EXTRAITS DU RAPPORT DE LA COMMISSION SUR L’ORGANISATION ET LES FINANCES DU PARTI.

  • CINQUIEME CONGRES DU PIT-SENEGAL

 

 

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I. Introduction générale

Le 4ème Congrès du Parti tenu en décembre 1997 dans la tourmente, a été davantage une instance de gestion de l’une des plus graves crises internes qu’ait connues l’organisation politique.

Le 5ième Congrès devant se dérouler dans un contexte interne de grande sérénité devra être un tournant décisif dans la vie de notre organisation politique cinquantenaire. Sans reniement idéologique et politique dans ses orientations fondamentales, ce congrès dans une grande lucidité et clairvoyance, devra opérer, d’une part, des mutations dans les structures organisationnelles pour un fonctionnement efficace à tous les niveaux, d’autre part des ruptures créatrices en matière de mobilisation des ressources financières, économiques, matérielles et logistiques, indispensables pour le développement quantitatif et qualitatif du P.I.T.-Sénégal.

Depuis longtemps, il est reconnu que l’influence politique du Parti sur l’échiquier national est sans commune mesure avec son faible poids numérique et électoral. L’enjeu fondamental du 5ème Congrès doit être de trouver les stratégies pertinentes pour résoudre cette contradiction. Autrement dit, comment assurer la massification du Parti principalement dans la jeunesse et parmi les femmes, pour hisser son poids à la hauteur de son influence ? A tout le moins, pour y tendre raisonnablement ? C’est devenu indispensable pour faire du P.I.T.-Sénégal une véritable force politique de transformation sociale, capable de peser d’un poids davantage décisif sur le destin national, pour l’instauration d’une société démocratique, de justice sociale, de respect de la dignité et des droits humains. Pour y arriver, il semble important d’engager le débat sans tabou en vue de tirer courageusement toutes les leçons des 12 ans écoulés entre les deux congrès mais encore des 50 ans d’existence de lutte du Parti, en matière d’organisation et de fonctionnement d’une part, de politique de financement de ses activités d’autre part.

A partir de l’analyse de toutes ces expériences et de celle des caractéristiques et enjeux du contexte national, il conviendra d’opérer les mutations et les ruptures audacieuses, néanmoins réalistes et opérationnelles, aptes à répondre à nos attentes en matière de fonctionnalité du Parti à tous les niveaux et surtout de mobilisation des ressources financières et économiques nécessaires pour ce faire. En effet, il est indéniablement reconnu par tous les militants, que les questions organisationnelles et financières, sont depuis longtemps les goulots d’étranglement de notre parti, dont par ailleurs, la pertinence des orientations politiques fondamentales et des analyses de situation, ne fait aucun doute. Il est donc vrai que la résolution de ces questions fondamentales conditionne absolument l’avenir du parti. En conséquence, il parait tout à fait logique d’en faire les enjeux majeurs du congrès en préparation.

Le présent rapport, tenant compte du fait que l’organisation et les finances sont dans des relations dialectiques dynamiques, qui affectent et influencent considérablement toutes les autres composantes de l’activité politique du parti, ambitionne d’une part, de faire le bilan exhaustif dans une approche critique sans complaisance, loin cependant de l’auto flagellation, d’autre part de formuler des propositions audacieuses mais réalistes de rupture. Il s’agit de provoquer des débats féconds, qui soient porteurs de solutions pertinentes, à la mesure de la noble ambition que nourrit le parti pour le pays, pour ses travailleurs et ses couches populaires notamment.

Il est naturellement structuré autour des axes fondamentaux de l’organisation et des finances.

I. SUR L’ORGANISATION

L’Organisation constitue la charpente de toute activité constructive de l’homme et de la société. C’est la clef de voûte du succès pour la réalisation de n’importe quel objectif. Pour un groupe, l’organisation est la façon de disposer de manière judicieuse les éléments dont la synergie dans l’action, est de nature à favoriser l’atteinte des objectifs fixés.

Pour un Parti politique, naturellement porté à diffuser son influence et à se massifier pour atteindre ses objectifs de conquête démocratique et de gestion du pouvoir, une organisation efficiente lui est aussi indispensable que l’air l’est pour des êtres vivants.

