre époque, celle dont le succès conditionne toutes les possibilités de progrès ultérieurs. L’échec de cette lutte, c’es la disparition de notre planète, de tous les peuples du monde et de notre peuple sacrifiés aux appétits insatiables des « marchands de canon ». Notre peuple est aussi concerné que tous les peuples du monde. C’est pourquoi toutes les forces soucieuses de l’intérêt national, celles qui aspirent à libérer notre peuple, doivent se mobiliser pour s’opposer aux menaces qui pèsent sur son existence et sa sécurité. Cette mobilisation est d’autant  plus nécessaire que notre gouvernement lui-même, en dépit de tout bon sens, a déjà mis dangereusement  la main dans l’engrenage.

 

c)  Le Sénégal  doit cesser d’être une base d’agression.

 

186.    En effet dans le cadre de la politique impérialiste d’agression des peuples et de préparation de la guerre, notre pays, contre l’avis est l’intérêt de notre peuple, a été transformé en une base active. Notre infrastructure portuaire et aérienne est livrée aux forces de l’OTAN, pour agresser des peuples frères d’Afrique et d’autres continents, ou dans le cadre de manœuvres secrètes de l’OTAN. Notre armée est mobilisée en permanence dans la réalisation d’objectif militaires contraires aux intérêts de notre peuple, de la paix dans notre région est sous-région. Le gouvernement UPS-PS se comporte dans la région en véritable sous-gendarme. Des pactes militaires comme l’ANADE, commandité par l’impérialisme, sont constitués entre des Etats de la région pour mieux coordonner leur lutte contre les forces locales de progrès et menace la sécurité des Etats de la région qui refusent le diktat de l’impérialisme.

Au plan idéologique, le Sénégal joue le rôle d’un puissant relais de l’anticommunisme et de l’antisoviétisme en Afrique, un centre actif d’expérimentation de toutes les idées visant à obscurcir la conscience des peuples africains, de leurs forces progressistes, en particulier de leur classe ouvrière.

 

187.    Cette politique n’est pas faite dans l’intérêt de notre peuple. Elle ne nous réserve ni plus ni moins que la catastrophe. C’est pourquoi tous les sénégalais qui aiment leur pays doivent lutter pour exiger le départ de toutes les bases étrangères sur notre territoire national, l’interdiction désormais de l’utilisation de notre territoire à des fins militaires à toutes les puissances étrangères sans exception, l’abrogation  immédiate de tous les accords militaires secrets qui intègrent de fait notre pays dans le dispositif mondial des l’OTAN. Sur la base du respect de notre indépendance et de notre souveraineté, notre pays doit développer une politique active de coopération mutuellement avantageuse, de non-alignement, d’amitié, de solidarité et de paix avec tous les Etats. De large possibilité, de solidarité, que la politique actuelle de discrimination laisse intactes, existent dans la coopération avec l’Union Soviétique et les autres pays socialistes. Aucune considération économique ou politique d’intérêt national ne justifie le gaspillage actuel de telles possibilités qui vont dans le sens de l’allègement de notre dépendance à l’égard des l’impérialisme pour la réalisation progressive des notre indépendance économique et qui préfigurent déjà, à leur façon, un nouveau système de relations économiques mondiales plus justes, un nouvel ordre économique international qui est une des revendications fondamentales de notre peuple.

 

d) Un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre.

 

188.    La « Confédération Sénégambienne », dans sa forme actuelle, est un cadre juridique qui vise purement et simplement à légitimer l’annexion du peuple souverain de Gambie  au profit exclusif de l’impérialisme et des minorités parasitaires du Sénégal et de la Gambie. Cette agression criminelle contre les droits sacrés du peuple Gambien à son indépendance hypothèque gravement les relations naturelles entre nos deux peuples. La présence de l’armée sénégalaise d’occupation est un facteur d’humiliation nationale pour le peuple. Pour les forces démocratiques sénégalaises elles-mêmes, cette situation est grosse de conséquence incalculable. Notre Parti considère que le peuple sénégalais ne put se libérer s’il ne lutte pas en même temps contre l’asservissement du peuple frère de Gambie. C’est pourquoi le P.IT.-Sénégal appelle à la mobilisation pour le départ des troupes sénégalaises du sol gambien.

Notre peuple est pour le rapprochement  voire la fusion des deux peuples, que commandent une longue tradition d’échanges économiques et ethno-culturels, ainsi que d’autres nécessités objectives. Mais il s’oppose catégoriquement à toute union imposée par la force, comme celle qui prévaut aujourd’hui, il s’oppose à toute union qui n’émane pas de la volonté consciente, libre et démocratiquement exprimée des peuples du Sénégal et de la Gambie. Tant qu’il n’en sera pas ainsi, les rapports du Sénégal et de la Gambie doivent se reposer sur le respect de l’égalité en droits et en fait des deux peuples et des deux Etats, de leur souveraineté inaliénable, dans les limites territoriales qu’il se sont réciproquement reconnues.

 

e) Défendre et raffermir l’Organisation de l’Unité Africaine.

 

189.    L’OUA répondait à sa naissance à une profonde aspiration des masses africaines, celle de prendre en mains propres les destinées du continent. L’OUA s’est pour l’essentiel acquittée de cette tâche de décolonisation et aux mouvements qui luttent encore pour l’Indépendance de leurs pays, l’ANC, la SWAPO, le Font-Polisario, elle a été d’un soutien  concret, constant et efficaces. D’autre part, malgré quelques ratées explicables pour l’essentiel par la stratégie impérialiste de division des jeunes Etats, l’OUA a réussi tant bien qu mal à maintenir la coexistence pacifique entre ses Etats-membres et à aider à la solution politique de nombreux conflits. Sa condamnation de l’implantation des bases militaires étrangères sur le continent peut être considérée comme une importance décision dont la matérialisation par les Etats membres devrait accomplir de grands pas à la cause de la paix mondiale. Enfin les orientations économiques dégagées par son Plan de Lagos ont fourni une base claire pour le renforcement de la coopération entre ses Etats-membres, dans l’intérêt de leur indépendance.

 

190.    Pour toutes ces raisons l’OUA dont le rôle positif a été rehaussé par la force croissante des Etats progressiste en son sein, dérange l’impérialisme qui avec la connivence de ses Etats-satellites, fait tout pour la paralyser et la liquider.  Fermement attaché à l’OUA et à  l’unité africaine qui est une puissante aspiration des peuples du continent, notre Parti considère qu’il faut lutter pour sauvegarder l’acquis que constitue l’organisation continentale et pour renforcer son action en faveur de la liquidation de l’interventionnisme sur le continent du démantèlement des bases étrangères, de la complète décolonisation de la Namibie, de la libération de l’Afrique du Sud du joug de l’apartheid, du parachèvement de l’indépendance de RASD.

L’OUA doit également renforcer son action en faveur de la réalisation des aspirations économiques, sociale et culturelles des masses africaines, en fondant de plus en plus son activité sur les peuples pour ne pas mériter l’étiquette de « Cartel de Chefs d’Etat »

 

f) Développer la solidarité anti-impérialiste avec toutes les forces révolutionnaires     

 

191.    Parti profondément « nationaliste », pour avoir brandi le premier et  avoir su tenir fermement, malgré les difficultés et les vicissitudes de la répression, le flambeau de l’indépendance de notre peuple, Le P.I.T. est un Parti internationaliste convaincu. L’internationalisme de notre Parti ne traduit pas seulement l’insertion efficace de la lutte de la classe ouvrière sénégalaise, dont nous sommes au premier chef le Parti dans celle de toute la classe ouvrière internationale, mais aussi la communauté historique d’intérêts de tous les détachements du prolétariat mondial. Il traduit aussi la conscience tout à fait réaliste, qu’à notre époque où l’impérialisme en crise n’hésite à intervenir dans aucune partie du monde pour sauver ses intérêts en déconfiture, nous n’avons pas d’autre salut que dans le développement d’une politique de solidarité active avec tous ceux qui  partagent notre souci d’indépendance nationale, de paix, de démocratie et de progrès social. Toute conception étroitement « nationaliste » qu aboutirait à isoler notre peuple des autres courants du processus révolutionnaire mondial, à le couper de ses alliés naturels que sont le système socialiste mondial, le mouvement démocratique et ouvrier des pays capitalistes et le mouvement de libération nationale des autres peuples, ne pourrait que saper les base objectives du succès de sa lutte.

 

192.    C’est pourquoi notre Parti érige au rang d’une nécessité vitale l’éducation de tous ses membres dans l’esprit de l’internationalisme conséquent, de la solidarité anti-impérialiste, de l’amitié chaleureuse, fraternelle et indéfectible avec le Parti Communiste de l’Union Soviétique, avec ceux des autres pays socialistes et ceux des pays capitalistes dans l’esprit enfin du soutien effectif aux mouvements de libération nationale en Afrique, en Asie, en Amérique latine et partout dans le monde. C’est là une ligne qui n’ a jamais souffert, qui ne souffrira jamais d’aucune oscillation car il y va de l’intérêt bien compris de notre peuple. Elle est inséparable d’un effort permanent pour contribuer au renforcement de l’unité et de la cohésion du mouvement communiste et ouvrier international sur la base du marxisme-léninisme créateur, de l’internationalisme prolétarien, de la solidarité anti-impérialiste, dans l’intérêt commun de la lutte pour la paix, l’indépendance nationale véritable, la démocratie et le progrès social.