Une organisation efficiente, c'est-à-dire un dispositif cohérent, bien articulé et très fonctionnel de nature à donner de bons résultats, repose sur deux conditions essentielles : d’une part l’adaptation des structures et de leur mode de fonctionnement au contexte d’évolution, d’autre part la forte conviction qui sous-tend et nourrit l’engagement dans l’action des hommes et des femmes qui les animent. En effet, un Parti politique, si massif soit-il, et quelque soit par ailleurs, la pertinence de ses analyses et positions politiques, est en réalité un colosse au pied d’argile, s’il ne repose pas sur un dispositif organisationnel efficient, en d’autres termes moins sévères, ses résultats dans les batailles politiques seront toujours largement en deçà de ses possibilités.

Pour ce qui concerne notre Parti le P.I.T.-Sénégal, il lui est reconnu la qualité de ses analyses et la pertinence de ses stratégies politiques, qui expliquent son audience politique et morale dans le pays. Cependant, cette autorité politique et morale est en inadéquation avec son propre poids numérique et son poids électoral. Ce paradoxe persistant s’explique en partie, par les carences organisationnelles qu’il traîne depuis des décennies. Celles-ci entravent dans une très large mesure, son développement dans le sens de son implantation et de sa massification à l’échelle du territoire national. Il est vrai que l’histoire du Parti a lourdement pesé sur son organisation. En effet deux décennies de lutte dans la clandestinité, dans les conditions d’une impitoyable répression, ont profondément marqué les structures organisationnelles du Parti, qui par ailleurs, avait conséquemment adopté des principes d’organisation et normes de fonctionnement d’un Parti d’avant-garde, au sens léniniste du terme.

Il est aussi vrai que depuis le 2è Congrès ordinaire de 1984, jusqu’au dernier tenu en 1997, dans un remarquable esprit critique et une démarche créatrice, une réflexion féconde à amené le Parti à procéder à d’importants réajustements pour adopter les principes d’organisation et de fonctionnement aux réalités du contexte national, aux conditions de la lutte démocratique, dans la paix civile pour l’accession au pouvoir. C’est dans ce cadre que  les conditions d’adhésion au Parti ont été progressivement assouplies, le noyau en tant que structure de base du Parti a été éliminé, le centralisme démocratique abandonné etc. En somme, prenant rigoureusement en compte les diverses mutations intervenues dans le monde et soucieux d’un enracinement profond dans les réalités nationales, le Parti a procédé à de profondes réformes organisationnelles qui ont été consacrées dans les statuts adoptés au 4ème Congrès Ordinaire en 1997.

L’enjeu fondamental de ces réformes a été et demeure l’édification d’un P.I.T. fort, pour peser plus significativement encore sur l’évolution politique du pays, autrement dit en faire « un instrument de lutte le plus fiable, le plus efficace pour l’indépendance nationale, la démocratie, le progrès social, la paix et le socialisme ». Un tel instrument de transformation social est à forger dans la plus grande rigueur sur tous les plans, tout d’abord au niveau organisationnel.

En perspective du 5ème Congrès ordinaire prévu en Mai 2010, il convient de faire l’analyse sans complaisance du bilan organisationnel des 12 années écoulées pour en tirer toues les leçons utiles. Dans ce cadre, il faudra en particuliers, mettre l’accent sur l’analyse rigoureuse des causes profondes de nos carences et échecs dans l’organisation, étape incontournable pour identifier très clairement les voies et moyens appropriés de s’en débarrasser, pour mieux faire à l’avenir.

Le Congrès devra donc être un grand moment d’introspection pour chaque militant et de réflexion collective dans la sérénité et l’objectivité pour résoudre radicalement les questions organisationnelles au niveau du Parti. Dans une telle perspective, il convient d’avoir deux objectifs majeurs en point de mire :

- mettre en adéquation l’influence politique du Parti dans la société sénégalaise avec son poids numérique et électoral,

- Edifier un parti de masse tout en conservant les valeurs fondamentales qui jusqu’ici, ont assuré sa forte autorité politique et morale dans le pays.

Un tel pari est dans l’ordre du possible, à condition d’en payer le coût tout d’abord, au plan organisationnel et financier.

En conséquence de tout ce qui précède, pour aborder le fond de la problématique organisationnelle dans le parti, il convient dans un premier temps d’évaluer le bilan de l’organisation au cours des 12 années écoulées

1.1. Le Bilan organisationnel.

Ce bilan est celui de la période de 1997- 2010. Force est tout d’abord de souligner que depuis 1984 il y a eu l’amorce d’une réflexion nourrie, en vue d’une meilleure adaptation du Parti aux réalités nationales. A la lumière de ce travail, ses options organisationnelles n’ont cessé d’évoluer en s’améliorant. En effet, le dispositif organisationnel issu du 4è Congrès, en dépit de quelques insuffisances, est dans l’ensemble assez pertinent dans l’agencement des structures et la répartition des prérogatives. Néanmoins, pour plusieurs raisons qu’il importe d’identifier, et d’analyser en vue d’un dépassement, cette armature organisationnelle n’a pas donné les résultats escomptés. Le bilan organisationnel est en effet, franchement mitigé, à la vérité très peu reluisant ! Le Présent rapport s’emploie à dresser un tableau à la fois objectif et exhaustif pour susciter un débat fécond sur tous les aspects de la problématique de l’organisation, pour des solutions idoines. Pour cela, le rapport s’articule sur la mise en évidence d’une part des acquis à consolider et à élargir, d’autre part des lacunes et carences dans l’organisation, qui ont véritablement plombé le renforcement quantitatif et qualitatif du Parti.

1.1.1. Les acquis.

Ils portent pour l’essentiel, sur les résultats de la réflexion critique à partir du riche passé du parti, des profondes mutations intervenues mais aussi de la nécessité d’ancrage dans les réalités nationales.

Cette réflexion a abouti aux options organisationnelles suivantes :

Les structures de base fondamentales : elles sont centrées sur l’organisation des militants à partir de leur lieu de travail ou de résidence, ce qui a donné naissance aux cellules d’entreprises et de services et aux comités dans les quartiers. Une telle option part du principe qu’un Parti comme le nôtre, principalement au service des masses laborieuses et des couches populaires, se renforce et développe son influence politique dans la lutte et par la lutte, sur les lieux de travail et dans la prise en charge avec les populations des problèmes sociaux aux quels celles-ci sont confrontées au niveau des quartiers. Ces espaces de structuration et d’intervention pour l’action politique paraissent en conséquence tout à fait pertinents : ils sont des lieux privilégiés pour tisser de solides liens avec les travailleurs et avec les populations. S’ils sont intelligemment investis, ils sont par ailleurs, des lieux d’émergence et d’affirmation de leaders politiques locaux, des atouts essentiels pour l’enracinement territorial profond du Parti qui lui fait encore cruellement défaut.

Les structures locales : Les noyaux organisationnels que sont les comités de quartier et les cellules d’entreprises et de services, devraient servir des supports pour la constitution des Sous-sections, les Sections, les Coordinations communales, départementales et régionales, des maillons tout aussi essentiels dans le dispositif organisationnel pour le fonctionnement efficient du parti.

Les structures nationales : ce sont le Comité Central (C.C.), le Bureau Politique (B.P.), le Secrétariat du Comité Central (S.C.C.) et la Commission Centrale de Contrôle (C.C.C.), qui coiffent l’édifice organisationnel, lequel se présente ainsi comme un dispositif cohérent, complété par des instances d’élaboration des décisions et des organes d’exécution de celles-ci.

En donnant corps et vie à un tel dispositif organisationnel, la synergie ainsi créée est de nature à entretenir une dynamique de renforcement qualitatif et quantitatif du Parti. Hélas, tel ne fut pas le cas ! En effet, à l’exception d’une part, du Secrétariat du CC qui a régulièrement travaillé en assurant entre autres, la visibilité nationale du Parti et la tenue relativement régulière des sessions du CC et du BP, d’autre part, des Coordinations départementales de Rufisque, Thiès et Mbour qui ont fonctionné en permanence, toutes les autres structures du Parti ont davantage brillé par leur léthargie quasi chronique.

Force est donc de reconnaître que de graves insuffisances dans l’organisation ont affecté le travail du Parti durant toute la période indiquée.

1.1.2 Les insuffisances sur le plan de l’organisation.

Il faut tout d’abord souligner que le dispositif organisationnel en place, statutairement consacré, si pertinent soit-il, n’est pas exempt de défauts : on peut noter en effet que :

-          La structuration de l’organe directionnel essentiel du Parti, qu’est le Secrétariat du C.C. n’a pas été formellement indiquée dans les statuts, pour une harmonisation avec les structures locales.

Par ailleurs, il ne figure pas dans nos statuts, les précisions quant aux modalités de détermination du nombre de délégués au Congrès, et les critères de choix des membres du CC par Coordination départementale, à faire élire directement par le Congrès.