 

193.    Dans le cadre de notre politique de soutien au mouvement de libération nationale, notre Parti doit accorder une attention plus importante qu par le passé à la solidarité agissante avec la SWAPO et l’ANC, dont notre Parti frère, le Parti Communiste d’Afrique du Sud constitue une composante dynamique. La lutte que mène la SWAPO et l’ANC n’est pas seulement une lutte de décolonisation contre le régime barbare de l’apartheid que la minorité raciste blanche impose à l’écrasante majorité du peuple. C’est aussi la lutte contre la principale puissance économique et militaire du continent, contre le bastion principal, en Afrique, de l’impérialisme, contre le danger nucléaire sur le sol africain même. En luttant contre le régime sud-africain, la SWAPO et l’ANC luttent pour l’Afrique tout entière, pour l’indépendance et la sécurité de ses Etats et de ses peuples. Jusqu’ici l’action de notre Parti et de notre peuple en faveur de cette lutte qui nous concerne en premier chef, n‘a pas connu une ampleur à la hauteur des enjeux. La faute en incombe, en partie, à notre gouvernement qui, en multipliant les entraves au développement de puissants mouvements de masse, en refusant d’impliquer tout notre peuple dans la lutte contre l’apartheid, a confiné cette dernière dans les voies étroites d’un soutien diplomatique d’ailleurs ambigu. Sur cette question comme sur celle de la paix, et compte tenu de leur importance particulière, notre Parti est prêt à discuter, avec toutes les organisations politiques et de masse sans exclusive (y comprises celles qui soutiennent le gouvernement) des solutions les plus aptes à élever le niveau de la qualité de la contribution de notre peuple.

 

g) soutenir l’orientation socialiste, Aider à sa consolidation.

 

194.    L’expérience d’un système socialiste fort à ouvert aux pays économiques arriérés, une voie inédite d’accès au socialisme, en faisant l’économie de la phase de développement  du capitalisme. En Afrique plusieurs pays se sont engagés dans cette voie : Angola, Bénin, Congo, Ethiopie, Mozambique, etc. Malgré les difficultés imputables à l’héritage colonial, au niveau de développement économique et à la force des liens objectifs qui les attachent encore au marché mondial capitaliste, mais aussi parfois à des erreurs subjectives, ces Etats ont d’ores et déjà remporté d’importantes victoires au plan du progrès social et culturel de leurs peuples respectifs. Ces victoires obtenues en une très brève période historique apportent une nouvelle confirmation de la supériorité historique du socialisme sur le capitalisme. Notre Parti suit avec un grand intérêt cette passionnante expérience et apporte aux peuples et aux Etats de ces pays, à leurs avant-gardes politiques, l’expression de notre indéfectible solidarité.

 

195.    L’orientation socialiste est un processus irréversible de l’histoire ; sa nécessité est inscrite dans la logique de l’évolution contemporaine. Sa valeur historique ne saurait par conséquent être déduite de la seule valeur, positive ou négative, des expériences concrètes en cours. Mais ces expériences sont malgré tout particulièrement importante parce qu’elles constituent sans aucun doute les acquis les plus précieux du processus révolutionnaire continental de ces dernières années et que leur échec constituerait un lourd recul ; mais aussi parce qu’à travers ces expériences, c’est en parti, l’avenir même de la problématique de la construction du socialisme en Afrique qui est en jeu. Cela donne aux peuples, aux Etats de ces pays et à leurs avant-gardes politiques une responsabilité qui va bien au-delà de leurs limites nationales.

 

196.    La voie de développement non capitaliste, à orientation socialiste n’est pas un processus linéaire, acquis une fois pour toutes dès que sont faits les choix idéologiques et théoriques qui l’étayent. Et beaucoup d’exemples enregistrés montrent qu là où l’impatience et un enthousiasme mal contrôlé ont fait brûler des étapes historiquement nécessaires ou perde de vue les exigences concrètes et les tâches d’une étape déterminée, là où les erreurs subjectives ont masqué des réalités économiques, sociales et culturelles déterminantes au profit d’une flambée de prise de position idéologique maximalistes ou démagogiques, enfin là où la complexité concrète des processus réels est dissoute dans des simplifications doctrinales réductrices, l’impérialisme essaie toujours (et réussit parfois) de mettre à profit les inévitables difficultés de parcours et les différenciations sociales internes pour reconquérir le terrain perdu. Notre Parti en déduit la nécessité, en toute circonstance, d’avancer au rythme des réalités socio-historiques concrètes et à inscrire toujours son action dans une longue perspective historique. 58

 

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