Quant aux insuffisances et carences notoires dans le fonctionnement des structures, elles ont été manifestes dans la quasi totalité des Coordinations régionales et départementales qui devraient jouer le rôle de principales forces organisatrices du Parti à la base : sa cheville ouvrière dans le fonctionnement…

Pour les raisons objectives que voilà, il a découlé d’une telle situation de léthargie généralisée des structures locales.

-          Une timide installation des Comités de quartiers et cellules d’entreprises et de services ; en conséquence, le parti n’embraye pas encore suffisamment sur ce qu’il considère comme sa base de classe naturelle, à savoir le monde du travail en particuliers et les couches populaires en général,

-          L’affaiblissement des liens concrets entre le Parti et les populations, avec une quasi-absence sur le terrain de la défense de leurs intérêts légitimes dans les quartiers et localités,

-          L’affaiblissement des liens entre la Direction Nationale et les structures locales du Parti. En vérité pour l’essentiel, les relations sommet-base ont été à sens unique : les initiatives et courrier provenaient quasi-exclusivement du sommet, sans réactions ou réponses des Coordinations.

En définitive, les instances et directions exécutives nationales ont eu des difficultés de fonctionnement, parce que sans prise réelle sur les structures locales et de base

A ce stade du diagnostic, la question fondamentale est la suivante : à qui et à quoi peut être imputable la situation aussi décrite ?

Cinq principaux facteurs explicatifs du moins paraissent s’imposer :

 Le manque chronique de ressources pour le financement conséquent de nos activités, du sommet à la base : c’est un handicap majeur qui du reste, devient plus pesant encore avec la léthargie des structures,

 La gestion interne de notre politique de large rassemblement : en engageant par conviction et loyauté toutes nos forces dans le fonctionnement des cadres unitaires de l’opposition, il y a la tendance au niveau des responsables nationaux et locaux, à accorder moins de temps à la vie propre du Parti,

 L’orientation du Parti selon laquelle la conquête du pouvoir ne l’intéresse pas, d’où notre absence permanente à titre individuel aux élections présidentielles. Or, pour plusieurs raisons objectives, la participation à l’élection présidentielle avec son propre candidat est un facteur d’organisation et de mobilisation de tous les militants et sympathisants mais aussi de renforcement de l’influence du Parti dans des segments de la population. La rupture avec cette vocation naturelle de tout Parti politique est un handicap certain, parce que dans la mentalité des sénégalais, nous sommes certes ambitieux pour le pays prêts à faire des sacrifices pour l’intérêt national, mais nous ne sommes ambitieux ni pour notre Parti, ni pour nous-mêmes.

 L’essoufflement dans l’engagement militant des cadres du Parti, nombre d’entre nous sommes gagnés par le laxisme, le manque de rigueur et d’esprit de suite, l’amateurisme et bien d’autres défauts. Il s y ajoute les nombreuses sollicitations et contraintes sociales qui peuvent devenir si l’on y prête pas attention, des facteurs objectifs de relâchement voire de démobilisation dans l’activité militante,

 A ces facteurs internes, il convient d’ajouter les mutations profondes intervenues depuis l’effondrement du « Mur de Berlin » et du Camp Socialiste, qui ont eu l’effet d’un énorme coup de massue sur toutes les forces du mouvement progressiste mondial.

En tout état de cause, à la lumière de la situation vécue, il revient à chacun et chacune de faire une introspection assortie d’une autocritique sincère pour sortir de cette situation trop défavorable au Parti. En effet, dans une perspective de redressement, le rôle clef reviendra sans aucun doute à l’engagement renouvelé des cadres politiques qui doivent être conséquents après 10, 20 et plus de 30 ans de militantisme dans le Parti. De plus, le souvenir impérissable de nos martyrs (Seydou Cissokho, Sémou Pathé Guèye, Iba Ndiaye Diadji, Cheikh Tidiane Gaye, Cheikh Tidiane Diatta, Mady Danfakha etc.) doit continuer à nous inspirer et à nous servir de viatique dans notre engagement militant.

Cependant par delà les constats, les explications possibles et les professions de foi renouvelées, il importe de dégager des perspectives rassurantes en matière d’organisation, pour se doter d’un des moyens indispensables pour la réalisation de nos ambitions pour notre peuple, pour notre Parti et pour nous mêmes. 

 

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